AYANT-PROPOS
«( De tous les livres que j'ai composés, c'est la Science de la Morale que je préfère. J'ai écrit ce livre avec joie. J'en ai relu quelques pages il n'y a pas longtemps. Il n'est pas parfait à coup sur, mais ce n'est pas un méchant livre. Si j'avais eu à en faire une seconde édition, je n'aurais pas beaucoup retranché de ce que j'ai écrit, j'aurais ajouté quelques pages sur la bonté, sur la pitié \ » C'est quelques heures avant de mourir que Charles Renouvier portait sur son traité de morale ce jugement.
Pendant les dernières annéesde sa vie il avait souvent exprimé devant moi le désir de donner de son livre, depuis longtemps épuisé, une nouvelle édition. Il en avait toujours été détourné par la publication de nouveaux ouvrages. Je crois obéir aux intentions du mattre en réimprimant aujourd'hui la Science de la Morale que je regarde comme son chef-d'œuvre.
« Je ne connais pas, écrit M. Séailles, de traité de morale qui soit plus suggestif, qui aborde avec plus de courage les vraies difficultés. Renouvier revendiquait à bon droit Toriginalité de sa distinction d'un état idéal de paix par la justice et de l'état réel des sociétés historiques. Le franc aveu de l'état de guerre que consacre le droit positif, l'effort pour déterminer les moyens pratiques, qui sans troubles ni violences, rapprocheraient
I. Les derniers entretiens de Ch. Renouvier, p. ga (Paris, Armand Colin, éditeur).