LA GRÈVE
LOLO. — Hé! Titi?
titi. — Me v'Ià. (fis parviennent jusqu'au parapet en
face de l'instrument du supplice.) LOLO, à ses voisins. — Laissez-moi monter après l'S du
réverbère avec mon camarade; ça n'vous fait rien? ILS BABITDÉS, montes sur te piédestal. — Va-t'en. LOLO. — Non, hein ? Laissez-moi monter; qu'est-ce que ça
vous fait ?
LES BABITDÉS. — Le gendarme va te faire descendre. LOLO. — Non. puisque je le connais; j'vous dirai quand ils
viendront, les criminels; laissez monter mon camarade,
hein ?
LES il m ITUÉS. — Il y a assez de toi. lolo. — Hél Titi?
titi. — Après!
lolo. — Viens-tu?
TITI. — J'snis bien.
1,01.0. — Viens donc ici ! (Il grimpe.)
IN GENDARME A CHE> "AL. — Dis «loue, hé! gamin, venx-in descendre de d'ià?
UN HABITUÉ. — Il disait comme ça qu'il vous connaissait, monsieur le gendarme.
LE GENDARME. — Qu'est-ce que vous dites, vous, beau blond?
L'HABITUÉ. — Je te dis qu'il disait comme ça...
le gendarme, l'interrompant. — Je vous dis, moi, qu'on s'taise, ou j'vous.colloque à l'ombre. Grand serin !
l'habitué. — Je me tais, monsieur le gendarme.
LE GENDARME. — C'est c'qne vous devriez toujours faire.
L'HABITUÉ. — Oui, monsieur le gendarme.
lolo. — Gendarme! vous ne l'avez pas vu, il se moque de vous; il a tiré la langue.
LE GENDARME. — Tu vas commencer, toi , là-haut , par me faire le plaisir de descendre de d'ià.
lolo. — N'ayez pas peur, gendarme, je m'tiens bien, je n'tomberai pas. Officier, laissez-moi là ; je ne tomberai pas.
l'officier. — Je m'importe peu que tu tombes ou que lu ne tombes pas; je prétends que tu descendes.
LOLO, remontant. — Ohé! les gendarmes, ohé! j'in'en fiche encore pas mal... Ah! ces tries ! Tiens, tiens, tiens, tous ces soldais qu'entourent la guillotine ! Jls s'en moquent pas mal, eux! Dites donc? hé! les militaires, c'esl pas là votre place; vous n'êtes pas de service; allez-vousen donc à la plaine de Grenelle voir vos fusillés à morl : ça ne vous regarde pas, ça; vous n'avez pas le drôil de rester là; non, vous ne l'avez pas l'droil de rester là; allez vous en donc, c'esl l'exemple au peuple, c'est not' exemple, à nous. Il sont encore bon enfant, eux !
PLUSIEURS VOIV. — Place à louer! l'Iare à louer!
L ÏAI.t UÏION. jl
loi.o. — Hé! riti, es-tu bien?
Tin , dans ta foute. — Pas mal. .\rri\e-t-il quel' chose?
loi o. — Je ce vois rien. Si , si... attends... oui , non , c'est moi qui s'trompe. Il y a-t-il des femmes, nom d'un!... jVrai-t'il bien place là pour en voir tomber de d'sus 1rs toits; j'n'aurai jamais c'bonheur là, bien sûr. Tiens, v'ià l'bijoutier du N° 10 ([ni n's'embVte pas, lui ; il \ons a loué ion! son prou*? Dites donc, mesdames, ça vous amusct-il? De quoi , monsieur? c'est-il voire épouse qu'est à vos côtés? \h! ('le téle ! ^ous VOUS lâchez? Vous avez donc ['caractère mal fait ? Allez, j'ai pas peur de vous, avec \os moustaches; vous n'avez seulement pas la croix. Allons, hù !
1M i S1E1 r.s \oi\. — Places à louer! Places à louer!
LOLO. — Taisez donc vos gueules, avec leurs places à louer; C'est monotonie, c'est rono/oiit.
titj. — Hé! Lolo, viennent-ils?
LOLO. — Tout-à-1'heure ; v'Ià le juge rapporteur; ça n'va pas tarder : il se rend à l'IIôtel-de-Ville. \ "là la foule qui s'fend : gare In graisse! lié ! lié! là bas! Hé ! Houp!
PU 5IE1 RS VOIX. — Places à louer !
TITI. — Ça va-t-il venir bientôt?
lolo. — C'est selon; s'ils ne d'mandent pas. Ils sont bien heureux, on ne leur refuse rien d'abord, ils disent comme <a qu'ils ont des révélations à faire pour prendre du temps; on leur serl tout ce qu'ils veulent, de tout, du vin, des omelettes souillées, de tout... est ce que j'sais, moi... Ils n sont pas à plaindre, va !
PLUSIEURS \ti\x. — i*l ices à louer! Places à louer ! Voule'zvmiis une jolie place, madame? pas cher, tout en face. Plai louer ! Places à loi;' i !
i m: von DE ii MME. — Prenez donc garde, gendarme, vous allez écraser c'1 enfant.
* prt u prenniei
LE gendarme. — Pourquoi qui n'est pas couché? '.'grand malheur ! Ça n'sra jamais qu'un gamin d'moius.
PLUSIEURS VOIX. —Places à louer! Places à louer!
lolo. — Hé! les v'Ià qui s'agitent là-bas; ça n'va pas tarder; les v'ià apparemment qui sortent du Palais-dc-Justice. Oh ! hé ! les autres ; oh ! hé ! les v'Ià les serins *, les hussards de la guillotine qui arrivent Oh ! j'suis-t-il content! Les v'ia, les v'Ià, nous allons rire. (77 s'agite et bat des mains.) Oh! hé! oh! hé! là-bas! Tiens , j'Ies vois; ils sont tous dans la même charrette. On a été prodigue avec eux, ils ont chacun un caloiin... les v'Ià qui détournent 1' café... les v'Ià, oh! viennent-ils vile!
plusieurs voix. — places à louer! Places à louer! (Les gendarmes font ranger fa foute.)
LOLO. — Il y en a-t-il des gendarmes, il y en a-t-il! oli ! la mère... Oh! la gueuse! elle parle au calotin .. Al; ! scélérate! va! caponne, caponne! il est trop tard, vieille sorcière... Tu vas la danser , va, sois paisible, apprêle-toi. Tiens, je n'vois pas M. Sanson.
UN HAMTUÉ. — Il doit y être cependant.
LOLO. — Quand j'vous dit qu'il n'y est pas, grand nigaud ! Il paraît qu'il n'exécute pas aujourd'hui, il aura du monde à dîner apparemment. C'est Ppremier aide qu'est dans la charrette: je le connais bien, M. Fardeau, il demeure dans la maison d'mon oncle Camus , au quatrième , sur le même carré : n'y a que le plomb qui les sépare.
titi. — P't-être bien que c'est son fils, à M. Sanson?
LOLO. — Non, ce n'est pas son fils, vu qu'il est trop jeune, il n'fait qu'marquer. A-t-il une jolie marque , c'erapaudlà ! il s'essaie que t' fois : c'est lui qu'a marqué Polyte, mon cousin. Il n'a fait qu'vous flatter son épaule. L'autre s'attendait qu'il allait commencer, pas du tout; il était mar-
* La gendarmerie départementale, qui accompagne les condamnés, porte les bulïleteries jaunes.
i/i mu i ion.
que : c'était la graisse qu'il y mettait K'esl toul d'suile bâclé avec lui. Les \*là, les \'là arrivés. (Profond siience dans l'assemblée.)
lolo. — Via M. Sanson, Titi; vois tu M. Sanson?
titi. — Non. Onsce qu'il est ?
LOLO. — Tu ne l'vois pis sur l'échafaud , c'grand bien mis, qu'est chauve? il s'ra v'nu dans son cabriolet Tiens, c'est ['plus jeune qui commence; <»n ['descend; il veut embrasser son prêtre, il a peur. L'prêlre est plus pâle que lui, il a plus peur; il est tout jeune aussi, son piètre, il pleine... Attachez-lui donc les jambes... il est attaché... coulez-le sur la planche... bien... et d'un. (Mouvement.)
LOLO. — lui v'ià un autre. Oh! comme il se débat! l'calo tin lui présente le crucifix. >"e lui présentez donc pas votre crucifix, il va cracher dessus; c'est l'plus brigand, celui là; c'est lui qu'a dit des sottises au président, qui l'a appelé grand filou. Il a défait ses bras; attachez-lui donc liras, vous allez lui couper les mains. C'est pas un parricide... v'ià qu'on lui attache les bras... et de deux! (Mouvement. ) Encore un, c'est l' trois. C'est un rouge, tmis |.s rouges, c'est tout bons ou tout mauvais. On a oublié de ]'f;iire vacciner, celui-là, est-il grêlé! A-t-il les yeux mauvais, l'brigand ! c'est lui qu'a porté les coups à la victime avec son ciseau... Il embrasse son prêtre; il s'iaisse faire, l'calotin , il s'iaisse faire , lui... On l'monte... Il ne veut pas monter... Enlevé! {Mouvement.)
LOLO. — Vlà la mère, c'est la dernière. Oh ! est-elle petite ! qu'est-ce qui dirait une petite gueuse comme ca aussi méchante ! Otez-y donc son bonnet. Quelle vieille horreur! elle embrasse aussi Bon prêtre, la scélérate. Otez-y donc son bonne! , à la lin , on ne guillotine pas eu bonnet ; jamais, jamais, ça ne se fait jamais. .. (Vu dis aides exécuteurs eniève li bonnet de la condamnée.) A la bonne heure. Tiens, \ois donc, Titi. elle est en tilus grise.'Oh!
qu't'es laide, ^ ieillo sorcière; t'as beau rouler les gros yeux, va! jouis de ton reste. T'as beau faire..» enfoncée... au panier... elle n'a pas de sang ! ( Mouvement eï horreur prolongé dans l'assemblée.)
loi.o, descendant de VS du réverbère. ) — A Clamait! Clamait ! Hé ! Titi ! viens-tu? Hé! Titi! ohé !
titi. — Non, j'm'en vas.
LOLO. — Es-tu pâle! tu pleures! qu't'es bêle! mais c'est des scélérats. Viens donc, viens donc à Clamait, à Clamart!
titi. — Quoi faire?
lolo. — J'te l'ai dit, suivons la charrette; viens, tenonsnous ensemble , nous les verrons encore quand on videra les paniers; si par bonheur la charrette s'arrête, nous monterons après; nous ouvrirons les paniers, nous y toucherons; c'est comme ça qu j'ai des cheveux du dernier.
LE dim:r bourgeois.
[La chambre à coucher de madame Jolj transformée en s.ilon).