‹ Schamyl drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 61 sur 84 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SCHAMYL, NADÈJE, WASSIU.

H1AML,

Vous semblez irrité, prince ?

Je suis le vaincu.

SCHAMYL

Non, puisque je suis le vainqueur. — Ecoutez. C'est étrange! la vision du lieu et de l'instant où nous sommes a certainement passé déjà devant mon esprit. Oui, je me souviens d’avoir rêvé ceci : — Nous étions tous trois devant ces portes du sanctuaire que j’ai vu sans doute enfant. Blessé par le sort, vous aviez, prince, le Tront farouche et la parole amen. Moi, au contraire, radieux d'espoir et de bonheur, j'étendais, pour toucher le but de toule ma vie, une main frémissante.

NADEJE.

Et que faisiez-vous alors, Schamyl?

SCHAMYL

Je parle et je marche toujours dans mon rêve... J’allais & vous, prince, et je vous disais : Vous avez été pendant quelques mois mon ennemi, mais mon tuteur pendant des années. Je ne me souviens que du temps le plus long et le plus doux. Je ne veux pas que votre douleur fasse ombre mit ma joie. Je souffre de paraître grand parce que vous semblez courbé. Ainsi, redressezvous, prince, de toute votre taille. Je m'en tiendrai à la mienne.

NADEJE.

Mon père vous dira, Schamyl, que moi aussi je vous avais rêvé tell

SCHAMYL

En deux mots, prince, ce que je vous offrais avant la bataille, au mont Daria* la, je vous l’offre encore dans la forteresse d'Achulgo, après la victoire. Reconnaissez et respectez loyalement notre indépendance; c’est tout ce que j'ambitionnais alors, c’est tout ce que je réclame aujourd’hui.

WASSJLI, à lot-wfn*.

Ah ! je ne peux pourtant pas lui faire de sa grandeurun piège ! (hm< et j pn ion braque.) Vous êtes le maître, Scuamyl; c'est a vous d’imposer vus conditions, à moi de les subir.

SCHAMYL

Oui, votre orgueil ne veut rien me devoir, n'e*l-ce pas?

WASSIU.

Vous l'avez dit.

NADEJE.

Mon père !

SCHAMYL

Nadèje, vous serez plus généreuse. Ce droit du plus fort, touurs dur et blessant dans les mains d’un homme, je le remets, iadèie, à votre main légère et douce. Vous devez savoir ce qui satisferait le général. Cette paix que vous avez toujours souhaitée, diclez-én les conditions, Nadèje.

joui

Naé

NADEJE, fuHoalMi tnllM.

Je le veux bien, Scbamyl. Ah ! mon cœur entre vous deux a

été si longtemps déchiré ! Si je pouvais donc vous rapprocher et vous apaiser !

SCHAMYL

Parlez, Nadèje !

NADEJE.

Vous exigez, au nom de votre patrie, la paix et la liberté, Schamyl ; cela est juste et nécessaire. Mai# pour faire cette paix durable et celte liberté solide, il ne faudrait laisser entre lus Circassiens et les Russes aucun prétexte de haine. Vous renverriez donc avec les honneurs de la guerre ceux de nos soldats qui, échappés à la mort, ont été désarmés et pris.

SCUAMYL.

J'accepte.

WASSIU.

Je n’accepte pas, moi! Malgié b cérémonie de tout à l'heure, je reste un de ces prisonniers, et je n’entends pas

NADEJE.

Mon père, sur sa fortune personnelle, payera une rançon do cinquante mille roubles, le capitaine Feooor une rançon de dix mille roubles.

SCUAMYL.

J’accepte — pour les veuve# et les orphelins de 1a guerre. Ai-jc compris toute# vos délicatesses ?

WAseai.

Oui, vous ménagez ma dignité d’homme et de soldat. Mais ma disgrâce comme général n’en est pas moins certaine après celte funeste campagne.

NADÈJE

Je n'ai pas tout dit. — Schamyl, la paix signée et datée de la forteresse d'Achulgo serait on «Tel pour mon père prisonnier un stigmate do défaite. La paix signée et datée de Tiflis sera pour vous, chef victorieux, un titre d’honneur. Schamyl, venez signer b paix à Tifiis.

SCHAMYL

Quitter si vite le# miens, Nadèje, est-ce possible?

NADÈJE

Vous les rejoindrez aussitôt, Schamyl, Mais ne voulez-vous pas venir au moins dire adieu h cette maison qui vous a reçu enfant. qui vous a vu grandir homme, à cette maison où vous avez rêvé, lutté, où vous avez souffert?

SCHAMYL

n me semble à présent que je n’y ai pas souffert toujours.

WASSIU, * pu».

Oh ! se livrerait-il lui-même ?

NADÈJE

Eh bien! ne résistez pas, Schamyl, à ce charme du passé qui vous allire. Revenez pour quelques jours consoler les souvenirs de tristesse que vous avez bk* ; s li-bas; revenez y chercher des souvenirs d'amitié, avant la séparation qui sera peut-être éternelle.

SCHAMYL

Vous le voulez, Nadèje? Qu'il soit donc fait au gré de votre sourire.

WASSIU, k part.

O D&lila sans le savoir !

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