‹ Schamyl drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 69 sur 84 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SCIIAMÏL, NADÉJE, WASSILI, KEODOR.

FÉODOR

Qu'est-ce que c’est? Vous êtes distrait, mon oncle! il faut donc vous tenir! Vous savez? j’avais commencé à Paris une partie d'échecs avec monsieur de Labourdonnuie ! et cet homme, célèbre a daigné me dire qu’il n'avait jamais vu personne engager comme moi scs pièces.

WASSUJ.

Comment l'entendait-il?

FEODOR.

Poliment... Est-ce donc disgvaûeux que Sa Majesté m’ait rappelé! j'aurais vengé ce que les Français appellent 1a vicloire d'Austerlitz.

t NADÉJE.

Vous regardez, Schamyl, les oiseaux cl les nuages, et vous les envie*, parce qu’ils vont du côté de la montagne. Ne rovpj pas si impatient et si triste! Votre exil de quinze jours u Tilha touche à son terme, et vous allez tantôt retourner parmi les vôtre», leur rapportant, avec ce. traité que mon père doit signer tout à l'heure, l'affranchissement et la paix.

SCHAMYL

Même quanti ie serai dan» ma patrie, N-tdèje, je ne m’en sentirai pas moins hors de la vie. La paix était mou seul but; mais vous devez comprendre le vague aégoùt qui saisit l’Ame inlinie en présence de sun œuvre achevée. Je me promettais la longue 4 tâche d’une glorieuse histoire, et voilà qu’en trois pas, j’ai gagné trois bataille*, — et perdu mon frère et ma mère. Mon rôle est terminé en ce monde. J'ai accompli jusqu’au bout le grand et douloureux charme. Mon pays est libre — et ma famille éteinte. Je suis triomphant — et seul. Plus rien à faire, plu» personne à aimer.

NADÉJE

Plus personne à aimer! Quelqu’un cependant vous gardera un culte d ’ainil ié bien vrais.

MJ1AMYL, «r|wiiM«l M o*m effroi.

Taisez- vous ! taisez-vous, .Nadèje! ng dites pas cela! ne pensez pas cela! Ah! songe* donc! toutes les fois que ce mot aimer était prononcé par moi ou pour moi, je ne sais quelle puissance invisible et farouche 1 écoutait et s'en vengeait! C’est à croire* que la mort est jalouse de moi !

SCHAMYL

NADÈJE

S'il n’y a que la mort! vous ne la craignez guère, ami!

SCHAMYL

Pour vous! ah! doutez-vous que la seule idée m'en glace d'épouvante, Nadèje?

NADEJE.

Vraiment!... Alors que mon danger soit béni! je suis heureuse!

WASMU.

Vous êtes échec et mat, Féodor. (d w h-**. a N»d#**.) Tu vas nous luisser causer de ce traité avec Schamyl, mon enfant.

FÉODOR, nmiliimnl l'tcluqiiitf.

Échec et mat ! C’est, ma foi, vrai ! Je ne vous crois pourtant pas plus fort que monsieur de La bourdonnait?, général! — Mais aussi, pourquoi diable m'avcz-vous amené faire cette partie d'échec* au milieu des boulets et des meurtrières, quand il y a la terrasse, le kiosque qui est si joli!

WASSILI, b» a ftodor.

Silence! (h«i»i.) Cet endroit-ci plaît à Schamyl, parce qu'il y peut voir lh-has l'horizon natal, et je tiens à être agréable a notre cher hôte.

féodor.

Notre cher hôte! Eh! cet attirail militaire est plutôt fait pour l’entretenir dans ses pensées belliqueuses! Qui sait? c'est peutêtre pour cela, mon oncle, qu’il est resté dans votre maison arme... comme un arsenal!

SCHAMYL, tltlMIÜ.

Le général n'ignore pas que no* armes, à nous autres Circassiens, font partie de notre costume, j'allais dire de notre personne. Ce commun usage n'a pu le blesser.

WASSILI, inc *mpii»me.

Je n'avais, en tout cas, le droit ni de m'en plaindre ni même de m’en apercevoir.

NADEJE, iaquipte.

Enfln, vous avez été un peu blessé, mon père? Oh! du moins, quittez- vous donc amis, ce dernier jour!

FEODOH, • irjoçMil folAIr» »rr» Scl*»m»l.

Eli bien ! il n’y a qu'à le désarmer de gré ou de force, ce guerrier redoutable.

SCHAMYL, l« n-R,rdanl Siaaitnl.

Le capitaine Fé«>dor veut bien me parler?

FEOrOR, m iiLiol,

Rien, je n'ai rien dit! (a p>u.) Schamyl pour Schamyl, j'aimais mieux l'autre ; je ne peux m’abandonner avec celui-ci à aucune aisance familière.

NADÈJE, ou* fric» 'r*rr*uaU>.

Schamyl! — écoutez ce que je vais dire et ne regardez pas ce que je vais faire. Vous n’avez eu guère le temps de lire les épopées, vous qui en vivez une. Mais, voyez-vous, Schamyl, dans tous les poèmes héroïques, depuis l’Iliade, oui chante Achille, jusqu'aux Nicbelungrn ’, qui racontent votre ancêtre Attila, il y a toujours une femme qui désarme eu souriant l’indomptable vainqueur (s>a i**t «• pwiaai, .v douc«n*n» ta ri»wta« a* la rriaiara <ie srUn.u.) Vous entendez? mais vous n’avez rien VU, n’cst-cc pas? (Trtmaplmte, montrant Ica pIMoteis 1 mb prre.) J’ai

les armes !

WASSILI, hm repnclM.

Nadèje!...

SCIIAMTL, à NMltj#, qui, conta*, «twt lai nmén w irmr*.

Gardez-Ies, vous avez bien fait de ine les prendre, Nadèje. A quoi déformais me serviraient-elles? Hochets mutiles! Bijoux bien ciselés, rien de plus! (e»U* Sduhachhla. Il mnrt les dcpccbct à Ww*Ul al Mrt ; Wawili dpcach*!* «1 lit ta dépêches.

NADÈJE

Allez! c’est bien plus encore mon père que vous que j’ai voulu désarmer. Vous n'avez toujours, pus besoin de vos aunes pour signer un traité de paix! Je vous les rendrai ce soir. Je vous laisse cette branche de myrte pour gage, et j’emporte

mon trophée. (Ulc *»t par b pacha.)

SCHAMYL, a lui. tan*.

Et en même tempe» ce qui reste de mon âme.

WASSILI, la» 4 Féodor.

Féodor, il ne faut, sous aucun prétexte, que ces armes restent dans les mains de Nadèje... Allez! (s«rt Motor 4 u wu <w *•<**• )

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