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d'un style tout difièrentdc celui de Shakespeare, et cependant aussi parfait, dans le drame romantique.
Le jugement que l'on doit porter sur le style et la manière, particulièrement au point où le premier se confond avec le second , le général avec le particulier, forme une des queslions les plus difficiles que l’on puisse proposer à la sagacité des connaisseurs. Aussi , pour s’arroger la compétence, a-ton très-souvent employé ce terme , et non rarement à faux. Je ferai encore ici remarquer la justesse (.articulière des deux mots. Manière vient évidemment de tnanus et signifie originairement la façon de conduire la main. Ceci appartient à notre personne , et peut, par conséquent, s’identifier facilement avec les habitudes du corps. Stilus, au contraire, est le stylet avec lequel les anciens écrivaient sur des tablettes de cire ; celui-ci ne fait pas partie de nous-méme, mais il est l’instrument de notre libre activité. La nature du stylet détermine, sans doute , celle des traits que nous traçons; mais nous l’avons librement choisi et nous pouvons l’échanger pour un autre.
Si l’on considère la nature comme le grand artiste, particulièrement dans la création des formes organiques, on |Kîut aussi lui attribuer un style et des manières; et peutêtre, en se plaçant à ce point de vue, est-il possible de résoudre la question sur laquelle on a si souvent disputé : S’il n’y a d’autre type de la beauté humaine que le type national , ou s’il y a là quelque chose qui ait une valeur plus générale. Les tableaux d’un peintre, dans lesquels les mêmes tètes, les mêmes proportions des membres, des mains et des pieds, etc., reviennent toujours, nous les appelons maniérés , parce nous voyons qu’avec la stérilité naturelle de son pinceau il n’a pas su reproduire la richesse et la variété de la nature. Celle-ci manifeste, dans l’ensemble de ses productions, une abondance et une diversité infinies; mais, envisagée dans ses parties isolées, elle sc
condamne souvent à une uniformité frappante dans le caractère des diverses organisations, en général, et , en particulier, dans le cercle qui comprend l’espèce humaine. Elle forme non-seulement des physionomies nationales toutes particulières, mais aussi des difformités ; c’est ainsi que les goitres sont communs dans certaines contrées. Dans ce cercle étroit, nous pouvons, sans doute, accuser la nature d’ètre maniérée. Nous nous servons encore de ce mot lorsque, dans l’œuvre d’art qui devait être pur, a été introduit un accessoire étranger qui en gâte la composition. Le caractère des êtres organiques est d'être, à-lafois, causes et effets d’eux-mêmes. Un philosophe plein de sagacité lésa comparés aux tourbillons, à l’eau qui tourne sur elle-même, dans le courant des causes et des effets. Ils ne peuvent cependant subsister sans un monde organisé qui les environne, et ils sont obligés de recevoir continuellement des influences extérieures. Maintenant , pour que la liberté , le pouvoir de se déterminer par soi-même , qui, dans l’homme, comme la plus parfaite créature que nous connaissions , apparaît au plus haut degré, ne soit pas détruite , mais conserve son plein exercice, les forces qui agissent sur lui doivent être en équilibre ; et comme les deux facteurs de la vie organique sont le soleil et la terre, ce sera dans les climats les plus tempérés que devront se rencontrer les proportions reconnues comme donnant les plus belles formes humaines. Winckelmann a compris cette conséquence, mais l’a exprimée avec peu de netteté : « la » nature, dit-il, à mesure qu’elle s’approche des cxtré- » mités , produit plus généralement de ces formes ébau- » chées. Obligée de combattre tour-à-tour le chaud et le » froid , elle n’enfante que des productions imparfaites. Là , « ses plantes précoces poussent trop vile ; ici , ses végé- » taux tardifs ne parviennent point à leur maturité. Les » fleurs exposées aux ardeurs du soleil perdent leur frai-
■ cheur, et, privées de ses rayons, elles ne prennenl point » de couleur ; nous voyons même dégénérer les plantes en- » fermées dans un lieu sombre. Mais elle est plus régu- » lière dans ses formes, plus rigoureuse dans ses produc- >* tions, à mesure qu’elle s’approche de son centre, qu’elle » habite un climat tempéré, il résulte de là que nos idées » de la beauté, ainsi que celles des Grecs, étant emprun- » tées des formes les plus régulières , doivent avoir plus ■< de justesse que les notions que peuvent en avoir des » peuples qui , pour me servir d’une expression d’un poète » moderne, ne sont qu’une ébauche de l’image de leur » créateur. » — Iaîs lois d’après lesquelles se détermine climatériquement la formation de l’homme , ne sont pas encore, sans doute, par là , complètement épuisées. La conformation du globe ne se polarise pas simplement dans la direction du Nord et du Sud , mais encore dans celle de l'Est et de l’Ouest ; et, sous ce rapport aussi , les plus belles formations paraissent devoir se rencontrer dans les limites d’une certaine étendue. Dans l’hémisphère austral , qui , à cause de la polarité, contient beaucoup de mers et peu de terres, par exemple, dans les îles de la Mer du Sud , les plus belles formes se trouvent plus près de l’équateur que dans l’hémisphère septentrional.
Certes, là où la nature façonne harmonieusement la forme humaine, elle a un style, c’est-à-dire que les proportions par lesquelles elle limite la variété des formes possibles , reposent sur un principe qui réside dans l’organisation humaine et non étranger à elle. Le caractère de l’humanité s’exprime là de la manière la plus pure. Il existe donc aussi dans la beauté humaine quelque chose d'universellement beau , quoiqu'il ne soit pas reconnu par ces nations que la manière a défigurées. Nous ne devons pas non plus nous laisser abuser par les maniéristes dans l’art , qui confondent la manière avec le style simple des grauds maîtres. Ou
MANIÈRE, STVLE. -'lOO
comprend que des nations qui ne peuvent s'élever au-dessus d’une telle physionomie nationale où la nature est caricaturée , ne sauraient faire aucun progrès notable dans les arts du dessin , dont l’objet le plus élevé est la forme humaine, et y avoir même aucune prétention; qu’au contraire, ceux-ci devaient exceller chez une nation aussi favorisée de ce côté que l’étaient les Grecs. On a ordinairement considéré la gymnastique comme la cause principale qui a fait fleurir les arts du dessin chez les Grecs ; tous deux me paraissent plutôt des effets découlant de la même source. Par le même principe qui a fait que les Grecs trouvèrent la perfection dans la sculpture, ils devaient aussi inventer la gymnastique , qui donnait à leurs mouvements la plus grande liberté et la plus belle harmonie ; ils ne faisaient ainsi que seconder les vues clairement indiquées de la nature.
FIN