LAFLEUR
Monseigneur, c'est une lettre qu'un courrier apporte de Ver-
sailies à toute bride.
LE MARQUIS
Donne, (n ut la lettre.) Madame , vous avez certainement des intelligences là-haut : cette lettre est du lieutenant de police; il me prévient que votre Frontin, échappé effectivement du bagne d'Alger, a imaginé de ressusciter son maître pour nous escroquer cent mille écus.
LA MARQUISE,. f aiiissant la lettre avec Tiraoité.
Dites-vous vrai? (sue lit. )-
LE MARQUIS
Lafleur, va vite! assurez-vous du pendard! mais qu'on ne lui fasse aucun mal.
LISETTE
Non, monseigneur, soyez tranquille. — Viens, Lafleur, viens
chercher des gaules! (sue aort en courant avec laflear.)
LE MARQUIS
Et maintenant, madame, n'ai-je point à craindre de ce gen* til cœur, si mobile, un nouveau revirement?
LA MARQUISE, le regardant fixement.
Cette lettre-ci est venue bien à point... et le reste aussi... Voyons, voyons donc!... votre course mystérieuse de ce matin,... ce départ de Lafleur au grand galop,... certains regards sournois que je me rappelle entre vous et Frontin,.,. tout cela sent bien un peu la manigance, dites-moi?
LB MARQUIS
0ht madame!
LA MARQUISE
Non, la, en conscience, marquis, qu'étes-vous dans toute cette comédie, dupe — ou fripon ?
LE MARQUIS, nant et distillant tes mots.
Ehl madame,... puisque rien ne peut vous échapper, et puisque définitivement le comte est mort, bien mort, n'est-ce
^aS?..* (La marquise fait signe que oui, le marquis incline le genoa et lai
prend la main.) Eh bien , franchement,... je suis un peu fripon.
PERSONNAGES
LB COMTB HBNRI DB COMIflNOBS, trente-deux ani. LB YICOMTB HBCTOR DB MAULÉON, tiente ans.
HADBMOISBLLB ÂURORB DB KBRDICr soixante ans; cheveox
gris, on nuage de poudre; toilette de son Age. mais très-soignée. FRANÇOIS, son domestique; octogénaire, apparence de la décrépitude»
chsTeux et sourcils blancs; il est en culotte et en bas noirs; souliers à
boucles.
Y VONNBT, domestique du vicomte ; livrée.
La scène se passe de nos jours, en Bretagne, sur la lisière de la forêt de Brocoljrandc. (Cette forêt est célèbre dans les vieil'es légendes bretonnes: on y montre la fonlaine de l'encliuiitcur Merlin.^