‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 82 sur 89 · IIF. LA VÉRITÉ F.T DE LA VRAISEMBLANCE · texte numérisé non relu

IIF. LA VÉRITÉ F.T DE LA VRAISEMBLANCE

de celle sorte montrent un besoin de notre intelligence , qui, ne pouvant précisément exprimer ce qui se passe en nous, procède par opposition, cherche h répondre aux questions de deux manières différentes et à saisir, en quelque sorte, par là , l’idée, moyenne.

I je spectateur. — Très-bien ; seulement expliquez-vous plus clairement, et, si j’ose vous en prier, par des exemples.

L'arocnt. — C’est ce qui me sera très-facile et dans mon propre intérêt. Ainsi, par exemple, lorsque vous êtes à l’Opéra , n’éprouvez-vous pas un plaisir très-vif?

Le spectateur. — • Oui , lorsque tout s’accorde parfaitement, c’est en effet pour moi la jouissance la plus vive que je puisse éprouver.

L'avocat. — Mais , si vous voyez de braves gens se rencontrer et se complimenter en chantant à tue tète, chanter en lisant des billets qu’ils reçoivent , déclarer leur amour , exprimer leur haine et toutes leurs passions en chantant , se disputer en chantant, et mourir en chantant, pouvezvous dire que celte représentation tout entière ou seulement une partie vous paraisse vraie? Quant à moi , j’ose affirmer que je n'ai là sous les yeux qu’une apparence de vérité.

Le spectateur. — En effet , si j’y réfléchis , je ne sais trop que dire, et tout cela n’a pas l’air d’être bien conforme à la vérité.

L’arocat. — Et cependant vous êtes parfaitement content et satisfait de ce spectacle.

Ije spectateur. — Sans contredit; je me rappelle même combien on a voulu autrefois rendre l’Opéra ridicule à cause de sa grossière invraisemblance, et comment, malgré cela , il m'a fait éprouver les plus grandes jouissances, combien j’y en ai trouvé de nouvelles à mesure qu’il s’est perfectionné de plus en plus.

L'avocat. — Et ne vous sentez-vous pas, à l'Opéra, dans une parfaite illusion.

Page 1