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LES MÊMES, MADAME PARENT

L'ENFANT. — Maman, te souhaite une bonne année.

MADAME PARENT. — Moi aussi, (lier ami; de la sagesse, voilà tout ce que je te demande. Eh bien ! Célesline, ça a-t-il le sens commun?

la ronne. — Je vous la souhaite bonne et heureuse , madame.

madame PARENT. — Il vous aussi, Célestine. Comment, le petit n'est pas encore babillé ?

312 SCENES l'Ol'l LA1RES.

la BONNE. — Une bonne année et une parfaite santé.

MADAME PARENT. — Et vous aussi , Célcsliiie ; voici vos étrennes.

la bonne. — En tous remerciant, madame.

madame parent. — Vous savez pourtant que son père et moi nous aurions lani aimé de voir le petit dans notre lit.

LA BONNE. — C'est pas de ma faute.

madame parent. — Ni la mienne non plus.

LA bonne. — Mais puisqu'il ne voulait pas que je le débarbouille.

madame parent. — Parce que vous êtes trop faible.

L'ENFANT. — Maman , dans la cheminée de ta chambre , y a-t-il quelque chose dans mon panier ?

madame parent. — Nous verrons ça plus tard... El votre compliment, le savez-vous?

l'enfant. — Oui, maman; te le dirai dans ton lit.

madame parent. — Il est bien temps! Je vais aller me remettre au lit à présent. Ètes-vous fou?

l'enfant. — T'en prie.

madame parent. — Ah bien! par exemple!... pas pour un empire !

l'enfant. — Te dirai mon compliment.

madame parent. — Non, vous dis-je... Célesline?

la bonne. — Est-ce à moi que vous parlez, madame ?

Madame parent. — Vous appelez-\ous Célesline?

i \ BONNE. — Oui, madame.

MADAME PARENT. — Donnez-moi sa culotte, alors... La culotte du petit, bien entendu.

LA BONNE. — La voilà, madame.

Madame PARENT. — Je unis remercie... A-t-elleélé brossée?

i.\ bonne. — Oui, madame.

madame parent. — On ne le dirait pas; n'importe... Vous m'apporterez ses chaussures... On n'en finit jamais avec ces malheureux enfants... Est-il déjà venu beaucoup de

Il PU) Mil R DE LAN. 313

monde ce matin? Ne remue donc pas continuellement comme ça.

la bonne. — Oui, madame; il est venu approchant toutes les personnes chez qui que l'on prend toute l'année

MADAME PARENT. — Sont-CC les fournisseurs que VOUS VOU-

ic/. dire? rions donc ton pied tranquille.

LA BONNE. — Oui, madame.

madame parent. — Eh bien! qu'ai-je de commun avec les fournisseurs? Est-ce que je leur dois des élrennes aces gens-là.

la bonm-. — C'est pas eu\ précisément.

MADAME PARENT. — Qui donc alors?

LA BONNE. — C'est les jeunes gens d'ehez eux.

MADAME PARENT. — Ah! leurs garçons ?

LA BONNE. — Oui, madame.

MADAME PARENT. — Expliquez-vous donc... Il n'y a bientôt

plus un bouton à son pantalon... quel brise-tout que cet

enfant-là... Je finirai par t'en faire mettre en acier , des

boutons: nous verrons si tu en viendras à bout... Et vous

avez renvoyés, ces garçons, bien entendu?

i v BONNE. — Oui, madame; j'ai dit que vous étiez au lit avec monsieur.

MADAME PARENT. — C'est le tort (pie vous avez eu.

LA BONNE. — Moi, madame?

MADAME PARENT. — Oui, sans doute ; je n'ai pas besoin que l'on sache dehors ce que je lais chez moi.

i i bonne. — Je ne vois pas de mal qu'une femme...

MADAME PARENT. — Je ne \oiis dis pas qu'il y ail du mal... mais \miis êtes entrée dans des détails dans lesquels vous n'avez nullement besoin d'admettre les étrangers... Donnez-moi de l'eau chaude.

i i bonne. — Vous voulez de l'eau chaude?

madame PAREH i. — t ne idée... ses oreilles sont à faire peur... Où j a-i-il de l'eau chaude, ici ?

la bonne. — Tenez, madame, à coté de vous, dans la bouillotte.

MADAME PARENT. — Et quels sont ces messieurs qui sont venus?... Votre eau n'est pas chaude.

la bonne. — Il est venu le boucher, le boulanger...

l'enfant. — Maman, il est venu aussi le porteur d'eau, qu'a embrassé ma bonne.

madame parent. — Je (inirai par le changer , ce porteur d'eau -là.

LA BONNE. — Madame, ça n'est pas vrai.

l'enfant. — Maman, elle a dit qu'elle dirait que ça n'étail pas vrai, si je le le disais ; voilà ce qu'elle a dit qu'elle dirait.

madame parent. — Écoutez, mademoiselle, le petit n'a pas l'habitude de mentir; il a des défauts comme tous les enfants; mais, à coup sûr, il n'a pas celui-là. Au surplus, ce monsieur a toujours embrassé toutes les bonnes; c'est un cynique, et cela me déplaît souverainement.

LA BONNE. — M. François, madame?

madame parent. — Je ne sais si c'est Pierre ou Paul , c'est le porteur d'eau, et je tiens à ce que ce monsieur se conduise au moins décemment chez moi, sinon... Donnez-moi un peu le démêloir.

LA BONNE. — Il a donc déjà embrassé d'autres bonnes , madame?

madame PARENT. — Toutes , généralement... Je vous dis que c'est un mauvais sujet , un coureur, un polisson!... Eh bien ! que faites-vous donc là ?

LA BONNE. — Moi, madame ?

madame parent. — Vous me renversez toute la bouillotte sur ma robe, à présent.

LA BONNE. — Je ne lai pas fait exprès.

madame parent. — Vous m'avez inondée... Que Dieu vous bénisse!... Qu'est-ce que je vois là-bas, sur le buffet?

i \ bonne. — G'esl 1rs pains de sucre que l'épicier a apportés.

madame parent. - - Vous a-t-il dit combien?

la bonne. — Non, madame; mais il est bien beau; c'est du joli sucre.

MADAME PARENT. — Lui a\e/.-vous dit pourquoi c'était faire; que c'était pour cadeaux?

LA bonne ■ — Oui, madame, j'\ ai dit.

madame parent. — Que je ne voulais pas ce qu'il y avait de mieux?

LA BONNE. — Oui, madame, j'y ai dit tout ca.

MADAME PARENT. — C'est bien.

L'ENFANT. — Maman, veux t'aller voir dans ton lit.

MADAME PARENT. — Mon Dieu! que cet enfant est tourmentant ! Quand il a quelque chose dans la tète , le diable ne lui retirerait pas... C'est bien comme son père.

L'ENFANT. — T'en prie, maman, t'en prie.

LA bonne. — Est-ce que vous dureriez le cœur de lui refuser, madame ?

L'ENFANT. — Ma petite maman !

la BONNE. — Regardez s'il ne fait pas tout ce qu'il veut de son corps, comment qu'j s'tourne.

m LDAME parent. — Il est bien ennuyeux aussi de faire toute l'année les volontés de tout le monde. Je ne fais que ça depuis le matin.

L'ENFANT. — Ma petite maman...

MADAME pari nt. — Il faut donc toujours en passer par où vous voulez, monsieur? Vous n'en êtes pas meilleur.

i 'ENFANT. — T'en prie.

MADAME PARENT. — Ce sera à une condition... c'est que vous m'allez dire votre compliment... Sans cela je ne me • pas; faites-] bien attention.

L'ENFANT. — Oui, maman.

MADAME parent. — Donnez-moi un peu la bouillotte, que je passe un linge sur sa figure... Et ce compliment?

la bonne. — Va, mon minon.

L'ENFANT. ■ — Chère maman!

MADAME PARENT. — Après?

L'ENFANT. — Ma chère maman!

MADAME PARENT. — Et son papa?... Est-ce qu'il n'eu scia

pas question, do son papa?

l'enfant. — Si, maman.

MADAME parent. — Eh bien ! voyons alors, dépêchons. l'enfant. — Cher papa ti chère maman!

LA BONNE. — Tenez, madame, si ou ne lui donnerait pas le

bon Dieu sans confession comme il est là; c'est comme un

roi.

madame parent. — Si vous allez toujours parler, mademoiselle, nous serons encore ici ce soir... Cher papa et

chère maman. Après?

l'enfant. — Mon cœur avec Cannée \i H)AME PARENT. — Sent la nécessite.

l'enfant. — De vous faire agréer

De vous faire agréer

De cous faire agréer...

MADAME PARENT. — Les VŒUX que j'ai... Allons-nous

coucher ici ?

i;j:nfant. — Formés

madame parent. — El pour vos deux suntés L'ENFANT. — Votre félicité madame PARENT. — L'objet de tous L'enfant. — Mes vœux.

madame parent. — Vivez , vivez heureux-.

L'ENFANT. — C'est l'objet de mes vœux.

MADAME PARENT. — F ire:... vivez...

l'enfant. • — Heureux.

madame PARENT. — Vivez... vivez... je neveux pas vous

céder, vivez, rirez, je ne vous céderai pas. I 'ENFANT. — Pour moi.

madame parent. - C'est bienheureux... continuons pendant que le fer esl chaud.

î.'i nfant. — J'existerai.

MADAME PARENT. — Pour VOUS.

i'i NEANT. — J'engage... ici ma foi.

MADAME parent. — Je serai...

L'ENFANT. — lion pour tous.

madame parent. — Eh bien! franchement , dois-je in'aller

recoucher?

L'ENFANT. — Oui, maman, t'en prie.

la BONNE. — Il esl si gentil, quand il veut! MADAME parent. — Voyez comme votre bonne est bonne...

dites-le.

L'ENFANT. ■ — Oui, maman.

MADAME PARENT. — Je \ < » 1 1 s avertis d'une chose, c'est que je

ne me remets au lit que pour un instant. L'ENFANT. — Oui, maman.

MADAME PARENT. — Je vous sonnerai , Célestine , quand je

sciai recouchée.

LA BONNE. — Oui, madame. (Elfe sort.)

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