‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 12 sur 89 · XL1X · texte numérisé non relu

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dans lous les compartiments de son œuvre, de nous conduire dans les détours de ce labyrinthe et de nous en expliquer, à chaque pas, les énigmes. Or, le but étant moins d’éclairer le lecteur sur la nature et la véritable portée du système que de l’en dégoûter et de lui épargner la fatigue de l’étudier à fond , ainsi que lous ceux qui appartiennent au même mouvement d’idées , il faudrait avoir bien du malheur pour ne pas conduire à bien une pareille entreprise et ne pas la voir couronnée d’un plein succès.

Ce qui caractérise de telles expositions, c’est d’abord l’affectation d’une grande fidélité matérielle. Seulement, après cinq ou six cents pages, le premier mot reste à dire sur le sens véritable de la doctrine et sur l’idée qui en fait le fond. L’esprit est absent. Vous avez assisté à la dissection d’un cadavre. Que dis-je? c’est un squelette que vous avez sous les yeux; car, on a eu soin de supprimer tout ce qui pourrait encore lui donner quelqu’apparenccdevie. Les développements, les aperçus ingénieux , tout ce qui peut réhabiliter un auteur aux yeux des hommes sensés, peu soucieux d’idées spéculatives et qui jugent un système ou s’intéressent à lui en raison de ses applications fécondes au droit, à l’histoire, aux beaux-arts, tout cela est retranché , abrégé , réduit aux proportions les plus mesquines. En revanche, vous êtes rassasié de métaphysique et de formules dont vous n’avez pas le sens , et qui font un effet bizarre et ridicule. Il arrive ainsi que l’on a extrait des ouvrages d’un philosophe sa

l'IlÉFACK

propre satire et que, sous le nom d’histoire, on a fait contre lui un gros pamphlet, arsenal ouvert à quiconque, partageant la même sympathie pour lui et ses pareils , ignore sa langue , et ne se sent pas aussi bien initié à l’intelligence de ses doctrines. Pour le lecteur qui voulait s’éclairer, il a une énigme de plus à résoudre , celle de savoir comment toute une grande nation peut avoir admiré de telles extravagances et décerné la renommée à leurs auteurs. — La moralité, pour les esprits profonds, c’est un exemple' de plus des bizarreries de l’esprit humain.

Quant aux travaux vraiment sérieux entrepris dans le but de faire connaître ces théories, et le vaste mouvement philosophique auquel ils appartiennent , nous sommes loin assurément de contester leur importance et leur utilité; mais le plan selon lequel ils sont conçus et les conditions de leur exécution , s’opposent à ce qu’une place digne et suffisante y soit accordée aux écrits dont nous parlons et aux idées qu’ils renferment. L’auteur qui expose et apprécie la série de ces systèmes, et chacun d’eux en particulier, doit surtout s’attacher aux principes généraux qui en sont la base , faire ressortir leur liaison et leur enchaînement. C’est donc la partie métaphysique qui doit encore ici dominer. On reproduit très-bien les grandes divisions de cette philosophie. On nous montre ses racines , son tronc et ses branches principales ; mais ses dernières ramifications et sa riche efflorescence sont perdues pour nous. Ce qu’il y a de vivant, d’original

Hll TRADUCTEUR.

dans la pensée de l’auleur et les vues de détail qui n’ont qu’un lien indirect ou fort éloigné avec ses principes , doit être mis de côté , sous peine d’engendrer la confusion, de nuire à l’unité, à la clarté du plan. Or, souvent un philosophe n’a pas moins déployé d’invention , de fécondité , de génie dans ses pensées éparses et ses vues détachées, que dans la construction de son système. C’est le propre des grands esprits de semer les idées partout où ils laissent la trace de leurs pas, de déposer des germes féconds pour l’avenir, dans quelque coin ignoré , loin des champs de la spéculation. Lisez les moindres écrits de Platon , d’Aristote et de Leibnitz. Là , peut-être , sont les idées qui survivront au système, ou dont un autre système doit éclore. Là, ordinairement, lorsqu’ailleurs la pensée mal éclose s’enfantait péniblement, ou s’embarrassait dans ses langes en s’efforçant, pour exprimer des idées nouvelles, de créer une terminologie nouvelle, là, vous trouverez le grand écrivain. Nous n’admettons pas que l’on puisse être un esprit éminent, môme comme métaphysicien, et constamment un écrivain médiocre. Le style et la pensée, la forme et le fond se tiennent trop étroitement pour qu’après avoir fait quelque temps divorce et s’être long-temps inutilement cherchés dans les esprits créateurs, ils ne finissent pas par se rencontrer et s’harmoniser quelque part. C’est dans ces sortes d’écrits que vous retrouverez leur alliance.

Tels sont les motifs qui ont décidé notre choix

LU

PRÉFACE

dans cette publication , et pour lesquels nous nous permettons de recommander toute une série d’ouvrages intéressants , jusqu’ici trop négligés, des autres philosophes allemands, de Kant, de Fichte, de Jacobi,etc. On nous aurait mal compris, si l’on pensait que nous voulons leur sacrifier la métaphysique elles livres qui la renferment; mais nous croyons que nous avons besoin d’y être doublement préparés, d’abord par ces écrits, ensuite par des analyses étendues , exactes , où l’esprit , plus que la lettre des auteurs , soit saisi et exprimé en langage intelligible. Quant à la traduction proprement dite des œuvres ésotériques de la philosophie allemande, si elle est possible, le moment, selon nous, n’en est pas venu (1).

(I) Est-ce avoir trop de confiance dans notre opinion qnede penser que des raisonsanalogucs ont motivé le vœu, exprimé par l’illustre auteur lui-mémc, de voir traduits, dans notre langue précisément les écrits que nous publions aujourd’hui , après de longs retards indépendants de notre volonté? Si nous sommes bien informé , ce vœu aurait été émis lorsque déjà notre traduction était terminée.

DU TRADUCTEUR

Analyse de res écrits.

$ I". Leçons sur la méthode des éludes académiques.

Si nous n’avons pu songer à discuter , dans cette préface , des doctrines qui touchent à tous les points fondamentaux de la science humaine et se rattachent au système entier de l’auteur , une analyse rapide était nécessaire pour mettre en relief les idées principales, en faire mieux saisir l’ordre et l’enchaînement, ainsi que pour éclairer les passages qui pourraient offrir au lecteur quelqu'obscurité.

Les leçons sur la méthode desétudes académiques, qui forment la partie la plus étendue et la plus importante de cette publication , ont pour but de régénérer l’enseignement scientifique des universités. Cette réforme doit , en même temps, faire pénétrer partout l’esprit, la méthode et les résultats généraux de la philosophie de l’auteur. 11 y a donc deux choses à considérer dans ce livre , les observations et les idées qui conservent leur valeur indépendamment du système, jie qui tient essentiellement à celui-ci et nous le fait connaître. Nous prions le lecteur de ne pas perdre de vue cette distinction.

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PREFACE

Première leçon. Les trois premières leçons sont consacrées à des considérations générales sur le caractère , le but et les conditions de l’enseignement académique. Elles se détachent facilement du reste du cours à qui elles servent comme d’introduction et de prolégomènes.

Dans la première, qui a pour titre de l’idée absolue de la science, Schelling expose d’abord brièvement les motifs qui l’ont déterminé à ouvrir ce cours. La principale est la nécessité de remédier au défaut d’ordre et d’unité qui caractérise l’enseignement de la plupart des sciences dans les universités. Le remède, la philosoph ie seu le peu t le trou ver et l’appliquer. C’est un enseignement qui repose sur l’idée même de la science envisagée du point de vue de sa plus haute unité, dans son caractère absolu et universel, comme embrassant dans son sein toutes les sciences particulières, leur servanlde lien, decentre et de terme final. Cette conception importe à la marche et au progrès de toutes les sciences spéciales; elle seule peut donner aussi une utile direction aux établissements où elles doivent être enseignées selon leur véritable esprit.

Par son rapport avec la science première et absolue, toute science participe elle-même de l’absolu. Car, bien que la science absolue ne réside que dans Dieu, elle existe aussi pour nous ; la science humaine, dans son ensemble, devant être une image, un reflet plus ou moins parfait de cette science idéale. Toute sciencequis’endétacheets’ensépare,qui, parla, oublie

Dl TRADUCTEUR.

son origine et son but , est condamnée à l’immobilité. Cette faculté déconsidérer toute chose dans son rapport avec le tout et du point de vue de la plus haute unité est aussi le propre de l’inspiration et du génie. Ce qui n’est pas pensé dans cet esprit, ce qui n’est pas susceptible d’étre saisi harmoniquement dans ce tout organisé et vivant , est vide et insignifiant. Ce sont des matériaux inertes que la science ne peut s’assimiler, qu’elle expulse de son sein, selon les lois de l’organisation et de la vie.

Telle est, poursuit Schelling, la vraie manière d’envisager la science. Ainsi la conçut l’antiquité : c’est là le sens de cette trotta, des Grecs, qui était â-la-fois la science et la sagesse dans leur tendance la plus élevée. Et la philosophie est -elle autre chose que cette aspiration de l’homme à communiquer avec l'essence divine, à participer de cette science absolue dont l’univers est l’image, et dont la source est dans l’intelligence éternelle?

Mais ici s’élève une objection. La science , dit-on , pour répondre à cet idéal, devrait avoir son but en soi, dans la connaissance et la contemplation de la vé rilé. Or, telle n’est pas la science humaine. L’homme n’a pas été créé pour la vie contemplative. Sa vraie destination, en ce monde, n’est pas la contemplation, mais l’action, l’accomplissement du devoir, la vertu. Toute science qui , dans ses recherches, ne tend pas immédiatement à un but pratique, est oiseuse et inutile. Agir est l’essentiel, savoir l’accessoire; l’un est

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