TROISIÈME PENS
Cette troisième pensée n'est pas un terme nécessaire pour constituer la série; elle est un appendice de la précédente. Notre objet, dans cet article, est de faire application du principe posé dans le précédent; il consiste à prouver l'utilité capitale de ce principe, en faisant voir qu'on peut en déduire une explication satisfaisante de faits de la plus haute importance et dont on ignore encore la cause.
D'Alembert, dans son Discours préliminaire de TEwcyclopédiej Condorcet, dans son Tableau historique des
progrès de V esprit humain^ et tous les auteurs qui ont écrit sur Torigine des connaissances, ont dit que Fastronomie et la médecine étaient les premières sciences qui avaient été cultivées ; mais aucun d'eux n'a fait sentir l'importance de ce fait , aucun n'en a fait connaître la cause; il nous est maintenant bien facile de la dévoiler.
Nos idées ne sont autre chose que nos sensations élaborées et rendues reproductives à volonté, au moyen des signes de convention auxquels nous les avons attachées.
Nos connaissances ne sont autre chose que des séries d'idées.
Nos connaissances ayant donc pour origine nos idées, et nos idées dérivant directement de nos sensations, il en résulte que nos connaissances et nos idées doivent être physiquement partagées en deux classes bien distinctes, puisque nous avons constaté, dans l'article précédent, que nous avions deux espèces de sensations, les unes provenant de l'action convergente, et les autres, de l'action divergente de la vie.
Cela posé, on a l'explication, 1* du fait que la science, dès son origine, s'est trouvée partagée en deux branches bien distinctes; 2° que ces deux branches, auxquelles nous donnons aujourd'hui les noms de physique des corps bruts et de physique des corps organisés, n'ont été à leur origine que deux bourgeons, dont l'un a porté le nom d'astronomie et l'autre celui de médecine.
Un autre fait bien remarquable, qui est une conséquence de celui que nous venons d'examiner et qui n'avait pas jusqu'à présent fixé l'attention, c'est que les deux ordres de sensations, et par conséquent les deux
branches de la science, ont fait des progrès mémorables aux mêmes époques; c'est-à-dire que jamais il n*y a eu de découvertes faites dans la physique des corps bruts, sans que la physique des corps organisés n'ait fait aussi d'importants progrès.
Ainsi Hervey a été contemporain de Galilée, et Locke de Newton.
Nous ne voulons cependant pas dire pour cela que les progrès de nos connaissances dans les deux branches de la physique aierit toujours été, aux époques marquantes, du même degré d'importance ; nous aurons, au contraire, à faire remarquer dans un des articles suivants que, depuis Platon jusqu'aux califes, la science de l'homme a marché avec plus de rapidité que celle des corps bruts, tandis que depuis les Arabes des vu* et viir siècles jusqu'à nous, c'est dans la science des corps bruts que l'esprit humain a fait de plus rapides progrès; c'est-à-dire, pour combiner et résumer ces deux dernières pensées : l'action respiratoire du fluide vital par notre genre nerveux (qui est la cause générale de nos sensations) s'est toujours manifestée sous le rapport d'aspiration et sous celui d'inspiration qui ont été réellement, la première, la cause de nos sensations passives, de. nos travaux à posteriori et des connaissances que nous avons acquises dans la physique des corps bruts, et l'autre, c'est-à-dire l'inspiration, la cause de nos sensations actives, de nos progrès dans les travaux à priori et de l'avancement de la physique des corps organisés. L'action respiratoire du fluide vital s'est toujours manifestée, disons-nous, d'une manière notoire, mais pas
toujours d'une manière égale, puisque les produits scientifiques résultant de l'action convergente du fluide vital ont été plus marquants pendant onze cents ans, tandis que les produits de son action divergente ont été plus capitaux pendant les onze siècles suivants.
L'égalité, comme on voit, s'est rétablie, puisqu'il y a eu compensation.
Les bornes étroites de ce mémoire nous ont forcé à resserrer nos idées. Si nous nous étions adressé à des hommes d'une instruction ordinaire et d un esprit médiocre, nous aurions donné beaucoup plus de développement aux conceptions que nous venons de vous pré- Isenter ; mais, Messieurs, votre capacité scientifique, sous le rapport du génie comme sous celui des connaissances acquises, nous imposant la loi de supprimer les idées intermédiaires, pour ne vous présenter que les termes extrêmes des séries, il aurait été indiscret de notre part de chercher à fixer votre attention pendant longtemps sur nos travaux ; votre préjugement à leur égard ne pouvait nous être favorable, puisque notre nom n'a encore acquis aucune célébrité dans l'École.
QUATRIÈME PENSfe.
Nous avons dit, dans l'article ayant pour titre : Deuxième pensée , que jusqu'à ce jour on n'avait envisagé la division des travaux scientifiques en travaux à priori et en travaux à posteriori que sous son rapport métaphysique. Nous allons prouver que, sous ce rapport même, l'idée est encore très-incomplète ; cela exige que
nous remontions dans notre examen jusqu'au grand Bacon, puisqu'il est encore actuellement le chef philosophique des écoles anglaise et française, puisque depuis la mort de ce grand homme, aucun savant ne s^est élevé à des conceptions aussi générales que les siennes.
Bacon a sûrement rendu de grands services à la science, mais les services qu'il lui a rendus n'ont pas été aussi grands qu'on se l'est figuré; on les apprécie encore aujourd'hui beaucoup au-dessus de leur valeur. 11 n'a pas été un homme aussi général, aussi complet qu'on se l'imagine ; la preuve en est qu'au lieu d'éclaircir les idées sur la méthode, il les a embrouillées, ainsi que nous allons le démontrer.
En France, tout le monde parle de cet auteur, et trts-peu de personnes ont lu ses ouvrages. Le véritable esprit n'en est connu que par ce qu'en a dit Gondillac» qui a commenté ses idées sur la méthode. Ainsi notre démonstration, pour être généralement entendue, doit porter directement sur les principes développés par Gondillac.
hémon^lraiion.
Cette démonstration,, qui concerne la plus importante de toutes les questions métaphysiques, sera la plus courte et la plus complète qui ait jamais été donnée, et la solution se présentera d'elle-même, quand une fois la question sera posée ; mais cette pose de la question exige tous nos soins et toute notre attention; nous allons donc, par des considérations préliminaires, préciser le point que nous devons éclaircir.
tuelles sur la méthode, qui ont été produites par Bacon , commentées, précisées et fixées par Condillac, sont dans un état de confusion épouvantable ; que c'est un véritable chaos, impossible à débrouiller sans créer un nouveau mot.
Vous allez éprouver, Messieurs, la sensation que les découvertes les plus capitales ont toujours causée à ceux auxquels elles ont été annoncées. Vous allez dire, cela était si aisé à trouver, qu'il est extraordinaire, incroyable que cela n'ait pas sauté aux yeux de tout le monde. Permettez-nous de nous arrêter un moment encore pour nous féliciter avec vous de la refonte qui va s'opérer sous vos yeux, des éléments métaphysiques les plus importants dont une théorie quelconque puisse se composer.
Solution.
Condillac a employé le signe d'analyse pour désigner l'opération générale qui consiste à établir les considérations intermédiaires, et qui a pour objet de les multiplier le plus possible, c'est-à-dire de considérer la question qu'on veut traiter sous le plus grand nombre de ses faces, sous. toutes ses faces. C'est ce même ^gne analyse dont il s'est servi pour désigner une des deux opérations secondaires, celle qui a pour objet de remonter des faits, idées ou considérations particulières aux faits, idées ou considérations générales, le signe synthèse étant seulement employé pour indiquer l'autre opération secondaire, par laquelle on descend de Tidée générale aux idées particulières.
N'est-il pas évident, Messieurs, 1° Que Condillac a fait de la conception de la méthode un véritable imbroglio, en donnant au signe analyse deux significations extrêmement différentes, et qu'il est absolument essentiel de rendre bien distinctes, au moyen de signes bien différents, bien tranchés ;
2° Que Condillac, et par conséquent Bacon (véritable inventeur de cette prétendue méthode), ont fait jouer un rôle beaucoup plus important à la marche à posté-riori qu'à celle à priori, puisqu'on la désignant, ainsi que l'opération générale, par le mot analyse^ ilsontassocié, accolé ces deux opérations, ce qui ne pouvait avoir lieu sans déconsidérer la synthèse^ dont ils doivent au contraire constater l'égalité de droit, c'est-à-dire d'importance et d'utilité, avec l'opération secondaire d'analyse, qui est son pendant ;
â*' Enfin, que le seul moyen d'éclaircir les idées sur la méthode, est de désigner l'opération générale par un signe, et chacune des opérations secondaires par un autre.
Trouvez bon. Messieurs, qu'usant du droit que nous avons acquis de faire choix d'un mot, en faisant sentir l'utilité de sa création , nous appelions la Descartes , l'opération générale qui doit servir de base à toutes les théories; vous approuverez sûrement l'élan de patriotisme qui nous porte à secouer dès ce moment le joug scientifique anglais, qui depuis trop longtemps pèse sur nos têtes.
GINQUIÈMB PENSÉE*
Dans l'article précédent, nous avons mis en évidence
Terreur conunise par Bacon ; dans celui-ci nous allons en dévoiler la cause. Les hommes, même les plus forts, sont les produits des circonstances ; ainsi, un bon exposé des circonstances dans lesquelles Bacon s*est trouvé, nous fera connaître Tinfluence qu'elles ont exercée sur la philosophie.
La religion chrétienne, qui avait civilisé les peuples du Nord, mis un frein à la débauche dans laquelle l'Italie était plongée, fait défricher le territoire européen, dessécher les marais dont son sol était couvert, assaiuir son climat; qui avait fait percer des routes, construire des ponts, établir des hôpitaux ; qui avait répandu parmi le peuple l'importante science de la lecture et de l'écriture ; qui avait partout ouvert des registres pour les actes civils ; qui avait commencé à rassembler des matériaux pour l'histoire ; qui avait diminué et presque anéanti l'esclavage ; enfin, qui avait organisé la Société politique la plus nombreuse qui ait jamais existé ; la religion chrétienne, disons-nous, après avoir rendu tous ces importants services, était une institution qui avait rempli son temps, fourni toute la partie utile de sa carrière ; elle avait vieilli; et cette institution, sous le rapport des lois qu'elle avait données à la Société, comme sous celui des juges auxquels elle l'avait soumise, sous le rapport de la morale qu'elle enseignait, comme sous celui des prédicateurs qu'elle mettait en activité, était devenue à charge à la Société.
La religion n'était et ne pouvait être, aux yeux d'une tête aussi forte que celle de Bacon, que la théorie scientifique générale. Or une théorie n'a pour objet q[ue de
lier des faits. Il y avait déjà 1500 ans que cette théorie était organisée ; il n'était pas étonnant qu'elle se trouvât insuffisante pour disposer dans le meilleur ordre les connaissances que l'esprit humain possédait 1500 ans après, et il était impossible qu'elle pût lier les faits qui n'avaient été découverts que postérieurement à son établissement.
Les Arabes avaient retravaillé la science dans ses éléments, puisqu'ils » avaient fondé en même temps une nouvelle école astronomique et une nouvelle doctrine de médecine. Beaucoup de découvertes avaient déjà été faites dans la nouvelle direction qu'ils avaient donnée, mais il s'en fallait encore beaucoup que le nombre de matériaux nécessaires pour procéder à la construction du nouvel édifice scientifique fussent rassemblés. Bacon a senti vivement le besoin que l'esprit humain avait de continuer ses recherches, et il s'est attaché, par cette' raison, à déconsidérer l'ancienne théorie qui avait acquis une force immense, en s'étant revêtue du caractère religieux; tandis que, d'une autre part, il a indiqué une multiplicité de moyens pour diriger les forces intellectuelles de manière à faire des découvertes dans toutes les directions scientifiques.
Ainsi, Bacon, en faisant ce qu'il y avait de mieux à faire, en disant ce qu'il y avait de mieux à dire, en écrivant ce qu'il y avait de mieux à écrire, pour l'époque à laquelle il a paru, a déconsidéré autant qu'il l'a pu la philosophie à priori et a favorisé de tout son pouvoir celle à posteriori.
Croyez-vous, Messieurs, que si Bacon sortait aujour-
d'hui du tombeau, il tiendrait le même langage? Figurez-vous que ce grand homme, rendu à la vie, assiste à une séance de l'Institut ; quel serait son étonnement en voyant que la philosophie n'est Tattribution d'aucune section de la première classe ; qu'elle n'est l'attribution d'aucune classe de ce corps scientifique général; de manière que si lui, Bacon, qui lui sert de guide dans ses travaux de tous les genres, voulait y entrer, il ne pourrait être admis, sous aucun prétexte, dans la première classe; que la deuxième ne pourrait le recevoir que comme bel esprit, et la troisième, que comme énidit! ' Figurez-vous que ce philosophe, sortant de l'Institut, entre à l'Université : quel serait son étonnement, en voyant que ce corps scientifique enseignant ne se rattache par aucun lien organique au corps scientifique perfectionnant !
Figurez-vous qu'en sortant de l'Université, il parcoure tous les cabinets politiques de l'Europe; quel serait son étonnement en voyant que dans tous on sente clairement et vivement qu'on se trouve dans la position la plus fâcheuse et la plus embarrassante, et que dans tous on ne présente que de petits moyens pour remédier à un grand mal ! Quel serait son étonnement de voir qu'on n'y sente point la nécessité du rétablissement d'une institution politique commune à tous les peuples européens, pour les lier politiquement et mettre un frein à l'ambition nationale de chacun d'eux !
Nous voici arrivés épisodiquement si loin, qu'il ne nous reste plus qu'un pas à franchir pour nous trouver au point de vue général. Ce serait une lâcheté, dans
corporation, il est également simple ; il est le même. Donnez à une de vos classes la philosophie pour attribution ; chargez les membres que vous y admettrez, de DÉDUIRE ou de RATTACHER, suivant qu'ils procéderont à priori ou à posteriori, de ou a l'idée de la gravitation universelle, tous les phénomènes connus ; et vous vous trouverez systématiquement organisés sous le rapport actif et sous le rapport passif, c'est-à-dire sous le rapport des idées et sous celui de la corporation; et votre force, sous l'un et l'autre de ces rapports, deviendra incalculable. »
Ensuite à l'Université :
1 Votre corporation n'a qu'une existence bâtarde et précaire ; elle sera nécessairement de très-courte durée, si vous ne prenez pas promptement des moyens pour la consolider. Les seuls moyens qui puissent atteindre ce but sont :
» 1° De vous rapprocher le plus possible de l'Institut, de vous lier intimement avec lui; de vous lier si intimement que vous ne formiez ensemble qu'une corporation, la grande corporation scientifique française. Ce corps, alors, se trouvera divisé en deux parties ayant des attributions bien distinctes, savoir : l'Institut, celle de PERFECTIONNER lascience,et vous celle de I'enseigner;
» 2o De ne jamais perdre de vue que dans l'enseignement on doit presque toujours donner la préférence à la marche à priori sur celle à posteriori;
9 S** De vous occuper le plus promptement possible d'organiser dans l'instruction publique (qui est confiée
à vos soins) un cours de philosophie, basé sur l'idée de la gravitation, et qui ait pour objet de déduire de ce principe, le plus directement possible, l'explication des phénomènes de toutes les classes. »
CnHn, au cabinet des Tuileries, en adressant la parole à l'Empereur :
Sire ,
« Vos armées ont parcouru tout le continent, depuis Cadix jusqu'à Moscou, depuis Hambourg jusqu'aux extrémités de l'Italie; ainsi, votre gloire militaire est à son comble, et les efforts que vous feriez pour l'augmenter ne pourraient que la diminuer. Votre jeunesse impériale a été la plus brillante dont Thistoire fasse mention. Vous êtes parvenu à la maturité de Tâge, et votre règne doit prendre le caractère de calme et de solidité qui est l'attribut honorable de cette période de la vie.
. » Sire, vous avez pris Charlemagne pour modèle; sous le rapport militaire, vous l'avez de beaucoup dépassé; mais Charlemagne n'a pas seulement été militaire, il s'est aussi distingué dans la politique: il est le plus grand politique que TEurope ait produit ; votre grande âme peut-elle supporter l'idée de lui être inférieur sous ce rapport ?
» Charlemagne a été le véritable organisateur de la Société européenne ; il a systématiquement uni les peuples qui la composent par un lien politique qui est resté ' intact^ qui a parfaitement rempli sa destination, depuis le VIII* siècle jusqu'au xv* ; qui, depuis le xv« jusqu'à
présent, s*est rompu brin par brin, et que Votre Majesté a fini de détruire en retirant au Pape la souveraineté de Rome.
1 Charlemagne a senti que l'immense population de toute une partie du monde et des îles adjacentes, corn posée de plusieurs nations , ayant des mœurs bien tranchées, des langues radicalement distinctes, qui étaient séparées par des obstacles naturels, qui habitaient des climats différents et ne se nourrissaient pàs des mêmes aliments, ne pouvaient pas vivre sous le même gouvernement. Il a également senti que ces peuples divers, et dont les territoires étaient contigus, seraient nécessairement dans un état de guerre continue, s'ils n'étaient pas liés par des idées générales communes, et si une corporation composée des hommes les plus savants n'était pas chargée de faire application des principes généraux aux objets qui seraient pour eux d'un intérêt commun, et ne formait pas un tribunal du droit des gens. Il a senti qno la religion était un code demorale qui devait être commun à tous les peuples européens, et que le corps administratif, composé des .ministres de cette religion, devait également avoir le caractère d'institution générale. Enfin, il a senti qu'il fallait rendre la religion et les chefs du clergé indépendants, et, par conséquent, les soustraire à l'action directe de tout gouvernement national. Telles sont les raisons qui l'ont déterminé à donner au Pape la souveraineté de Rome et de son territoire.
» Sire, je diviserai en trois parties ce qui me^reste à vous dire; dans la première, j'examinerai rapide-
n'existe encore que des hisloires nationales, dont les auteurs se sont proposé pour principal objet de faire valoir les qualités de leurs compatriotes, et de déprécîâr celles de leurs rivaux. Aucun historien ne s'est encore placé au point de vue général ; aucun n'a fait encore l'histoire de FEspèce; aucun, enfin, n'a dit aux rois : voilà ce qui résultera de ce qui est arrivé, voilà l'ordre de choses auquel les lumières conduiront, voilà le but vers lequel vous devez diriger l'action de l'immense pouvoir qui se trouve dans vos mains.
» Dire aux rois qu'ils doivent travailler au bonheur de leurs sujets, c'est leur dire une chose vague et qui n'est réellement d'aucune utilité pour la direction de leur conduite. Je pourrais beaucoup étendre ce préambule, sans qu'il cessât d'être intéressant ; mais les moments de Votre Majesté sont trop précieux pour les employer à des choses de pur agrément. Je le terminerai donc par une seule observation : c'est que l'unique point important sur lequel les historiens modernes de toutes les nations se soient généralement accordés, est une erreur, ainsi que je vais le prouver. Us ont tous appelé les siècles qui se sont écoulés depuis le ix* jusqu'au XV*, des siècles de barbarie, et la vérité est que ce sont ceux pendant lesquels se sont établies toutes les institutions de détail qui ont donné à la Société européenne une supériorité politique décidée sur toutes celles qui l'avaient précédée.
Voyons d'abord q\ielles ont été les principales institutions politiques, depuis le ix* jusqu'au xv* 'siècle; examinons quel a été l'esprit de chacune d'elles.
cune des nations qu'ils gouvernent, et ne peuvent jamais
parvenir à de bons résultats d'intérêts généraux. Or, ii est de fait que depuis le ix* jusqu'au xy siècle, les actions du pouvoir spirituel et celles des pouvoirs temporels se sont équilibrées, puisqu^aucun d'eux n'a réussi à envahir l'autre. U est de fait que pendant ces cinq cents années, l'Europe a complètement joui des avantages généraux qui peuvent résulter pour elle d'une bonne organisation sociale; elle en a joui, puisqu' aucune guerre intestine importante n'a troublé sa tranquillité. Il n'y a eu de guerre générale que celle qui a eu lieu entre la Société européenne et les peuples d'Asie et d'Afrique qui professaient la religion de Mahomet. Les croisades n'ont été examinées, par les écrivains du dix-huitième siècle, que sous le rapport des maux qu'elles ont causés à l'Europe; en les comparant impartialement avec les avantages qu'elles ont produits, ontrouvera que ces derniers l'emportent sur les premiers. • Pour déterminer les Sarrasins à renoncer au projet de conquérir l'Europe, projet qui se reproduisait continuellement dans la tête de leurs chefs, et à l'exécution duquel le peuple était toujours poussé par le fanatisme religieux que Mahomet lui avait inspiré, il fallait les attaquer chez eux et les occuper du soin de défendre leurs propres foyers. »
Nota. — Nous désirons certainement beaucoup. Messieurs, que cet épisode vous intéresse, mais nous désirons tout aussi ardemment qu'il cesse de vous occu-
per, après que vous l'aurez lu, afin que vous puissiez porter toute votre attention sur la suite de la série dont ce mémoire a le développement pour objet. En un mot, nous vous prions d'oublier pour le moment ce qu'a dit Bacon ressuscité, pour ne penser qu'aux écrits du baron de Vérulam.