CONCLUSION DE CE TROISIÈME MÉMOIRE
Nous conclurons de ce que nous aurons dit dans ce troisième mémoire, qu'il est possible d'organiser une théorie générale des sciences, tant physiques que morales, basée sur l'idée de la gravitation considérée comme loi à laquelle Dieu a soumis l'univers, et par laquelle il le régit. Nous dirons quel est le plus prompt moyen par lequel on peut arriver à cette organisation ; le voici : c'est que toutes les sociétés savantes mettent au concours la question à traiter, et nomment des commissaires chargés de décerner le prix à l'ouvrage qui aura le mieux atteint le but (c'est à Rome que ces commissaires doivent s'assembler). L'importance de ce travail est bien évidente, car la crise dans laquelle toute la popu* lation européenne est engagée n'a d'autre cause que l'incohérence des idées générales ; aussitôt qu'il y aura
Mémoire sur la philosophie , Mémoire sur la réorganisation du clergéf Réorganisations nationales des diffcrenis peuples. Je suis poussé à l'exécution de ce plan de travail, bien plus par la conviction du besoin que la Société en a, que par le sentiment de ma capacité, pour fournir une carrière aussi longue et aussi pénible. Je déclare, en y entrant, que je suis prêt à quitter la direction de l'entreprise ; que mon plus grand désir est de voir une personne plus capable que moi s'en charger, et que je deviendrai dès ce moment pour elle un collaborateur qu'elle emploiera comme elle le jugera à propos. En attendant l'heureux jour où je me trouverai débarrassé de cette tâche infiniment audessus de mes forces, voici la marche que je suivrai poui* la remplir le moins mal qu'il me sera possible. Je fais observer au lecteur que je dois, pour le moment, me regarder comme chef de l'entreprise et faire ma combinaison comme si je devais en diriger toute l'exécution.
• Je prends douze ans, à partir du l^' janvier 1813, pour l'exécution (c'est depuis cette époque, en effet, que j'y travaille). Mon Mémoire sur la science de C homme sera présenté aux sociétés savantes de l'Europe le 1®*" janvier 1816; celui sur la philosophie, le 1" janvier 1819 ; celui sur la réorganisation du clergé, le l^'" janvier 1822, et celui sur les réorganisations nationales des différents peuples, le l®*" janvier 1825. » (1)
(i) Le Nouveau Christianisme a paru an commenœment de 1825« Saint-Simon est mort le 19 mai, même amdée. P. E.
» La première section de mon Mémoire sur la science de r homme est terminée ; j'en ferai faire plusieurs copies à mi-marge, et je les remettrai aux personnes les plus capables de juger un travail de cette nature. Je les prierai de m' aider de leurs conseils, en plaçant en marge leurs observations. Je leur remettrai copie de la seconde section quand elle sera terminée, en recevant d'eux leurs observations écrites sur la première ; je continuerai de cette manière à soumettre mon travail, partie par partie, à la critique des penseurs instruits, ayant assez de chaleur d'âme pour s'occuper d'une manière suivie de l'intérêt général et des moyens de terminer la crise dans laquelle la masse entière de la population européenne est engagée. >
Ainsi, je ne devais attaquer que dans trois ans la question que je viens d'aborder ; je devais employer les trois années suivantes à la traiter, et n'en donner, par conséquent, la solution qu'au bout de six ans. Je m'étais donc ménagé six années pour préparer l'esprit du lecteur et pour caver mes idées ; et c'est, au lieu de cela, en quinze jours, qu'il m'a fallu gravir le pic^de l'intelligence, et me placer à son sommet. C'est en cinquante pages que j'ai dû conduire le lecteur à cette immense hauteur d'abstraction. Qu'est-ce qui vous y a obligé ? me demandez-vous. Messieurs. C'est ce qui commande avec le plus de despotisme à l'homme de cœur : d'une part, le sentiment de faire une chose utile, et de l'autre, l'espérance d'acquérir de la gloire.
L'Empereur, à son retour à Paris, a manifesté l'inten-
tion de poursuivre son projet de forcer les Anglais à connaître la liberté des pavillons ; son attitude fière, on peut dire héroïque, après les revers que nos armées viennent d'essuyer , nous a enchanté ; elle nous a exalté ; mais r Empereur, nous a-t-on dit, a annoncé le projet d*atteindre son but, en forçant, par la voie des armes, tout le continent à le seconder dans son projet de renverser le despotisme exercé par les Bretons sur Tempire des mers, et il nous est démontré qu'il lui est impossible de réussir par ce moyen : d'un autre côté , nos compatriotes de toutes les classes manifestent clairement le désir de se renfermer dans les limites que la nature a données à la France , qui sont les Pyrénées , les Alpes et le Rhin ; ils disent hautement que ce serait contre leur opinion que le chef du gouvernement ferait passer à nos armées ces limites naturelles pour tenter de nouvelles conquêtes ; cette opinion nous pai-att juste et nous la partageons entièrement ; mais nous voyons avec un vif chagrin et même un profond sentiment d'humiliation , beaucoup de Français mollir dans Tintention quMls avaient eue de forcer les Anglais à reconnaître le droit des gens et à s'y soumettre. Convaincu qu'il est posâble de concilier les vues héroïques de l'Empereur avec les intentions nationales, nous avons fait nos efforts pour produire une conception qui atteignit ce but, et nous nous sommes hâté de présenter, par aperçu, le moyen conciliatoire des intentions de l'Empereur et de celles de ses sujets. Nous ne regrettons pas lé travail très-pé * nible que cela nous a fait faire, car nous avons conscience d'avoir, par cet effort, autant éclairci nos idées en
pas dans leurs limites naturelles et s'ils ne renonçaient pas constitutionnellenient à n'en jamais sortir.
La force des savants de T Europe, réunis en une corporation générale ayant pour lien une philosophie basée sur ridée de la gravitation, sera incalculable.