Balancer — hésiter
Il se rabat 1 soudain, dont- j'eus l'âme ravie;
Il empaume^ la voie ; et moi, je sonne et crie :
« A Finaut ! à Finaut! » J'en revois * à plaisir
Sur une taupinière, et re-sonne à loisir.
Quelques chiens revenaient à moi, quand, pour disgrâce, 555
Le jeune cerf, marquis, à mon campagnard passe.
Mon étourdi se met à sonner comme il faut,
Et crie à pleine voix «Tayaut! tayaut! tayaut!»
Mes chiens me quittent tous, et vont à ma pécore ' ;
J'y pousse, et jeu revois dans le chemin encore ; oOO
Mais à terre, mon clier, je n'eus pas jeté l'œil,
Que je connus le change'' et sentis un grand deuil ^.
J'ai beau lui faire voir toutes les diflerences
Des pinces* de mon cerf et de ses connaissances'',
Il me soutient toujours, en chasseur ignorant, oiJo
Que c'est le cerf de meute"'; et, par ce diCférendj
Il donne temps aux chiens d'aller loin. J'en enrage,
Et, pestant de bon cœur contre le personnage,
Je pousse mon cheval et par haut et par bas,
Qui pliait des gaulis" aussi gros que les bras: 570
Je ramène les chiens à ma première voie.
Qui vont, en me donnant une excessive joie.
Requérir'- notre cerf, comme s'ils l'eussent vu.
Ils le relancent ; mais ce coup est-il prévu ?
A te dire le vrai, cher marquis, il m'assomme '^ ; 575
Notre cerf relancé va '^ passer à notre homme,
1. Il se rabat = il reprend la l quittent la bonne piste pour une piste. ", autre.
2. Dont = ce dont. Kègle .La 7. On dirait qxi'il perdait un langue faisait alors l'ellipse du parent ou un ami !
pronom' ce dans bien des cas où 8. Les pinces sont les pointes
nous re.yprimons : uL'onmema.i\- des on^rles du cerf ou du sau-
de que vous n'avez guère de glier.
fièvre, dont je me réjouis ». 9. Les connaissances sont les
(La Rochefoucauld, Lettres, 13 indices que laisse la bête, et octobre 1652.) i particulièrement les pj/ices plus
T, 4. ■ , T .„•,. j.* / „ longues que les autres.
11 veut avou- trop a esprit, dont (= ce in T <. ,ln/-. w., ,„.,„/.,,
(Mol., J/i5.,.v. fi34.) 3. Empaunie = prend i'iivment ; la voie — la piste.
, En revoir, c'est trouver l'em
r) , ■. \~ „ I 10. Le cerf- de meute est celui luoni) j euia^e. , ^^^ ^ ^^^ j^ pj-gj^jej. j^neè par
les chiens, qui maintenant poursuivent un second cerf.
11. Pliait des gaulis == cassait en saulaiil des branches (gaules).
preinte de la bête sur une terre a. Requérir (reqùirere) = clier
molle, comme celle d'une tau- cher une nouvelle fois.
pinierc. 13 Dorante décidément exa-
5. Ma pécore = ?)i07i animal de gère : il était tout à l'heure en campagnard. • deuil ; le voilà presque mort du
6. Le r/ia7(ov, terme de chasse, i coup imprévu, désigne la laute des chiens qui [ 14. Va = s'en va.
Qui, croyant faire un trait de chasseur fort vanté.
D'un pistolet d'arçon ^ qu'il avait apporté,
Lui donne justenicut au milieu de la tèle,
El de fort loin me crie : « Ah ! j'ai mis bas la bête ! » 580
A-t-on jamais parlé de pistolets, bon Dieu!
Pour courre- un cerf? Pour moi, venant dessus^ le lieu,
J'ai trouvé l'action tellement hors d'usage,
Que j'ai donné des deux ^ à mon cheval, de rage,
Et m'en suis revenu chez moi toujours courant, 585
Sans vouloir dire un mot à ce sot ignorant.
Tu ne pouvais mieux faire, et ta prudence est rare : C'est ainsi des fâcheux qu'il faut qu'on se sépare. Adieu ■\
[Le tuteur d'Orphisc, Damis, retuse la main de sa pupille à Eraste. Et il songe même à faire périr le jeune homme. Mais c'est celui-ci qui lui sauve la vie. Aussitôt le tuteur, pris de reconnaissance, consent au mariage. Et la pièce finit' par un ballet.]
1. Les arçons sont les deux pièces de bois arquées qui forment le corps de la selle. Les pistolets d'arçon se portent en avant de la selle.
2. Courre, ancien infinitil', venu directement du latin currere, et qu'on ne trouve plus que dans les expressions comme chasse à courre. — Des profanes trouveraient que l'cssenlicl est, pour un chasseur, de tuer le gibier : mais un artiste comme Uorante A-eut des formes, obéit à un code, et méprise les
sots qui l'ignorent.
:}. Dessus = sur. Ri';«le : Uancicnne langue a souvent confondu, jusqu'à Vaugelas, les aclcerbes et les prépositions correspondantes (cf. dedans pour dans, dessus pour sur). Ex. :
D e s s eus = (so î(s) les lois d'un homme, (Pol., V. .5U.)
't. Donner des deu.v = piquer des deux éperons.