JOFFRE
Le Général Franchet d'Esf)erey ^ à son armée, après la bataille de Montmirail :
c Soldats,
Sur les mémorables champs de bataille de Montmirail, de Vauchamps et de Champaubert,^ qui, il y a im siècle, 10 furent tânoins des victoires de nos ancêtres stu: les Prussiens de Blucher,* notre vigotureuse offensive a triomphé de la résistance des Allemands. Poursuivi stu: ses flancs, son centre rompu, l'ennemi bat en retraite vers l'Est et le Nord, par marches forcées. 15
f Les corps d'armée les plus redoutables de la vieille Prusse, les contingents de Westphalie, du Hanovre, de Brandeboiurg, se sont repliés en hâte devant vous.
t Ce premier succès n'est qu'im prélude. L'ennemi est ébranlé, mais il n'est pas battu d'une façon décisive. 20 Vous aurez encore à supporter de lourdes fatigues, à faire de longues marches, à combattre de rudes batailles. Que l'image de votre patrie, souillée par les Barbares, reste toujours devant v^s yeux. Jamais il n'a été plus nécessaire de tout lui sacrifier. 25
f En saluant les héros qui sont tombés dans le combat des derniers jours, mes pensées se tournent vers les vainqueurs de la prochaine bataille.
f En avant, soldats, pour la France ! »
l6 SCÈNES ET RÉCITS
Mais, de tous ces ordres du jour, le télégramme suivant du général Foch,^ si court qu'il soit, n'est pas le moins héroïque. C'est Foch qui défend le centre de la ligne française au sud de la Marne. L'ennemi fait des efforts 5 surhumains. La chance semble tourner contre Foch. Pas im instant il ne perd courage et il envoie au Généralissime, le 9 septembre 1914, le télégramme suivant:
f Je suis enfoncé sur ma droite, je suis enfoncé sur ma gauche, je fonce au nulieu.»
Foch.
10 Avec des chefs et des soldats pareils on peut tout espérer.
Votre dévoué,
Henri.
Vn. UNE LETTRE D'AMÉRIQUE
Vive la France!
William à Henri,
Cambridge, Mass., le 15 octobre, 1914.
Mon cher Henri,
Laissez-moi vous dire comme au théâtre: «Bravo!
et bis ! » ou, comme nous disons en Amérique pour rapjjeler
nos artistes favoris: « Encore! Encore! » C'est magni-
15 fique et nous avons tous ici tressailli d'enthousiasme.
La France fait l'admiration du monde. La Marne a fait
oublier Sedan.^ Vous nous avez donné l'exemple. Toute
DE LA GRANDE GUERRE l^
notre jeunesse s'émeut. Notre vieux collège revit les glorieuses journées de son histoire.
Vous vous rapp)elez, Henri, notre grand hall de Harvard avec les inscriptions et les noms des étudiants tombés au champ d'honneur, jjendant la Guerre Civile et la guerre s avec TEspagne. Les jeunes gens d'aujourd'hui tiennent à faire honnetu: aux anciens.
Je suis de votre avis entièrement. La guerre actuelle est ime lutte pour la liberté du monde. Je ne suis pas prophète, mais quelque chose me dit qu'un jour ou l'autre, lo et qui ne saurait tarder à venir, votre guerre sera la nôtre. Nous aussi, il nous faudra nous battre pour la liberté. C'est dans notre tradition, et ce sera la troisième fois que l'Amérique prendra les armes contre les tyrans.
En attendant, le nombre des engagés volontaires aug- 15 mente tous les jours. Parmi ceux que vous avez connus à Cambridge, beaucoup partent dans la Croix-Rouge. Ds vont conduire des automobiles d'ambulance. Charles S . . . s'est engagé dans la Légion Étrangère et John D . . . dans l'aviation. 20
Pour moi, mon parti est pris et, dès que j'aurai pu mettre ordre à mes affaires, j'irai soigner vos blessés au front. En attendant, bravo ! encore, et vive la France !
Votre dévoué,
William.
l8 SCÈNES ET RÉaTS