Vi gile, Géorgiques, l
temps assimilée à la teinte de Targent. La lumière rougeâtre de la planète Mars, igneus d'après Pline, wpôîtç d'après les alchimistes, a rappelé de bonne heure celle du sang et celle du fer, consacrés à la divinité du même nom. C'est ainsi que Didyme, dans un extrait de son commentaire sur VIliade (1. V), commentaire un peu antérieur à l'ère chrétienne, parle de Mars, appelé l'astre du fer. L'éclat bleuâtre de Vénus, l'étoile du soir et du matin, rappelle pareillement la teinte des sels de cuivre, métal dont le nom même est tiré de celui de l'ile de Chypre, consacrée à la déesse Cypris, nom grec de Vénus. De là le rapprochement Tait par la plupart des auteurs. Entre la teinte blanche et sombre du plomb et celle de la planète Saturne, la parenté est plus étroite encore, et elle est constamment invoquée depuis l'époque alexandrine. Les couleurs et les métaux assignés à Mercure « l'étincelant » {frr'àew^ radians, d'après Pline) et à Jupiter c le resplendissant » (racO«i>v) ont varié davantage, comme je le dirai tout à l'heure.
Toutes ces attributions sont liées étroitement à l'histoire de l'astrologie et de l'alchimie. En effet, dans l'esprit des auteurs de l'époque alexandrine, ce ne sont pas là de simples rapprochements ; mais il s'agit de la génération même des métaux, supposés
produits sous Tinfluence des astres dans le sein de la terre.
ProcluSi philosophe néoplatonicien du v' siècle de notre ère, dans son commentaire sur le Timée de Platon, expose que c For naturel et l'argent et chacun des métaux, comme chacune des autres substances, sont engendrés dans la terre, sous Tinfluence des divinités célestes et de leurs effluves. Le Soleil produit l'or; la Lune, l'argent; Saturne, le plomb, et Mars, le fer. »
L'expression définitive de ces doctrines astrologico-chimiques et médicales se trouve dans l'auteur arabe Dimeschql, cité par Chwolson {Sur les SabéenSj l. II, p. 380, 396, 4H, 544). D'après cet écrivain, les sept métaux sont en relation avec les sept astres brillants, par leur couleur, leur nature et leurs propriétés : ils concourent à en former la substance. Notre auteur expose que, chez les Sabéens, héritiers des anciens Chaldéens, les sept planètes étaient adorées comme des divinités ; chacune avait son temple et, dans le temple, sa statue, faite avec le métal qui lui était dédié. Ainsi le Soleil avait une statue d'or; la Lune, une statue d'argent; Mars, une statue de fer; Vénus, une statue de cuivre ; Jupiter, une statue d*étain; Saturne, une statue de plomb. Quant à la
planète Mercure, sa statue était faite avec un assem-
blage de tous les métaux, et dans le creux on versait une grande quantité de mercure. Ce sont là des contes arabes, qui rappellent les théories alchimiques sur les métaux et sur le mercure, regardé comme leur matière première. Mais ces contes reposent sur de vieilles traditions défigurées, relatives à Tadoration des planètes à Babylone et en Chaldée, et à leurs relations avec les métaux.
Il existe, en eiïet, une liste analogue dès le second siècle de notre ère : on la trouve dans un passage de Celse, cité par Origène {Opera^ t. I, p. 646; Contra Celsum, 1. VI, 22; édition de Paris, 1738). Celse expose la doctrine des Perses .et les mystères mithriaques, et il nous apprend que ces mystères étaient exprimés par un certain symbole, représentant les révolutions célestes et le passage des âmes à travers les astres. C'était un escalier, muni de sept portes élevées, avec une huitième au sommet.
La première porte est de plomb; elle esl assignée à Saturne, la lenteur de cet astre étant exprimée par la pesanteur du métal *.
La seconde porte est d*étain ; elle est assignée à Vénus, dont la lumière rappelle l'éclat et la mollesse de ce corps.
1. « Saturni sidus gelid® ac rigentis esse natura;. » (Pline, II, ti.
La troisième porte est d'airain, assignée à Jupiter, à cause de la résistance du métal.
La quatrième porte est de fer, assignée à Hermès, parce que ce métal est utile au commerce, et se prête à toute espèce de travail.
La cinquième porte, assignée à Mars, est formée par un alliage de cuivre monétaire, inégal et mélangé.
La sixième porte est d'argent, consacrée à la Lune.
La septième porte est d'or, consacrée au Soleil ; ces deux métaux répondant aux couleurs des deut astres.
Les attributions des métaux aux planètes ne sont pas ici tout à fait les mêmes que chez les néoplatoniciens et les alchimistes. Us semblent répondre à une tradition un peu différente et dont on retrouve ailleurs d'autres traces. En effet, d'après Lobeck (Aglaophamm, p. 936, 1829), dans certaines listes astrologiques, Jupiter est de même assigné à l'airain, et Mars au cuivre.
On rencontre la trace d'une diversité plus profonde et plus ancienne encore dans une vieille liste alchimique, reproduite à la fin de plusieurs manuscrits, et où le signe de chaque planète est suivi du nom du métal et des corps dérivés ou congénères.
La plupart des planètes répondent aux mêmes métaux que dans les énumérations ordinaires, à Texceplion de la planète Hermès, à la suite du signe de laquelle se trouve le nom de Témeraude. Or, chez les Égyptiens, d'après Lepsius, la liste des métaux comprenait, à côté de Tor, de l'argent, du cuivre et du plomb, les noms des pierres précieuses, telle que le mafek ou émeraude et le chesbet ou saphir, corps assimilés aux métaux, à cause de leur éclat et de leur valeur'. Il y a là le souvenir de rapprochements très différents des nôtres, mais que rhùmanité a regardés autrefois comme naturels, et dont la conoaissance est nécessaire pour bien concevoir les idées des anciens. Toutefois l'assimilation des pierres précieuses aux métaux a disparu de bonne heure, tandis que Ton a pendant longtemps continué à ranger dans une même classe les métaux purs, tels que l'or, l'argent, le cuivre et certains de leurs alliages, par exemple l'électrum et l'airain. De là des variations importantes dans les signes des métaux et des planètes.
Retraçons l'histoire de ces variations ; il est intéressant de la décrire pour l'intelligence des vieux textes.
1. Voir les métaux égyptiens dans mon ouvrage sur les Originei de Valckimie, p. 221 et 233, Steinheil, 1885.
Olympiodore, néoplatonicien du vi* siècle, attribue le plomb à Saturne; rélectrum, alliage d'or et d'argent, regardé comme un métal distinct, à Jupiter; le Ter à Mars, For au Soleil, Tairain ou cuivre à Vénus, rétain à Hermès (planète Mercure), Targent à la Lune. Ces attributions sont les mêmes que celles du scoliaste de Pindare cité plus haut; elles répondent exactement et point pour point à une liste initiale du manuscrit alchimique de Saint-Marc, écrit au xi® siècle, et qui renferme des documents^ très anciens.
Les symboles alchimiques consignés dans les manuscrits comprennent les métaux suivants, dont Tordre et les attributions sont constants pour la plupart.
!• L'or correspondait au Soleil, relation que j'ai exposée plus haut.
Le signe de Tor est presque toujours celui du soleil, et il est déjà exprimé ainsi dans les papyrus de Leide.
2* L'argent correspondait à la Lune et était exprimé toujours par le même signe planétaire.
3* L'électrum, alliage d'or et d'argent, était réputé un métal particulier chez les Égyptiens, qui le désignaient sous le nom d'osem, nom qui s'est confondu plus tard avec le mot grec asemon, argent non
marqué. Cet alliage fournit à volonté, suivant les traitements, de l'or ou de l'argent. Il est décrit par Pline, et il fut regardé jusqu'au temps des Romains comme un métal distinct. Son signe était celui de Jupiter, attribution que nous trouvons déjà dans Zosime, auteur alchimique du m' ou iv* siècle de notre ère.
Quand l'éleclrum disparut de la liste des métaux, son signe fut aflecté à Tétain, qui jusque-là répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes alchimiques portent la trace de ce changement ^ En effet, la liste du manuscrit de Venise porte (fol. 6) : c Jupiter, resplendissant électrum. % Et ces mots se retrouvent, toujours à côté du signe planétaire, dans le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris (fol. 17 recto, ligne 16), la première lettre du mot Zeus figurant sous deux formes différentes (majuscule et minuscule). Au contraire, un peu plus loin, dans une autre liste du dernier manuscrit (fol. 18 verso, ligne 5), le signe de Jupiter est assigné à l'élain.
4» Le plomb correspondait à Saturne : cette attribution n'a éprouvé aucun changement, quoique le plomb ait plusieurs signes distincts dans les listes.
1. Voir les Origines de Valchimie, pi. II, p. 112. — Annales de chimie et de physique, mars 1885, p. 382.
Le plomb était regardé par les alchimistes égyptiens comme le générateur des autres métaux et la matière première de la transmutation. Ce qui s'explique par ses apparences, communes à divers autres corps.
En effet, ce nom s'appliquait, à Torigine, à tout métal ou alliage métallique blanc et fusible ; il embrassait rétain (plomb blanc et argentin, opposé au plomb noir ou plomb proprement dit, dans Pline) et les nombreux alliages qui dérivent de ces deux métaux, associés entre eux et avec l'antimoine, le zinc, le nickel, le bismuth, etc. Les idées que nous avons aujourd'hui sur les métaux simples ou élémentaires, opposés aux métaux composés ou alliages, ne se sont dégagées que peu à peu dans le cours des siècles. On conçoit d'ailleurs qu'il en ait été ainsi, car rien n'établit à première vue une distinction absolue entre ces deux groupes de corps.
5* Le fer correspondait à Mars. Cette attribution est la plus ordinaire. Cependant dans la liste de Celse le fer répond à la planète Hermès.
Le signe même de la planète Mars se trouve parfois donné à l'étain dans quelques-unes des listes. Ceci rappelle encore la liste de Celse qui assigne à Mars Talliage monétaire. Mars et le fer ont deux signes distincts, quoique communs au métal et à la planète, savoir : une flèche avec sa pointe, et un 3,
abréviation du mot Bovpaç^ nom ancien de la planète Mars, parfois même avec adjonction d'un w, abréviation de nvpéttç^ c l'enflammé », autre nom ou épithète de Mars.
6" Le cuivre correspondait à Vénus, ou Cypris, déesse de l'ile de Chypre, où l'on trouvait des mines de ce métal, déesse assimilée elle-même à Hathor,la divinité égyptienne multicolore, dont les dérivés bleus, verts, jaunes et rouges du cuivre rappellent les colorations diverses.
Toutefois la liste de Celse attribue le cuivre à Jupiter et Talliage monétaire à Mars. La confusion entre le fer et le cuivre, ou plutôt l'airain, aussi attribués à la planète Mars, a existé autrefois; elle est attestée par celle de leurs noms : le mot œs, qui exprime l'airain en latin, dérive du sanscrit ayas, qui signifie le fer^ C'était sans doute, dans une haute antiquité, le nom du métal des armes et des outils, celui du métal dur par excellence.
7<>L'étain correspondait d'abord à la planète Hermès ou Mercure. Quand Jupiter eut changé de métal et fut affecté à l'étain, le signe de la planète primitive de ce métal passa au mercure.
La liste de Celse attribue l'étain à Vénus, ce qui
Originei de l'alchimie, p. 225.
rappelle aussi l'antique confusion du cuivre et du bronze (airain, alliage d'étain).
8' Mercure. Le mercure, ignoré, ce semble, des anciens Égyptiens, mais connu à l'époque alexandrine, fut d'abord regardé comme une sorte de contre-argent et représenté par le signe de la lune retourné. Il n'en est pas question dans la liste de Celse (il* siècle). Entre le vi* siècle (liste d'Olympiodore le philosophe, citée plus haut) et le vn* siècle de notre ère (liste de Stephanus d'Alexandrie^ qui sera donnée tout à l'heure), le mercure prit le signe de la planète Hermès, devenu libre par suite des changements d'affectation relatifs à l'étain.
Ces attributions nouvelles et ces relations astrologieo-chimiques sont exprimées danslepassage suivant de Stephanus : « Le démiurge plaça d'abord Saturne, et vis-à-vis le plomb, dans la région la plus élevée et la première; en second lieu, il plaça Jupiter visà-vis de l'étain, dans la seconde région; il plaça Mars le troisième, vis-à-vis le fer, dans la troisième région; il plaça le Soleil le quatrième, et vis-à-vis l'or, dans la quatrième région; il plaça Vénus la cinquième, et vis-à-vis le cuivre, dans la cinquième région ; il plaça Mercure le sixième, et vis-à-vis le vif-argent, dans la sixième région ; il plaça la Lune la septième, et vis-à-vis l'argent, dans la septième
et dernière région ^ » Dans le manuscrit, au-dessus de chaque planète, ou de chaque métal, se . trouve son symbole. Mais, circonstance caractéristique, le symbole de la planète Mercure et celui du métal ne sont pas encore Jes mêmes, malgré le rapprochement établi entre eux, le métal étant toujours exprimé par un croissant retourné. Le mercure et Tétain ont donc chacun deux signes différents dans nos listes, suivant leur époque.
Voilà les signes fondamentaux des corps simples ou radicaux, comme nous dirions aujourd'hui.
Ces signes sont le point de départ de ceux d'un certain nombre de corps, dérivés de chaque métal et répondant aux différents traitements physiques ou chimiques qui peuvent en changer l'état ou l'apparence.
Tels sont : la limaille, la feuille, le corps calciné ou fondu, la soudure, le mélange, les alliages, le minerai, la rouille ou oxyde. Chacun de ces dérivés possède dans les listes des manuscrits un signe propre, qui se combine avec le signe du métal, exactement comme on le fait dans la nomenclature chimique de nos jours.
Les principes généraux de ces nomenclatures on