‹ Science des religions. L'lslamisme, d'après le Coran; l'enseignement doctrinal et la practiqueChapitre 123 sur 129 · DOLA · texte numérisé non relu

DOLA

(( Schâh Dola, l'essence des contemplatifs, fut d'abord esclave de Kamaiyândar Siyalkotî ; mais l'amitié des faquirs rendait son état heureux. Il voyait surtout souvent le saïyid Nadir, et jouissait de son édifiante compagnie. Nadir vint à mourir et jeta sur Schàh Dola un dernier regard qu'animait la faveur céleste. Aussitôt celui-ci entra dans un nouvel état; sa vue intérieure se purifia et put voir la lumière spirituelle. Puis étant venu de Siyalkot à Ghotî Gujarat (3), il y fixa sa résidence, y bâtit des réservoirs (4), des puits, des mosquées, des

(1) Araisch-i mahfil, 176.

(2) Asiatic Researches, XVI, 26 et 53.

(3) Le petit Gurazate.

(4) Proprement, des étangs.

ponts, et embellit ainsi cette ville alors peu florissante. Il fit construire entre autres un pont fort solide à cinq kos d'Amn-abad, sur la rivière de Dek, dans la grande route qui conduit à Lahore, et procura ainsi un avantage immense à un nombre infini de personnes, Sa générosité était telle, que, s'il eût été le contemporain d'Hatim (4), personne n'aurait cité le nom de celui-ci. Quelque chose que lui offrissent ses contemporains qui venaient le^ visiter, de près et de loin, en fait d'or, de denrées et d'autres objets, ils retiraient de lui trois ou quatre fois autant. En la dix-septième année du règne d'Alam-guir (2), ce saint personnage remit son âme à Dieu et fut enseveli près de la ville qu'il avait placée, par son séjour, dans un état prospère, ville où sa châsse est encore aujourd'hui un lieu fréquenté de pèlerinage (3). »

ZUHUR.

« Le saïyid Schàh Zuhûr était un homme d'un grand sens et d'uue grande piété ; aucun faquir ne pouvait lui être comparé quant à l'éloignement qu'il avait pour le monde et à l'austérité de sa vie. Il fit bâtir près

(1) Cet Arabe, célèbre par sa générosité, est le héros d'un roman persan qui a été récemment traduit en anglais par D. Forbes. Il en existe une traduction hindoustanie imprimée sous le titre emphatique de Arâïsch4 mahfil, « l'ornement de l'assemblée, » titre que porte aussi l'ouvrage d'Afsos, que j'ai souvent cité.

(2) Plus connu sous son autre titre honorifique d'Aurang-Zeb (ornement du trône). La dix-septième année de son règne correspond à l'an 1675 de J.-G.

(3) Aratsch-i mahfil, p. 185.

d'ÀUahabad un monastère fort petit et construit simplement en terre, qui existe encore.

« Il se plaisait à se livrer aux pratiques les plus pénibles de la dévotion, comme à réciter les prières à rebours (1). Sa sainteté relevait au-dessus de tous ses contemporains, et ses miracles avaient rendu son nom célèbre. J'ai entendu raconter celui-ci par son père : le défunt nabab Umdat-ulmulk Amir kban, gouverneur d'AUahabad, fut atteint d'une affreuse maladie chronique. Il eut en vain recours aux médecins les plus habiles ; ils ne purent le guérir. Un jour un des seigneurs qui l'approchaient ayant fait devant lui l'éloge de Schâh Zuhûr, le nabab conçut le désir de voir ce contemplatif, et le fit prier de venir le visiter. En entrant dans les appartements du prince, Schâh Zuhûr prononça ces mots : Les prières des faquirs attirent la miséricorde de Dieu; leur présence éloigne le malheur. A l'instant la maladie perdit de son intensité, et le nabab se trouva soulagé. Enfin, dans quelques jours, le grand médecin se rendit aux prières du saint personnage et accorda au nabab une parfaite guérison. Non, il ne faut pas avoir confiance aux remèdes seuls; les prières des faquirs sont quelquefois plus efficaces.

(( Schâh Zuhûr était imamien et de la lignée spirituelle nommée Chischti (2). Ses excellents maîtres furent aussi des contemplatifs, surtout le Sayid Schâh Fath Muhammad, qui était extrêmement distingué dans

(1) Singulière pratique de piété. (Voyez Golius, Lexicon arab. lut., p. 2453, au mot nakas,

(2) Silsila-i chischtiyah. Voyez, dans la première partie, l'article sur Muïn-uddin Chischti.

les sciences extérieures et intérieures, et très-célèbre dans son siècle. Beaucoup de gens reconnaissent sa sainteté et rapportent de lui des faits surnaturels. J'en ai entendu raconter plusieurs par Myân Schâh Gulàm-i raçûl, descendant direct de Schâh Zuhûr Muhammad, lequel était très-religieux et très-véridique (du reste, je ne sais si Gulâm-i raçûl vit encore, et j'ignore aussi qui est celui qui, dans cette lignée est Sajjâda Nischîn, c'est-à-dire y tient le premier rang spirituel). Je suis né en présence de Schâh Fath Muhammad. On raconte qu'il se flattait d'être âgé de trois cents ans et d'avoir vu bâtir la forteresse d'Allahabad, en quoi la plupart des gens le considéraient comme véridique. Il est en effet possible que, dans ces derniers temps, Dieu ait voulu faire naître dans la famille du Prophète (1) une personne d'une nature extraordinaire et qu'elle ait vécu autant d'années. Ce qu'il y a de certain, c'est que cet homme distingué a poussé sa carrière jusqu'en ces dernier temps. Mon père a eu plusieurs fois l'honneur de le voir ; il reconnaissait la réalité de ses miracles et parlait souvent de l'efficacité de ses amulettes. Ce serviteur de Dieu était réellement plein de qualités morales et avait revêtu le manteau de la pauvreté spirituelle. Mais comme on finit toujours par mourir, le gain de la vie n'étant autre chose que la m,ort, il termina son existence à Allahabad. On ne connaît ni sa secte ni sa descendance spirituelle et temporelle (2). »

(1) Les sdiyids sont de la famille de Mahomet, dont ils descendent par HuçaïD.

(2) Aràich-i mahfil, p. 83.

HAZIN (1).

(( Il y a à Bénarès un grand nombre de sépulcres musulmans, parmi lesquels on distingue celui du schaïkh Muhammad Ali Hazin Guilani (2). Ce saint personnage avait, de son vivant, fait construire son tombeau, et venait quelquefois le jeudi (3) s'asseoir auprès et distribuer des aumônes. Il voit sans effroi approcher la mort, a dit un poète hindoustani, celui qui la considère comme l'entrée à l'immortalité; que dis-je ? la mort ne fait pas changer d'état l'homme qui a su mourir, même dans sa vie.

« Le schaïkh dont nous parlons réunissait aux sciences intérieures les extérieures. Son habileté à écrire tant en vers qu'en prose était son plus petit mérite. 11 fut la gloire des écrivains de son temps, et il doit servir de modèle à ceux du nôtre. Use rendit dans l'Hindoustan pendant le règne de Muhammad schâh. Après être

(1) Ce personnage est auteur de cacidas, d'un diwan, de contes persans et de mémoires très-intéressants, qui ont été publiés en persan et en anglais par F.-C. Belfour, aux frais de Y Oriental translation fund, sous le titre de : The life of M. A. Hazin, written by himself. (Voir aussi un article sur Hazin dans Ouseley's, orient, collections, II, 36 et suiv., et dans mon Histoire de la littérature hindoustanie.)

(2) Ou du Guilan, non pas qu'il y fût né, car il vit le jour à Hispahan en 1692, mais parce qu'il en était originaire et qu'il y résida longtemps. (Belfour, The Life of Ali Hazin, written by himself, p. 50, 135, 169.)

(3) Jour spécialement consacré, comme nous l'avons déjà vu, à la commémoration des trépassés et aux exercices religieux faits pour le repos de leur àme.

resté quelques années à Dehli (1), il alla à Bénarès où il vécut dans l'angle de la solitude, n'allant jamais voir qui que ce fût, ni les grands ni les petits ; et loin de rien recevoir de personne, donnant fréquemment aux pauvres selon ce que ses moyens lui permettaient. Sa vie fut constamment irréprochable; il ne ressentait d'autre désir que celui d'être uni à Dieu. Il avait des révélations et le don des miracles ; on dit même que le soleil lui était soumis, et qu'à son gré il pouvait opérer d'autres prodiges non moins extraordinaires.

ce Tout le monde sait que ce contemplatif sans hypocrisie, loin de conseiller au nabab d'Aoude Schuja-uddaula d'attaquer les Anglais, l'avait au contraire sagement engagé à rester en paix avec eux. Il mourut après la déroute de Baxar (2), en 1180 (1766-67), et alla habiter le paradis (3).

Rien ne serait plus facile que de prolonger ce mémoire en parlant de plusieurs autres saints vénérés

(1) Ce fut là qu il écrivit ses mémoires, qui ne vont pas au-delà de cette époque, ouvrage où respire la piété la plus fervente, et qui donne une idée fort avantageuse d'Hazin. On voit par sa lecture qu'il avait des idées très-larges relativement à la religion, ce qui rentre du reste tout à fait dans l'esprit du Coran et le système des sufîs. On y lit qu'il connaissait le christianisme par les livres saints et par les missionnaires chrétiens ; mais, loin de se convertir, il s'affiermit davantage, dit-il, dans sa croyance.

(2) Ville de la province de Bihar, célèbre par la grande victoire que les Anglais remportèrent près de là en 1764 sur les armées réunies de Schujauddaulah et de Cacim khan, nabab du Bengale. (Hamilton, East-India Gazett., I, 304.)

(3) Araïsch-i mahfil, p. 88.

dans l'Inde musulmane et qui ont acquis de la célébrité. J'ai trouvé, dans les ouvrages hindoustanis que j'ai pu consulter, des notices sur plus de cent pirs intéressants à connaître; mais ne voulant ni ne pouvant parler de tous ceux qui méritaient une mention particulière, j'ai dû me borner à un petit nombre, J'ai donné des articles spéciaux sur vingt personnages, et incidemment des notes sur un nombre à peu près égal. Je crois que c'est suffisant.

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Préface. v

Passages de la sainte Bible qui, d'après l'opinion des docteurs musulmans, se rapportent à Mahomet ou à sa mission . 21

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