LA BONNE, TAMBOURS DE LA GARDE NATIONALE
premier tambour. — Une bonne année et une parfaite santé, niamselle.
la bonne. — Tiens, vous v'ià, vous autres ; j'aurais dû m'en douter.
deuxième tambour. — On vous la souhaite bonne et heureuse, niamselle.
la bonne. — Et vous aussi. Voyons, à bas les pattes !
premier tambour, — Et le major , comment qu'il va , sans vous commander ?
la bonne. — Il est couché, le major... Comment qu'on vous a laissé monter ?
troisième tambour. — Pourquoi qu'on ne nous aurait pas laissé monter?
la bonne. — Vous êtes gentils, allez
deuxième tambour. — C'est connu.
LA bonne. — Vous n'avez pas de honte, faut croire, de réveiller les gens avec vos musiques dès cinq heures du matin !... Dites donc, hé ! là-bas î Qu'est-ce qu'il a donc mangé votre camarade ? Il est tout, chose !
premier TAMBOUR. — Faites pas attention ; il est ému.
LA bonne. — Comment, que je ne fasse pas attention !
troisième tambour. — C'est rien du tout.
la bonne. — Est-ce qu'on s'présente chez l'inonde clans des états pareils? Je vous aime encore de ce caractère-là, monsieur Chauvet.
deuxième tambour. — Allons, voyons, Borel, soye un peu raisonnable.
quatrième tambour. — Veux appeler Camion.
LA bonni;. — Vlà qui ouvre la fenêtre à c't'heurc ; arrêtezle donc !
PREMIER TAMROUR. — Il ne fera jamais plus d'mal qu'y n'en
l'aii là, soyei sûre.
LA BONNE. — Je wus dis que J€ n'\eu\ pas que cet hoinmelà reste ici davantage, c'est positif.
QUATRIÈME TAMBOUR. — \cu\ Noir Camion.
LA bonne. — Donnez-y vite son Camion, et qu'il nous laisse en repos.
Q1 ATRIÈME TAMBOUR. — J'suis nn honnête homme.
i \ BONNE. — Il est propre, l'honnête homme, parlons-z'en.
QUATRIÈME TAMBOUR. — Y lll'faut Camion.
LA BONNE. — Dites donc, si vous vouliez mettre vos mainsdans mis poches, monsieur Chauve! , vous me feriez plaisir, je tous l'ai déjà dit.
PREMIER TAMBOUR. — ExCUSCZ !
la bonne. — Ose-t-on venir chez le monde quand on est
- dans le vin comme \oiis l'êtes tous!
deuxième tambour. — Faut pas dire ça, mamselle.
la bonne. — Ah çà ! on vous dit que monsieur n'est pas levé,
c'est-t'y clair ?
quatrième tambour. — Veux voir Camion.
TROisii mi: TAMBOUR. — Voyons, Borcl, tiens-toi un peu. LA bonne. — Prenez garde, qu'il s'iienne! QUATRIÈME TAMBOUR. — Eb! Camion!
troisième tambour. — Tu vas l'voir, Camion, il esl en bas,
Camion, avec la femme à grand Duc.
i \ BONNE. — Voyons, allez-vous-en; vous verrez que vot'
camarade va vous faire avoir des désagréments. PREMIER TAMBOUR. — Y a pas meilleur enfant... Mais, quand
une fois \ \ous a un rerre de vin dans la tète y n'connaîl
plus personne.
la bonne. — Dans ces cas-là, on n'en prend pas. TROISIÈME l WIBOUR. — C'est la chose qu'il esl avec, des
amis ; voyons, Borel , tVn nens-tn?
la bonne. — Mais, prenez donc garde, il veut toujours aller
à la fenêtre..., Mon Dieu! mon Dion! Est-il possible! QUATRIÈME TAMBOUR. — Où est-ce qu'est Camion ? t.a bonne, — Que l'ciel vous confonde, allez! m'amencr des
gens pareils... le voilà qui pleure, à présent. quatrième TAMBOUR. — Veux voir Camion, y m'faut Camion. la bonne. — Je n'ai jamais vu un être comme ça. premier tambour. — Nous n'eommençons pas gaiement
l'année, p'tite mère.
la bonne. — Et vous donc, et chez vot' sergent-major,
encore ; j'vous conseille de parler.
premier tambour. — Tout le monde est susceptible d'être
étourdi, mainselle.
LA bonne. — Vous appelez ça être étourdi , ne pas pouvoir
se tenir sur ses jambes, merci !
troisième tambour. — Tiens, voilà que tu deviens méchant, vois-tu, Borel?
quatrième TAMBOUR. — Y m'faut Camion... ou j'vous tue
tous.
LA BONNE, effrayée. — Oh ! mon Dieu ! le v'Ià qu'il entre
en fureur! A la garde!... à la garde!
troisième tambour. — Ne criez donc pas comme ça , ne
dirait-on pas le feu à la maison? LA BONNE. — A la garde ! à la garde ! PREMIER tambour. — Voyons, Borel , t'es t'avec des amis. quatrième tamboub. — Veux qu'on m'rende Camion. deuxième tambour. — Tu l'auras , t'en es sûr. LA bonne. — Tenez, le v'Ià qu'enfile la chambre à madame;
empêchez-le donc... A la garde ! {Le quatrième tambour
se précipite dans l'intérieur de l'appartement , ses
camarades le suivent.)