DE DIEU
Il faut d'abord confesser: 1° que Dieu très-haut seul doit être adoré ; qu'il n'a ni associé ni égal ; qu'il n'est assujetti à aucun des besoins ni à aucune des imperfections de l'humanité ; qu'il n'est point né; qu'il n'engendre point; qu'il n'a ni femme, ni lils, ni fille; que ces accidents ne sont point en lui et ne peuvent y être ; qu'il n'est ni dans le ciel, ni sur la terre ; qu'il n'a pas de demeure; qu'il n'est ni à droite, ni à gauche, ni devant, ni derrière, ni dessus, ni dessous; qu'il est invisible; qu'il n'a ni figure, ni forme, ni couleur, ni parties ; que son existence n'a ni commencement ni fin ; qu'il ne la tient que de lui-même et non d'aucun autre être; que sa noble essence est immuable; qu'il n'est point sujet à la maladie, au chagrin, à la crainte, à l'altération; enfin qu'il est totalement exempt d'imperfections; qu'il existait lorsque le monde était encore dans le néant; qu'il n'a besoin de personne; qu'il peut tout ; que s'il le voulait, il anéantirait le monde entier dans un instant, et que, si bon lui semblait ensuite, il le ferait en un instant exister de nouveau ; que rien ne
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lui est (liflicile ; que la création d'une petite mouche ou de sept cieux et de sept terres est pour lui la même chose ; que personne n'a d'autorité sur lui, tandis qu'il commande à tous les êtres; qu'il n'est oblige à rien; qu'il ne reçoit ni avantage ni dommage de qui que ce soit ; que si tous les infidèles étaient croyants, et toutes les personnes irréligieuses pieuses, il n'en retirerait aucun avantage; que si, au contraire, tous les hommes étaient infidèles, il n'en résulterait pour lui aucun préjudice.
2° Que Dieu est doué de vie et de science ; qu'il sait tout, qu'il connaît tout ce qui est caché et ce qui est manifeste dans les cieux et sur les terres; qu'il connaît le nombre des feuilles des arbres, celui des grains de blé, d'orge et des autres grains, ainsi que celui des grains de sable; qu'il n'y a rien qu'il ignore, que sa science embrasse tout de la manière la plus détaillée, et en même temps la plus générale; qu'il connaît les choses passées et les futures ; qu'il connaît ce qui vient au cœur de l'homme, ce qu'il manifeste par la parole, son intérieur, son extérieur; qu'il connaît les choses qui tombent sous les sens et celles qui sont invisibles ; que celles qui sont invisibles, il est le seul qui les connaisse, à l'exception de ceux à qui il les révèle ; qu'il est exempt d'oubli, de négligence, d'erreur ; que sa science est éternelle, qu'elle n'est pas postérieure à son essence.
3° Qu'il est doué d'audition ; qu'il entend tous les sons, qu'ils soient faibles ou forts. Si l'on parle tout bas à l'oreille de quelqu'un, et que cette personne ne l'entende pas. Dieu l'entend.
4° Que Dieu voit tout ; qu'il voit dans la nuit noire
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a marche Je la l'ourmi noire sur la pierre noire, et entend le bruit du mouvement de ses pattes.
Mais ce qu'il entend n'a point lieu par l'oreille, et ce qu'il voit n'a pas lieu par l'œil comme chez nous, car il n'a ni yeux ni oreilles.
5» Qu'il est doué de volonté, qu'il fait ce qu'il veut, que ce qu'il ne veut pas n'arrive pas. Qu'il n'est obligé à rien ; que personne ne peut le faire agir par force ; que chaque chose bonne ou mauvaise, qui existe dans le monde, existe par sa volonté. Qu'il veut la foi des croyants et la piété des gens religieux ; que s'il changeait de volonté, il n'y aurait ni vrai croyant, ni homme pieux. Qu'il veut de même l'infidéhté de l'inlidèle et l'irréligion de l'irréligieux; que, sans cette volonté, il n'y aurait ni irréligieux ni infidèle.
Qu'une petite mouche ne fait pas mouvoir ses ailes sans la volonté de Dieu très-haut. Que tout ce que nous faisons, nous le faisons par sa volonté; que ce qu'il ne veut pas n'arrive point ; car autrement ce serait un indice d'un manque de puissance de la part de Dieu. Que s'il le voulait^ il rendrait tous les hommes croyants et pieux ; que si, au contraire, telle était sa volonté, il les rendrait tous infidèles.
Si l'on demande pourquoi Dieu n'a pas voulu que tous les hommes fussent fidèles, mais qu'il a voulu que quelques-uns fussent infidèles, voici la réponse : On ne doit s'enquérir de rien de ce que Dieu veut et fait ; lui seul a le droit de faire de pareilles questions. Il est parfaitement Ubre de vouloir et de faire ce qui lui plaît. D'ailleurs, dans les choses qu'il veut et qu'il fait, il y a des vues d'utilité et de sagesse qui échappent à l'en-
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tendement des enfants d'Adam. En créant des infidèles, et en voulant qu'ils fussent infidèles, en formant les serpents, les scorpions et les pourceaux (1), en voulant enfin tout ce qui est mal. Dieu a eu des vues de sagesse et d'utilité, qu'il n'est point nécessaire que nous connaissions, mais dont il est nécessaire que nous soyons persuadés. Il faut enfin confesser que la volonté de Dieu est éternelle et qu'elle n'est point postérieure à son essence.
G" Il est nécessaire de reconnaître que Dieu est toutpuissant ; qu'il peut tout ce qui est imaginable; que, s'il veut, il peut ressusciter un mort, faire parler une pierre ou un arbre et les faire marcher; qu'il peut anéantir les cieux et les terres, et les faire exister de nouveau; qu'il peut créer quelques mille cieux semblables à ceux qui existent, et quelques mille terres semblables à celle que nous habitons, et les faire toutes d'or ou d'argent; qu'il peut faire couler l'eau en sens contraire ; qu'il peut, pendant qu'elle coule, la changer en argent ; qu'il peut, dans un moment, transporter un homme de l'orient à l'occident, de l'occident à l'orient, de la surface de la terre au septième ciel, et le transporter de nouveau où il était; que sa puiss'ance est éternelle, à priori et à posteriori; qu'elle n'est point postérieure à son essence.
7° Que Dieu est doué de la parole; qu'il parle, mais non pas avec la langue, comme nous ; qu'il parle à quelques-uns de ses serviteurs, sans aucun intermédiaire.
(1) Le porc est, selon les musulmans, un animal immonde dont le fidèle ne doit jamais se nourrir.