‹ Scènes de la vie de théâtre (volume 2)Chapitre 26 sur 56 · COMMENT ON COLLABORE. IO · texte numérisé non relu

COMMENT ON COLLABORE. IO

évariste. — Je crois bien ! Robinet est vidé.

valfleury. — Je ne serais pas étonné que Morsalin réussît. On peut n'avoir jamais fait de théâtre et tomber sur un succès. Vois donc Latorille avec ses Pommes tapées.

évariste. — Ça ne prouve rien... Les Pommes tapées ont eu un succès de hasard.

valfleury. — Quatre cent cinquante représentations!... tu appelles ça du hasard?... Merci ! un fameux hasard !

évariste, agacé. — Et puis, après? Pouvons-nous les refaire, les Pommes tapées?

valfleury. — Peut-être!

évariste. — Comment Tentends-tu?

valfleury. — J'entends que Boulingrin a assez du drame, et qu'il serait tout disposé à monter une opérette.

évariste. — Il faudrait de l'argent pour cela !

valfleury. — Il en trouvera. Rudolsheim le lui disait encore hier soir : « Qu'est-ce que fus nus empêtez, avec vos pièces tramatiques?...

C'est tes pêtises !... »

évariste. — Ça ne veut pas dire que Rudolsheim le commanditera.

valfleury. — Enfin, Boulingrin m'a demandé une opérette, voilà ce qu'il y a de sûr; et je lui ai dit que nous la lui ferions.

évariste. — Il faudrait d'abord terminer les Amour* trahi».

valfleurt. — Laisse-moi donc tranquille, avec tes Amours trahis t Je te dis que tu n'en sortiras pas. La pièce est mal venue... Il n'y a qu'à la laisser dormir.

ÉVARISTE, avec aigreur. — Ça t'est facile à

dire. Tu n'y a pas travaillé.

valfleurt. — Certainement non ! J'ai bien vu tout de suite où nous allions. Tu as voulu te lancer quand même... Je n'avais pas à t'en empêcher, mais il était clair pour moi que nous ne ferions jamais rien de cette pièce-là : c'est du poncif.

évariste , vivement — Du poncif! La scène entre Olympia et madame de Valbreuse...

valfleurt. — Oh ! je ne te parle pas de ta scène... Cest différent. Elle est trop raide.

évariste, gravement. — Il n'y a rien de trop raide au théâtre ; tout dépend de la façon dont les choses sont présentées. Quand on les présente bien...

valfleurt. — C'est convenu. Tu les présentes très bien» Ta scène est un chef-d'œuvre...

évariste, pincé. — Je ne dis pas cela...

valfleurt. — Je le dis, moi. Là!... es-tu content?... Reste à savoir si le public aime les

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pièces qui ne sont ni chair ni poisson. Cest le cas de kt tienne. On ne sait pas ce qu'elle vent prouYer. Est-elle morale, ou ne Test-elle pas?

évariste. — Elle est morale..* quant au fond. Je soutiens une thèsç.

valfleury. — Oui... Eh bien! il n'en faut plus, de thèses. Si tu veux faire une pièce tout à fait morale, une pièce pour les familles, j'en suis... Nous donnerons cela à Trubert. Cest un malin. Il pourra en tirer de l'argent.

évariste. — Ça dépend. Il s'est coulé avec le Vieux Domestique.

valfleury. — Alors, lâchons la pièce morale et faisons une opérette pour Boulingrin... Pas un opéra-comique! Une vraie opérette comme autrefois.

évariste. — As-tu une idée?

valfleury. — J'en ai trente. Qu'est-ce que tu dirais d'une Lucrèce?

évariste. — Comme celle de Ponsard?

valfleury, riattt. — M ai s non! La Petite Lucrèce, une Lucrèce gaie, bien entendu. Elle tromperait son mari avec Brutus...

évariste. — Avec Sextus, veux-tu dire?

VAtFLEURY. — Du tout! je dis bien : avec Brutus. C'est celui-ci qui imaginerait la légende de l'outrage pour se venger de Sextus

lia SCÈNES DE LA VIE DE THÉÂTRE.

Tarquin ; Lucrèce ferait semblant de se dernier la mort, à la fin du deuxième acte; et en la retrouverait, au troisième, dans les jardins de Babylone.

évariste. — Pourquoi Babylone?

valfleury. — Pp ur avoir un joli décor et de nouveaux costumes. Tu aimes mieux rester à Rome ?

évariste. — Ça m'est égal.

valfleury. — Elle rencontrerait Collatin, qui se serait établi marchand de coco... (Riant > Hein?... Ce serait drôle, ça!... Collatin, marchand de coco...

évariste, impassible. — C'est drôle... si Ton veut.

valfleury, déconcerté. — Je ne dis pas qu'on se tordra; mais enfin... enfin, c'est drôle!

évariste, froidement. — Soit. C'est excessivement drôle. Et puis après?

valfleury. — Après , après... Je ne sais plus, moi. On trouvera. Je n'ai pas la prétention de faire une pièce en cinq minutes; je t'indique l'idée, voilà tout.

évariste. — Oui. Eh bien ! idée pour idée r j'aime autant la première.

valfleury, railleur. — Ah! Les Amours irahis. . . Nous y revenons ?

évariste. — Pas le moins du monde l

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Je ne te force pas à faire la pièce , moi...

Je la ferai avec un autre... Ou tout seul, ce qui vaudra encore mieux.

valfleury. — Si tu veux dire par là que ma collaboration te pèse?...

évariste. — Oh! non. Elle est bien trop légère !

valfleury. — Ah! ah! c'est un mot... Il est joli.

évariste, souriant. — Tu trouves?

valfleury. — Ne le perds pas, surtout!

évariste. — Il n'y a pas de danger. Je le mettrai avec les tiens... on l'apercevra tout de suite.

• valfleury. — Oh ! mais tu deviens excessivement spirituel... Ça va me gagner. Il faut que je m'en aille.

évariste. — A ton aise.

valfleury. — Seulement, je te préviens que tu ne seras pas de la Petite Lucrèce.

évariste. — Je ne tiens pas à en être.

valfleury. — Je te dis cela pour que tu ne réclames pas ta part de collaboration, comme dans les Plombs de Venise.

évariste, vivement. — Les Plombs de Venise m'appartiennent. C'est moi qui te les ai donnés...

valfleury. — Pardon! La pièce avait été

déjà faite par Chaudfroid; elle n'était pas intitulée les Plombs de Venise...

évariste. — Ah!

vawleory. — Mais Jes plombs y étaient tout de même; et la preuve, c'tst que nous les avons supprimés.

évariste. — Pour prendre mon prologue; nous sommes d'accord.

valfleury. — Enfin, il ne s'agit pas de cela. Nous ne devons pins travailler ensemble?...

Eh bien! ne travaillons plus. C'est simple.

évariste. — Très simple.

On frappe à la porte.

une voix au dehors. — On peut entrer?

évariste. — Oui... Tiens, c'est Trézard!...

Qu'est-ce qui t'amène ?

trézard. — Mes enfants, je vous apporte une affaire magnifique. Trubert s'est associé avec des capitalistes américains pour ouvrir une nouvelle salle qui s'appellera l'Alhambra national. Ce ne sera ni un théâtre, ni un caféconcert, ni un cirque ; ce sera tout cela à la fois, c'est-à-dire que ça tiendra le milieu entre les Bouffes, le Gymnase, l'Ambigu et les Folies-Bergères. Vous voyez la chose?

valfleuky. — Parfaitement.

trézard. — Il a besoin d'une pièce d'ouver-

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ture, et naturellement il a pensé à vous...

c'est-à-dire à nous. Ça va-t-il?...

évariste, hésitant. — Dame !

trézard. — Vous voyez ce qu'il lui faut :

une pièce où il y ait de tout...

évariste. — Où il y ait de tout?... (A Valfleury.) Peut-être qu'en arrangeant la Petite Lucrèce...

valfleury, à Évariste. — En refaisant les Amours trahis...

évariste et valfleury, ensemble. — Ça va.

trézard. — Vous acceptez? Je vais le dire

à Trubert. Au revoir!

Il sort

évariste. — Ce Trézard!... quel intrigant!

(Avec indignation.) Et nous le traiterons en collaborateur?

valfleury, soupirant. — Que veux-tu?... il en faut comme ça!

Extrait de la. Mouche théâiraledu a3 mars 1878 :

« Le théâtre des Fantaisies-Comiques don liera prochainement une représentation extraordinaire au bénéfice de Fontenoy.

» On sait qu'après une longue et glorieuse carrière, l'illustre et sympathique comédien se trouve aujourd'hui dans un état voisin de la détresse.

» Les principaux artistes des théâtres de Paris ont eu à cœur de venir en aide à leur vieux camarade, et ils se sont entendus pour organiser une représentation qui promet «d'être splendide.

» Nous publierons le programme complet aussitôt qu'il aura été arrêté. Mais dès à présent nous pouvons annoncer que l'affiche oor-

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tera, entre autres noms, ceux de Faure, de Capoul et de madame Carvalho. »

Extrait du Courrier des spectacles du *4 mars »

« La Mouche théâtrale enregistre avec fracas la nouvelle d'une représentation au bénéfice de Fontenoy.

» Cette fameuse nouvelle était connue depuis longtemps, et c'est par un sentiment de réserve facile à comprendre que nous n'en avions pas encore parlé.

» Mais puisque notre confrère n'a pas cru devoir attendre qu elle fût officielle pour la publier, nous n'avons aucune raison de nous montrer plus discret que lui. Disons donc que la représentation aura lieu le ia avril prochain, et rectifions les renseignements de la Mouche théâtrale, au sujet des artistes oui prendront part à cette solennité.

» Capoul, venant de signer un engagement qui l'appelle immédiatement en Amérique, ne sera plus à Paris dans quinze jours. Quant à Faure et à madame Carvalho, si leur concours

LE BENEFICE »E FONTENOT. Iîf>

est acquis en principe, nous croyons qu'en fait rien n'est encore décidé.

» En revanche, notre confrère n'a pas prononcé le nom de madame Judic, et nous savons de source certaine que la diva doit dire deux de ses plus jolies chansonnettes.

» Il est question aussi d'une pièce inédite, écrite spécialement pour la circonstance par un auteur célèbre qui n*a jamais rien donné aux Fantaisies... Mais ceci est encore un mystère, et nous ne sommes pas autorisés à en dire davantage. »

Extrait de la Lorgnette du a5 mars :

« Soyons les premiers à annoncer qu'une représentation extraordinaire au bénéfice de Fontenoy sera donnée le m avril prochain au théâtre des Fantaisies-Comiques.

t» Nous ne connaissons pas encore dans tous ses détails le programme de cette représentation, mais nous pouvons affirmer d'avance qu'elle sera des plus fructueuses et qu'elle réunira tous les noms aimés du public. On parle de Faure, de Capoul, de madame Carvalho, de madame Judic... Mais ne déflorons pas les sur-

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prises de l'affiche. On verra bientôt que rien n'a été négligé pour donner à la soirée en question l'éclat d'une véritable solennité. »

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