‹ Scènes de la vie parisienneChapitre 37 sur 37 · RUBENS · texte numérisé non relu

RUBENS

Danse de faunes et de nympJies.

REMBBANDT.

Fntcrieur d\ne salle de dissection.

Le docteur Tromp faisant sa leçon àsesélèves.

B y »vait cent cinquante tableaux, tous vernis, époussetés; quel-

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ques-tins étaient couverts de rideaux verts qui ne se tiraient pas er» présence des jeunes personnes. L'artiste resta les bras cassés, la bouche béante, sans parole sur les lèvres, en reconnaissant la moitié de ses tableaux dans cette galerie : il était Rubens, Paul Polter, Mieris, Metzu, Gérard Dow!... Il était à lui seul vingt grands maîtres »

— Qu'avez-vous? vous pâlissez !

— Ma fille, un verre d'eau! s'écria la mère Vervelie.

Le peintre prit le père Vervelie par le bouton de sou liabit ot l'emmena dans un coin, sous prétexte de voir un Murillo. Le» tableaux espagnols étaient alors à la mode.

— Vous avez acheté vos tableaux chez Élie Magus? lui dit-il.

— Oui... tous originaux!

— Entre nous, combien vous a-l-il vendu ceux que je vais vous désigner?

Tous deux, ils firent le tour de la galerie. Les convives furent émerveillés du sérieux avec lequeli'artiste procédait, en compagnie de son hôte, à l'examen des chefs-d'œuvre.

— Trois mille francs! dit à voix basse Vervelie en arrivant ait dernier; mais je dis quarante mille francs!

— Quarante mille francs un Titien? reprit à haute voix l'artiste, mais ce serait pour rien !

— Quand je vous le disais, j'ai pour cent mille écus de tableaux»' s'écria Vervelie.

— J'ai fait tous ces tableaux-là, lui dit à l'oreille Pierre Grassou, je ne les ai pas vendus tous ensemble plus de dix mille francs...

— Prouvez-le-moi» répliqua le marchand de bouteilles, et jedouble la dot de ma fille, car alors vous êtes P»ubens, Rembrandt, Terburg, Titien!...

— Et Magus est un fameiix marchand de tableaux ! dit le peintre, qui s'expliqua l'air vieux de ses tableaux et l'utilité des sujets quelui demandait le brocanteur.

Loin de perdre dans l'estime de son admirateur. M, de Fougères, car la famille persistait à nommer ainsi Pierre Grassou, grandit si bien, qu'il fit gratis les portraits de la famille, et les offrit naturellement à son beau-père, à sa belle-mère et à sa femme.

Aujourd'hui, Pierre Grassou, qui ne manque pas une seule Expolion, passe, dans le monde bourgeois, pour un bon peintre de por*

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trait. Il gagne une douzaine de mille francs par an, et gâte pour cinq cents francs de toiles. Sa femme a eu six mille francs de rente «n dot; il vit avec son beau-père et sa belle-mère. Les VervelJe et •les Grassou, qui s'entendent à merveille, ont voiture et sont les })lus heureuses gens du monde. Pierre Grassou ne sort pas d'un cercle bourgeois où il est considéré comme un des plus grands artistes de l'époque. 11 ne se dessine pas un portrait de famille, entre la barrière du Trône et la rue du Temple, qui ne se fasse chez ce grand peintre, qui ne se paye au moins cinq cents francs. La grande raison des bourgeois pour employer cet artiste est celleci : M Dites-en ce que vous voudrez, il place vingt mille francs par an chez son notaire ! » Comme Grassou s'est tiès-bien montré dans les émeutes du 12 mai, il a été nommé oflicier de la Légion d'honneur. 11 est chef de bataillon dans la garde nalionale. Le Musée de Versailles n'a pas pu se dispenser de commander une Bataille à «n si excellent citoyen, qui s'est promené partout dans Paris afin de rencontrer ses anciens camarades et de leur dire d'un air dégagé ;

— Le roi m'a donné une Bataille à faire!

Madame de Fougères adore son mari, à qui elle a donné deux enfants. Ce peintre, bon père et bon époux, ne peut cependant pas ôter de son cœur une fatale pensée : les artistes se moquent de lui, son nom est un terme de mépris dans les ateliers, les feuilletons ne s'occupent pas de ses ouvrages. Mais il travaille toujours, et il se porte à l'Académie, où il entrera. Puis, vengeance qui lui dilate le cœur! il achète des tableaux aux peintres célèbres quand ils sont gênés, et il remplace les croûtes de la galerie de Ville-d'Âvray par de vrais chefs-d'œuvre... qui ne sont pas de lui.

On connaît des médiocrités plus taquines et plus méchantes que celle de Pierre Grassou, qui, d'ailleurs, est d'une bienfaisance auoiiyme et d'une obligeance parfaite.

Paris, décembre 1839.

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