A MABILLE
Foule élégante j des arbres en zinc laissent échapper des jots de gaz d3 Ifupj pislils. — L'orcliesJre joue la f'alie des Roses.
l'orchestre
Ta — la la ï — la la i — la la Pouh — Ta — la 11 Poûh — la la ï — la, la laire — Ta — la la la — la la ï — la la bi, bi — Rii — bou lou loii — ron, — bou lou lou — rou, — Ba ra rani
FAUST, tombant en arrêt devant une cocotte. Sûlen-
dide !
LA COCOTTE. — Moii coiffeuF me l'a dit quelquefois.
FAUST. — Oserais-je hasarder de vous offrir...
LA COCOTTE. — OiïtTz, moii cher, ofTrt^z.
LE DERxNlER FAUST 26^,
FAUST. — Mon bras et un ])ock ?
LA COCOTTE. — ■ J'accepte le bock. , . avec des écrevisses autour.
FAUST. — Vous me comblez! — Que d'esprit ont ces Françaises !
LA COCOTTE, — Eh bien ! franchement, l.î, vous n'êtes pas difficile... On voit l)ien que vous êtes étranger. "
FAUST. — 0 perspicacité féminine !
LA COCOTTE. — Anglais?
FAUST. — Non... je le regrette.
LA COCOTTE. — Italien?
FAUST. — Non... je le regrette.
LA COCOTTE. — Espagnol?
FAUST. — Pas davantage. Je le... c'esl-ùdire non, je ne le regrette pas.
LA COCOTTE. — Alors, qu'est-cc que vous êtes donc? On a parlé ces jours-ci d'une ambassade samoïàde,
FAUST. — Je suis Allemand, madame, Allemand.
LA COCOTTE, vivement. PluS bas, mon
gros !
Ils passent.
L'ORCHESTRE contionant do jouer la Valse des Roses.
Gui cui — pa ta ta ta ta, ta — cui cui — Pa ta ta ta la, ta — cui cui — pa ta ta ta, ti — Pa ta ta ta, tou — pa ta ta ta ta — cui cui — Pa ta ta ta ta ta, ta — cui cui — pa ta — Ta ta la, la — cui cui — pa ta ta la ti — Pa ta ta ta tou — pa ta ta ta — Bara —
MÉPHISTOPHÉLÈS, ceignant la taille a'une petite fille qui a des manchettes en papier. OÙ VOUS aï-je déjà VUC,
mon petit cœur?
LA PETITE FILLE. — J'ai figuré à la. Tourd'Auvergne.
MÉPHISTOPHÉLÈS, — Excusez-moi, je n'y ai jamais fourré les pieds,
LA PETITE FILLE. — Alors, c'est saus doute
au Café de la Source, sur le boulevard Saint- Michel.
MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Ce doltêtrelà, en effet. (a part.) Que je m'emporte moi-même si je sais ce que c'est que la Source !
LA PETITE FILLE. — J'y suis connue sous le nom de Nina Pèse-Liqueurs.
MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Nina Pèse - Liqueurs ! Un joli nom, d'une... suavité !
LA PETITE FILLE. — Connaissez-vous aussi Loque-à-revendre ?
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Je n'ai pas cet honneur. .. On ne nous a pas présentés.
LA PETITE FILLE. — Ou autrement Gustave... C'était mon dernier amant. Il a été un peu compromis dans les derniers événements.
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Que voulez-vous? on n'est pas parfait... Mais alors, s'il est momentanément impossible à ce pauvre Gusl.ive de
VOUS rendre ses devoirs , puis -je espérer...
LA PETITE FILLE. — Parfaitement. Vous verrez comme c'est gentil chez moi !
MÉPHisTOPHÉLÈs, — Je n'en doute pas, cher trésor,
LA PETITE FILLE. — Yous trouverez seulement que c'est un peu haut... un sixième. . lue Ciijas.
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Oh! j'ni des jamhes de coq !
LA PETITE FILLE. C'cSt drôle ! VOUS ètûS
vieux, et pourtant je vous gobe.
MÉPHISTOPHÉLÈS. Tu dis'...
I!s passcDt.
l'orchestre.
Trou loulou lou lou lou — loullourou rou. Trou lou loulou lou rou — trourourouHou Trou lou lou lou lou rou — loullourou ron Trou lou lou lou lou ruu — Irouroullon
LE DERNIER FAUST 26y
LA COCOTTE, au bras de Faust. Oïl m'appelle
la comtesse Galion de \igo. Feu le comte, que je ne pouvais souffrir à cause de ses habitudes bachiques, m'a laissé une fortune médiocre, mais de superbes relations. Vous verrez chez moi ce qu'il y a de mieux dans Paris, un dessus de panier. On y cartonne légèrement, mais pas trop. Le baccarat des familles. Vous trouverez seulement que c'est un peu bas... un entresol, rue Claperon... à deux pas du chemin de fer de l'Ouest. Je compte donner congé au printemps.
FAUST. — Oh 1 parle encore 1 0 mille et trois mille fois heureux celui qui peut entendre ces paroles plus douces que miel découler de tes lèvres de ro.se 1 — Rue Claperon, n'est-ce pas?...
LA COCOTTE. — Numéro "^l.
FAUST. — Chère figure du ciel 1 — Je serai
chez toi demain soir entre neuf et dix heures.
LA COCOTTE. — Munis-toi de quelque argent, mon beau Germain.
FAUST. — De l'argent, en vérité?
LA COCOTTE. — Je te dirai pourquoi. En attendant, prêtons l'oreille à cette valse langoureuse.
Ils passent.
l'orchestre.
Hu lu lu — ti ti ti li li — ra la la la — tototototo Pi ri ri — ti ti li ti ti — Ro lo lo — ta ta ta ta ta Ru lu lu — ti ti ti tl li — Ra la la — tototototo Pi ri ri — ti ti ti ti ti — Pa ra ra la ri la Ri la ra
NINA, à Méphisiophéiès. — Vous avez unc bicu belle chaîne de montre. Vous êtes donc riche ?
MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Je possède une malhonnête aisance.
NINA. — C'est tout ce qu'il me faut. Et... quel est votre métier?
MÉPHiSTOPHÉLÈs. — MoH métier ? Je te le dirai plus tard, petite masque.
NINA. — Voilà le bal qui va finir. J'ai envie de manger un morceau, moi.
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Commc tu es dans le vrai !
NINA. — Si nous allions chez Brébant ?
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Je Ic vcux bien... mais j'ai un ami que je ne peux me dispenser d'emmener avec nous.
NINA. — Ce petit blond qui se promène avec ce grand carcan.
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Précisément.
NINA. — Oh! la! la ! C'est-i elle qui traînera la voiture?
MÉPHISTOPHÉLÈS. — Tu as uu tour d'esprit admirable, et je m'attends à chaque instant
à voir une souris rouge s'échapper de ta bouche.
NINA. — Allons rejoindre ton ami. Dis donc, faudra- 1- il être comme il faut?
MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Cela n'est pas de rigueur.
NINA. — Moi, je t'aime.,, lu es à la coule.
INTERMEDE