VIII. — AU THEATRE
Le théâtre est dans une obscurité presque complète. On entend un grand bruit dans la coulisse; c'est l'auteur qui a dégringolé dix marches et est venu tomber dans un décor. Il entre en boitant.
TRUBERT. — Ah! mon cher... arrivez donc! Je vous attendais avec une impatience...
GASTON, se frottant le genou. — Je suis en retard'^
TRUBERT. — Non ! mais nous voilà bien plantés !
GASTON. — Que se passe-t-il donc?
TRUBERT. — Il se passe d'abord que la censure a vu des allusions politiques dans votre troisième acte... Vous savez? la scène entre Romulus et Flavius :
Quand un gouvernement veut être respecté, Il faut qu'il sache user de son autorité...
GASTON, désolé. — On vcut que je change cela?
ROMULUS. Gl
TRUBERT. — Probablement... Allez voir ces messieurs, vous vous entendrez avec eux. — Maintenant, autre chose : Gaudru m'a renvoyé son rôle.
GASTON. — Allons donc !
TRUBERT. — Il a été froissé de votre attitude à son égard.
GASTON. — Moi!... Je l'ai froissé?
TRUBERT. — Il le dit. Il prétend qu'hier, à la répétition, vous avez affecté de ne pas l'écouter pendant qu'il récitait sa tirade.
GASTON. — Mais je faisais une correction avec le souffleur !
TRUBERT. — Justement. C'est ce qui a blessé Gaudru. Vous savez comme il est susceptible. Il faut que vous alliez le voir.
GASTON. — Pour quoi faire ?
TRUBERT. — Pour qu'il reprenne son rôle, parbleu ! Aimez-vous mieux que votre pièce ne soit pas jouée? A votre aise!
GASTON. — Ah ! si je n'avais pas déjà annoncé à tout le monde... (Brusquement.) Où demeuret-il, ce Gaudru?
TRUBERT. — Route de la Révolte, n° i43... . C'est du côté de Neuilly ou de Levallois-Perret, je ne sais pas au juste.
GASTON. — C'est bon! j'y vais!
TRUBERT. — Et puis, n'oiiblicz pas la censure !
GASTON. — Non !
Il sort.
TRUBERT, criant. — Ni le copiste! Déporte, 37, rue Saint-Marc, au quatrième, la porte à gauche...