‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 2 sur 120 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Un système de philosophie peut ôtre considéré à deux points de vue : il est à la fois la conséquence dos syslcmcs qui Font précédé et le produit du génie particulier d'un philosophe. Il semble au premier abord que les syslomcs procèdent l'un de l'autre par une sorte de développement organique et presque fatal. Mais ici pas plus qu'ailleurs la liberté humaine n'abdique ses droits. Schopeiihaucr ne serait pas ce qu'il est, s'il n'était venu après Kant; mais sa doctrine ne s'expliquerait pas davantage sans la nature de son esprit et les circonstances de sa vie. Il n'y a, sous ce rapport, aucune différence entre l'histoire de la philosophie et l'histoire littéraire.

La vie de Schopenhauer a été racontée par Wilholm CiAvinner et par Edouard Grisebach. La biographie de Gwinner est l'œuvre d'un ami qui a une grande admiration pour le génie du maître, tout en faisant ses réserves sur la doctrine ; elle est précieuse par les documents qu'elle renferme et par les renseignements intimes que possédait l'auteur *. Le livre plus succinct de Grisebach est un modèle de précision et d'exactitude; il est le résultat de longues et

1. Wilhelm Gvrinner, Arthur Schopenhauer aus persOnlicheïn Umgange dar^«s/eZZ^ Leipzig, 1852; 2'>ë.litioa, rofonduo et considérablement aug- <^ inentëe,souâ le titre do Scho^oenhaufirs L'^ben^ Loijtzi}?, 1878. •^' '

YI PRÉFACE

minutieuses recherches, et il est fait avec une chaleur de conviction qui perce à travers la brièveté du récit *. Les deux ouvrages se complètent réciproquement; le second, tout en s*appuyant sur le premier, sert souvent à le rectifier.

Schopenhauer, qui est arrivé tard à la renommée, n*a pas vécu assez pour donner une édition complète de ses œuvres. Cependant il s*inquiétait beaucoup de la forme sous laquelle la postérité le connaîtrait. Il était né écrivain, et une pensée, pour lui, n'était achevée que du moment où elle avait trouvé son expression dans le langage. Il avait indiqué Tordre dans lequel ses écrits devaient être classés. Il corrigeait et complétait sans cesse, par des notes marginales, les exemplaires dont il se servait. Dans son testament, il institua son disciple FrauenstaBdt dans tous ses droits d'auteur pour les éditions futures ; il lui légua en même temps ses manuscrits. Dans une des dernières feuilles sorties de sa main, il disait : « Rempli d'indignation par la honteuse mutilation que des milliers d'écrivains sans jugement font subir à la langue allemande, je me vois contraint à la déclaration suivante : Maudit soit tout homme qui, dans les futures réimpressions de mes ouvrages, y aura changé sciemment quoi que ce soit, ou une phrase, ou seulement un mot, une syllabe, une lettre, un signe de ponctuation ! » Frauenstaedt publia, en 1873-1874, la première édition des œuvres de Schopenhauer ^, On ne peut pas dire qu'il ait complètement réussi à détourner de sa tête la malédiction posthume de son maître. Une édition

1. Edaard Grisebach, Schopenhauer ^ Geschiohte seines Lebens ( dans la collection: Geisteshelden\ Barlin, 1897.

2. Arthur Schopenhauers eàmmtliehe Werke, 6 vol., Leipzig, 1873-1874; 3* éd., 1877. — Fraueostsedt avait publié précédemment : Aus SehopenhauerihandschriftlichemNaehlass'tAbhandlungen, Anmerkungen, Aphoris- ^/nen und Fragmente, Laipsig, 1854.

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