‹ Schamyl drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 65 sur 84 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

SCHAMYL, ESKAM.

Mon rêve et ma vie, l’infâme ! il a d’un mot tout retourné. Maintenant, je vois clair dans votre tromperie sublime, ô ma sainte mi re! et je fuis ce pouvoir horrible cent fois plus ardemment que je ne le poursuivais ; ce titre odieux ma fait plus horreur qu’il ne m’a jamais fait envie. Que cet homme règne! Nous, fuyons !

Que dis-tu la, Schamyl? Mais tu confonds! ce n’est pas ton ambition que tu désertes, insensé! c’est ton devoir !

SCHAMYL

Ah ! vous n’imaginez pas sans doute que je vais acheter ma grandeur de la mort de ma mèie !

ESKAM.

De quelle mère parles-tu, Srhamyl? Tout homme venant en ce monde en a deux à vénérer et a défendre. Seras-tu donc mauvais fils pour la patrie sacrée ? Si tu me sauves, tu la tues.

SCHAMYL

Eh ! ne suis-je pas quitte envers elle ? Ne me coûte-t-elle pas assez cher déjà? Comptez un peu mes morts. Mon père ! mon frère !...

ESKAM.

Justement ! ils auraient donc été frappés pour rien !

SCHAMYL

Je ne sais pas, je ne discute pas ! ie vous aime, je souffre, je vous retrouve et je veux vous garder! Ah ! ne me croyez pas plus qu’un homme !

ESKAM.

Oui, Schamyl, tu es plus qu'un homme! tu es un million d’hommes, tu es un peuple ! S'il ne s’agissait que de céder le pouvoir à un rival, ce ne serait rien ; mats il s’agit de livrer une nation à un traître. Tu réponds de ton pays à Dieu. C’est grand, c’est triste aussi, je le sais bien. Mais quoi ! tu dois prendre une âme à la hauteur de ton destin , et ce n’csl pas pour ton plaisir que tu as reçu ton génie !

SCHAMYL

N’importe! appelez-moi égoïste, je vous sauverai, ma mère.

ESKAM.

Oh ! mais cela ne dépend pas de toi, d’abord ! Je ne t’écoute pas, je ne te consulte pas. Voici le bruit du peuple qui se rapproche. Je vais lui crier que je suis ta mère. Je me dénoncerai , me renieras-tu?

SCHAMYL

Eh bien! soit! parlez. Je parlerai aussi. Après tout, je ne crains pas cet Hamsad! Ce peuple nu? croit, ce peuple m'aime. Comment! je l’ai entraîné mourant de feim, au combat, cl je ne le cqpvaincraU pas de la sainteté de ma mère !

ESKAM.

Schamyl ! prends "arde ! Oui, tu recueillais l'enthousiasme quand tu semais le dévouement. Mais ici ce n'est plus la patrie, c'est ton ambition qui semble en cause. Schamyl, ne risque pas, avec ton prestige, l’avenir de la Circassie ! Ne te diminue pas, ne déchois pus! ne tombe pis du prophète à l’homme, du chef qui ordonne au suppliant qui implore :

SCHAMYL

•dlAMTL.

Ma mère, je ne vous entends jms; ma mère, je ne vous compiends pas; ma mère, je n’ai qu'une idée... que roua vivies. E4KAM,

Ah ! tu veux absolument tenter cette lutte, Schamyl ?.

SCBAHTL.

Oui, je le veux !

ESKAM.

Eh bien ! attends-moi, mon fils. Nous U tenterons ensemble.

(Silo *ort }or lu laoi 1 <lroi|«.)

Page 1