DU TRADUCTEUR. CXXXIX
plus opposé à la philosophie, qui a pour objet la vérité?
Le philosophe doit renier l'art cotnme artisan de mensonges, comme nous transportant dans un monde de chimères et de fictions. Son effet, d’ailleurs, n’est-il pas d’énerver et d’amollir les âmes? \
Schelling ne s’arrête pasà démontrer longuement la fausseté de ces assertions puisées dans de vulgaires préjugés ; il leur oppose une idée plus vraie de l’art S et de sa mission. L’art n’a pas moins que la philosophie pour objet l’immortelle et invisible vérité ; c’est elle qu’il montre à travers ses images et ses emblèmes, et il s’adresse à l’esprit par l’intermédiaire des sens. Il est une révélation des idées divines: loin d’énerver l’àme il épure ses sentiments , il la trans- y porte dans un monde idéal et l’initie à ses mystères -, x cette initiatién a pour résultat de purifier les passions que réveille leur vivant tableau. Son effet est moral et même religieux.
Mais le divin Platon n’a-t-il pas banni les poètes de sa République ? — On a mal compris le sons de cet arrêt du roi des philosophes; ce qu’il condamne* c’est l’art grec et la mythologie payenne , qui , en effet ont trop sacrifié au culte de la forme et trop flatté les sens. Si Platon eût connu l’art chrétien et la poésie chrétienne, loin de les proscrire il les eftl accueillis avec enthousiasme. Il faut bien plutôt voir dans cet arrêt le pressentiment et comme la prophétie d’un art nouveau, essentiellement spiritualiste et destiné à représenter l’infini dans scs œuvres. Ce qui prouve
CSL
l’IlÉFACE
que ce jugement n'a rien d’absolu, c’est que dans d’autre dialogues ( Ion , Phèdre , Banquet ) , Platon parle de la poésie avec éloge et célèbre l'inspiration poétique comme émanant d’une source divine. La vraie conclusion, c’est que l’art grec n’est qu’un genre particulier, qui, comme tel, a ses limites, qu’il existe une autre forme de l’art plus élevée, et qu’il est nécessaire d’embrasser celui-ci dans son développement complet.
Mais si l’art est un digne objet d’étude pour la philosophie , celle-ci est-elle capable de le comprendre? N’est-il pas aussi mystérieux dans ses procédés que merveilleux dans ses effets? D’ailleurs n’est ce pas une prétention vaine que celle de lui assigner des lois ? Le génie n’obéit qu’au souille divin qui l’anime, il est essentiellement libre, il se joue des règles dans lesquelles on cherche à l’emprisonner. Comment introduire la réflexion dans les œuvres de l’inspiration ?
Ceux qui tiennent ce langage rabaissent en réalité l’arlen croyant lelevcr au-dessus de la raison; puisque, si tout est incompréhensible dans ses œuvres, ne s’adressant plus dès lors à l’esprit et à ses hautes facultés, il ne s’exerce plus que sur la partie inférieure de l’ame, la sensibilité. Mais pour bien comprendre la réponse de Schelling , il faut se placer à son point de vue et se rappeler le sens de ses formules. L’art, en revêtant les idées d’une forme sensible et réelle, représente l’unité de l’idéal et du réel, leur parfaite et harmonieuse fusion. Cependant le réel ou l’objectif,
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