‹ Science de l'hommeChapitre 75 sur 84 · PROGRAMME DU TROISIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

PROGRAMME DU TROISIÈME MÉMOIRE

Ce mémoire sera divisé en deux parties.

PREMIËRF. PARTIE.

Noire objet dans celle première partie sera de faire riiistoire abrégée du passé, du futur et du présent de l'esprit humain ; ainsi cette première partie sera divisée en trois livres.

Arrôtons-nous un moment, Messieurs, pour examiner cette division; elle est neuve, elle est du premier d^;ré d'importance, elle aura pour résultat de faire disparaître la cause générale des erreurs qui se commettent dans les raisonnements sur la politique. Enfin c'est l'idée la plus heureuse qui se soit jamais présentée à notre esprit. Nous sommes enchanté de celte conception, et vous le serez de même quand vous aurez pris la peine de vous l'approprier.

La division qui s'est d'abord présentée h. l'esprit et I qu'on a jusqu'à présent employée, a été celle qui a rangé \ei raisonnements dans l'ordre de la succession des temps, c'est-à-dire d'abord le pass(?, ensuite le présent, et puis l'avenir ; à la fin qu'est-il arrivé, qu'arrivera-t-il tant que l'on conservera cette ancienne division et que l'on n'adoptera pas la nôtre? Les raisonnements sur lavenir seront principalement basés sur les événements du jour; or les événements du jour sont la base la moins solide que puisse avoir un raisonnement sur l'avenir, puisque l'influnnce des plus pelifcs circonstances sur l'individu qui raisonne, modifie ses opinions, et qu'il n'a

d'autre moyen de se défendre de cette influence que d'avoir les yeux fixés sur le froid tableau du passé le plus reculé et de l'avenir le plus éloigné.

Messieurs, faites l'expérience suivante : quand quelqu'un vous entretiendra de son opinion en politique, exigez de lui qu'il la base sur des considérations puisées dans un passé et dans un avenir très-distants, et que le présent n'y joue d'autre rôle que celui d'être le point de réunion de ces deux séries; vous verrez qu'il sera forcé de raisonner juste, c'est-à-dire que son raisonnement aura au moins de la généralité, et se ressentira le moins possible de la position de faveur ou de fortune de celui qui le fera.

Vous nous direz que très-peu de personnes ont la capacité de tête et l'érudition suffisante pour baser aussi largement leur raisonnement, et qu'il en résulterait que le nombre de personnes qui raisonneraient sur la politique serait fort petit. Eh bien, Messieurs, c'est ce qui est désirable, c'est en grande partie le but que nous nous proposons. Certes, nous n'avons point l'intention d'empêcher les hommes les moins instruits de parler politique, puisque la politique de fait intéresse tout le monde; mais nous désirons préciser les conditions que tout homme doit remplir pour constater sa capacité dans la science politique.

Nous ferons dans ce mémoire application du principe que nous venons de poser, et nous allons dès ce moment, c'est à-dire dans le présent programme, indiquer suffisanunent cette application, pour vous mettre en état de juger si la conception au développement de laquelle nous travaillons, mérite encouragement.

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