‹ Scènes de la vie de théatreChapitre 7 sur 57 · DANS LES COULISSES · texte numérisé non relu

DANS LES COULISSES

octavie, à Valfleury. — Mon cher auteur, je vous présente M. le marquis de Vieillestampe.

valfleury, saluant. — Monsieur le marquis...

le marquis. — C'est à vous, monsieur, que je dois d'avoir pu pénétrer dans ce lieu interdit aux profanes...

valfleury. — Du tout, monsieur... N'en

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rendez grâce qu'au talent de mademoiselle, dont le nom seul...

le marquis. — Oh! Monsieur... Vraiment...

La conversation est interrompue par les machinistes qui placent le décor.

— Attention... là...

— Chargez!

— Gare les mains !

— Baissez la herse !

— Vous ne pouvez pas regarder devant vous, imbécile!...

— A toi, Jumeau !

■ — Allez-y... doucement!... Doucement, vous dis-je!...

— Allons, place au théâtre!...

— Sonnez, Lucien!...

— En scène pour le deuxième acte!...

le garçon de théâtre à Octavie. — Mademoiselle... Ce monsieur vous appelle.

OCTAVIE. — Eh bien! qu'est-ce qu'il veut?

le garçon. — Il demande à passer dans la salle.

OCTAVIE. — C'est bon. ..je vais le conduire... En voilà une scie!

On commence le deuxième acte. — Succession de scènes sur les inventions de l'année jusqu'au tableau

3/i SCÈNES DE LA VIE DE THÉÂTRE,

de l'Exposition de géographie. — Les Nations défilent devant la France. .

LA FRANCE. — Qui viciit là, maintenant?

l'espagne, fièrement. — C'est moi... le Champagne! (Se reprenant vivement.) — Non! non! l'Espagne... C'est moi, l'Espagne !

Rires dans la salle et sur la scène. — Les Nations se tordent.-

boulingrin, furieux. — Petite CFuche, vai...

LA PETITE CRUCHE, fondant en larmes. — Hi !

Hi!Hi!

boulingrin. — Allons! emmenez-la!

sÉRicouRT. — Voyez-vous cet elïet, le jour de la première!

TRÉzARD. — Et figurez-vous qu'hier elle le disait très bien... mais là... très bien!

boulingrin. — Allons, un peu de silence t (Au chef d'orchestre.) Reprenez, monsieur Gervois.

La répétition continue jusqu'à la scène des tableaux vivants.

boulingrin, aux inspecteurs. — Ah! Voici les tableaux du dernierSalon. Vous allez voir, c'est très joh... ei il n'y arien àdire... c'est d'un gazé!...

Exhibition de plusieurs tableaux.

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l'actrice chargée du rôle du Génie des Arts. a Voici maintenant le tableau de Paris hésitant entre les trois déesses... »

Le Génie des Arts lève sa baguette. On aperçoit le tableau en question. Junon et Minerve ont le costume mythologique. Seule, Vénus est en toilette de ville.

LES INSPECTEURS, à Boulingrin. — Est-Ce que

Vénus va rester ainsi?

BOULINGRIN. — Mais non!... je n'y comprends rien. (A haute voix.) Arrêtez!... (Silence général.) Comment se fait-il que vous ne soyez pas habillée, vous, là-bas? (Vénus ne répond pas.) Voyons, Crochard, c'est votre affaire... Répondez pour elle.

LE RÉGISSEUR. — Mais je ne savais pas, monsieur... Je croyais qu'elle avait son costume. (A Vénus, en lui lançant un regard furieux.) Est-ce que vous ne l'avez pas reçu hier?

VÉNUS, à voix basse. — Oui.

LE RÉGISSEUR. — Elle dit : oui.

BOULINGRIN. — Eh bien, alors, pourquoi ne l'avez-vous pas mis? Voyons, répondez...

Messieurs les inspecteurs l'exigent... N'est-ce pas, messieurs?

LES INSPECTEURS. — Certainement.

VÉNUS. — Parce que je n'ai pas besoin de le mettre avant la première représentation.

BOULINGRIN. — Est-elle bête!

VÉNUS. — Monsieur, vous n'avez pas le droit de m'insulter. Je ne m'habillerai pas en Vénus pour une simple répétition.

BOULINGRIN. — Mais pourquoi ? Voyons !

pourquoi?...

I VÉNUS, avec l'accent de la dignité blessée. — Parce que mon amant me l'a défenflu... (Cette déclaration produit un effet indescriptible; ce que voyant, Vénus continue avec force.) Oui, monsieur!... Il veut bien que je paraisse en Vénus devant le public — parce que c'est mon devoir d'artiste... — mais jamais devant mes camarades! ! !

Explosion de bravos. — Vénus descend de son piédestal et reçoit les félicitations des autres déesses. — La répétition est suspendue.

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