‹ SchumannChapitre 10 sur 12 · C-Jij- Jj-i^ ùL'h-i · texte numérisé non relu

C-Jij- Jj-i^ ùL'h-i

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L^«y^ autographe de Robert Schumann

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nianti lui-même en cause de manière telle que celui-ci avait dû allcv chercher réparation en justice.

Ce fut à partir de ce moment une guerre d'épigranimes de la part de Schumann, d' emhiiches de celle de Schillings. Une fois. Schumann fut condamné à l'amende. D'autre part, Schillings, dans l'Aiinuaire de la musique et des sciences iiuisicales dont il était fondateur et qui ne vécut guère, publia contre Schumann des articles d'un goût dont on jugera par ce titre : c L'inspecteur principal chinoiso-néo-romantique Schuh-wah-kah-niann ».

Mais l'intrigue principale, et qui faillit être la plus néfaste, est celle dont on retrouve la trace dans les extraits suivants de lettres de Clara, qui, par sa naïve confiance, faillit, semble-t-il, devenir la victime des metiées de Schillings en vue d'une vengeance deux fois agréable :

Stuttgart, 30 janvier 1839.

J'ai fait la connaissance du D' Schillings; il a ressenti de la sympathie pour moi, a beaucoup écrit sur mon compte... je ne lui ai pas caché nos projets. . . il a parlé de son journal, laissé échapper qu'il écraserait tous les autres. Tu t'imagines alors mes pensées. Il a compris, m'a saisi les deux mains et a dit, figure-toi, que si la chose marchait bien, ce qui était sûr, il te prendrait poux associé, qu'il ferait tout pour notfe bonheur... le salaire serait considérable, suffisant pour nous deux.

Trois jours après :

I,e D"" Schillings est plein d'abnégation, loyal, il veut notre bonheur. Je t'en supplie, Robert, donne-lui ta confiance entière, comme je lui ai donné la mienne.

Schumann se hâta de la mettre en garde contre les agissements du personnage :

Je tremble encore de tout mon être, écrit-il le 2; février. Nous venons d'échapper à xm. grand danger. S'il avait été vm moins niais scélérat, le bonheur de notre vie entière était détruit peut-être. Mais il est un bien maladroit Don Juan...

Z ne semble pas que Schumann se soit trompé : et dès lors, son antipathie contre Schillings se tronve amplement justifiée. Pourtant, il ne la montra jamais autrement que par des mots piquants, et n'hésita point, par exemple, à reconnaître quelque mérite au grand Dictionnaire (oi\, notons-le en passant, l'article qui lui est consacré, très flatteur dans son ensemble, dénote une louable clairvoyance) . La Conjuration des liards (l'allégorie est basée, on le comprend, sur le double sens du nom de Schillings) , où Schumann raille son adversaire et pour ses prétentions comme juge d'art et pour la cour qu'il fit à Clara Wieck (la belle « ducatesse ») , marque, au reste, de la part de Schumann, la fin des hostilités.

Clara Schmnann.

(Portrait peint par F. de I^enbadi.) Le peuple des monnaies est bien connu. Leur importance dans la société moderne, les surprenantes destinées de certaines catégories d'entre elles, les odyssées impossibles à suivre de l'une ou de l'autre, leurs mystérieuses pérégrinations des palais aux chaumières, par la terre et par l'onde : quiconque a médité sur ces sujets ne pourra refuser d'admettre qu'il vaut la peine d'étudier l'histoire dudit peuple, son caractère et, avant tout, son idiome. D'entre les mille narrations d'aventures que je sais

sur leur compte, je ne révélerai aujourd'hui que celle-ci : la Conspiration des liards contre les pièces d'or.

11 était une lois un liard à qui il déplaisai»^ de n'être point pièce d'or. Dans l'État surabondamment peuplé auquel il appartenait, son indice n'était que o, i. Pour plus de commodité c'est ainsi que nous aussi nous le désignerons, o, i était comme qui dirait un liard bien né. Dès sa première jeunesse, son rêve le plus cher fut d'approcher, au moins xme fois, im prince. Il failht bien y parvenir; mais le prince, l'ayant reconnu, le jeta bien vite dans le chapeau d'mi mendiant. Alors vme grande haine de tout ce qui lui était supérieur s'empara du cœur de 0,1. Pourtant si le prince avait observé de plus près l'insolite frappe de notre héros, il aurait peut-être admis le scurrile monstre à figurer dans son cabiaet numismatique. Car 0,1 offrait, sur la face, ime double effigie dont l'ime semblait absolument d'un Don Quichotte, et l'autre, d'im gredin. Sur le revers était gravé, en grosses lettres : Omnia ad majorem Dei gloriam (i). Cette inscription, sur un aussi minime objet, resemblait à cet ordre géant qu'un monarque humoriste avait un jour décerné, par pimition, à son boufion vaniteux : ordre que le bouffon se vit forcé de traîner dernière soi toute sa vie durant, attaché à im énorme ruban qui lui entourait le corps entier.

ha vie de o, I, jusque-là, était restée sohtaire et contemplative. Tout le monde l'ignorait. Ultérieurement, il chut dans ime bourse à aumônes et de là dans la poche d'un religieux, ai bien qu'un jour û se trouva en chaire. Cela, c'était quelque chose. Car une vanité démesurée, un désir incoercible d'appartenir au monde des grands et des puissants formaient, nous le répétons, le fond du caractère de notre héros.

Un hasard vint exalter encore ses ambitions. Une belle ducatesse s'était égarée dans le trésor du diacre ; sa voix d'or, merveilleusement claire et belle, fit la plus grande impression. I^a

(i) Devise de la Société dont Schillings était fondateur et secrétaire perpétuel.

nuit, on l'entendait souvent résonner dans le silence du presbytère, et elle ravissait toutes les monnaies entassées. Liard la vit, l'entendit, s'en éprit, et du coup se consacra à la musique pour deux laisons : l'ime, que la musique était de mode parmi la nation, qui toujours avait possédé de grandes qualités sonores ; l'autre, qu'il croyait de la sorte pouvoir se rapprocher de la belle ducatesse, voire la servir par de francs dithyrambes — car pour pouvoir s'exprimer sur ce point, il lui fallait bien entendre quelque chose à la gravité ou à l'acuité des sons.

Mais la cruauté du destin n'est nulle part plus grande que dans le monde des monnaies.

A peine deux individus y ontils noué connaissance, qu'une inexorable main les arrache l'un à l'autre. H y est peu de fortimés qui puissent longtemps se fréquenter, reposer l'un prés de l'autre. C'est ainsi que o, i fut bientôt séparé de la belle chanteuse, pour entrer dans la caisse

privée d'im bourgeois de Souabe. Mais l'image de la chanteuse ne lui sortit point de la tête ; il ébaucha toutes sortes de plans pour se rappeler à elle, et finit par s'arrêter sur le plus hardi : de faire un livre, un Dictionnaire universel et central de toutes les monnaies dignes d'attention, de leurs cours, de leurs destinées, etc.

Le cuivre s'entend à sonner chamades; aussi o,i, en compagnie de quelques autres, ne manqua-t-il point de faire connaître à l'univers son entreprise, à quoi il sut par surcroît intéresser quelques vieilles médailles ou écus à orillons. ]> livre, avec

Ferdinand Schutnann, fils de Robert.

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le temps, s'accrut jusqu'à devenir gigantesque; l'opinion universelle fut qu'il réunissait énormément de bon et énormément de mauvais, des sottises et des vérités en la plus ridicule des alliances; qu'il était si mal au courant de l'état actuel des monnaies, que la postérité serait bien à plaindre d'ajouter foi à de pareils li\'Tes. Les articles rédigés en propre par o,i se signalaient par une obscure et docte emphase qui rappelait Theophraste-Paracelse-Phébus de GalUthomas, et montrait que l'auteur cherchait à scruter des sujets qu'il n'avait jamais eus sous les yeux. L'in-folio n'était pas non plus impartial (il ne pouvait d'ailleurs pas l'être) ; ainsi, les amis de notre Uard, liards eux aussi, y recevaient des éloges sans mesure, tandis que tel ou tel rare louis ou carolus d'or n'était même pas nommé, Mais ce qui jetait sur o, i le jour le plus défavorable, c'était que dans le feu du labeur, il avait considéré comme siens des travaux d' autrui; les avait, en d'autres termes, hardiment volés, à la manière d'un corbeau, de droite et de gauche, sans même épargner le mauvais ni le médiocre — - pour être ainsi moins aisément découvert.

La chose ne se termina pas bien : l'éditeur du dictionnaire protesta par écrit contre son rédactetir; les médailles et écus à ornions entraînés dans l'entreprise se retirèrent un à un; i. }' eut bisbille sur bisbille. L'effet sensationnel que l'on escomptait sixr les classes instruites et sur les puissantes ne fut pas celui qu'on avait espéré. Au contraire, on déclara ouvertement qu' « ixn liard n'avait point à apprécier les louis d'or )i.

Ceci n'irrita que davantage notre o,i contre les pièces d'or; il médita toutes sortes de plans pour les supprimer toutes de la circulation ; il écrivit livres sur livres ; il transforma en in-octavo son dictionnaire in-folio, puis en fit \me édition de poche; il fit des livrets d'opéra; il commenta des passages de la Bible; il aurait voulu devenir intendant des théâtres; il voulut fonder un commerce de musique... Enfin un de ces projets s'imposa : celui de constituer une « Ligue contre la mendicité »; car il

QUELOUES E<;RITS

espérait de la -sorte sortir de l'humble sphère où il se voyait condamné à rester. I^a ligue fut bientôt constituée; on nomma des membres d'honneur (et, cela va sans dire, des membres correspondants) ; on leur donna à comprendre que, setde, la stricte observance de certaines règles assurerait le commun bienêtre, cependant que seraient rabattues la richesse et la vanité de certains orgueilleux. Et lesdits membres d'honneur n'étaient nommés que sous condition de s'abonner à un « Journal » en préparation. Un certain seigneur compatissant s'abaissa même, sur la « très humble » pétition du liard, jusqu'à faire dorer celui-ci et lui donner le titre de « liard princier»; bref. Zéro-un jubilait.

Mais dans sa vie alternaient les joies et les peines : malgré sa dorure et son titre, il ne parvenait pas à obtenir que les pièces d'or le traitassent en égal. Si ruie seule avait voulu l'interpeller ime fois sous le nom de « frère louis d'or », il se fût trouvé au comble du bonheur : un simple malentendu l'eût satisfait.

Mais plus le véritable but du fondateur de la <( Ligue contre la mendicité » devenait apparent — plus on voyait que le liard, en se frottant à de plus nobles métaux, n'avait en vue que son propre éclat — de même que la mainmise sur des membres d'honneur, soit autant d'abonnés à son journal (il eût bien volontiers fait de la population entière du globe des membres d'honneur) — et plus la ligue même tombait eu déchéance. Le liard princier se retrouva bientôt parmi ses pareils. Il se prit même d'amitié pour une grosse et vulgaire

Félix Schumann, fils de Robert.

pièce de trois sous; et plus tard, un écu démonétisé s'associa, quoique en cachette, à eux. Car le proverbe « qui se ressemble s'assemble » n'est jamais plus vrai que dans le monde des monnaies. N'avez-vous pas remarqué le malaise d'un louis d'or quand par hasard il se trouve en basse compagnie, et comme il tâche à s'en éloigner, sans avoir de cesse qu'il ne soit retourné au milieu de ses pairs et de l'entourage brillant qui lui convient par droit de naissance? Il peut, certes, apporter du bonheur dans l'humble cabane du bûcheron, mais bien plutôt du malheur. Bref, « qui se ressemble s'assemble «.

Il nous faut maintenant considérer d'im peu plus près les types respectifs des compagnons de notre o,i. Du côté face, le premier offrait une monstrueuse tête de Gohath, dont l'expression flottait, sournoisement, entre la sottise et l'attention aux choses apprises par cœur ; le côté pile portait ces mots: « Je sms le plus haut pour moi-même. »

L'autre portait une effigie d'aspect tout différent, d'un Jésuite au sourire rusé, tandis qu'au revers se voyait un manteau violenmient secoué au vent et qui portait les initiales bien connues : J. H. S. V.

Xous nous rapprochons de plus en plus du moment proprement dit de la conspiration. Au cours des nombreuses pérégrinations que faisaient à travers la contrée o,i et la pièce de trois sous, les deux compagnons se rencontrèrent dans une taverne. Ils en furent affolés de joie, car jusque-là ils ne s'étaient jamais \ais et ne se connaissaient que par leurs écrits. Trois-sous était un partisan passionné du vieil état des monnaies, c'est-àdire, des coutumes néerlandaises; il ne trouvait rien de bon dans les temps modernes; il préférait s'en tenir à de vieilles monnaies bien rouillées, à peine reconnaissables, et avait même publié mie brochure sur tme certaine pièce à peine découverte. Les nouveaux amis faillirent s'étouffer réciproquement à force de témoignages d'estime; et pourtant, au fond, ils ne tenaient guère l'un à l'autre : ce n'était que leur commune haine envers l'or présomptueux qui les unissait. Us eurent le bonheur de

«JUET.QUr.S IX'RITS

rester toute la nuit ensemble; et la conversation suivante, ou à peu près, se déroula :

« Le liard : Frère, l'attitude orgueilleuse de certaines pièces d'or commence à me devenir insupportable.

« A moi aussi, frère, répartit Trois -sous.

« o, I : N'ai-je point fait tout pfjur nous assurer luu- situation pleine d'honneur .? N'ai-je point passé des centaines de nuits sans dormir?

Mon Dictionnaire universel et central n'est-il point connu depuis le Tage jusqu'à la Neva ? Bt qu'y ai-je gagné ? D'être partout méconnu, rien que d'être... «Bt le liard couronné de verser une larme amère; mais surle-champ, il se raidit et ajouta : « Frère, il faut changer tout cela. »

I/'autre resta longtemps rêveur; dans sa tête de Goliath, les pensées n'apparaissaient que comme des oiseaux de

passage, une fois tous les deux ans au plus. Ce qu'il préférait, c'était de rêver aux temps passés, paraissant ne sortir accidentellement de son sonmieil que pour fulminer un anathème sur le monde contemporain.

I/C Uard continua plus doucement, vu qu'il ne recevait point de réponse : « Frère... vme conspiration... » Sa voix se faisait de plus en plus basse; je n'entendis plus que la fin de ses propos : « ... et alors, quand nous serons assis là-haut sur le trône, cet or détesté cirera nos bottes, et nous nous

Louis Schitmann, fils de Robert.

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réjouirons de son abaissement; et toi, tu seras mon premier souverain.

« — Mais, répondit l'autre, réjoui, je stipule que j'aurai nn poignard et ime perruque, à la manière de mes nobles et bien aimés ancêtres des Pays-Bas. Et piris, dis donc, ami, ne devrionsnous pas mettre du complot notre ami l'ex- Jésuite ?. . . »

Il expliqua cette idée tout au long. Liard céda, mais d'assez mauvaise grâce, « car le rusé personnage pouvait facilement prendre l'avantage sur eux ». Enfin, il tomba, ils tombèrent tous deux d'accord. On étudia le plan de l'attaque contre l'or, on fixa le lieu et l'heure, et l'on se sépara, l'âme pleine d'im cordial enthousiasme.

Le hard princier fit les efforts suprêmes, invitant tout le cuivre qu'il rencontrait à partir en guerre contre l'or. Le soulèvement devait éclater à * * * , dans le lieu exécré où était rassemblée la plus grande quantité d'or; on voulait se jeter sur lui en masse, avec l'espoir de l'accabler sous le poids dii cuivre, ou tout au moins de le repousser en bonne et due forme.

« Un soir. — me raconta un excellent homme fort riche, — je venais à peine de me coucher que j'entendis dans mon cabinet, oii se trouvent réunis mes quelques objets de prix, un bruit grossier et bizarre, par instants entrecoupé d'un tintement joyeux qu'on eût dit de pièces d'or. Siu:-le-champ j'allume ime lampe, et je me trouve contempler un spectacle comique.

« Une masse de monnaies de cui^Te, pour la plupart démonétisées, se ruait, avec force cris et injures, à l'assaut d'une couronne de belles pièces d'or exposées aux regards et parmi lesquelles se trouvaient quelques perles et quelques gemmes. Je me préoccupai d'abord des dernières qui pouvaient moins aisément se défendre et étaient plus susceptibles de dommage. L'or ne risque pas grand'chose. L'intention manifeste de tout ce vil cuivre était d'assaillir mes favoris qui considéraient en riant l'armée en marche. Enfin je ne pus supporter davantage le tumulte et le tintamarre : je lejetai les monnaies dans leur

boîte, que je plaçai sur un des plateaux de mon trébuchet, tandis que sur l'autre je mis les pièces d'or.

« Ah ! racaille, voyez doue ce que vous valez ! » Les quelques pièces d'or chassèrent en riant le cuivre tout en l'air, si bien que trébuchet et boîte churent à grand fracas sur le sol; et le cuivre, éixjuvauté, tremblant, roula se cacher sous les meubles. Ce fut un réjouissant coup d'œil. »

Ce qu'il advint ensuite des grands meneurs, je l'ignore absolument. I/'ex-écu, ruminant des plans, doit rester réfugié dans im cloître de Jésuites; on a dû clouer le hard doré au comptoir de quelque magasin, comme curiosité, ainsi qu'on a coutume de le faire des fausses monnaies; mais la pièce de trois sous a dû se perdre dans quelque désert de sable, non loin de Berlin.

Fl^ORESTAN.

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