SCÈNE XII
MARGUERITE , puis VALENTIN.
marguerite, (a contrefaisant. — Ta, ta, ta, ta, ta, ta, on s'y
conformera et on ne répliquera pas, m'ame j'ordonne i!
Au diable Ja baraque ! {Appelant.) Valentin ! Valcntin ! valentin, accourant. — Me voici. Êtes-vous seule? MARGUERITE. — Oui. Eh bien! quoi de nouveau? VALENTIN. — J'en ai de belles, à vous apprendre, allez. Et
l'oncle, qui ne vient pas.
MARGUERITE. — Il ne vient pas? tant mieux! v\i.ini in. —Tant mieux? Tant pis!
MARGUERITE. — C'esl autant de mal de moins. Comment
l'entendez- vous ?
valentin. — Je l'entends , je l'entends , que nous partons pour Paris !
marguerite, effrayée. — Pour Paris?
valentin. ■ — Les chevaux sont commandés à la poste pour trois heures.
marguerite. — Comment , vous vous en allez, vous partez ? Ah ! Valentin , que venez-vous donc me dire là , et aussi froidement, encore!
valentin. — Voulez-vous que je fasse comme vous , que je me mette à pleurer?
marguerite. — Vous pleureriez , vous , Valentin , qu'il n'y aurait déjà pas tant de mal à ça. C'est affreux ! Vous ne m'avez jamais aimée.
valentin. ■ — Si, beaucoup; mais vous vous désolez, vous vous désespérez sans in'entendrc. Tenez , voyez-vous , faut être philosophe.
marguerite. — Allez , Valentin , vous n'êtes qu'un ingrat !
valentin. — Il n'y a pas d'ingratitude là-dedans. Que voulez-vous faire ? Écoutez : vous êtes dans une bonne maison , vous y avez fait vos orges , rien de mieux ; eh bien ! plantez ces braves gens Jà et marions-nous de suite. Vous faites d'eux ce que vous voulez en vous y prenant bien , et puisque personne ne viendra pour le repas qu'on a préparé pour demain , faites en sorte qu'il serve pour nos fiançailles; je me charge du papa Cibot, moi. A propos, j'ai là une lettre pour votre bourgeoise.
marguerite. — Donnez, je la remettrai. Comment, ce mariage ne se fera pas?
valentin. — Ah bien ! oui , se faire ; j'avais bien raison de
vous dire qu'ils étaient tous ruinés , les Barentinot. madame cibot, dans le fond. — Les Barentinot ruinés?
Valentin avec Marguerite : écoutons.
marguerite. — Tenez, Valentin, c'est peut-être un grand mal pour un grand bien; car, voyez-vous, sans cela je
LES ROURGEOIS CAMPAGNARDS. ■ 153
n'aurais peut-être jamais quitté la maison , et j'en ai reni
pieds par-dessus la tète UADAHE CIROT, I part. — I, 'insolente ! MARGUERITE. — D'abord, figurez-vous qw rien au monde
n'est bêle comme ce père Cibot, qui se laisse mener par le
bout du nez par sa femme.
^ \i t:\TiN. — C'est ce qu'ils disent tons là-bas. marguerite. — lit sa femme, donc, encore plus bête , vieille,
carliste et méchante !
\ ai in 1 1\. — Oh] oui . qu'elle est méchante. madame CIROT. — C'est une horreur!
marguerite. — Mlle a tous les défauts : coquette , bavarde ,
dévote et sournoise. Et puis dans les temps, voyez-vous, le
pauvre père Cibot...
valentin. — Ah ! ah !
marguerite. — Oui, oui, très-bien; et si commune,
avec ça.
MADAME CIROT. — C'est trop fort !
valent] x. — Avez-vous su comme on s'est moqué d'elle chez
nous quand on lui fit acheter celte robe de gaze rose, et son
écharpe orange avec ce béret bleu-ciel ? On avait invité
toutes nos connaissances pour la voir, et que la cuisinière,
la grosse Flamande , la singeait si bien ! MARGUERITE. — Parbleu ! si je l'ai su , j'ai écrit tout ça à
Paris. Lui, c'est un vieux jacobin qu'a donné, en plein,
dans la révolution, et qu'a fait sa fortune dans les assignats.
Ainsi , nous les planterons là demain. madame ciro'i ', s' approchant. — Vous y serez plantée
a- . i n t , mademoiselle.
marguerite. — Mais, madame, c'est...
madame cirot. — Ne cherchez pas à vous justifier, j'ai tout
entendu. \h ! c'est comme ça que vous arrangez vos maîtres
hh bien! c'est du propre, du joli, du ragoûtant. Et vous,
monsieur, que faites-vous ici ?
valentin. — .Madame , c'est une lettre...
madame cibot, la lui arrachant des mains. — Donnez, monsieur, et ne remettez jamais les pieds ici ! (77 sort.) Vous, mademoiselle , remontez à votre chambre voir si j'y suis. Allez faire vos paquets, et vous irez porter vousmême votre correspondance à Paris.