‹ Scènes de la vie privée et publique des animaux (volume 2)Chapitre 2 sur 49 · PREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

PREMIER LIVRE

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Dans la semaine suivante, après la messe de mariage qui , se‘on l'usage de quelques familles du faubourg Saint-Germain, fut célébrée à sept heures à Saint-Thomas-d’Aquin, Calyste et Sabine montèrent dans une jolie voiture de voyage, au milieu des embrassements, des félicitations et des larmes de vingt personnes attroupées ou groupées sous la marquise de l'hôtel de Grandlieu. Les félicit:tions venaient des quatre témoins et des hommes, les larmes se voyaient dans les yeux de la duchesse de Grandlieu, de sa fille Clotilde qui toutes deux tremblaient agitées par la même pensée.

— La voilà lancée dans la vie ! Pauvre Sabine, elle est à la merci d’un homme qui ne s’est pas tout à fait marié de son plein gré.

Le mariage ne se compose pas seulement de plaisirs aussi fugitifs dans cet état que dans tout autre, il implique des convenances d'humeur, des sympathies physiques, des concordances de caractère qui font de cette nécessité sociale un éternel problème. Les filles à marier aussi bien que les mères connaissent les termes et les dangers de cette loterie, voilà pourquoi les femmes pleurent

un mariage , tandis que les hommes/sourient -es hommes croient ne rien hasarder, les femmes savent ce qu’elles risquent.

Dans une autre voiture qui précédait cel la baronne du Guénic à qui la duches:

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des mariés, se trouvait vint dire: — Vous êtes

mère quoique vous n’ayez eu qu’un fils, tâchez de me remplacer près de ma chère Sabine !

Sur le devant ne cette voiture, on voyait un chasseur aol servait

Les quatre lo vêtus de leurs plus TE uniformes , car chaque voiture était attelée de quatre chevaux, portaient tous des bouquets à leur boutonnière et des rubans à leurs chapeaux que le duc de Grandiieu eut mille peines à leur faire quitter, même en les payant } le postillon français est éminemment intelligent, mais il tient à ses plaisanteries, ceux-là prirent l'argent, et à la Barrière ils remirent leurs rubans.

— Allons, adieu, Sabine, dit la duchesse, souviens-toi de ta promesse, écris-moi souvent. Calyste, je ne vous dis plus rien , mais vous ine comprenez !.…

Clotilde, appuyée sur sa plus jeune sœur Athénaïs à qui souriait le vicomte Juste de Grandlieu , jeta sur la mariée un regard fin à travers ses larmes, ct suivit des yeux la voiture qui disparut au milicu des batteries réitérées de quatre foucts plus bruyants que des pistolets de tir. En quelques secondes, le gai convoi atteignit à l'esplanade des Invalides, gagna par le quai le pont d’Iéna, la barrière de Passy, la route de Versailles, enfin le grand chemin de la Bretagne.

N'est-il pas au moins singulier que les artisans de la Suisse et de l'Allemagne, que les grandes familles de France et d’Angliterre obéissent au même usage et se mettent en voyage après la cérémonie nuptiale? Les grands se tassent dans une boîte qui roule. Les petits s'en vont gaiement par les chemins, s’arrêtant dans les bois, banquetant à toutes les auberges, tant que dure leur joie ou plutôt leur argent. Le moraliste serait fort embarrassé de décider cù se trouve la plus belle qualité de pudeur, dans celle qui se tache au public en inaugurant le foyer et la couche domestiques cunme font les bons bourgeois, ou dans celle qui se cache à la famile en se publiant au grand jour des chemins, à la face des inconnus? Les âmes délicates doivent désirer la solitude et fuir également le monde et la famille. Le rapide amour qui commence un marisge est un diamant, une perle, un joyau ciselé par le premier des arts, un trésor à enterrer au fond du cœur.

Qui peut raconter une lune de miel, si ce n’est la mariée? Et

combien de femmes reconnaîtront ici que cette saison d’incertaine durée (il y en à d’une seule nuit!) est la préface de la vie conjugale. Les trois premières lettres de Sabine à sa mère accuseront une situation qui, malheureusement, ne sera pas neuve pour quelques jeunes mariées ct pour braucoup de vieilles femmes. Toutes celles qui se sont trouvées pour ainsi dire gardes-malades d’un cœur ne s’en sont pas, comme Sabine, aperçues aussitôt. Mais les jcun:s filles du faubourg Saint-Germain, quand elles sont spirituelles, sont déjà femmes par la tête. Avant le mariage, elles ont reçu du monde et de leur mère le baptême des bonnes manières. Les duchesses jalouses de léguer leurs traditions, ignorent souvent la portée de leurs leçons quand elles disent à leurs filles : — Tel mouvement ne se fait pas. — Ne riez pas de ceci. — On ne se jette jamais sur un divan, l’on s’y pose. — Quittez ces détestables façons! — Mais cela ne se fait pas, ma chère! etc. Aussi de bourgeois critiques ont-ils inj ustement refusé de l'innocence et des vertus à des jeunes filles qui sont uniquement, comme Sabine, des vierges perfectionntes par l'esprit, par l'habitude des grands airs, par le bon goût, et qui, dès l’âge de scize ans, savaient se servir de leurs jumelles. Sabine, pour s’être prêtée aux combinaisons inventées par mademoiselle des Touches pour la marier, devait être de l’école de mademoiselle de Chaulieu, Cette finesse innée , ces dons de race rendront peut-être cette jeune femme aussi intéressante que l'héroïne des Hémoircs de deux jeunes mariées, lorsqu'on verra l'inutilité de ces ava::tages sociaux dans les grandes crises de la vie conjugale, où sou vent ils sont annulés sous le double poids du malheur et de là passion.

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