‹ Scènes de la vie cruelleChapitre 8 sur 34 · LE PRETEXTE DU CHRONIQ LIÎUR · texte numérisé non relu

LE PRETEXTE DU CHRONIQ LIÎUR

Je ne travaillerai pas aujourd'hui ; je ne terminerai pas l'arlicle qu'attend — avec une impatience flatteuse — mon rédacteur en chef.

D'ailleurs, suis-je bien certain de l'avoir commencé, cet article?

La journée est magnifique ; le ciel est bleu, — plus bleu que mon papier; — le vent m'apporte des frémissements d'arbres... Une joyeuse compagnie doit venir me prendre tantôt. — Mais ce n'est pas pour ces prétexteslà que je renonce au travail. Oh-I non !

LES l'IlÉÏEXTES 133

Le vrai motif est que je ne suis [)as en train.

Il est aussi peu naturel d'écrire sans envie que (le boire sans soif, — et cela est bien moins agréable. Et puis, il n'est pas séant de se montrer trop avide de gain et de gloire, et d'encombrer tous les chemins littéraires. Une preuve de bon goût est de savoir se ranger à propos pour laisser passer les jeunes gens.

Si j'écrivais aujourd'hui, je le sens, je n'écrirais rien de bon. Je serais incolore; ma phrase ressemblerait à celle de tout le monde — et tout le monde aurait le droit de saluer mon esprit comme une vieille connaissance. Il faut éviter cela. Je me ferais un tort immense avec une page mal réussie; ou oublie les bons articles, on n'oublie pas les mauvais. Les gens qui ne m'aiment pas et qui ne me lisent jamais, me liraient certainement ce

13i SCÈNES DE LA VIE CRUELLE

jour-là. Ceux qui m'aiment et qui sont accoutumés à mon style, ne pourraient s'empêcher de murmurer : « Il n'a plus rien dans le ventre! » ou, tout au moins : « Il commence à baisser, notre auteur 1 »

Tout bien considéré, il vaut mieux ne pas faire d'article aujourd'hui.

Ce n'est pas pour mon plaisir que je m'abstiens; — c'est pour ma réputation.

Rencontré ce matin mon ami Filibulle.

Tiens 1 — c'est un vers. . .

Je ne l'ai pas fait exprès.

— Je ne vous ai pas vu l'autre jour à l'enterrement de P., lui ai-je dit.

— Vous ne m'y avez pas vu par une bonne raison; c'est que je n'y étais pas, me répondit Filibulle.

— Ah f

IJC SCICNES DE LA VIE CRUELLE

— .1 ai renoncé à allor aux enterremonlj;,.. Ne croyez pas que ce soit par indifférence ou par égoïsme... Non, mais cela agit trop sur mon système nerveux.

Notez que FilibuUe a l'énormité (leurie de l'acteur Dumaine.

Il s'aperçut sans doute de l'elTet produit sur moi par sa réponse, car il sehAta d'ajouter :

— Je ne vais plus aux enterrements, depuis...

— Depuis ?

— Depuis une aventure à la fois ;itroce et bouffonne qui m'est arrivée.

— A vous, Filibulle ?

— A moi.

— Con lez-moi donc cela, je vous prie.

Il en brûlait d'envie, car il commença imniédiatement en ces termes.

— C'était à l'enterrement de ma femme...

Filibulle s'interrompit pour me dire :

— Vous avez connu ma femme, n'est ce pas?

— Comme tout le monde, répliquai-je.

— Alors, vous savez combien je l'aimais, et combien j'avais raison de l'aimer?

— Oui, Filibulle.

— C'était une femme modèle.

— Assurément.

— Tout à coup elle meurt. Vlan I

— Votre chagrin fut

— inimaginable. Je commandai un enterrement du meilleur goût. Sjnsétre prodigue, on aime à bien faire les choses. A l'heure dite, le convoi se met en marche; je suis le char dans une attitude digne... un accablement correct... On arrive à l'église... tJae

138 SGÈxXES DE LA VIE CRUELLE

messe... tout ce (^'il y a de plus convenable.., les orgues. . . quatre enfants de chœur. . . Je me laissais bercer par la douce poésie de l'encens lorsqu'au milieu de l'office mon oreille est distraite par un bruit singulier. A deux ou trois pas derrière moi, quelqu'un venait d'éclater en sanglots. Je me retourne sans avoir l'air. C'était un monsieur que je ne connaissais pas... très-bien mis... d'une physionomie noble. J'étais intrigué. « Comment se fait-il, pensais-je, qu'un homme soit plus désolé que moi du trépas de ma femme ? » Car il n'y avait pas à dire, ce monsieur était plus désolé que moi. J'avais bien la paupière humide, mais je n'éclatais pas en sanglots... et lui éclatait, littéralement.

— En vérité, FilibuUe?

— Au point que cela en était indécent. Je me penchai vers mon voisin de droite, qui

était mon beau-frère, et je lui demandai à voix basse : « Savez-vous quel est ce monsieur ? — Non, me répondit-il. » J'interrogeai également mon voisin de gauche, qui me fit la même réponse. L'inconnu continuait toujours à donner un cours bruyant à sa sensibilité. Engager une lutte de sanglots avec lui eût été ridicule. Je ne pouvais pas non plus troubler le service divin pour aller lui demander son nom. Mais je me dis : v< Toi, je te rattraperai après la messe! »

— Et vous le rattrapâtes, FilibuUe f

— Il ne m'en donna pas la peine. Il vint de lui-même se placer à côté de moi. Ma curiosité allait donc être satisfaite.

— Monsieur, lui dis-je.

— Houl... Houl... faisait-il, le nez dans son mouchoir.

140 SCÈNb:S DE LA VIE CRUELLE

— Monsieur, recommençai-je, vous connaissiez ma femme, à ce qu'il paraît?

— Oh! oui, monsieur. Quel cœur! quelle âme!

— Je n'en disconviens pas.

— Quelle chaleur de sentiments 1 Comme

elle volait au-devant de tout ce qui était grand et beau !

— C'est vrai.

— La riche naturel

— Je me félicite, monsieur, de vous voir apprécier ma femme comme elle le mérite... Vous êtes un de ses parents.

— Non, monsieur.

— Un de ses alliés peut-être.

— Pas davantage.

Mon étonnement redoublait.

— J'étais un de ses amis, ajouta l'inconnu. Est-il un titre plus beau que celui-là ?

— Mais...

— Oui, monsieur, un de ses amis.., le plus sincère peut-être... le plus dévoué, à coup sûr, le plus tendre, le plus...

— Comment se fait-il, dis-je en lui coupant la parole, que je ne vous aie jamais rencontré chez nous?

— C'est que sans doute vous n'y étiez pas lorsque j'y venais.

— Alors, monsieur, permettez-moi de m'étonner...

— De quoi, monsieur? Vous ne prétendez pas, j'espère, me contester le droit de pleurer sur mes semblables ?

J'avoue que je ne trouvai rien à répondre.

Pendant ce temps, il s'était emparé de mon bras ; il s'appuyait dessus lourdement.

C'était lui qui conduisait véritablement le deuil.

Il avait recommencé ses larmes et ses soupirs.

La foule, sur notre passage, le regardait avec compassion ; tous les yeux semblaient dire : « Le pauvre homme 1 Quelle douleur ! »

Tout le monde devait le prendre pour le mari. Moi, j'avais l'air d'être sou compère, le premier venu.

J'essayai encore une fois ou deux de solliciter une explication ; mais mon particulier me répondait invariablement :

— Vous voyez bien que je ne suis pas en état de vous répondre... Il y aurait cruauté à me faire parler... Laissez-moi tout à mes souvenirs...

A ses souvenirs !

Il n'y avait pas moyen de faire un esclandre

ADIEU, HENRIETTE li3

dans une pareille situation et dans un pareil moment.

J'étais enrhumé, pour surcroît de contrariété. Il s'en aperçut à mes éternuements.

— Couvrez-vous, me dit-il; ne vous gênez pas ; moi, je resterai tête nue...

Et il ajouta d'un ton solennel;

— C'est mon devoir !

Filibulle s'arrêta pour respirer.

Puis il reprit ainsi sa narration :

— Enfin, le convoi arriva au champ du repos,

— Au cimetière.

— Si vous voulez... Je m'étais résigné à subir le voisinage de mon inconnu. Soudain il me quitta, et je crus m'apercevoir qu'il retournait sur ses pas. Je respirai plus libre-

ment. A ce moment, je fus rejoint par mon beau-frère, qui me dit: « Eli bien ! vous savez maintenant qui est ce monsieur ? — Pas du tout, répondis-je. x» Pour le moment, je m'estimais assez heureux d'en être débarrassé. On fit halte dans la troisième allée, à gauche, et ma pauvre femme fut descendue dans sa dernière demeure. Le prêtre venait de terminer les prières, lorsque je vis accourir, haletant, et portant une énorme couronne d'immortelles, devinez qui?... mon inconnu. Il écarta tout le monde, et par-dessus la première pelletée de terre, il jeta sa couronne en s'écriant : « Adieu, Henrielte ! » Tous les regards s'étaient tournés vers lui, puis vers moi, qui demeurais stupéfait. Lorsque je repris mes esprits, je voulus m'élancer à la poursuite de l'impudent personnage. Mais il était trop lard ; il s'était esquivé presque aussitôt.

— El VOUS ne l'avez jamais rêva? demandai-je à Filibulle.

— Si...., mais longtemps après. Un jour que je me promenais avec un de mes amis sur les boulevards, un monsieur long et vêtu de noir passa auprès de nous. Mon ami le salua delà main en souriant. Je tressaillis.

— Tu connais cet individu? dis-je vivement.

— Parbleu! c'est Bâche.

~ Qui, Bâche ?

— L'acteur Bâche, le roi de Bëolie d'O/- I lice aux enfers, le mystificateur par excellence. Mais qu'as-tu donc ?

— Un mystificateur... Laisse-moi que je l'étrangle !

— Es tu fou? On n'étrangle pas Bâche, on rit de ses bons tours...

Mon ami se mit en devoir de me raconter

la longue légende de Bâche, ses démêlés grotesques avec Ancelot, ses provocations à Empis, sa visite en habit de procureur du roi à madame Roger de Beauvoir, etc., etc.

Je finis par comprendre que j'avais été la victime de ce bouffon. Le poids qui m'obsédait depuis plusieurs années s'envola comme par enchantement.

N'importe; j'ai conservé de cette aventure une aversion insurmontable pour les cérémonies funéraires ; voilà pourquoi vous ne m'avez pas vu l'autre jour à l'enterrement de P. F.

Ainsi parla Filibulle,

Qu'auriez-vous fait à ma place?

Très-embarrassant I

Mais j'ai tort de vous interroger; vous êtes évidemment, lecteur, un esprit au-dessus de toutes les superstitions petites ou grandes.

Vous êtes un philosophe, — vous.

Vous êtes un sage, — vous.

Moi, qui ne suis qu'un gazetier, n'y pou-

vant tenir, je me décidai hier à aller consulter...

Un médecin? — Non.

Un avocat? — Non.

Un prêtre? — Non.

J'allai consulter une tireuse de cartes.

Ah! je sais bien, je vous vois déjà vous moquer de moi ; mais je suis résolu à braver tout sarcasme.

La tireuse de caries n'avait ni crocodile empaillé à son plafond, ni squelette dans une armoire, ni cornues sur une étagère, ni chouette sur son épaule, ni crapaud monstrueux à ses pieds, ni lézard rêvant dans un coin, ni marmite ronronnant sur un feu de soufre.

Elle n'était point vêtue d'une robe noire agrémentée de symboles écarlates; sa main

ne brandissait point la baguette aux conjurations.

Elle était simple et avenante.

Je lui dis :

— -Madame, voilà deux mois que je suis en proie, toutes les nuits, à un cauchemar étrange et monotone.

— Un cauchemar? Gela est de mon ressort. Parlez, Monsieur.

— A peine ai-je goûté le sommeil depuis une heure qu'un grand bruit me fait touPà coup tressaillir. Ce sont d'abord des cris s'entre-choquant, une rumeur, un vacarme, au milieu duquel je distingue des invectives à mon adresse. Je me dresse sur mon séant, comme pour répondre et protester; mais la voix me manque, naturellement. Je me trouve environné de magistrats qui me regardent et parlent d'instruire mon procès. Quel procès?

loO SCÈNES DE LA VIE CRUELLE

J'essaye en vain de me débattre. Des gens armés passent en courant, suivis d'autres gens armés; les uns proposent do me fusiller; les autres roulent des canons. On ne s'occupe déjà plus de moi, je profile de ce moment pour me sauver à la nage. Me voilà en pleine mer. Là, des vaisseaux cuirassés me poursuivent, vomissant des feux tournants. Sur quelque rivage que j'aborde, c'est le tambour, c'est le tocsin; ce sont des populations s'en- Phyant, éperdues. Ma tète se brise, mes genoux se plient; je demande grâce.

— Ensuite?

— Ensuite, je me rendors quelquefois pendant une demi-heure.

— Vous vous rendormez?

— Oui, d'un sommeil égal, mesuré, bénin. On dirait que, pour me provoquer à ce som-

meil, une serinette me joue aux oreilles un air dolent, toujours le même.

— Une serinette? répéta la sorcière, rêveuse.

— Au bout de cette demi-heure, je suis réveillé régulièrement par une insupportable odeur d'allumettes chimiques, ou par des bouffées d'incendie, ou par des appels déchirants : Au secours! à l'aide! à la garde! Ma gorge se serre, mes yeux se dilatent. Je me débats entre les bras de malfaiteurs imaginaires qui me terrassent et me demandent où sont mes valeurs; je vois briller sur ma tête l'éclair d'une hachette; on me traîne par les cheveux; je rampe dans une mare de sang; on me coupe en morceaux, on m'insère dans une malle, on me porte au chemin de fer. Ou bien je rêve que je tombe d'une maison en

construction, que les chevaux d'un omnibus me renversent, que je mange immodérément d'un plat de champignons vénéneux, que je suis pris dans l'engrenage d'une machine à vapeur et que j'en ressors haché menu comme chair à pâté. D'autres fois, oserai-je le dire, il me semble que je tombe dans une fosse récemment mise à découvert... Horreur!

— Passez.

— Deux ou trois personnes s'y font descendre à leur tour pour me sauver et remontent à moitié asphyxiées.

— Passez.

— Bref, il n'est pas de mésaventures auxr quelles je ne sois en hutte, de catastrophes dont je ne sois la victime.

— Cet état s'apaise-t-il? demanda la tireuse de cartes.

— Un pou, mais pas pour longtemps, hélasl répondlsje. Mon rôve se transforme, voilà tout. Je me sens malade...

— Malade?

— De toutes les maladies, infirme de toutes les infirmités. Je me vois enveloppé d'appareils chirurgicaux, de plaques, de bandages, de ceintures, de ligatures. On me force à ouvrir la bouche et à avaler indistinctement : pâtes, juleps, tisanes, baumes, sirops, capsules, pilules, dragées, pastilles, tablettes, bonbons, moutarde, etc. Quel supplice!

— Est ce là tout?

— A peu près, dis-je en soupirant.

— Quoi! pas une sensation agréable? Aucunes riantes visions?

— Si...

— Ahl fit la tireuse de cartes.

— Yers le matin.

15i SCÈNES DE LA VIE CRUELLE

— Je VOUS écoute.

— Seulement alors, continuai je, je me sens pénétré de sensations moins matérielles. Des voix amoureuses viennent chuchoter à mon cœur. J'entrevois des campagnes fleuries; je donne rendez-vous sous les chênes à des jeunes filles ou à des jeunes femmes ; j'escalade des balcons, je me cache dans des boudoirs. Mes amours changent de pays et d'époques, à chaque minute. Tantôt, je suis un beau seigneur, harnaché de broderies et constellé de pierreries; je passe mes journées à la cour, aux genoux des reines ; je trempe dans des conspirations, j'ai des duels, je jette l'or dans des enjeux extravagants. Le soir, un masque de velours sur le visage, une dague à la ceinture, on me voit me glisser dans les rues ténébreuses ; et les écoliers fredonnent sur mon passage :

Celui qui porte un manteau bleu Est le comte Paul de Beauiieu; Celui qui porte rubans verts Est le marquis Jean de Nevers.

Tantôt encore, métamorphosé, avili, flétri, au niveau des derniers coquins, poursuivi par la police, je lutte d'habileté et d'expédients avec ses plus adroits limiers; je me cache sous mille déguisements; je m'évade de toutes les prisons, par les cheminées, par les toits, par les caves... Que vous dirais-je? Cette agitation ne me déplaît pas, au contraire; je me sens vivre, c'est l'éclaircie de mon cauchemar. Oufl

Et je terminai par ces deux vers de la Lucrèce de Ponsard :

Et bien! ces visions qui troublèrent mes sens, Nourrice, pourrais'tu m'en expliquer le sens ?

lo() SCÈxXES DE LA VIE CRUELLE

La tireuse de cartes eut un charmant sourire, et se leva,

— Vous réussissez assez bien vos plaisanteries, me dit-elle.

— Des plaisanteries! m'écriai-je; mais pas du tout! Un cauchemar bien persistant, bien résistant! Pour m'y soustraire, j'ai successivement supprimé...

— Voilà où je vous attendais. Qu'avez-vous supprimé?

— D'abor*], le café.

— Après?

— Après le café, les liqueurs.

— Après?

— Après les liqueurs, le vin.

— Est-ce tout?

— C'est tout. Que pouvais-je supprimer encore?

La tireuse de cartes hocha la tête.

CJIEZ UiNE TIREUSE DE CAUTES 137

— Avez-vous supprimé les journaux? me demanda-t-elle.

Je fis un haut-Ie-corps.

— Comment pourrais-je supprimer les journaux, puisque ma profession consiste à les lire tous les jours?

— Et à en rêver toutes les nuits.

— Que voulez-vous dire?

— Votre cas est bien simple, mon cher monsieur, et je n'aurai besoin avec vous de grand ni de petit jeu.

— Tant pis, murmurai-je.

— Votre cauchemar a quatre grandes pages ; il coûte quinze centimes le numéro.

— Bah !

— Suivez-moi bien. Votre vacarme, vos rumeurs, vos invectives, qu'est-ce autre chose, sinon cette partie du journal qu'on appelle le

Bulletin politique, reflet de toutes les passions de la journée, résumé de tous les bruits d'une séance de l'Assemblée nationale? Ces gens armés qui passent en courant, ces menaces de mort, ces échos de tambour et de canon représentent les nouvelles de l'étranger.

— Croyez-vous?

— N'en doutez pas.

— Quoi! toutes ces secousses dont je suis ébranlé...

— Autant de dépêches télégraphiques.

— Mais la demi-heure de repos qui succède à cet ébranlement, comment l'expliquezvous?

— Je l'explique tout naturellement par les articles de fond du journal, morceaux de résistance, gâteaux largement imprégnés d'une poudre narcotique.

-^ Ainsi, ce sommeil de quelques instants, égal et salutaire...

— Est dû à un Coup d'œil sur la situation ou à un Exposé des motifs de notre ligne de conduite.

— Je comprends. La serinette... qui joue toujours le même air?...

— La serinette est tournée par le rédacteur en chef, par M. un tel ou de Saint-Tel.

— Je commence à saisir, fis je.

— Ce n'est pas malheureux, dit la tireuse de cartes.

— Mais ce n'est pas tout. Les sursauts d'ensuite?

— Les sursauts d'ensuite, ce sont les Faits divers, le chapitre infini des accidents, des délits, des crimes... "Vos maladies et vos infirmités prétendues proviennent du ressouvenir

des annonces de la quatrième page, annonces envahies par les médicaments.

— C'est vrai.

— Enfin, cette éclaircie dans votre rêve, cette heure de sentiment, ces transformations tour à tour magnifiques et misérables...

— Eh bien?

— C'est le roman-feuilleton,

— Evidemment! m'écriai-je.

— 3Ion cher monsieur, si vous voulez guérir, lisez moins de journaux.

Ainsi parla la tireuse de cartes.

Je crains bien de finir aux Incurables.

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