CONGRÈS DE LA LIBRE PENSEE A ROME
dominicain réclamer l'intervention du bras séculier, du haut de la chaire de notre métropole.
L'Italie a souffert des prétentions de l'Église, plus peut-être qu'aucune autre nation au moyen âge, et davantage encore dans les temps modernes, alors que les libres développements de la pensée et de la science, à l'époque de la Renaissance, ont été étouffés dans son sein par la papauté. Le bûcher de Giordano Bruno fume encore, et le procès de Galilée ne saurait jamais être oublié ; car ce fut la condamnation solennelle de la science elle-même, au nom du dogme et de l'Écriture sainte.
A Rome même, l'oppression cléricale n'a cessé de s'exercer que le jour où l'Italie a pris possession de sa capitale temporelle.
C'est donc une entreprise juste et digne, salutaire pour le genre humain, qui nous réunit ici, pour bien marquer l'évolution de l'esprit moderne et le triomphe de la société nouvelle, qui tire son autorité de l'indépendance absolue des opinions et des constatations irrésistibles de la science.
Voilà le drapeau que nous élevons en face du Vatican, siège de la révélation divine et de l'infaillibililé papale.
Cependant, conservons toujours la sérénité bienveillante qui convient à notre amour sincère de la
justice et de la vérité. La voix de la science n'est ni une voix de violents, ni une voix de doctrinaires- \ absolus. Quels qu'aient été les crimes de la théocratie, nous ne saurions méconnaître les bienfaits que la culj ture chrétienne a répandus autrefois sur le monde. Elle a représenté une phase de la civilisation, un stade, aujourd'hui dépassé, au cours de l'évolution progressive de l'humanité. Il serait contraire à nos principes d'opprimer à notre tour nos anciens oppresseurs, s'ils se bornent à demeurer fidèles à des opinions d'autrefois, sans prétendre les imposer.
Ce que nous voulons fermement, ce que nous avons le droit et le devoir de faire, c'est d'enlever à l'esprit clérical et rétrograde la direction officielle des États, et surtout la direction obligatoire des consciences, celle de l'éducation populaire et des œuvres de solidarité sociale.
Certes, nous n'avons pas les prétentions du prophète descendu du Sinaï pour exterminer ses ennemis et promulguer un Décalogue.
La science que nous proclamons procède d'un esprit nouveau de tolérance, fondé, je le répète, sur la liberté de la pensée et sur la connaissance exacte des lois naturelles.
Ne confondons pas cette méthode avec celle de la fausse science théologique, qui déduit, a priori, ses