‹ Scènes populaires dessinées à la plumeChapitre 43 sur 46 · M. LA$S£BR · texte numérisé non relu

M. LA$S£BR

Comme VOUS voyez, madame, si ça peut vous être agréable.

TIHAJ>AMM POTAiar.

Ah! monsieur Lasserre, vous êtes bien heureux de votre caractère, vous.... Le monde, aujourd'hui pour demain, serait renversé, que ça vous serait encore bien inférieur; mais, voyez-vous, quand on a été comme moi quelque chose dans le monde , on a bien du mal à descendre, je vous Tavoue.... et monter à un sixième composé pomme le nôtre,; o^ ne peut pas souffrir si aisément sans se taire.

a4o LA YICTIME

M. LASSERRE

Mais, madame Potain, quest-ce que vous avez donc à gémir comme ça?.... Pourvu que l'escalier ne soye pas trop embarrassé le matin pour que je puisse aller chercher mon déjeuner.... que le chaudronnier ait fini sa journée à neuf heures et que les enfans de la voisine ne rentrent pas trop tôt de l'école , je vous assure que je ne suis pas à plaindre.

MADAME POTAIN

Ah ! monsieur Lasserre... avec un caractère comme le vôtre on est bien heureux; chez vous les passions n'ont jamais été bien vives...

M. LASSERRE

Je ne crois pas... et j'en suis bien aise...

MADAME POTAIN

Gemment! vous ne croyez pas? mais, monsieur Lasserre, c'est-à-dire que les personnes comme moi sont du dernier ridicule...

' DU CORRIDOR. a4i

M. LASSERRE

Je ne dis pas ça, madame Potain.

MADAME POTAÏN.

J'aimerais bien mieux que vous eussiez la franchise de me le dire ; vous n'avez donc pas de sang dans les veines?... Nous ne sommes pas faits l'un comme l'autre.

M. LASSERRE

Faut croire.

MADAME POTAIir.

Puisque je vous trouve sous ma main^ il faut que je vous dise tout ce que j'ai à vous dire, monsieur Lasserre... Vous saurez qu'il a été décidé, avec ces dames de la maison et moi, qu'il ne fallait plus prendre de lait à la laitière.

M. LASSERRE

Pourquoi ça ?

MAJ)AME POT AIN

C*est convenu avec toutes ces dames..

1|. LASSERRE

Pourquoi ça?

MADAME POTAIN

Pourquoi ça, monsieur Lasserre, potu*quo$ ça; parce que ce ne serait pas décent...

M. LASSERRE

Ah! vraiment?

MADAME POTAINv

Certainement, monsieur; une femme qui a commencé avecque rien, et qui est présente*^ ment pleine de hauteur, insolente, arrogante et fière, qu'il n'y a pas dans le monde sa pareille, faut la laisser là... Ah ! vous voulez toujours la voir.

M. LASSERRE

Je ne dis ,pas cela; mais, madame Potain..,

DU CORRIDOR. a43

je ne peux pas changer comme ça d*un jour à l'autre ma manière de vivre, parce que vous êtes brouillée avec la laitière.

MADAME POTAIW.

Ah ! vous ne le pouvez pas.... c'est-à-dire que je suis ridicule, moi... que je ne sais ce que je veux, ni ces dames non plus, n'est-ce pas?

M. LASSERRE

Je ne dis pas cela.

MADAME POTAIN

Que nous sommes des sottes et des bé* gueules ?

M. LASSERRE

Ah ! madame Potain !

MADAME POTAIir.

Des idiotes et des imbéciles?

M. LASSERRS.

Madame Potain !

a44 LA VICTIME

MADAME POTAIN

Eh bien , monsieur, puisqu'il en est ainsi , vous me ferez l'amitié, dès aujourd'hui, de rentrer votre petit fourneau dans votre chambre, qu'il encombre le carré... de ne plus faire de jardin sur votre croisée , que ça fatigue le toit, et de ne plus compter sur vos voisins.

M. LASSERRE

Mais, madame Potain!

MADAME POTAIN, sanglottauL

Je n'écoute rien... monsieur... D'après tout ce que vous venez de me dire... vous êtes un impertinent...

M. LASSERRE

Madame Potain...

MADAME POTAIN

Un mal appris.

M. LASSERRE

Madame Potain !

DU CORWDOR. î46

MADAME POTAIir.

Un menteur.

M. LASSERRE

Je n'ai pas proféré une seule parole.

MADAME POTAIN

Vous êtes un homme dangereux, je vous lé dis... Dans le temps vous avez perdu votre place, on ne sait trop pourquoi.

M. LASSERRE

J'ai été supprimé..* madame Potain^

MADAME POTAIW.

C'est faux... encore un mensonge atrocCé...

vous sortez tous les jours de grand matin.

M. LASSERRE

C'est pour ma santé.

MADAME POTAISr.

C'est un prétexte.

a4& LA VICTIME .

M. LASSERRE

Mais y madame Potain !

MADAME POTAÎN.

Laissez -moi, monsieur, laissez- moi««t ne m'approchez pas.

M. LASSERRE

Mais, au notïi du ciel!...

MADAME POTAIN

Oui, vilain être... oui certainement, j'auraià une demoiselle, qu'elle ne serait pas en sûreté chez vous.

M. LASSERRE

Mais , au nom du ciel !

MADAME POTAIK.

Vous faites la cour à la petite à madame Badoulard.

M. LASSERRE

Moi!... ah ben ! par exemple.

MADAME POTAOr.

Et puisque vous m^avêz poussée à bôut> je m'en vais dévoiler toutes vos turpitudes.*, toutes vos infamies. Ah! monsieur le coureur, nous verrons, nous verrcms...

M» LASSERRE

Madame totain ! un mot, de grâce!

MADAME POTAm.

Je me bouche les oreilles... Sans adieu, vilain homme, tu vas savoir de mes nouvelles... Ah ! tu tiens à ta laitière...

LASSERRE

Mais qu'est-ce qui lui prend donc, à madame Potain ? qui est-ce qui Ta pu indisposer contre moi ?... je ne me rappelle pas avoir proféré une seule parole... qui ait pu la fâcher; j'ai beau me résumer... Voilà, dans la discus-

sion, que j'ai renversé mon déjeûner... Ah!

paon Dieu! la vilaine femme, qu'elle me fait de mal ! moi qu.i aime tant la tranquillité; qu'est-ce qu'elle veut donc que je devienne à me tourmenter comme ça... Elle m'a menacé de faire rentrer mon fourneau dans ma cbarabre; mais je n'ai en vérité pas de place, à moins de le poser sur mon lit ou sur ma commode... et mes capijcines... Mon Dieu!... mon Dieu!... que vais-je devenir!... j'en perdrai la tête.

LASSERRE, M-^ BADOULARD.

MADAME BADOULARD.

Ah! vous voilà , monsieur. J'en apprends de belles sur votre compte... n'êtes-vous pas honteux? à votre âge!

M. LASSERRE

A l'autre, à présent.

C'est une abomination !... c'est affreux !

M. LASSERRE

Qu'est-ce que j*ai fait, madame Badoulard?

MADAME BADOULARD.

Mais ça ne se passera pas comme ça; non> monsieur.

M. LASSERRE

Mais qu'est-ce qu'il é^t donc arrivé?

MADAME BADOULARD.

Je connais maintenant toutes vos manœuvres, monsieur.

M. LASSERRE

Mes manœuvres?

MADAME BADOULARD.

Vous, monsieur Lasserre, qu'on regardait dans la maison, depuis quinze ans, comme un exemple...

M. LASSERRE

On était bien bon dans la maison.

25o LA VICTIME

MADAME SADOULARD.

Et se conduire ainsi!... Si défunt mon mari^ M. Badoulard, vivait encore, ça ne se passerait pas comme ça... mais moi, une pauvre femme !... {^Elle pleure. ) Ma pauvre fille! va j tu es bien à plaindre !

M. LASSERRE

Mais qu'est-ce que c'est ?...

MADAME BADOULARD.

Comment, qu'est-ce que c'est! n'avance pas, malheureux , je t'arrache les yeux. Tu le sau* ras ce que c'est, misérable !...

M. LASSERRE

Madame Badoulard, je vous en prie, dites*moi ce que j'ai donc fait ?...

MADAME BADOULARD.

Ne reparaissez jamais devant nioi..... intrigant ! . . . sortez d'ici, . .

DU CORRIDOR. aSi

M. LASSERHE.

Je saurai peut-étxe un jour... Mon Dieu !

mon Dieu ! (// sort. )

M- BADOULARD, M-* POTAIN.

MADAME BADOULARD.

Ma pauvre madame Potakj! que vous êtes teureuse de ne pas avoir d'enfant! vous n'êtes pas exposée à tous ces chagrins-là...

MADAME POTAm.

J'ai aussi les miens, ma bonne madame Badoulard. Quand on est aussi aimante que je la suis, à chaque pas on voit des choses qui vous percent le cœur. Croyez-vous que la confidence que je viens de vous faire ne m'ait pas navrée; voir une jeune personne, que j'ai pour ainsi ^ire élevée y être aussi malheureuse !

a5a LA VICTIME

MADAME BADQULARD.

Mais ce scélérat de Lasserre a donc séduit Olympe?

MADAME POTAirr.

3 'ai tout lieu de le croire.... pareille chose est arrivée dans le temps chez M. de Monti-

Mais ce petit Théodore ?

MADAME POTAIW,

C'est un élève de ce vilain scélérat-là.

MADAME BADOULARD.

Mais il ne l'aime donc pas?

MADAME POT AIN

Je le crains plus que jamais, d'après l'expli^ cation que j'ai eue ce matin avec lui, qu'il ne soit que l'instrument de ce misérable Lasserre.

DU CORRIDOR. i53

MADAME BADOULARD.

Gomment ?

MADAME POTAIN

Vous saurez tout un jour, madame Badou-

lard Abominable Lasserre! malheureux

jeune homme! pauvre jeunesse!

MADAME BADOULARD.

Mais comment diable tout ça est-il donc arrangé?

MADAME POTAIN

Ma délicatesse m'empêche de vous donner, quant à présent , aucun détail , ma bonne mame Badoulard; il me faut, avant tout, saisir tous les fils de cette épouvantable machination.

MADAME BADOULARD.

Machination! ah! mame Potain, machination!.... je n'y survivrai pas, c'est sûr.... Une enfant que j'ai élevée , que rien n'était trop cher pour elle, et se conduire comme çà!....

Ah! malheureuse... va, moi qui t'aimais tant... tu ne périras que de ma main , va ! sois paisible.

MADA.ME POTAIN.

L'amitié vous égare.... Tenez, la voilà justement qui monte l'escalier.

MADAME BADOULARJD.

Laissez-moi.

MADAME POTAIir.

Calmez-vous, au nom du ciel! descendez chez le propriétaire.

MADAME BADOULARD.

Oui , que j'y descendrai.

MADAME POTAlir.

Comptez-lui tout ce qu'il en est , et rendez à la société le service de faire sortir d'une maison respectable un être comme celui4à.

MADAME BADOULARD.

Laissez«<nioi....

madame: potain.

Non 9 marne Badoulard, je ne le puis pas; allez trouver M. Chomel, je vous rejoins.

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