UN HABITUÉ
U disait qu'il vous connaissait, monsieur le Gendarme.
LE GENDARME
Qu'est-ce que vous dites, beau blond? '
L'EXÉCUTION. io5
l'habituié.
J'dis qu'il disait qu'il vous connaissait.
LE GENDARME
J'vous prie d'vous taire, imbécille. De quoi...
tout d'suite, ou j'vous conduis à l'ombre
qu'on n'réplique pas.
l'habitué.
Je n'réplique pas, monsieur le Gendarme.
LE GENDARME
C'est bon*
LOLO
C'est vrai, empoignez-le, (gendarme, il se moque de vous; il a tiré la langue.
LE GENDARME
Tu vas m'faire le plaisir de descendre de d'ià.
LOLO
N'ayez pas peur , Gendarme , j'me tiens bien, je n'tomberai pas. Officier, laissez-moi là.
îo6 L'EXÉCUnON.
l'officier.
Je m importe peu que tu tombes ou que tu ne tombes pas, je prétends que tu descendes.
LOLO ( remontant ).
Ohé ! les Gendarmes ohé ! j'men fiche pas mal encore. Tiens, tiens, tous ces soldats qu'entourent la guillotine, ils s'en moquent là, eux. Dites donc, hé ! les militaires , c'est pas là votre place; vous n'êtes pas de service; allez vous-en donc à la plaine de Grenelle voir vos fusillés à mort ; ça n' vous regarde pas ; vous n'avez pas l'droit, vous n'I'avez pasd'resterlà; allez vousen donc; c'est l'exemple au peuple; c'est notre exemple à nous ; ils sont encore bons enfans, eux. Hé! Titi, es-tu bien?
TiTi {dans la foule).
Pas mal. Vient-il quelque chose?
LOLO
Je n'vois rien. Si, si... attends... oui... non, c'est moi qui s'trompe. Il y a-t-il des femmes. Tiens, v'ià un bijoutier qui n's'embête pas, lui; il a loué tout son premier. Dites donc,, belles dames, ça vous amuse-t-il... de
quoi 9 monsieur, vous vous fàchez.j... vous n'êtes donc pas aimable... je n'vous crains pas avec vos belles moustaches, parce que vous êtes joliment couvert.
PLUSIEURS VOIX
Places à louer , places à louer !
( Mouvement dans la foule, )
TITI
Hé! Lolo, viennent-ils?
LOLO
Tout-à-l'heure; c'est le Juge rapporteur; ça n va pas tarder : il va à THôtel-de-Ville. V'ià la foule qui s'fend; gare la graisse là-bas! hé! houp!
PLUSIEURS VOIX
Places à louer, places à louer!
LOLO
Taisez-vous donc, avec vos places à louer :
c'est monotone. Tiens, Titi, les v'ià apparemment qui sortent du Palais-de-Justice ; les v'ià là-bas qui s'agitent. Oh hé! les autres, oh hé!
io8 ^EXÉCUTION.
V'ià les gendarmes... oh, j'suis-ti content î.. Les v'ià, les v*là ; nous allons rire... ( il s* agite et bat des mains ) Tiens , j'ies vois ; ils sont dans
la même charrette, chacun un calotin les
v'ià qui détournent l'café.... les v'ià, les v'ià.... oh ! viennent-ils vite !
PLUSIEURS VOIX
Places à louer, places à louer! {Les gendarmes/ont ranger la foule, )
LOLO
Il y a-t-il des gendarmes, y en a-t-il! Oh! la
mère! oh! la gueuse! elle parle au calotin
ah ! scélérate ! va , caponne , caponne ! il est trop, tard, vieille sorcière... tu vas la danser, va, sois paisible. Tiens, je nVois pas M. Sanson. U paraît que c'est pas lui qui exécute aujourd'hui, c'est qu'il aura du monde à dîner, apparemment.
C'est son premier aide , je l'connais bien , il demeure dans la maison d^mon oncle Camus, au quatrième. Ben , qu'c'est p't^tre le fils à M. Sanson ; mais il est trop jeune, il n'fait qu'marquer. Il a une jolie marque , va. L'as-tu
vu marquer, PolytePOh ! j'ies vois-ti bien. Les v'ià , les v'ià arrivés.
{Prof ond silence dans rassemblée.)