‹ Scènes villageoises de la forêt-NoireChapitre 18 sur 19 · SURPRISE · texte numérisé non relu

SURPRISE

— Ah! vilain, c'était toi, je m'en suis bien doutée: Ne te cache plus. va. ta ruse est éventée.

Je te vois à travers ces branchages tremblants... Malheureux !... ne vas pas écraser nies replants.

— Catherine, pourquoi m'apercevoir si vite? Ht me poursuivre quand tu vois que je t'évite. Eh bien. oui. là... c'est moi qu'il faut remercier Et qui me jetterais pour toi dans un brasier !

Ainsi Fritz exhalait devant >»a Catherine L'amour impétueux qui gonflait sa poitrine. Sans cène et sans détours, pendant que celle-ci Sentait, de son coté, le cœur lui battre au^si 1

— Vois donc comme ces fleurs entre elles se sourient. Et comme d'ici là leurs nuances varient.

Et comme, en bourdonnant, cet innombrable essaim D'abeilles va puiser ses vivres dans leur sein.

Des abeilles! des fleurs! que m'importe, ma belle, A l'amour dont je meurs que ta bouche rebelle Sourie, et crois-le bien, comme je te le dis. Tous les lieux deviendront pour moi des paradis!

Et là-dessus, voilà mon gaillard qui l'embrasse ! Pendant qu'à l'horizon, que le vent débarrasse. Ee soleil, tout charmé de pareils entretiens. 31ontre sa grande face, en disant: — Tiens! tiens! tiens!

L'ARAIGNEE.

(Traduit de Uébel.)

Une araignée., oh ! vois quel grand fil elle traîne, En filas-tu jamais un pareil dis, marraine...

Cela doit être bien fragile à dévider;

Que c'est lisse et menu., mais viens donc regarder..

Où prend-elle son œuvre enfin cette araignée. Et cette œuvre qui peut l'avoir aiusi peignée ? Bon... voilà qu'elle étend les bras, eu retroussant Ses manches pour que rien ne la gène en tissant.

Puis voilà qu'elle jette un fil et l'enracine Comme un pont, pour aller à la maison voisine, Et demain l'on verra, le long: de ce cordeau, S'étendre la rosée, en belles gouttes d'eau.

A présent elle monte et descend et galoppe, Puis voilà que d'un cercle immense elle enveloppe Tous ces fils rayonnes sur l'axe transparent, Aussi bien que pourrait le faire un tisserand.

Maintenant la voilà qui rumine et calcule, Puis, après un moment de trêve elle recule... D'un air qui semble dire : — A quoi bon s'épuiser? C'est vrai, n'a-t-elle pas droit de se reposer?

La voilà qui revient pourtant à son étoffe, Pour ne la plus quitter... et dire que Christophe Le marguillier prétend que ce brin si subtil, Est fait de brins encor plus petits ... qu'en sait-il?

Tiens, la voici qui lave enfin ses doigts et gagne, D'un seul bond vigoureux, sa maison de campagne Qui donne sur la route, et de là s'aperçoit Du bonheur qu'on éprouve à se sentir chez soi...

Puis bientôt sur ces fils où la lumière flambe; Comme dans un hamac, notre tisseuse ingambe îSc berce en épiant les mouches d'alentour, A qui tous ces apprêts joueront bien mauvais tour.

Quoi qu'il en soit, tu peux te vanter, chasseresse, De m'avoir joliment tenu l'âme en détresse... Aussi bien, comment donc mets-tu tant de savoir Dans un corps si petit qu'on a peine à le voir?

Bon., voilà qu'au milieu de ton grand filet saute Une mouche... faut-il, vraiment, qu'elle soit sotte ! Pauvre bête, bientôt ton compte sera clair, Voilà ce que l'on gagne à regarder en l'air...

Sur elle au même instant s'élance l'araignée, Qui la prend à la gorge <et l'a bientôt saignée, En disant : — Ce travail m'a mise en appétit, Et voici de quoi faire un excellent rôti.

Page 1