SCÈNE xv
LES PRÉCÉDENTS, MADAME JOLY
madame joly. — Excusez, mesdames.
prudhomme, ? avançant. — Je viens réclamer auprès de vous, madame, un engagement contracté avec M. Joly... permettez... (// t'embrasse.) Il a embrassé madame Prudhomme.
madame JOLY, d'un air aimable. — C'est de toute justice. {S* approchant de son mari.) Et ton vilain pâtissier?
JOLY , bas à sa femme. — J'en sors... il me suit.
PRUDHOMME, s' approchant de l'Anglais. — Eh bien, jeune homme! voilà un beau temps pour la promenade?
MADAME JOLT. — Monsieur ne vous répondra pas; c'est un Anglais; il ne parle pas français.
PRUDHOMME. — Ah! monsieur est d'Albion... H n'\ a pas de
mal à ça , monsieur. . . tous les hommes sont faits pour s'estimer... et, comme dit la chanson (Il chante.) :
Peuples, formons nue Sainte-Alliance Et donnons-nous la main.
Ah! monsieur est Anglais... Eh bien ! monsieur, comment trouvez-vous notre belle patrie?
WÏLSON. — Bonjour.
PRUDHOMME. — Bonjour, monsieur. Ah! vous êtes venu comme ça sans savoir la langue ; c'est le tort que vous avez eu ; car vous devez être embarrassé à chaque pas , dans les endroits publics, au spectacle, partout. Monsieur, je ne verrai peut-être jamais Londres; je suis professeur d'écriture , élève de Brard et Saint-Omer ; je demeure ici , rue Thibautodé, n° 17. Et ce n'est point dans cette profession que l'on peut beaucoup donner à ses plaisirs, surtout moi ; je suis chargé d'un travail particulier, comme expert assermenté près les cours et tribunaux... Mais j'irais dans votre pays, que je crois que j'apprendrais la langue.
"WJLSON , impatienté. — Bonjour.
prudhomme. — Eh bien ! oui, c'est précisément parce que vous me parlez ; mais , monsieur, il n'y a pas de temps perdu; vous êtes jeune, et, en travaillant, rien ne résiste à l'homme... Comme ça, monsieur, c'est un voyage d'agrément que vous êtes venu faire à Paris?...
madame joly. — Allons, messieurs, la main aux dames, s'il vous plaît.
prudhomme. — Allons, mesdames, comme je ie disais tout à l'heure pour les peuples; je l'applique aux dames :
Formons, mesdames, une Sainte-Alliance, Et donnez-nous la main.
(Madame Joly lui présente sa main; M. Joly prend celle de madame Durci ; M. Duvet, celle de madame Locard, et les messieurs restent un quart d'heure à la porte à se faire des politesses.)