LE CARDINAL DU BOIS DÉCLARÉ PREMIER MINISTRE
qu'il craignoit apparemment qui ne fussent démenties par le froid dont il craigiioit que j(> les pourrois recevoir. Quoi qu'il en soit, je l'y Irouvai avec le Blanc et Belle-Isle seuls. Dès qu'il m'aperçut, il courut à moi, n'oublia rien pour me persuader que je l'avois fait premier ministre, et son éternelle reconnoissance, me protesta qu'il vouloit ne se conduire que par mes conseils, m'ouvrir tous ses portefeuilles, ne nie cacher rien, concerter tout avec moi. Je n'étois pas si crédule que le cardinal de Hohan, et je sentois tout ce que valoit ce langage d'un homme qui savoit mieux qu'il ne disoit, el qui ne cherchoit qu'à se cacher sous son manteau, et à jetei-, s'il l'eùl pu, tout l'odieux de sa promotion sur moi, comme l'ayant conseillée, poursuivie et procurée. Je répondis p ir tous les compliments que je pus tirer de moi, sans jamais convenir que j'eusse la moindre part à sa promotion, ni que je prisse à l'hameçon de tant de belles offres sur les affaires. Il ne tenoil pas à te re de joie. Nous entrâmes par les derrières, lui et moi, dans le cabinet de M. le du ■ d'Orléans, qui, à travers l'embarras qui le saisit à ma vue, me fît aussi merveilles, mais sans qu'il fût question de la déclaration du premier ministre. J'abrégeai tant que je pus ma visite, et m'en revins respirer à Meudou. Cette déclaration, incontinent suivie de la plus ample patente, et de son enregistrement, fut extrêmement mal reçue de la cour, de la ville et de toute la France Le premier ministre s'y étoit bien attendu, mais il y étoit parvenu et il i-e moquait de l'iniprobalion et des clameurs publiques, que nulle politique ni crainte ne put retenir.
Les Rohans firent preuve de la leur en cette occasion, qui les touchoit de si près ; ils avalèrent la chose doux comme lait, affectèient de l'approuver, de la louer, de publier que cela ne se pouvoit autrement, sinon que cela avoit été trop différé. Us ont tous en préciput une finesse de nez qui les porte sans faillir à l'insolence ou à la bassesse, qui les fait pasï( i- de l'un à l'autre avec une agilité merveilleuse, et dont l'air simple et naturel sut-
MADEMOISELLE DK PLÈNŒUF, MARQUISE DE PRIE. 359
prendroil toujours, si leur extrême fausseté étoit moins connue, jusqu'à douter avec faison s'ils ont soif à table quand ils demandent à boire. V.n vérité, la souplesse ni l'étude des plus surprenants danseurs de corde n'égala jamais la leur. Leur coup étoit manqué ; en user autrement eût blessé le cardinal du Bois jusque dans le fond de l'âme par la conviction de sa longue perfidie; l'avaler comme ils firent étoit se l'acquérir autant qu'il en pouvoit êtie capable, par la reconnoissance de cacher son forfait autant qu'il étoit en eux, et par l'effort d'approbation et de joie de ce qu'il leur enlevoit après des engagements si forts et si redoublés. Laissons-les s'ensevelir dans celte fange, et du Bois dans le comble de sa satisfaction et de la toute-puissance, pour exposer un épisode indispensable à placer ici pour les étranges suites qu'eurent de si chétives sources.