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Transactions of the Américain Academ}/, XI

la surface pour que les espèces coralligènes puissent s'y établir.

Or, de quelque manière que les plates-formes coralliennes se soient constituées, nous savons que le bord extérieur, celui qui reçoit le plus directement le choc de la vague, doit tendre à se développer plus rapidement que le reste. Donc, autour des iles émergées, on verra prédominer la forme des barrières annulaires (d'autant plus qu'à l'intérieur la croissance des coraux est gêné par les sédiments qui descendent des pentes de l'île). Sur les plates-formes immergées, le récif constituera une sorte de cuvette, épousant le contour originel de la plate-forme et dont les bords seuls arriveront en bourrelet jusqu'à la surface. Quand le travail des vagues y aura fait naître l'amoncellement de blocs rejetés par les tempêtes, on aura un atoll complet, sans qu'aucun mouvement du sol ait concouru à sa formation.

Les particularités de chaque atoll tiendraient donc, d'une part, à la forme du massif servant de support; d'autre part, aux facilités diverses que les espèces coralligènes rencontraient, sur tel ou tel point, pour leur alimentation. Ainsi une longue chaîne sous-marine, offrant des inégalités dans sa surface et son contour, a pu donner naissance à une chaîne d'atolls, comme celle des îles Maldives. Des bas-fonds coralliens, comme ceux des Laquedives, des Carolines et de Ghagos, au lieu d'être d'anciens récifs submer-

gés, comme le croyait Darwin, seraient des plantations de date trop récente pour avoir atteint la, surface, ou les bancs encore trop profonds pour que les coraux constructeurs aient, pu s'y installer.

Mais, dira-t-on, si cette explication rend bien compte de la forme annulaire des constructions coralliennes ainsi que de leur contour plus ou moins capricieux, on n'y trouve rien qui justifie la g'rande épaisseur de certains récifs ni la forme abrupte de leur profil. Si donc les faits sont bien tels que les a décrits Darwin, l'hypothèse de l'affaissement du fond semble inévitable. Mais justement les mesures de M. Murray, exécutées sur les récifs de Taïti, c'est-à-dire sur ceux mêmes qui avaient servi de base à l'ancienne théorie, mais dans des conditions de précision que l'état actuel de l'outillag-e a rendues possibles, tendent à faire voir les choses sous un jour tout nouveau.

Sans doute, le bord vivant d'un récif est très abrupt, parfois même vertical, jusqu'à une profondeur de 60 ou 70 mètres. Mais au-dessous s'étend, jusqu'à 300 mètres environ de profondeur et à peu près 360 mètres de distance horizontale de la crête (soit avec une inclinaison j d'une quarantaine de degrés), un talus de Qros% blocs coralliens. Ces blocs ont été arrachés au bord du récif, surtout dans les endroits où la j; compacité de la roche avait pu être atïaiblie par ^ le travail des mollusques perforants, et sont ve-

nus tomber au pied. Au delà de ce talus, la sonde rencontre une pente de sable corallien, qui descend sous un angle de 25 à 30 degrés et à laquelle succède un fond, incliné de 6 degrés seulement, que tapissent surtout des débris volcaniques.

Dès lors on s'explique sans grande difficulté le mécanisme de la formation des récifs puissants.

Une plantation corallienne s'étant installée sur le sommet d'un cône volcanique, les blocs qui s'en détachent prolongent incessamment, dans la direction de la haute mer, la plate-forme sous-marine. Les animaux constructeurs s'en emparent et élèvent leur édifice, non plus directement sur le fond volcanique ou surélevé par une accumulation de coquilles, mais sur cet amas de blocs que les eaux chargées de calcaire auront bientôt fait de cimenter en une roche aussi compacte que celle du récif. C'est ainsi que, sans qu'aucun affaissement se soit produit, certains atolls ou récifs-barrières peuvent offrir, en apparence, une portion abrupte d'une grande épaisseur, alors que le couronnement seul est formé par des coraux en place. Le reste se compose de débris coralliens, mêlés à des restes de mollusques, d'échinodermes, etc.

Remarquons d'ailleurs que le même effet pourrait se produire, sans qu'il y eût formation d'un talus de blocs, par la simple superposition d'un récif vivant à une plate-forme constituée par

une accumulation préalable de coquilles calcaires. En efifet, avec le temps, dans les eaux tropicales, une plate-forme de ce genre, sous l'action des infiltrations, peut perdre ses caractères originaires et devenir très difficile à distinguer de la roche d'un récif proprement dit. Mais il est des cas où la distinction demeure possible. Par exemple, M. Guppy ' a observé, dans les îles Salomon, d'anciens récifs, aujourd'hui soulevés de 30 jusqu'à 300 et même 600 mètres, oij le couronnement corallien est relativement mince, le reste se composant d'un calcaire terreux impur, où abondent les foraminifères et autres organismes pélagiques, tels que les ptéropodes.

Les vues qui précèdent ont été confirmées par les observations de M. Alexandre Agassiz sur les formations coralliennes des côtes de la Floride, des Indes occidentales et de l'Amérique centrale -. Dans cette région, il y a de nombreux indices de soulèvements récents et pas la moindre trace d'un affaissement quelconque. Les récifs coralliens, portés par des plates-formes sous-marines, probablement volcaniques comme la plupart des îles voisines, abondent sur le parcours des courants chauds, c'est-à-dire aux points où l'accumulation des organismes a pu préparer leurs bases. Le prolongement immergé de la Floride se peuple ainsi de récifs,

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