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une vie plus élévéc. Ce qui , auparavant, était le tout, n’est plus considéré que comme partie, et le rapport le plus élevé de l’art à la nature est atteint , par cela même qu’il prend celle-ci comme moyen , pour rendre visible l’âme en elle.
Mais si, dans cette fleur de l’art, comme dans la fleur du règne végétal, tous les degrés antérieurs se répètent, on voit aussi, d’un autre côté, par quelles routes différentes l’art peut sortir de ce point central. C’est ici, surtout, que la différence naturelle des deux formes qu’affectent les arts du dessin se montre dans toute sa force. Car, pour la sculpture, comme elle représente ses idées par des formes corporelles, le point le plus élevé parait devoir consister dans le parfait équilibre entre l’âme et le corps. Si elle donne à ce dernier la prépondérance, alors elle tombe au-dessous de son idée. Mais il semble tout-à-fait impossible qu’elle élève l'âme aux dépens de la matière, puisqu’ainsi elle se dépasserait elle même. Le parfait sculpteur, il est vrai , comme le dit Winckelmann , â propos de l’Apollon du Belvédère, ne prendra pas pour son œuvre plus de matière qu'il n’en a besoin pour atteindre son but spirituel ; mais aussi, d’un autre côté, il ne mettra pas dans l’âme plus de force spirituelle que la matière ne peut en exprimer; car son art consiste précisément à exprimer le spirituel d’une manière toute corporelle. La sculpture ne peut donc atteindre à son véritable poinlde perfection quedansdes natures telles, qu’en vertu de leur essence même , elles
sen les arts
soient en réalité, â chaque instant, tout ce qu'elles peuvent être d’après leur idée ou leur âme , par conséquent, dans des natures divines. Ainsi, quand même il n’y aurait eu auparavant aucune mythologie, l’art y serait arrivé de lui-même, et aurait inventé les dieux s’il ne les avait pas trouvés déjà existants. Ensuite , comme l’esprit , à un degré inférieur de l’existence , est avec la matière dans le même rapport que nous avons attribué à l’âme vis-à-vis.de lui ( puisqu’il est le principe de l’activité et du mouvement, comme la matière est celui du repos et de l’inertie), la loi de la mesure dans l’expression et dans les passions est une loi fondamentale qui dérive de leur nature. Et cette loi doit s’appliquer, non-seulement aux passions inférieures, mais, s’il est permis de parler ainsi, aux passions élevées et divines dont l’âme est capable dans le ravissement, dans la méditation , dans la prière. Par conséquent, puisque les dieux seuls sont affranchis de ces passions par ce côté, aussi , la sculpture est éminemment propre à la représentation des natures divines.
Mais la peinture paraît dans des conditions toutes différentes de celles de la sculpture ; car elle ne représente plus, comme celle-ci, à l’aide de formes corporelles, mais par la lumière et les couleurs, moyen lui-inéme incorporel et en quelque sorte spirituel. Aussi , ne donne-t-elle jamais ses images pour les objets eux-mêmes; elle veut expressément qu’elles ne soient considérées que comme des images. Par là ,
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elle n’accorde déjà plus à la matière en elle-même la même importance que la sculpture. D’après ce principe , en élevant ses sujets au-dessus de la nature sensible, elle parait, il est vrai, tomber plus bas audessous d'elle même que ne lait l’art plastique dans le cas semblable; mais , d’un autre côté, elle est d’autant mieux en état de manifester clairement la supériorité de l’âme. Dans ses représentations de l’ordre le plus élevé , elle saura, sans doute, ennoblir les passions par le caractère, ou les tempérer par la grâce, ou enfin montrer en elles la force de l’âme. Mais, d’un autre côté, ces hautes passions, qui s’appuient sur l’affinité de l’âme avec l’essence divine, sont précisément celles qui lui conviennent parfaitement. Il y a plus, si la sculpture établit un parfait équilibre entre la force par laquelle un être se conserve physiquement et se développe au sein de la nature, et celle par laquelle il vit intérieurement et comme âme, si elle exclut la souffrance pure , môme physique , la peinture, au contraire, peut, en représentant celle-ci, adoucir, dans l’intérêt de l’âme, le caractère de la force et de l’énergie active, leur substituer l’abandon et la résignation; ce qui fait paraître l’homme plus capable des inspirations de l’âme, et, en général , des hautes influences.
Par cette seule opposition s’explique déjà la prédominance nécessaire de la sculpture dans l’antiquité, et de la peinture dans le monde moderne. L’antiquité sentait et pensait d’une manière tout-à-fait plastique,
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tandis que le christianisme fait, en quelque sorte , de l’âme l’organe souffrant d’une plus haute révélation. Ceci montre également qu’il ne suffit pas de viser au plastique dans la forme et la représentation , et qu’avant tout il faut penser et sentir plastiquement, c’està dire à l’antique. Mais si les emahissements de la sculpture sur le domaine de la peinture ont jiour résultat la corruption de l’art, d’un autre côté resserrer la peinture dans les conditions et la forme de la sculpture , c’est lui imposer des limites arbitraires ; car si la première tend , comme la pesanteur, vers un point unique , la peinture comme la lumière, peut remplir l’espace entier de l’univers.
La preuve de cette universalité de la peinture est l’histoire même et l’exemple des grands maîtres , qui , sans violer l’essence même de leur art, ont porté chacun de ses degrés , en lui-même , à sa perfection ; de sorte que, la même succession qui peut être montrée dans les formes essentielles de l’art, nous pouvons aussi la retrouver dans son histoire.
Nous nous attacherons, il est vrai, plutôt à l’ordre réel et naturel qu’à celui du temps (4). La plus ancienne et la plus puissante époque de l’art devenu libre apparaît avec Michel Ange. L’art déploie sa force encore indomptée dans des créations gigantesques; de même que, selon les traditions de la mythologie, la Terre, après les embrassements d’Uranus , engendra d’abord les Titans et les Géants qui voulaient escalader le ciel, avant que ne s'établit le doux
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empire des paisibles divinités de l’Olympe. Tel nous apparait la représentation du Jugement dernier, dont cet esprit géant remplit la chapelle Sixtine, résumant tout son art dans cette grande œuvre , plus propre à rappeler les premiers temps de la terre et ses premières créations que les temps nouveaux. Attiré vers les principes les plus mystérieux de la nature organique et particulièrement de la forme humaine, il n’évite pas le terrible. Loin de là, il le cherche à dessein , lui ôte môme son calme et le précipite dans les noires officines de la nature. Il compense le manque de douceur, de grâce et d’agrément, par l’expression la plus frappante de la force. Si, par ses représentations, il excite la terreur, c’est l’épouvante que, selon la fable, le dieu Pan répandait tout-à-coup dans les assemblées des hommes. La nature, en général, produit l’extraordinaire par des qualités exclusives et incompatibles avec leurs opposées. Ainsi, dans le génie de Michel Ange, le sérieux, l’énergie et la profondeur dominaient trop le sens de la grâce et la sensibilité de l’àme, pour qu’il montrât, pure et à son plus haut degré, la force plastique , dans la peinture des temps modernes.
Lorsque la première violence s’est adoucie et que l’impétuosité d’une force qui enfante s’est calmée, alors se manifeste dans l’âme l’esprit de la nature, et avec lui naît la grâce. L’art atteignit ce degré après Léonard de Vinci, avec Corrège, dans les ouvrages duquel l’âme sensible est le principe qui produit la beauté.
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Ceci n’est pas seulement manifeste dans la douceur des contours de ses figures , mais aussi dans les formes qui ressemblent , au plus haut degré , à celles des natures purement sensibles dans les ouvrages de l’antiquité. En lui fleurit le véritable Age d’or de l’art , que le doux règne de Chronus vint apporter à la terre. Ici le sourire aimable de l’innocence, le désir naïf, la sérénité, la joie enfantine rayonnent sur des visages ouverts et riants; ici sont célébrées les saturnales de l’art. L’expression générale de ce style, c’est le clair obscur que Corrège emploie plus qu’aucun autre. Car ce qui, pour le peintre, remplace la matière, c’est l’obscur; c’est là le fond sur lequel il doit fixer l'apparence fugitive de la lumière et de l’âme. Mieux, par conséquent, le clair et l’obscur se marient ensemble, de telle sorte que de tous deux naisse une chose unique, et, pour ainsi dire, une âme et un corps; plus l’esprit apparaît sous une forme corporelle et la matière s’élève au niveau de l’esprit.
Quand l’art s’est affranchi des limites de la nature, et que le gigantesque, fruit de sa première liberté, a été refoulé, lorsque la forme et les figures se sont embellies par le pressentiment de l’âme , le ciel s’éclaircit, le terrestre ayant dépouillé sa rudesse, peut s’unir avec le céleste, et le divin avec l'humain. Raphaël prend possession de l’Olympe radieux, et nous conduit avec lui de la terre dans l’assemblée des dieux, au milieu des natures immor-
telles et heureuses. La fleur de la vie a son moment le plus parfait , le souffle de l’imagination et le parfum plus subtil encore de l’esprit s’exhalent à la fois de ses œuvres. 11 n’est plus seulement peintre, il est philosophe; il est poète en même temps. La puissance du génie , la sagesse et la mesure se donnent ici la main. Telles les choses sont ordonnées dans la nature d’après les lois d’une éternelle nécessité , telles il les représente. Avec lui l’art a atteint son terme, et comme le véritable équilibre du divin et de l’humain ne peut guère exister que dans un point unique , le sceau de Vuniciié est empreint sur ses œuvres.
A partir de ce moment , la peinture, pour épuiser toutes les formes possibles que comporte sa nature , ne pouvait plus se mouvoir en avant que d’un seul côté ; et quoi qu’elle ait pu entreprendre dans les renouvellements postérieurs de l'art, quelles que soient les différentes directions qu’elle ait essayées, elle parait n’en avoir pris qu’une seule qui lui ait permis de fermer le cercle des grands maîtres avec une espèce de nécessité. De même que le cercle des anciennes histoires des dieux se ferme par la fable récente de Psyché , de même la peinture pouvait encore, par la prépondérance accordée à l’Ame, atteindre à un degré nouveau de l’art , quoique non plus élevé. C’est à ce but que tendit Guido Reni , et il fut, à proprement parler, le peintre de l’âme. Tel nous paraît avoir été le caractère général de sa tendance, quoique souvent elle soit mal assurée, et que plusieurs de
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ses œuvres se perdent dans l'indéterminé. IV est à la maturité de ce style que l’on doit, avec un petit nombre d’autres chefs-d’œuvre , celui qui est exposé, dans la grande collection de notre roi , a l’admiration universelle. Dans la figure de la Vierge enlevée au ciel , tout ce qui peut rappeler la rigueur et la sévérité plastiques est effacé jusque dans sa dernière trace. Il y a plus, la peinture elle-même ne paraitelle pas dans ce tableau, semblable à Psyché, libre et dégagée des formes matérielles, s’envoler sur ses propres ailes vers la glorification céleste? Ici, rien qui trahisse à l’extérieur la présence de la force qui anime la nature. Tout respire la sensibilité, le calme de la résignation , jusqu’à cette chair mortelle dont la langue italienne désigne le caractère particulier par le terme de morbidezza, et qui est ici toute différente de celle dont Raphaël revêt la Reine du ciel , lorsqu’elle descend des cieux et apparaît au pape en prières et à un saint. Si l’on doit ajouter foi à ce qui a été remarqué : que le modèle des tètes de femmes du Guide est la Niobéde l’antiquité, le principe de cette ressemblance n’est certainement pas une simple imitation arbitraire; une tendance semblable a pu conduire aux mêmes moyens. Si la Niobéde Florence est une œuvre dans laquelle la sculpture se dépasse elle-même, si elle est, dans cet art, la représentation de Famé, de même le tableau que nous connaissons est aussi une œuvre qui franchit les limites de la peinture qui ose, ici , rejeter les ombres et
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l’obscur et produire ses effets presque avec la pure lumière.
Quand môme il serait permis à la peinture , à cause de son caractère particulier, d’incliner vers la représentation de l’âme , il n’en serait pas moins vrai que la science et l'éducation n’auraient rien de mieux à faire que de ramener, sans cesse, à ce milieu primitif dont il a été parlé plus haut, et d’où seulement l’art peut toujours être renouvelé ; tandis, qu’autrement, il doit toujours s’arrêter immobile sur son dernier degré de développement, ou dégénérer en une manière étroite. Car, cette haute souffrance elle-même contredit l’idée d’une nature dans la plénitude de sa force, ce dont l’art est appelé à montrer l’image dans tout son éclat. Toujours un sens droit aimera à voir une nature dignement réprésentée, même par son côté individuel et dans sa plus haute indépendance; il y a plus, la divinité abaisserait, avec complaisance, ses regards sur une créature qui, douée d’une âme pure , maintiendrait la noblesse de sa nature en déployant son énergie au dehors et en développant sa force sur la scène du monde sensible.
Nous avons vu comment, après être parti des degrés inférieurs de la nature (5), l’œuvre d’art, venant à se développer, commence par la détermination et la précision des formes , déploie ensuite sa fécondité, sa richesse infinie, se transfigure dans la grâce et atteint finalement à l’expression de Pâme. Mais ce
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qui a ilù être représenté 'comme séparé, dans l’acte créateur de l’art parvenu à son plus haut point de perfection se résume en un fait unique. Cette puissance divine de créer, aucune théorie, aucun précepte , ne peuvent la produire. Elle est un pur don de la nature, qui s’achève doublement , puisque, parvenue à la dernière limite de son action , elle dépose sa force créatrice dans sa créature. Mais, de même que dans le développement général de l’art , ces degrés se succèdent l’un après l’autre , jusqu’à ce qu’ils se réunissent dans le plus élevé de tous ; de môme aussi , dans les individus , il ne peut y avoir de développement solide que celui qui part du germe et de la racine , et s’élève régulièrement jusqu’à la fleur.
Cette loi, en vertu de laquelle l’art, comme tout ce qui est vivant, doit partir d’un premier commencement et y retourner toujours pour se rajeunir , peut paraître dure à une époque à laquelle il a été dit , de tant de manières , comment la beauté la plus parfaite pouvait être empruntée toute faite aux œuvres d’art déjà existantes, et comment on pouvait ainsi atteindre, comme d’un seul coup , à la perfection. N’avons-nous pas déjà l’excellent, le parfait? Pourquoi donc retourner à l’origine de l’art, à ses premières ébauches? — Si les grands maîtres, qui ont fondé l’art moderne , avaient pensé de même , nous n'aurions jamais vu leurs merveilles. Avant eux , il y avait aussi les créations des anciens , des ouvrages de sculpture et de peinture qu’ils auraient pu transporter immédiate-
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ment sur la toile (G). Mais le fait de s’approprier ainsi un beau étranger, non acquis par soi-même et , parla aussi , incapable d’être bien compris , ne pouvait satisfaire chez eux un penchant artistique , qui les portait à remonter au véritable principe d’où le beau devait s’engendrer de nouveau, libre, plein de sève et de force. Ils ne craignaient pas de paraître simples, sans art , froids , en comparaison de ces grands génies de l’antiquité, et d’enfermer long-temps la fleur de l’art dans son bouton , jusqu’au moment où la grâce viendrait l’épanouir. D’où vient que nous regardons ces ouvrages des anciens peintres , depuis Giotto jusqu’au maître de Raphaël , maintenant encore, avec un espèce de sentiment religieux et même avec une sorte de prédilection , si ce n’est parce que la vérité naturelle de leurs tableaux et le sérieux imposant et calme avec lequel ils respectent librement les limites de la nature , nous inspirent , malgré nous, la vénération et l’admiration ? Or , ce que ceux-ci étaient par rapport aux anciens , nous le sommes par rapport à eux. Aucune tradition vivante , aucun lien organique de développement progressif ne rattache notre époque à la leur. Nous devons renouveler l’art sur leurs traces , mais avec originalité , si nous voulons leur ressembler. Sans doute, à la fin du xvi* et au commencement du xvii* siècle , ce rejeton de l’art pouvait bien pousser quelques nouvelles fleurs sur la souche ancienne , mais nullement produire des germes féconds, etencorc moins faire naître une nou-
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velle tige. D’un autre côté, rejeter les véritables chefsd’œuvre et rechercher , comme l’ont voulu quelques uns, les mauvais commencements de l’art, pour les imiter à cause de leur simplicité , ça été une nouvelle et peut être plus grave méprise. Iis ne sont même pas retournés au primitif; la simplicité ne fut que de l'afféterie, une apparence hypocrite et mensongère.
Mais, quel aspect nous offre le temps actuel? Verrat-on l’art sortir d’un nouveau germe, et reverdir sur une tige nouvelle ? Malheureusement , l’art dépend en grande partie de l’esprit du siècle où il se développe; or, qui pourrait promettre aujourd’hui à ces sérieux commencements dont nous avons parlé, l’approbation générale , quand l’art obtient à peine la même estime que les instruments d’un luxe prodigue; quand, d’un autre côté, artistes et amateurs louent et recommandent l’idéal avec une parfaite impuissance de comprendre la nature ?
L’art ne doit sa naissance qu’à ce vif ébranlement des puissances les plus profondes de l’âme que nous appelons l’enthousiasme. Tout ce qui, sorti des commencements pénibles et faibles, est devenu puissant et s’est élevé à une grande hauteur , est devenu grand par l’enthousiasme. Il en est ainsi des empires et des États , des arts et des sciences. Mais ce n’est pas aux forces de l’individu qu’il faut on faire honneur, c’est à l’esprit qui se développe dans la société entière. Car de même que les plantes délicates dépendent de l’air et de l’atmosphère, l’art , surtout, dépend de la faveur
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publique. 11 a besoin d'un enthousiasme général pour le sublime et le beau, comme celui qui, du temps des Médicis , semblable à une chaude haleine du printemps, fit éclore tant de grands génies à la fois; il réclame une constitution politique semblable à celle que nous représente .Périclès dans l’éloge qu’il fait d’Athènes , ou à celle que le règne paternel et plein de douceur d’un prince éclairé nous conserve plus ferme et plus durable que la souveraineté populaire, une organisation sociale où toutes les facultés se développent librement et tous les talents aiment à se montrer, parce que chacun est apprécié uniquement selon son mérite, où l’inaction est une honte, et la louange n'est point décernée aux productions vulgaires, où, au contraire, tous tendent vers un but élevé, placé hors de la portée commune. C’est alors, quand la vie publique est mise en mouvement par des mobiles capables de donner l’essor à l’art, c’est seulement alors qu’il peut en tirer quclqu’avantage ; car il ne peut, sans renoncer à la noblesse de sa nature , tendre vers un but étranger à lui. L’art et la science ne peuvent se mouvoir que sur leur axe propre. L’artiste, comme quiconque s’occupe des travaux de l’esprit , suit la loi que Dieu et la nature ont gravée dans son cœur , et n’en connaît pas d’autre. Personne ne \ peut l’aider ; il doit trouver son aide en lui-même.
De môme, il ne trouve qu’en lui sa récompense; car ce qu’il n’a pas produit pour lui-mêine sera, par cela seul, bientôt nul. De même aussi personne ne doit lui
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commander ou lui tracer la route qu’il doit suivre. Autant sa position est déplorable s’il est obligé de lutter contre son temps, autant il est digne de mépris s’il travaille pour lui plaire. Lui plaire ! Eli ! comment d’ailleurs le pourrait-il? Sans un grand enthousiasme général il n'y a qup des sectes et point d'opinion publique. Ce n’est pas un goût ferme et sûr, ce ne sont pas les grandes idées de tout un peuple, mais la voix de quelques hommes qui s’érigent arbitrairement en juges, qui décident du mérite-, l’art qui, dans sa position élevée, se sulïit à lui-même , est donc alors réduit à mendier l’approbation; il devient esclave , lui qui devait commander.
Les siècles ont en partage un enthousiasme différent. Ne devons-nous pas espérer que le nôtre aura aussi le sien , quand le monde nouveau qui se forme sous nos yeux, tel qu’il existe déjà extérieurement et, d’une manièremoins visible, dansles âmes généreuses, ne peut plus être mesuré avec les règles qui ont jusqu’ici gouverné l’opinion , lorsque tout en réclame de plus larges et annonce un renouvellement universel? lie sens élevé à qui la nature et l’histoire se sont de nouveau révélés d’une manière vivante , ne doit-il pas redonner aussi à l’art ses grands objets? Vouloir tirer des étincelles de la cendre des morts pour rallumer une flamme universelle , c’est une vaine tentative. Mais, aussi, il n’y a qu’un changement antérieur dans les idées elles-mêmes qui soit capable de relever l’art de son épuisement. Il n’y a qu’une nouvelle
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science, une nouvelle croyance qui aient le pouvoir de l’enthousiasmer pour des travaux capables de le rajeunir et de lui rendre sa splendeur d’autrefois. A la vérité un art qui serait de tout point semblable à celui des siècles passés ne reviendra plus ; car la nature \ ne se répète pas. Un second Raphaël n’apparaîtra pas, mais un autre qui , d’une manière également originale, parviendra au sommet de l’art. Faites seulement que celte cdndition fondamentale dont nous avons parlé soit remplie, et l’art reprenant une vie nouvelle montrera , comme autrefois, sa vraie destination dans ses premières œuvres. Dans la formation d’un caractéristique bien déterminé , pourvu , d’ailleurs qu’il procède d’un talent original, la grâce est déjà présente, quoique enveloppée , et dans tous deux l’âme elle-môme se fait pressentir. Les œuvres qui naissent ainsi , malgré l’imperfection inhérente à tout ce qui commence , sont déjà des œuvres marquées du cachet de la nécessité et de l’immortalité.
Nous devons le confesser , dans cet espoir de voir renaître un art entièrement original, nous avons principalement la patrie devant les yeux. A l’époque où l’art se réveillait en Italie, sur le sol national avait déjà poussé la tige puissante de notre grand Albert Durer, production éminemment originale du génie Allemand et qui, cependant, n’offre pas une parenté moins manifeste avec celles dont un soleil plus propice faisait arriver les doux fruits à leur plus haute maturité. Ce peuple d’où est sortie la plus grande
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révolution dans les idées qui ait remué l'Europe moderne, dont le génie a enfanté les plus grandes découvertes, qui a donné des lois au ciel , exploré le plus avant la terre dans scs profondeurs, à qui la nature a implanté dans l’ânie plus qu’à aucun autre peuple, un sens moral incorruptible et le penchant pour la recherche des causes premières, ce peuple doit finir par avoir un art qui lui soit propre.
Si les destinées de l’art dépendent des destinées générales de l’esprit humain, avec quelles espérances ne devons-nous pas envisager cette patrie proprement dite, où un Prince magnanime a donné à la raison humaine la liberté, à l’intelligence des ailes r aux idées philanthropiques leur efficacité; tandis que l’esprit plein de force des populations qui lui sont soumises conserve le germe vivant de l’ancien génie artistique, et que les plus célèbres foyers de l’ancien art germanique se sont rattachés à lui. Certes, les arts et les sciences , lors même qu’ils seraient proscrits partout ailleurs, trouveraient un asile sous la protection d’un trône où une douce sagesse tient le sceptre, prête un nouveau charme aux grâces de la Reine, et rehausse la gloire de cet amour héréditaire pour les arts, par lequel le jeune Prince, si vivement accueilli, en ce jour, par l’allégresse publique de la patrie reconnaissante, est devenu l’admiration des nations étrangères. Ils trouveraient, ici, déjà répandus les germes d’un puissant avenir, un esprit public éprouvé et, au moins, le lien affermi par les
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vicissitudes des temps, d’un amour et d’un enthousiasme universels pour la Patrie et pour le Roi, dont la santé et la conservation, jusqu’au terme le plus reculé de la vie , ne peuvent être dans aucun temple , plus que dans celui qu’il a élevé aux sciences, l’objet des vœux les plus ardents.
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