LETTRE AUX SAVANTS EUROPÉENS
Messieurs,
Il est de la nature des choses que le clergé soit le corps le plus savant, ou plutôt que le corps le plus savant remplisse les fonctions sacerdotales. Quand les laïques deviennent plus savants que les ecclésiastiques, le lien général qui unit la société se relâche, et il est tout à fait détruit quand les laïques sont devenus très-supérieurs en sciences aux ecclésiastiques. Ce que nous venons de vous dire est le résultat des observations faites sur ce qui s'est passé depuis le xv* siècle jusqu'à ce jour. En effet , depuis celte époque , les laïques ont continuellement monté en sciences, et les ecclésiastiques étant restés attachés à leurs anciennes idées, à l'ancienne théorie, en un mot étant demeurés scientifiquement stationnaires, font aujourd'hui partie de la classe la moins éclairée. En effet, depuis le xv« siècle jusqu'à ce jour, l'institution qui unissait les nations européennes, qui mettait un frein à l'ambition des peuples et des rois , s'est
successivement affaiblie ; elle est complètement détruite aujourd'hui, et une guerre générale, une guerre effroyable, une guerre qui s'annonce comme devant dévorer toute la population européenne, existe déjà depuis vingt ans et a moissonné plusieurs millions d*hommes qui ne doivent être considérés que comme l' avant-garde des armées que Ton va mettre sur pied.
Il est de la nature des choses , Messieurs , qu'une théories cientifique vieillisse, et que le clergé qui la professait soit anéanti quand elle est devenue insuffisante ; il est également de la nature des choses que les laïques qui ont organisé une nouvelle théorie scientifique générale, remplacent l'ancien clergé et se constituent en corps sacerdotal.
Votre tranquillité, Messieurs, ainsi que le bien général, exigent que vous preniez un parti. Vous seuls pouvez ramener le calme en Europe , vous seuls pouvez réorganiser la Société européenne ; le temps presse , le sang coule, hâtez-vous de vous prononcer ; la circonstance est si impérieuse, que c'est le cas de faire application du principe sur son simple aperçu ; dans cette occasion, il faut faire marcher la pratique avant la théorie. Les choses iront ainsi, si vous êtes gens de cœur et de tête, comme je me plais à le croire.
Que chaque société savante de l'Europe envoie un ou plusieurs députés à Rome, avec pouvoir et mission d'élire un Pape, et que le Pape , aussitôt sa nomination, fasse une proclamation à peu près de la teneur de celle dont voici l'aperçu.