‹ Scènes et proverbesChapitre 31 sur 47 · RANUCE DE BYZANCE · texte numérisé non relu

RANUCE DE BYZANCE

MUNIUS, juif.

MUZEDDIN, en^jjye ûe i» to.txé.

CoMJUBZs, Condottieri, Paobs.

ALIX

La scène se passe à Nuremberg, chez Ulric. Une petite chambre avec deux

fenêtres dont les parois extérieures sont tapissées de pampre. Au fond, à

droite, un sombre escalier en spirale qui se perd dans le plafond. Alix travaille près d'une fenêtre. Entre Dlric.

ALIX, ULRIC, puis MANSFELD.

ALIX, se levant.

Eh bien ?

ULRIC

Eh bien, chère conjurée, ce sera bientôt.

ALIX

Quand?

ULRIC

Bientôt.

ALIX

Oui, l'éternelle réponse. (Elle se rassied et reprend son ouvrage.)

ULRIC

T'ai-je dit que j'attends ce soir Mansfeld ?

Al IX.

Je ne sais.

ULRIC

Il revient de Prague. Quoique tu ne le connaisses pas, faislui bon accueil, Alix. C'est mon meilleur ami. C'est une âme austère et bonne, une âme antique avec la tendresse chrétienne.

ALIX

Il suÊQt. S'il apporte du courage, il est le bienvenu : j'aime le nouveau.

ULRIC, souriant.

Tu me boudes, Alix, depuis quelques jours. Tu es une enfant. Il s'agit d'une affaire de vie et de mort pour toute une ville, pour tout un peuple, et cette jolie fille trouve là un sujet de bouderie.

ALIX

Oui, je boude, parce que tous tes conjurés sont des lâches. Cette ville de Nuremberg est peuplée de valets. Il nV a dans toute la Franconie qu'un homme, et c'est le comte, qui a osé vous juger à votre valeur, qui vous a asservis avec une poignée de bandits italiens, et qui vous fait courber la tête jusqu'au ruisseau quand il vous regarde. Voilà dix ans enfin que vous souffrez cela, dix ans qu'il vous conduit comme sa meute avec un fouet et un sifflet. Je ne sais comment ces hommes sont faits. Moi, quand je l'entends seulement passer, chantant et sifflant au milieu de la foule qui se tait et fait place, j'étouffe de honte. Non, je ne sais pas comment vous êtes faits. N'y

ALIX. — — «^ 23j

a-t-il pas un an que vous conspirez, et que tu rentres chaque jour avec ce refrain sur les lèvres : « Bientôt? » Des hommes! Vraiment, oui! Si tu m'avais laissée conspirer seule à ma guise, il y a un an que vous auriez tous été affranchis par la main de cette jolie fille qui boude.

ULRIG.

Vraiment?

ALIX

Je l'aurais attendu en bas, devant la porte, à son retour de la chasse; d'une main j'aurais pris la bride de son cheval, et je lui aurais mis de l'autre un couteau dans le cœur. Un de ces jours, l'ennui et le dégoût me prendront si fort, que je ferai ce que j'aurais dû faire, et ce ne sera pas plus tard que demain, Ulric, si tu souris encore.

ULRIG.

Soit. Mais réfléchis un peu. Tu n'as, jamais voulu voir le comte; je suppose qu'au moment de le frapper, l'air de son visage te surprenne, ou que tu sois saisie de pitié au regard tendre ou fier de ses yeux. Songes-tu à cela? Comme toutes les femmes, tu te représentes Tobjet de ta haine sous quelque aspect étrange et hideux : je gage que, seulement en voyant au comte des traits humains, en trouvant un homme bien fait à la place du monstre que tu imagines, tu sentiras l'attendrissement te gagner et ta belle main trembler.

ALIX

Tu crois cela? Tu verras.

ULRIG.

Ainsi, Alix, tu hais le comte; voilà tout le fond de ton cœur. Pourvu que le comte meure, tout est bien. Tu ne m'aimes plus.

ALIX

Je t'aime encore, Ulric; mais je me sens à la veille de te mépriser, et c'est pourquoi je voudrais mourir ce soir. Mais, toi qui parles, où est ton amour? As-tu seulement de la pitié pour moi? Que la honte de ton pays et ta propre honte ne te touchent pas; que tu voies sans colère ce comte infâme porter une main dédaigneuse sur l'honneur, sur les libertés, sur les têtes de ses concitoyens, je crois que je te le pardonnerais encore : mais ce comte a fait mourir mes deux frères; mais j'ai trompé, j'ai quitté pour toi ma mère en deuil de ses fils, et elle est morte en me maudissant. Venge mes frères, ma mère me pardonnera, c'est tout ce que je veux. Tu me l'as promis d'ailleurs; sans cela, est-ce que je vivrais? As-tu de la mémoire au moins? 11 y a un an, le jour où ma mère est morte du chagrin que je lui avais fait, j'ai bien compris que je n'avais plus de repos à espérer en ce monde ni dans l'autre; alors, la pensée m'est venue de tuer le meurtrier de mes frères, et de rendre du même coup la Franconie libre. Je connaissais ma mère; elle aurait tout pardonné à qui aurait vengé ses fils, et puis c'était une noble femme qui ne pouvait souffrir la honte ni dans sa maison ni dans son pays. Je me souvenais qu'elle avait elle-même armé les mains de ses fils pour la révolte... Oui, je suis sûre que son âme aurait volé audevant de la mienne, si j'avais accompli ce que je méditais

ALIX

ce jour-là!... Mais tu me dis que tu t'en chargeais, toi, qu'il fallait des hommes pour une œuvre semblable; tu parus comme inspiré d'une révélation soudaine. Ton œil élincelait, tes lèvres tremblaient en prononçant de grandes paroles. Je te crus. Je consentis à vivre, à remettre en tes mains, bien-aimées alors, le soin de délivrer ma patrie de sa misère, et moi de mes remords. Il y a un an de cela, Ulric. Eh bien, il semble que ton ardeur, au lieu de s'accroître, s'éteigne de jour en jour; depuis un mois, je n'ose même plus t'interroger, tant j'ai peur de trouver un lâche ou un traître dans mon amant.

ULRIC, souriaat.

Patience, belle enfant.

ALIX

Toujours ce mot! Encore ce sourire!... Tiens, je n'ai plus qu'une chose à te dire, ensuite ce sera fini.

Parle, parle.

ALIX

Le comte m'a écrit.

ULRIC

A toi? le comte? quelle histoire !

ALIX

Il y a deux heures, comme il passait sur la place, j'étais assise où je suis; une bourse pleine de floriqs est tombée à mes pieds avec ce billet. Lis.

ULRIC, lisant le billet.

« Ma gracieuse fille, s'il vous plaisait d'être comtesse suzeraine une couple d'heures, je suis votre homme, — Ottocar.» C'est d'un cœur à la fois respectueux et bien épris. Lui as-tu répondu?

ALIX

Mais, voyons, es-tu fou? Je ne t'ai jamais vu ainsi... Jamais

je ne t'ai vu ce calme et ce sourire, (sept heures sonnent à une église voisine. Ulric parait compter les coups de la cloche; après le septième, il se lève.)

ULRIG, prenant la main d'Alix.

Je suis calme et ]e souris, mon amour, parce que l'aurore de demain blanchira sur la tombe du comte ou sur la mienne.

ALIX

Quoil que dis-tu?

ULRIG.

J'ai voulu, chère enfant, te sauver les inquiétades d'un pareil instant. J'ai voulu, pour toi comme pour moi, qu'il fût aussi court que possible. Nous avons une demi-heure à nous. A sept heures et demie, je vais rejoindre mes amis. Demain, nous serons libres. Cette nuit, je tue le comte.

ALIX

Mon Dieu!... mon Dieu!... ne t'es-tu pas trop pressé? Es-tu sûr de tes amis? Cette nuit? mais elle vient déjà, la nuit. C'est donc tout de suite?

ULRIC

Sois tranquille, Alix. Tous sont prêts et fidèles. Il ne s'agis-

ALIX. 239

sait pas seulement de tuer un homme, mais bien de soulever un peuple. C'est ce qui a pris du temps. Toutes les villes où le comte a des baillis, Furth, Bamberg, Wurtzbourg, Anspach, feront chez elles, à l'heure dite, ce que nous allons faire chez nous. Demain, la Franconie se réveillera libre dans son lit d'esclave; ma patrie morte ressuscitera à la lumière du ciel en secouant sa chaîne brisée. Ceux qui verront cela seront heureux! Si je conçois, Alix, deux spectacles également splendides et faits pour l'œil de Dieu, c'est la création d'un monde et le réveil d'un peuple.

ALIX, l'embrnssant.

Je t'aime, mon UlriC. (Elle le force de s'asseoir, et se met à ses

[pieds.} Quand j'y pense, tu es leur chef, toi, le plus jeune! Sans :toi, rien ne se ferait... Que je suis heureuse! Écoule, je vais Xq dire quelque chose en secret : — Tu es beau comme un roi, ^tu es grand comme un empereur...; mais voici ce qui va arri- ^ver : demain, tu seras connu et admiré de tous, des femmes ■aussi. 11 n'y aura personne qui ne te répète ce que je te dis seule aujourd'hui. Souviens-toi que je te l'ai dit avant elles» |moi, avant tout le monde; n'est-ce pas, Ulric?

Oui, oui, enfant.

ALIX

D'abord, si tu en aimais une autre, elle te tromperait, et [très-aisément. Tu as étudié les hommes, Ulric; tu es digne [d'être le chef d'une nation, tu es un savant et un philosophe;

mais les femmes, vois-tu, tu ne connais rien aux femmes; elles te tromperaient très-aisément.

ULRIC, riant.

Qu'en savez-vous? Vous m'avez donc trompé?

ALIX

Certainement. Par exemple, je te trompe en ce moment, car je ris; cela te fait sourire, et tu ne vois pas que j'ai envie de pleurer... Je parle, je parle pour m'étourdir; mais, si tu n'étais pas là, je ne ferais que pleurer.

ULRIC

Alix, n'as-tu pas appelé de tous tes vœux l'heure où nous sommes?

ALIX

Malheureuse que je suis! Cela est vrai ! (EUe pleure.) Pardonnemoi, pardonne-moi.

ULRIC

Que je te pardonne, chère enfant?

ALIX

Si tu meurs, je t'aurai tué. C'est moi, c'est ma folle haine qui t'a jeté dans cette entreprise terrible.

ULRIC '

Je t*en remercie, ma bien-aimée. Il est vrai, et je m'en accuse, qu'avant d'être éclairé par ta généreuse colère, je n'osais élever ma pensée jusqu'à cette sainte conjuration.

ALIX. 241

Maintenant, que je vive ou que je meure, je laisserai, grâce à toi, un nom que les opprimés prononceront tout bas avec attendrissement, et les tyrans avec pâleur. Merci, mon Alix. Ne te trouble pas, au reste, plus que de raison : j'ai bon espoir de survivre au comte.

ÂLIXI

L'espères-tu un peu?... Non, tu me trompes, tu ne l'espères pas... 0 Dieu, si j'avais pu l'oublier!... II y a dans les faubourgs, sur le bord de l'eau, il y a de petites maisons solitaires au fond des jardins ; nous aurions pu vivre là heureux pendant des siècles sans savoir seulement s'il y avait des tyrans dans le monde... Le mal, c'est que nous ayons demeuré 'ici, sur cette place, sur son passage... Cette idée se représentait chaque jour; j'avais la tête en feu; mon pauvre cœur est plein de tempêtes. Uiric, j'ai des pensées effrayantes; je me sais si toutes les femmes sont tourmentées comme moi... [Je ne puis te dire toutes mes pensées; j'en ai de terribles... Toutes les femmes aussi n'ont pas été maudites par leurs [inères.

ULRIG.

Assez, je t'en prie.

ALIX

Causons gaiement. Te souviens-tu de la soirée oii nous nous \y\mes pour la première fois?

ULRIC

Je m'en souviens. C'était sur les bords du petit lac qu'on [appelle la Mare aux Hérons. Le soleil se couchait à droite,

derrière le coteau de la Werra. Tu descendais du coteau, donnant le bras à la mère.

ALIX

Je descendais donnant le bras à ma mère, et toi, tu montais dans le même sentier. Comme tu te rangeais dans les vignes pour nous laisser passer, ma mère dit : « Voilà un jeune homme qui a du respect pour les vieilles gens; il aura une bonne vieillesse. »

ULRIC

Oui ; ensuite, je m'assis à la place où je vous avais rencontrées, et j'y restai jusqu'à la nuit. Le lendemain, j'eus soin d'y revenir à la même heure. Je vous y trouvai encore. Ta mère me reconnut et me salua; mais, toi, tu n'eus pas l'air de me reconnaître.

ALIX

Je n'eus pas l'air de te reconnaître, parce que je t'aimais.

(On frappe à la porte; Alix va ouvrir; entre Mansfeld.) ULRIC.

Mansfeld! Que Dieu soit loué qui t'amène à temps! C'est pour cette nuit.

MANSFELD

Que Dieu soit loué! (auv s'est remise au travail.) Quelle est cette jeune fille?

ULRIC

C'est Alix. N'as-tu pas reçu les lettres où je te parlais d'elle?

ALIX. 243

MANSFELD

Je ne l'imaginais pas si jeune.

ULRIC

Elle a le courage d'un lion. Ses yeux bleus éclairent comme le feu du ciel quand elle parle de ses frères.

MANSFELD

Elle est ta femme, n'est-ce pas? Sa mère demeure avec ^ous?

ULRIC

Sa mère est morte.

MANSFELD

La jeune fille eût mieux fait de rester près de sa mère.

Mansfeld !

ULRIC

MANSFELD

Elle eût mieux fait de rester près de sa mère et de ne pas înger ses frères.

ULRIC

Mansfeld, regarde-la.

Oui, elle a la grâce et la force; mais je n'aime pas à côté de celui qui marche au martyre une image si douce de la vie.

ALIX, s'approchant vivement.

Cela serait bon à dire, maître, si je ne devais pas le suivre.

MANSFELD

Bien répondu, ma fille. Votre main. Quel est ce bruit?

(Tumulte d'une foule sur la place. Approche d'une cavalcade. Le bruit cesse tout à coup, et au milieu du silence on entend un homme siffler une ariette.)

ULRIC

C'est le comte qui revient de la chasse.

MANSFELD

En est-il venu là? Dans sa patrie, dans sa ville natale! Le misérable soufflette sa mère I Et pas une fenêtre ne s'ouvre pour répondre à son défi de palefrenier! Ulric, tu t'es trompé. Il est trop tard, ou il n'est pas temps encore.

ULRIC

Les nuées se recueillent avant de lancer la foule. Patience.

{La cavalcade passe devant la maison. Alix s'élance à la fenêtre.) QuO

fais-tu là, Alix? N'as-tu pas juré d'éviter la vue de cet homme?

ALIX

Je puis le regarder maintenant, puisqu'il va mourir. Je veux le voir une fois.

ULRIC

Lève-t-il les yeux? Dis-moi s'il lève les yeux sur toi?

ALIX, à la fenêtre.

Comme il est pâle! On dirait la statue de son tombeau. Se peut-il qu'il soit si jeune encore! Il y a si longtemps qu'il fait le mal! Non, il ne lève pas les yeux; il joue avec son

ALIX. 245

lévrier; il se retourne sur son cheval... Sainte Vierge! quel

regard ! (Elle se retire de la fenêtre toute tremblante et tombe sur une chaise.)

ULRIG.

Chère enfant, celte vue t'a fait mal?

ALIX

Ce n'est rien. J'avais les yeux fixés sur sa housse couleur de sang, quand tout à coup j'ai senti son regard sur moi.

ULRIC

Le regard avec le billet, Alix, il payera tout à la fois.

MANSFELD, qui est demeuré pensif.

Ulric, malheur aux peuples qui ne pratiquent pas l'ingratitude! Le père de cet homme avait bien mérité de son pays. Il n'était, comme chacun de nous, que le citoyen d'une ville libre, le plus riche seulement. Dans une année de disette, il épuisa sa fortune à nourrir Nuremberg et toute la Franconie. Sans lui, nos pères à nous seraient morts de faim. Il vendit toutes les terres qu'il avait en Souabe et en Livonie. Nos pères furent reconnaissants; ils lui donnèrent des privilèges. Ils lui bâtirent ce château d'oii le fils exige violemment aujourd'hui tout l'arriéré de notre dette. La reconnaissance des peuples, ami, est un crime envers la liberté. La race des grands citoyens devrait être vouée à l'exil comme celle des criminels. Summa injuria^ summum jus. Ce ne sont pas, j'espère, des gens du pays qui servent de courtisans à ce traître?

VLBIG.

La plupart sont des Italiens, des capitaines de sa garde.

MANSFELD

Oui, ce qui l'a perdu, c'est l'Italie. Il a séjourné plus de six ans au milieu de ces pirates beauK esprits et de ces féroces comédiens que les Italiens appellent leurs princes. Je me souviens de l'avoir vu avant son voyage, quoique je fusse bien jeune alors. Il rougissait comme une jeune fille en nous adressant des paroles gracieuses. Il était frêle et maladif. Un jour, il sauva, au péril de sa vie, un enfant qui se noyait dans la Peignitz; et, comme la mère lui embrassait les mains sans pouvoir dire un mot, il éclata en sanglots et se sauva en grande hâte. Gela me frappa. C'était une jeunesse qui promettait.

ULRIC

Maintenant, il fait pleurer les mères et rougir les filles. Quant à lui, c'est un impassible visage que le sang ne tâche pas et que la débauche ne peut rider. Je ne sais si l'éclair même d'une dague menaçant sa gorge pourrait creuser un pli sur son masque italien. C'est ce que je verrai, du reste, avant peu.

HANSFELD

C'est toi qui le frappes?

ULRIC

C'est moi. Tous nos amis l'ignorent encore. J'ai voulu garder ce secret jusqu'au dernier moment. A sept heures et demie.

ALIX. 247

ils nous attendent dans les ruines de Saint-Étienne pour convenir des mesures suprêmes.

MANSFELD

Le comte est soupçonneux et bien gardé.

ULRIC

Je le sais. Je sais aussi que son pourpoint est doublé de lames d'acier; mais je garde là-haut, dans une cassette, comme un joyau sans égal, un talisman devant lequel tomberont tous les obstacles. C'est une lettre de notre ancien maître, le docteur Staumer, adressée au comte. Staumer était mourant à Vienne, il y a cinq mois, quand le comte le fit demander instamment. Le comte souffre d'un mal intérieur qui lui ronge la poitrine, et dont son père a été guéri par Staumer. Staumer était un dieu pour, lui. J'ai reçu en même temps la nouvelle de la mort du docteur et une lettre par laquelle il me recommande au comte comme le meilleur de ses élèves. Devant le médecin, tu conçois que le pourpoint aux lames d'acijer s'ouvrira. Du même coup, je le guérirai de ses maux^ et nous des nôtres.

HANSFELD

C'est bien, la nuit tombe; n'est-ce pas le moment de votre rendez-vous?

ULRIC

Oui, partons, (n se retourne yers Alix, qui dort la tête dans ses

mains.) Cette émotioQ l'a brisée. Hélas I je ne la verrai plus ni dormir ni veiller.

248 SGËNES ET PROVERBES.

MANSFELD

Viens.

ULRIG, regardant Alix arec émotion*

Je rentrerai pour prendre la lettre.

MANSFELD

Tu ferais mieux de la prendre maintenant.

ULRIG.

Non, je reritrerai, c'est plus sûr. Allons, (ns sortent.)

Dne soUe souterr&i!»<, dans les ruines du couvent de Saint-Élienne. Plusieurs rangs de stalles en pierre, une chaire adosssée au mur en face des stalles. Au-dessus de la chaire un christ sculpté en demi-relief sur la muraille. Des torches brûlent dans des anneaux de fer scellés aux parois. Une Tingtaine de conjurés, quelques-uns masqués, occupent une partie des stalles. Il en arrive de nouveaux, qui prennent place silencieusement après avoir donné le mot d'ordre à un homme qui se tient sur le seuil, une épée nue à la main. Entrent Ulrich et Mansfeld.

MANSFELD, ULRIG, Les Conjurés.

MANSFELD

Quels sont les trois qui ont des capuces blancs comme le tien? Les autres chefs?

ULRIC

Oui. Celui qui est le plus près de nous, le plus gros, est le syndic de la corporation des drapiers, maître Heinricli

ALIX. 249

Fritzlar. Nous tenons par lui la bourgeoisie. Il est riche, et il a deux filles d'une grande beauté : à ces deux titres, il est l'ennemi du comte.

Et celui qui se tient courbé en deux dans sa stalle?

ULRIC

C'est le banquier Munius.

IfÂNSFELD.

Un juif?

ULRIC

Oui, un juif; mais il hait le comte, son maître en usure. Il nous donne tout le quartier des juifs. Le troisième, ce grand maigre, est une espèce d'aventurier qui traîne à sa suite tous les fainéants de mauvaises mœurs. Nous l'avons pour qu'il ne soit pas contre nous. C'est un homme de sac et de corde, bon pour un coup de main. J'espère qu'il se fera tuer avec la plus grande partie de sa bande. Il se nomme Ranuce de Byzance.

MANSFELD

De Byzance? Je n'aime point cela. Et quel est ce personnage qui se tient à l'écart et qui a sur les talons deux spectres immobiles?

ULRIC

^K im

^B Salado, un étudiant, tête à l'évent, mais cœur loyal. Je ne

^HcOnnais pas ses deux acolytes, (tous les conjurés sont entrés. La porte

sentent en face de l'heure décisive la faiblesse entrer dans leur cœur, ou le scrupule leur venir à l'esprit, qu'ils le disent; je jure que leur vie sera respectée. Jusqu'à demain seulement, ils seront tenus prisonniers dans cette salle. Il vaut mieux être faible que traître; qu'ils y songent : j'attends, (siience.) Maintenant, au nom de vous tous, moi, votre chef librement élu, je déclare traître quiconque de nous, au moment du danger, parlerait ou n'agirait point, et je donne pouvoir à chacun de nous de le frapper de mort comme traître.

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