‹ Scènes de moeurs électoralesChapitre 13 sur 19 · HE · texte numérisé non relu

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Et nos deux champions s'attablent face à face sor le perron de l'église.

Et ainsi de suite. Il leur dit comme ça tout ce qu'il avait à dire, en chantant.

-Cré mardi ! fit un habitant, il chante encore mieux que Xavier Baron. . n- „,i

—Ben sûr qu'il chante mieux que Xavier Baron!

dirent les autres. ,

Xavier Baron était le chantre en renom de la paroisse; de plus il était d'une force herculéenne.

— Il peut bien chanter mieux que Xavier Baron, fit quelqu'un, mais je gagerais bien qu'il tirerait pas au poignet avec lui !

— Est-il ici? demanda Turcotte.

— Non.

— Allez le chercher.

— Vous voulez tirer au poignet avec Xavier Baron! c'est pas mal effronté.

— Allez le chercher ! répète Turcotte.

On amène Xavier Baron, on apporte une table, des chaises, et nos deux champions s'attablent face à face sur le perron de l'église. Turcotte était manchot, et comme tous les manchots il avait double force dans le bras qui lui restait.

— Ah! ça, dit-il, un marché! Nous allons tirer "en trois coups les deux meilleurs." Si Xavier Baron me renverse, je pars d'ici dans dix minutes, et vous ne me reverrez jamais de votre vie; mais si je le renverse, vous voterez tous pour moi ?

— C'est correct.

— C'est-y fait?

—C'est faite!

Et, au grand ébahissement de la foule, Joseph Turcotte amena trois fois de suite le poing de son adversaire sur la table. On le porta en triomphe, et c'est au vote de cette paroisse qu'il dut son élection.

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