LVII
de l'abstrait au concret, mais du concret a l'abstrait, de l’exolérique à l’ésotérique, de la circunf jrence au centre, non du centre à la circonférence. Avant de nous conduire dans le sanctuaire de la métaphysique allemande , il fallait nous faire passer par le portique et visiter à loisir les galeries. Autrement , on s’expose à effaroucher et à rebuter des esprits encore peu habitués à ces formules et prévenus contre ce qu’on est convenu d’appeler le jargon delà métaphysique. Il faut l’avouer , malgré les efforts qui ont été tentés pour nous mettre au fait de quelques uns deccs systèmes, nous sommes encore peu familiarisés avec les constructions abstraites, avec le langage et la terminologie de ces philosophes. Tout cela est tellement contraire aux habitudes de notre esprit et au génie de notre langue, que l’on peut douter si de consciencieuses et intelligentes analyses ne remplaceraient pas, avec avantage, des traductions textuelles, inévitablement barbares , quels que soient l’intelligence et le talent des traducteurs. Selon nous, les livres qui doivent être avant tout traduits, ce sont ceux qui peuvent l’être sans que le traducteur soit mis dans la fâcheuse nécessité de faire violence au texte étranger ou à sa propre langue.
Une autre raison décisive à nos yeux, pour traduire cette classe d’ouvrages, c’est que rien n’en peut remplacer la traduction ; c’est que , par la nature même de leur contenu comme par la forme qui les distingue, ils échappent à toute analyse, et restent