SUITE DU CHAPITRE VIII : DIVISION DES LANGUES
— « Les animaux... comparent, jugent, perçoivent ou combinent des perceptions, cela est évident, )» dit M« de la Mennais;...
— Cela est évident j n'est pas ,une preuve. II était évident : que, le soleil tournait autour de la terre; et, c'était faux. En général, tout ce qui paraît évident, est faux. Ce, qui est plus qu'évident; ce, qui est rationnellement incontestable ; c'est : que, si les animaux parlent, l'âme est matérielle ; et, que si l'âme est matérielle, les hommes ne parlent qu illiLsoirementj c'est-à-dire qu'ils ne parlent pas... réellement.
— c ... ils parlent, continue M. de la Mennais, sans ancun doute. » (F. DB LA Mbmuais, £«gt4me d*Wi% philosophie j t. II, p. 172, 175.)
— Sans aucun doute est bientôt dit. La conséquence, d'une pareille proposition , est cependant assez importante : pour, que sa réalité puisse exciter quelque
doute. Affirmer, sans prouver; nier, sa s prouver; voilà : l'époque d'ignorance.
•— « Il serait peu curieux, dit Gondillac, de savoir ce que sont Ick bètes, si ce n^était pas un moyen de connaître mieux ce que nous sommes. G*e.st dans ce point de vue quUl est permis de faire des conjectures sur un parqil ai^et., S'tj n'e.xi9tait f^int d'utumcHue^ dilM» d« BuffoUy la neUure de ifi^onmeHrMt etn^â ffinfs incOiUprékÊmihle, %
— Une chose est plus ou moins difficile à comprendre. Mille est neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois plus difficile à comprendre qu'un. Mais, une fois que mille est compris, la valeur de ce nombre est tout aussi compréhensible : que, la valeur du nombre un. Le conaaike mienoo de Condillac est une sottise comme le plm incomprékemihle de Buffon. Quant , à la pertnission de faire des conjectures, sur un pareil sujet ; cela n'est défendu par aucune loi ; les lois ne défendent : que, les crimes, les délits, et non les sottises. Néanmoins , il serait peut être temps de ne plus nous assommef de conjectures; et surtout, après les avoir données comme conjectures, par une fausse modestie , de vouloir nous les imposer : comme vérités.
^^ « Cependant , coutinne Condillac , il ne faut pas s'iihaginer qu*en hous comparant avec eux , nous puissions jamais comprendre la nature de notre être. »
— Pourquoi donc, dites-vous : que, savoir ce que soM les bétes est un moyen de connaître mieux ce que nou)s sommes? Ou, cette plirase signifie : que, TOUS conntiesez dt^ ce que vous êtes, ce qui estcots-
naître la nature de Thomme ; ou, elle signifie : que^ vous n'y connaissez absolument rien. Dans les deux cas, connaître mieux : est ime sotise. Le temps est arrivé : où, il faut, nécessairement, connaître la nat4U*ede rhoflune. Sinon : le brigand seul aura raison ; et, ce serait : l'anéantissement prochain de fat sa* ciété.
— « Nous m^tn pomroas décoatrir que 1m itcuUét , « conriaue Cmi^
— n TOUS est impossible de distinguer : ce qui est faculté; de, ce qui est propriété ; si, vous ne connaissez : la nature des êtres.
«-*«••• ety ciagitiBiie CoodillM , Ift toie de eottiparaison peut être un artifice pour les soumeUre à nos oJbserTalioos, »
— Vous avez donc, pour vous instruire, une autre voie : que, celle de comparaison ; que, celle de raisonnement? Tout cela, est du galimatias.
-^ A le n'ai formé le projet de cet ouvrage» poursuit Condillac» que depuis que le Traité des 90nsaHon8 a paru; et j'areue que je a'y aurais peut-être jamais pensé, si M. de Buffon n^avait pas écrit sur le même sujet. Mais quelques personnes ont voulu répandre qu'il avait rempli l'oJ»jet do Truite des sensaiitms, et que j'ai eu loH de ue i'avvir pw cité.
« Pour me justifier d*un reproche qui certainement ne peut pas m*Atre Cart par eeux qui auront lu ce que nous avons écrit Tun et Tautre , il me suffira d' exposer aes epinions sur la ntUwe du anknauoh Ce sera presque le seul objet de la première partie de cet ouvrage,
« Dans l'a seconde, je fais un système auquel je me suis bien gardé de donner pour titre : De la nature des animaux. J'avoue à cet égard touie monigaorauce,».. »
— Votts avouez votre ignorance 5 et vous affirmez :
4 SCIENCE SOCULEt
que les animaux ont : une âme immatérielle ; des connaissances ; de Texpérience : du perfectionnement. De pareilles affirmations, n'impliquent-elles pas : la connaissance de la nature des animaux? Vous allez, jusqu'à taxer d'extravagance : ceux, qui ne pensent pas comme vous. Et, l'on appelle modestie de semblables aveux ! c'est bien : la plus insupportable des vanités.
— cr ... et , continue Gondillac , je me contente d* observer les facultés de rhomme d'après ce que je sens , et de juger de celles des bêtes par analogie. i>
(GoMDiLLAc^ Traité des animaux ^ édition de 1787, t. lU, p. 507).
— C'est-à-dire; que, vous commencez : par, vous supposer des facultés ; ce qui est la plus grossière des inepties : quand, on fait coexister cette supposition, avec celle que les animaux sentent. Puis, après avoir supposé : que , vous avez des facultés réelles et non illusoires; vous ajoutez : je sens; les animaux me paraissent sentir ; donc, ils sentent. Et, voilà ce que ces Messieurs appellent raisonner. C'est , raisonner sans aucun doute ; il faudrait être fou pour dire le contraire. Mais aussi, il faut être fou pour ne pas voir : que, c'est mal raisonner.
Nous avons choisi, pour élucider la question du verbe, le Traité des animaux par Condillac : parce qu'il nous donnera occasion, en l'examinant^ de ré« futer les aberrations de deux hommes de génie.
— « Le sentiment de Descartes sur les hôtes commence, dit Gondillac i à être si vieux, cpf ou peut présumer qu'il ne lui reste guère de partisans ; car les opinions pliilosopkiques suivcat lo sort des cUpses de mode. »
— Comme, il n'y a que les sots qui aient des opinions , ainsi que le disent fort bien Cicéron et saint Augustin ; il faut en conclure : que, tant que les philosophes seront assez sots, pour avoir des opinions ; ce sera très-bien, de n'en pas faire plus de cas : que, d'une fanfreluche de carnaval.
— « La noDTeauté leur donne la TOgne, continue Gondillac ; le temps les plonge dans Toubli : on dirait que leur ancienneté est la mesure du degré de crédibilité qu*on leur donne. »
— Ce que vous dites-làest un non-sens. Vous venez de comparer les opinions philosophiques aux modes ; et maintenant vous dites qu'elles acquièrent de la crédibilité en vieillissant. Est-ce que les modes sont d'autant mieux reçues qu'elles sont plus vieilles ?
— « C'est, continue Gondillac, la faute des philosophes. Quels que soient les caprices du public ,.., »
— Est-ce que vous croyez : que , les philosophes sont plus sages que le public ; ou , que le public est plus fou que les philosophes ? Allons donc ! Quand les philosophes ne sont plus des fous, le public est sage ; et, aussi longtemps que le public est fou ; les philosophes sont des sots.
— « ... la mérité, bien présentée , continue Gondillac , y mettrait des bornes;... »
— FoHe ! La vérité, bien présentée, ne sert à rien : pour ceux, qui ne la regardent pas ; et, la vérité n'est regardée : que, lorsqu'elle est devenue nécessaire. Un
ê SCîBICra SOCIALC.
philosophe, qui aurait la vérité dans sa poche; et, qui la montrerait au public, avant cette époque; serait plus fou ; que, le public qui refuserait de la regarder.
-««,.. «t si, contSnve Gomlillfte, elle Tirrait une fois subjugué,... »
— Si n'est-ce pas? Avec un si, on met Paris
dans une bouteille.
— « ... elle le subjuguerait encore , continue Condillac , toutes les fois qu*elle se présenterait à lui. »
-— Mille fois, il vous a été mis sous les yeux : que, la coexistence du Dieu anthropomorphe et de la liberté réelle; est une absurdité. Avez -vous tenu compte de ces démonstrations? En rien. Mille fois, il vous a été mis sous les yeux ; et, de la manière la plus incontestable ; que, la coexistence de la sensibilité chez les animaux, et de Timmatérialité de la senfiibilité chez l'homme; est une égale absurdité. En avez^vous tenu aucun compte? En rien. Et, cependant, vous vous vantez : de ne pas faire partie du public.
«— « Sans doute , continue Condillac , nous sommes bien loin de ce siècle si éclairé qui pourrait garantir d'erreur toute la postérité, »
— Pas si loin. Vos folies matérialistes, en ont, singulièrement, accéléré l'arrivée.
**- « Vraisemblablement nous n'y arriverons jamais , continue Condillac ; nous en approcherons toujours d'âge en àge;...«
— Et, pourquoi pas reculer? Comment voulez- vous
savoir : si, vous avancez vers un point; dont vous igttores remplacement? Dites-nous donc : si, depuis Pkton et Aristote, vous avez fait autre chose : que, totirttaiM ?
-—«... mais, continue CondiUac, il fuira toujours dètant flous, p
— Voilà l'expression du plus sot dea dogmatismes; et, ce qu'il y a de singulier; c'estj que ise dogmatisme est qualifié : de scepticisme. Autant vaudrait dire : que^ je ne sais p9s; e8t un dogme ^
— c Le temps , continue Gondillac , est comme une raste carrière qui s^ouTre aux philosophes. Les ▼érilés semées de distance en distance sont confondue! dans ikne inflnité d'erreurs i^m t*empHssent tout Pespace. Leè siècles s'écoulent, le plus grand nombre det vérités échappe, et les atblèiot se disputent des prix que distribue un spectateur aveugle. »
— Alors, il faut être bien sot d'écrire; quand, on sait ! que, cela ne peut servir à rien qu'à amasser de l'argent pour se moquer des sots. Est-ce pour cela que vous aVëz écrit ?
— < C'était peu pour Deseartes^ poursuit Gondillac, dVoir tenté d'expliquer la formation et la conservation de l'univers par les seules lois du mouvement :...»
— Descartes était fou de vouloir expliquer ce qui est éternel ; et, il faut être fou pour ne pas vouloir î que les lois du mouvement puissent suffire à la conservation du mouvement éternel.
-*«... il iîdlait encore^ continue Gondillac, borner au pur méceninne JQsqu'à des êtres animés. »
— Et vous! qud faites-vous donc? Si, votre Dieu existe ; est-ce que rhomme n'est pas une mécanique ? Et, les panthéistes, que font-ils donc? Si le paa* théisme existe, est-ce que les hommes ne sont pas de pures mécaniques ; des ressorts pensants , comme dit M. Proudhon?
— « Plus un philosophe a généralisé une idée, continue Gondilkc , plus il veut la généraliser. «
— Laissez-nous donc tranquille avec votre haine de la généralisation. Généraliser, c'est raisonner ; et, l'on généralise bien ou mal ; comme on raisonne bien ou mal. Qui donc, au monde, a plus généralisé que vous, en assimilant, par des analogies, la puissance hypothétique de. l'âme, avec la force de la matière? Étaitce généraliser quand vous disiez : — « 11 est en nous
■ un principe de nos actions, que nous sentons mieux ce que nous ne pouvons définir : on l'appelle force.
■ Nous sommes également actifs par rapport à tout
• ce que cette force produit en nous, ou au dehors. « Nous le sommes, par exemple, lorsque nous réflé* « chissons, ou lorsque nous faisons mouvoir un « corps. • (Même en dormant, n'est-ce pas?) « Par « analogie^ nous supposons dans tous les objets qui a produisent quelque changement, une force que « nous connaissons encore moins, et nous, sommes a passifs par rapport aux impressions qu'ils font sur c nous. Ainsi un être est actif ou passif, suivant que la
• cause de l'effet produit est en lui, ou hors de lui. i
Et l'horloge qui sonne est-elle active ? Dites - le donc, généralisateur? Et, l'homme, horloge de votre Dieu; est-il actif?
— c U est intéressé, continue Gondillac, à Tétendre à tout ,... »
— C'est ce que vous avez fait.
— « ...parce qu'il lui semble, continue Gondillac, que son esprit 8*étend •Tec elle, et elle devient bienl6t^ dans son imagination, la première raison des phénomènes.
« C'est souvent la vanité qui enfante ces systèmes, et la vanité est toujours ignorante. »
— C'est, comme si vous disiez : que, l'ignorance est toujours ignorance. Dans ce cas, rien n'est plus vain que vous. Car, vous avouez votre ignorance sur la nature des animaux; et, immédiatement après, TOUS affirmez : que, la nature des animaux est une âme immatérielle; unie à de la matière organisée.
— « Elle est aveugle, continue Gondillac, elle veut l'être, et elle veut cependant juger. »
— C'est, ce que vous avez fait,
— « Les fantômes qu'elle produit, continue Gondillac, ont asses de réalité pour elle ; elle craindrait de les voir se dissiper, n
— Très-bien!
— « Tel est, poursuit Gondillac, le motif secret qui porte les philos^hes à expliquer la nature sans Tavoir observée^ ou du moins après dos observations assez légères. »
— Si, vous n'aviez pas observé la nature, plus que
)0 gCIËNCE SOCIALE.
légèrement; vous auriez reconnu : que, les règnes admig ne sont que des coupes arbitraires, propres à faciliter Tétude; mais, n*ayant rien d'absolu; vous auriez reconnu : que Ton fait des animaux, à coups de ciseaux ; et, que des immatérialités, qui se font à coups de ciseaux, sont des sottises. Et, si vos raisonnements, sur ces mauvaises observations, n'avaient pas été plus que légers ; vous auriez au moins conclu^ relativement à vos mauvaises prémisses : que, l'àme de Thomme est matérielle.
— a lis ne présentent, continue CondilUc, que des notions ngues, des termes obscurs » des suppositions gratuites , des contradictions sans
nonbrei »
•— Comme vous : qui, prenez vos notions par analogie; qui, vous servez des termes, Dieu^ création ^ facultés j etc.; qui, supposez : que, la liberté de rhomme est compatible avec la création; qui, tantôt dites qu'il est impossible de raisonner sans le verbe ; et, tantôt faites faire de longs raisonnements, avant le verbe, etc., etc.
•— « Mais, continue Gondillac» ce chaos leur est favoraiile, . . . »
— C'est, au point que vous avez fait secte ; et, que les éclectiques, qui vous répudient, ne sont, cependant, autres que vos disciples : par les analogies; par les termes obscurs; par les suppositions gratuites ; et, par les contradictions.
~ «... ta lumière, continue Gondillac, détruirait Tillusion... »
SCYBRCe SOCIALE. M
— La înmîère ne détruirait rien du tout : fl n*est tel sourd, que celui qui ne veut pas entendre; il n'est tel aveugle, que celui qui ne veut pas voir! L'ignorant, qui croit savoir, ne veut pas : que, son igno* rance lui soit démontrée.
— «... ety continue Gondillftc, s'ils ne s'égaraient pas, que resterait-il à plusieurs? »
— A VOUS, il serait resté le talent, un talent incontestable, que l'amour des analogies a traîné : dans les fanges de robscuritéy et des contradictions.
«* c Leur coBÛance est dose grande, continue Gondillac, et ils jettent
un regard méprisant sur les sages observateurs qui ne parlent que diaprés ce qa*ils Toîent, et qui ne teulent voir que ce qui est. Ce sont, à leurs yeux, de petits esprits qui ne savent pas généraliser. »
— Il parait que vous avez vu : DieUj la création ^ la liberté d'êtres créésj des âmes qui pensent, des animaux qui raisonnent. C'est, en généralisant : que, voua avez vu tout cela.
— m Est-il donc si difficile , continue Gondillac , de généraliser quand on ne connaît ni la justesse ni la précision? »
— Non ; c'est très-facile, au contraire ; et, vous en donnez la preuve : vous, qui n'avez pas une expression juste ; pas une expression précise : la justesse et la précision des expressions^ dépendant de la justesse et de la précision du raisonnement. Quiconque, raisonne mal, ne peut parler : avec justesse et précision.
— « Est-il si difficile, continoe Gondillac, do prendre une idée comme au hasard, de l'étendre et d'en faire i\fi système? »
— Prendre, une analogie pour une identité; ainsi, que vous vous vantez de Tavoir fait : c'est, prendre une idée au hasard. Cette idée, vous l'avez étendue ; et, en avez fait un système. Vous le dites vousmême.
— c C'est aux philosophes qui obsenreut scrupuleusement ^ continue Condilitc, qu*il appartient uniquement de généraliser. »
— Observer , scrupuleusement ; c'est, raisonner ' juste. Avez-vous raisonné juste, en admettant : un anthropomorphe; une cause première ; une création; la liberté d'êtres créés ; des analogies pour des identités, etc.?
— « Ils considèrent les phénomènes, continue Gondillac, chacun sous tontes ses faces ; ils les comparent , et s*il est possible de découvrir un principe commun à tous, ils ne le laissent pas échapper. »
— Ce principe, commun à tous les phénomènes, est facile à trouver; c'est, la force. Vous avez généralisé ce principe, en lui soumettant : les réalités; les âmes ; si, cependant, il y a des réalités. Vous voyez bien que vous vous êtes hâté : d'imaginer.
— « Us ne se hâtent donc pas d'imaginer, continue Gondillac; ils ne généralisent, au contraire, que parce qu'ils y sont forcés par la suite des observations. »
— Tous ceux qui généralisent ; c'est-à-dire qui rai-
sonnent; croient en faire autant. ^Allez donc trouver un sot qui avoue : avoir mal raisonné? S'il l'avouait : il cesserait d'être un sot.
— « Mais ceox que je blâme, poursuit Gondillac, moins circonspects , bâtissent d'une seule idée générale les plus beaux systèmes. Ainsi, du seul mouvement d*une baguette , Tenchanteur élève, détruit^ change tout au gré de ses désirs, et Ton croirait que c'est pour présidera ces philosophes qi|e les fées ont été imaginées. »
— Condillac se trompe. C'est, pom* présider à ces philosophes : que, l'anthropomorphe a été inventé.
— tt Cette critique est chargée si on rapplique à Descartes, continue Condillac, et Ton dira sans doute que j*aurais dii choisir un autre exemple. En effet; nous devons tant à ce génie... »
— A l'exception de l'automatisme, que vous trouvez une extravagance, on ne doit à ce génie : que, des erreurs philosophiques. Ensuite, ce n'est pas à Descartes qu'on doit réellement les sottises qu'il a énoncées ; il n'a fait que les répéter: elles avaient été proférées deux mille ans avant lui.
— - 1 •• . que nous ne saurions , continue Gondilltc , parler de lui arec trop de ménagement. »
— Allons î donc : plus, un homme est tenu pour grand ; plus, il faut lui dire : qu'il est un sot, quand il se trompe. S'il est accusé, à tort; celui, qui l'accuse, est tenu pour un sot; voilà tout I
— tt Mais enGn, continue Condilhc, il ne 8*est trompé que parce qu'il f*est trop presaé de faire de^ systèmes ,... »
t4 SCIENCE SOCIALE.
— Descartes, a 'surtout eu raison ; sur le point : où, vous Taccusez de s'être trompé, Il n'a eu qu'un tort; c'est, d'affirmer sans démontrer; et, surtout d'affirmer : que, la démonstration ne pouvait être donnée. Ce qui a perdu Descaries a été : Tindétermination des expressions. Car, personne, plus que lui, n'était capable : de découvrir la vérité.
«— « ... et j'ai cru pouvoir saisir cette occasion , continue Condiilac , pour faire Toir combien s'abusent tous cee esprits qui se piquent plus de généraliser que d'observer. »
— Généraliser, observer, c'est raisonner. On raisonne mal; OU) on raisonne bien; et, quant à l'en* semble de vos écrits, vous avez constamment mal raisonné.
— - a Ce qu'il y a de plus favorable pour les principes qu'ils adoptent ^ continue Condiilac, c'est l'impossibilité où l'on est quelquefois d'en démontrer à la rigueur la fausseté. »
— Vis-à-vis de ceux qui raisonnent, on n'a pas cet embarras avec vous. Quoi de plus absurde : qu'un anthropomorphe; une cause première; une création ; la liberté d'un être créé ; une âme simple qui pense; des facultés de l'ome; le péché originel d'un être créé^ etc., etc.? De pareilles absurdités j sont admissibles : chez un homme de foi ; mais, chez un homme qui prétend n'woir de guide que le raisonnement; c'est, le comble du déraisonnement.
— :. Ce sont; continue Condiilac , dM lois atttqaeHei il -fomble que
SGiBMCE SCN^IALE. 15
Dieu aurait pu donner la préférence ; eL s'il Fa pu , il Ta dû , conclut bientôl le philosophe, qui mesure la sagesse divine à la sicune. »
— Si, philosophe veut dire : bon raisonneur; quicouque, admet Tanthropomorphe, n'est cerlainemenl pas philosophe. Quant, à la sagesse divine; si, même l'anthropomorphe existait ; ce serait encore une sottise : car, il ne peut y avoir sagesse : que^ là ou il est possible de se tromper. Du reste, il est vrai : que, l'anthropomorphe s*est trompé plus d'une fois : d'après €e que disent ses propres partisans.
— « Avec ces raisonnements vagues , continue Condillac , on prouve tout ce qu^on yeut, et par conséquent on ne prouve rien. »
— Voilà, ce qu'il y a de mieux dans tous vos ou» vrages ; et, ce que vous auriez dû prendre : pour épigraphe.
— (k Je veul , continue Condillac, que Dieu ait pu réduire les bêles au pur mccauisBie ; mois la-Uil fait? »
— Si^ ranthrc^HHSLorphe existe; T homme , n'est qu'une mécanique. Une mécanique est : ee qui est faiU Si, lu matière est faite, c'est une iJâécaniq'He ; si,, les imes sont faites, ce sont des mécaniques^ Si, la matière et les âines sont éternelles : la matière^ est Téterai té force; les âmes, sont les éternités smsibilitéi^. A moins, cependant : que, les sensibilités ne soient des ntoéKIicatiens de la for^e : ce qui est à rechercher; et, ce qui constituerait : le néant des réalités. II n^y aurait aters : que des apparences ^ figurant réalités.
16 SGIENGB SOCIALE.
•— « Obtervous et jugeons, continue GoocUilac, c'est à quoi nous de* vous nous boruer. »
• — Sottise! Ce, à quoi nous devrions nous borner, serait : à bien observer, .ce qui est bien juger. Mais, comment observe-t-on bien? comment juge-t-on bien? comment, raisonne-t-on bien? Voilà, ce qu'il fallait dire; au lieu de magnétiser ses lecteurs, pour ne leur faire voir que des calembredaines : dans leurs rêves.
— « Nous Toyons, continue Gondillac, des corps dont le cours est constant et nnirorme; ils ne choisissent point leur route, ils obéissent à une impulsion étrange. »
-^ Et, qui donc donne l'impulsion au soleil, à l'uni^ers? Dieu, n'est-ce pas? Avec ces raisonnements vagues j on prouve tout ce qu^on veutj et par conséquent on ne prouve rien; avez-vous dit. Appliquez-vous donc: votre propre jugement.
— Cl Le sentiment, continue Condillac, leur serait inutile : . . . »
-^ Et, qu'en savez-vous ? Le sentiment n'est utile qu'à raisonner. En dehors du raisonnement, attraction et répulsion équivalent à la sensibilité. Qui vous dit : que, les soleils ne raisonnent pas ? Ce qu'il y a de certain ; c'est, que pour nous : il est parfaitement inutile de le savoir.
— « ... ils n*en donnent d'ailleurs, continne Condillac^ aucun signe.»
— Et, quels sont donc pour vous les signes du aen-'
SCIKNCB SOCIALE. 17
liment? Des mouvements, des apparences, des phénomènes, des analogies. Et, c'est là-dessus que tous décidez : s'il y a sentiment ; ou, s'il n'y en a pas ? La sensitive a-t-elle du sentiment? Non, dites- vous. Et l'éponge? Vous dites oui. Et pourquoi, s'il vous plaît? Parce que l'Ange est un animal.— Très-bien; puissamment raisonné.
— « Ds sont donc, continue Gondillac, soumis aux seules lois du mou- Tement
aD*autre8 corps restent atlachés À l'endroit où il» sont nés; ils n'ont rlem à rechercher , rien à fuir. La chaleur de la terre suffit pour transmettre dans toutes les parties la séte qui les nourrit; ils'n^ont point d'organes pour juger de ce qui leur est propre , ils ne choisissent point, ils ▼égèteut. »
— Les zoophytes sont attachés comme les plantes; les plantes respirent comme les zoophytes. Les zoophytes n'ont pasplus d'organes dejugement queles plantes ; et, pour juger il faut penser. Les plantes choisissent leurs aliments comme les animaux : quand, on veut employer le mot choisir; dans un sens chimique.
— « Mais les hêtes^ continue Gondillac, veillent elles-mêmes à leur eonienration;... »
— Qui VOUS l'a dit ? Vous ne savez même pas : si,
vous-même veillez à votre conservation. S'il y a un
Dieu, il est certain : que, ce n'est pas vous qui veillez
à votre conservation. Voulez-vous dire que les bêtes
jugent? Vous-même avez dit : que, non; quoique,
dans l'ouvrage que nous examinons, vous disiez oui.
Vous voulez dire : que, les bêtes sentent. C'est à prou- V. • 2
18 SeiBRCB SOCIALE.
ver. Mais , os pourrait se servir ée votre argument; et dire : que , c'est inutile. En dehors du raisonnement, le sentiment ne sert à rien ; et, des uUractims et des répulsions servent à la conservation ; tout autant : que, la douleur et le plaisir. Pourricz-vous y trouva, à cet effet, l'ombre d'une différence?
— « ... elles se meuvent à leur gré, » continue Condillac ;..»
— Vous ne savez pas même : si, vous-même, vous vous mouvez à votre gré. Ce qu'il y a de certain : c'est, que s'il y a un Dieu; vous ne vous mouvez pas à votre gré. Se mouvoir à son gré; c'est raisonner. Les éponges raisonnent donc?
— <{ *.. elles saisissent ce qui leur est propre , continue Condillac ; rejettent, évitent ce qui leur est contraire;... »
— Les plantes saisissent les aliments qui lenr sont propres j évitent l'obscurité; recherchent la lumière; sortent de l'eau, s'il le faut; s'y replongent après. Une molécule chimique abandonne telle autre molécule chimique, qui ne lui convient plus, pour aller s'unir à telle autre molécule, qui lui convient; pourvu : qu'elle soit libre; c'est*à«dire : en dissolution, etc., etc.
— « ..; les mêmes sens qui règlent nos actions^ continue Condillac paraissent régler les cas. »
— Oui, le toucher, ou contact, est également le sens du zoophyte et de la plante. Les minéraux mnt
SCIElfCE SOCIALE. fè
plus déKcats ; ils ont le toucher à'distance. Puis, c^est sur des paraître : que, tous basez vos raisonnements ? Belle philosophie !
— « Sur quels fondemenU poumit-on supposer ^ continue CondiUaaa qne lenis yeux ne soient pas ,... »
— - Sur la certitude : que, nos. yeux ne voient pas. Il y a deux mille ans : que, Platon, par la bouche de Soerate, s'est m#qué de cette expression. Les yeux ne voient pas, c'est Tâme qui voit, au moyen des yeux : quand il y a une âme. Quand, il n'y en a pas ; les yeux sont des conduits d'attraction et de répulsion : dont, le centre est dans le cerveau. Dire : que, les animaux voient, au propre et non au figuré; c'est, résoudre la question parla question.
— «... qne leurs oreilles n'entendent pas^ continue Gondillac, qu'elles ne mitent p«s en nv mot? »
— Ce n'est pas, sur un faible fondement; que. Fou a été jusqu'à supposer : que, les bêtes ne sentent pas. C'est, que si les bêtes sentent; la conclusion ineontestable, est : que, l'homme n'est pas libre ; qu'il n'y a ni bien ni mal ; et, que le plus grand dès scélérats est le plus grand des hommes : si, au sein d'êtres machines, il pouvait y avoir ; grandeur ou petitesse, moralement parlant. Certes, nm suppoâtkm est toujours une supposition. Mais, i l'une est attaehée : rexistence de l'humanité ; et, à l'ratre r mm
anéantissement.
— « A la rigueur , pourfuit Gondilltc » ce n^est pas là une déoiODStration. »
— Ainsi, la sensibilité de vos bètes, n'est qu'une supposition ; comme l'automatisme de Descartes. Pourquoi donc accusez-vous d'extravagance, ceux qui ne pensent pas comme vous ; lorsque, l'acceptation de votre hypothèse, serait : le malheur et la destruction de l'humanité?
— « Quand il s'agit de sentiment , continue Condillac , il n'y a d^éridenunent démontré que celui dont chacun a conscience. »
— C'est faux 1 II n'y a de conscience que par le raisonnement; et, le raisonnement ou le verbe, rend, le sentiment de ceux qui raisonnent, aussi certain : que, le nôtre. Nous n'avons même, en dehors de l'éternité, connaissance de notre propre sentiment : qu'au moyen du sentiment d'un autre. Un homme, élevé dans l'isolement, n'a pas cette première connaissance.
— a Mais parce que le sentiment des autres hommes ne m'est qn*m<djqué, continue Condillac, sera-ce une raison pour le révoquer en doute? »
— Indiqué! Que signifie ce mot? Ici, il peut avoir deux valeurs; démontré et apparent. Voilà, deux valeurs entre lesquelles il y a toute la différence : de la réalité à l'illusion. Vous-même avez dit : que, lorsqu'on se sert ainsi de termes obscurs, on n'avait pas d'idées nettes. Ce, qui n'est qu'apparent, est, trèssagement, mis en doute. 11 n'y a que les sots, qui révoquent en doute : ce, qui est démontré.
SCIENCE SOCIALE. Si
— « Me soffira-t-ily contuiue Gondillac, d^ dire qae Diea peut forme des automates... »
— Ici, par exemple, il n'y a plus de doute : si, Dieu existe : vous n'êtes qu'un automate.
— «... qui feraient par un mouTement machinal, continue Gondillac, ce qii« je fais moi-même avec réflexion? »
— Vous avez dit vous-même : que, les bêtes n'ont pas la réflexion ; et, maintenant, voilà que vous la leur accordez. Après cela, vous vous moquerez : de ceux, qui se contredisent.
«— « Le mépris^ poursuit Gondiliac, serait la seule réponse à de pareils doates. »
— Eh bien 1 M. de Condillac ; nous sommes plus polis que vous. Au mépris, nous substituons : la pitié !
*- ç C'est extravaguer , continue Condillac , que chercher l'évidence partout;... »
— Ce qui est extravagant, n'est pas de chercher l'évidence, ou la vérité ; ce qui est extravagant : c'est de vouloir : faire accepter, comme vérité, ce qui n'est pas évident.
— « ... c'est rêyer, continue Condillac, que d'élever des systèmes sur des fondements purement gratuits ; saisir le milieu entre ces deux extrêmes, c'est philosopher. »
— Depuis, que le monde est monde; le juste mi^
lieu, le moyen terme entre la mérité et l'erreur, le néant pour l'appeler par son nom ; a toujours été : le Dieu des matérialistes.
— « II y a DONC , eoDttone Gondillac , antrd chose dans les bétes qae da mouvement ; ce ne sont pas de purs automates, elles sentent. »
— Voilà, un DONC : singulièrement basé. C'est, comme si vous disiez : le crime est sagesse ; la vertu est folie ; donc : les bêtes sentent.
« CHAPITBB n.
« Que si les hétes sentent, elles smUeut comme nocif. »
— Ce chapitre contient une excellente criti<|ue de Buffon. Nous recommandons de le lire avec attention.
— « Si les iàèèê que M. de BdFon a «nés fur la nature dm tnirnavur, continue Gondillac, et qu'il a répandues dans son Histoire naturelk, formaient un tout dont les parties fussent liées, il serait aisé d*en donner ua eitrait court et précis ; mais il adopte sur cette matière des principes si différents que, quoique je n*aie point eoTie ée le Irowwr en contradiction avec lui-même , il m*est impossible de découvrir un point fixe auquel je puisse rapporter toutes ses réflexions. »
— Tout cela, est très-vrai : de Buffon. Tout cela est aussi très-vrai : de Condillac.
— te raTOue^ continue Gondillac^ que je me toîs d*abord arrêté; car je ne puis comprendre ce qu'il entend par la faculté de sentir qu*il accorde aux bêtes, lui qui prétend , comme Descartes, expliquer mécaniquement toutes leurs actions.
« Ce n*est pas qu'il n*ait tenté de faire connaître sa pensée. Après avoir remarqué que « ce moi sentir renferme un si grand nombre d'idées m qB*oo ne doit pas W pranoncer afint qne d*«B veéw fait ^aonlfse, » il
«jwile : c Si pur sentir nosi entendons seuUi^ent faire une aeiion de mou- « Tcmenty à Toccasion d'un choc oa d'une résistance , nous trouverons « que la plante appelée sensUive est capable de cette espèce de senti- «t ment, comme les animaux. Si, au contraire, en teut que sentir signifie « apercevoir et comparer des perceptions , nous ne sommes pas sûrs que « les animaux aient cette espèce de senliment « (ia'4^, t. II, p. 7 ; in-12, t. in, p. 8 et 9) ; il la leur refusera même bientôt. »
— Ainsi, voilà Buffon complètement de l'opinion de Descartes. Le tort de Buffon a été : d'avoir affaibli la valeur de son opinion, par des contradictions. Du reste, quelle que soit la justesse d'une opinion, ce n'est rien pour la conviction; aussi longtemps : qu'elle n'est qu'opinion.
— « Cette analyse, continue Condillac , n^oflre pas ce grand nombre d'idées qu*eHe semblait promettre ; cependant elle donne au mot sentir une signiûcalion qu*il ne me parait point avoir. Sensation et action de mouvement à foecctsion d*un choc ou d'wie résistance sont deux idées qu'on n^a jamais confondues ; et si on ne les distingue pas , la matière brute sera sensible, ce que M. de Buffon est bien éloigné de penser (i).
« Sçntir sigAÎfie proprement ce que noua éprouvons lorsque nos organes sont remués par Taclion des objets. »
— Par Vaetim des objeîs est vague, indéterminé. Cette définition signifie : que, nous sentons seulement lorsque l'eitériear frappe nos organes. Les organes «cauêtnt de la douleur sans cause extérieure. Condillac s'est servi de cette phrase entortillée, pour n'avoir pas voultt avouer : que, la force est inhérente au organes ; que^ lesofganesne sont : que, forc)^ organisée.
•— « Et eette impression, continue Condillac, est antérieure & Taction -de comparer. »
U) GondiUse a raison.
24 SCIENCE SOCr.VLE.
— Très-bien ! Coodillac, va dire tout ce que nous avons dit. Nous le répétons, nous avons Torgueil : de ne rien inventer.
— « Si dans ce moment, continue Gotfdillac, j'étais borné à ane sensation, je ne comparerais pas, et cependant je sentirais. »
— Très-bien. Voilà, Tétat continuel de rhomme, avant le verbe. C'est, Tétat avant le temps; c'est, l'état A^éterjiité.
— a Ce sentiment^ continue Condillac, ne saurait élre analysé;,*. >•
— Ceci, est une folie ; ou, le mot analysé n'a pas de sens. Analyser, c'est raisonner ; c'est exposer, faire comprendre, ou comprendre; et, l'état d'éternité se comprend parfaitement. C'est, n'avoir qu'une sensation : c'est sentir en dehors du temps.
— «... il se connaît uniquement, continue Gondillac, par la conscience de ce qui se passe en nous, v
— Voilà^ une erreur résultant de ïa confusion : de l'état de temps; avec l'état d'éternité. Dans l'état d'éternité, il n'y a pas de conscience. La conscience est exclusivement relative au raisonnement. Dans l'état de temps, nous connaissons l'état d'éternité : non, par la conscience ; mais^ par le raisonnement; non, par le sentiment, mais, par le raisonnement. Le mal, ici, est encore de ne pas déterminer la valeur du mot conscience. Dans l'état d'éternité, la douleur existe : sans, que l'être souffrant puisse en avoir conscience. Dans l'état de temps, l'être capable de souffrir peut
8G1SNCE SOCIALE. 25
aToir conscience de la douleur : sans, néanmoins, souffrir au moment où il en a conscience.
— - « Par conséquent , continue Gondîllac , oa ces propositions : Les bêtes sentent et Vhommesent, doivent «^entendre de la même manière; ou sentir, lorsqu'il est dit des bêtes, est un mot auquel on n'attache point d'idée. »
— ^Parfaitement bien 1
-» a Mais M. de Baffon, continue Condillac, froit que les bètes n'ont pas des sensations semblables aux nôtres , parce que , selon lui , ce sont des êtres purement matériels. (Il appeUe intérieures les sensations propres à rhomme, et il dit que les animaux n'ont point de sensations de cette espèce; qu* elles ne peuvent appartenir àiamatièrej ni descendre par leur nature des organes corporels. In-i^* , t. H, p. 442; in-12, t. iV, p. 170). Il leur refuse encore le sentiment pris pour Taction d'apercevoir et de comparer. Quand donc il suppose qu'elles sentent, yeut-il dire seulement à l'occasion d'un cboe ou d'une résistance ? L'analyse du mot sentir semblerait le faire croire.
« Danâ le système de Descartes ^ on lenr accorderait cette espèce de sentiment, et on croirait ne leur accorder que la faveur d'être mues. Cependant il faut bien qne M. de Buffon ne ceofonde pas se mouicoir avec sentir. Il reconnaît qne les sensations dee bêtes seat agréAbles ou désagréables. Or, avoir du plaisir et de la donlenr est sans doute autre chose que se mouioir à l'occasion d*un choc. »
— 11 est inconcevable, qu'un homme , du mérite de BuffoUy ait pu s'imaginer : que, souffrir ou jouir B^étaitpas sentir; à moins de supposer : qu'un homme de génie, est comme ces im&nteurs; qui, après avoir répété trois fois le même mensonge, finissent par croire : que, le mensonge qu'ils ont inventé : est une vérité. Mais, qu'un homme qui n'a pas inventé cette folie, auquel l'amour-propre d'auteur ne brouille point les idées, s'avise d'adopter uno pareille opinion ; ce se-
^ SCIENCE SOOULE.
rait tout à fait incroyable, pour nous ; si, 'nous n'a-* viens rencontré, âaoe ce cas, plunews individus s d'ailleurs, d'un mérite incontestable.
— « Avec quelque atteotiaa fae j^aîe ki les oaTrages de cet étnirtAm , continue GendiUac , sa peasée m'a échappé. Je Tois qu'il éistiagse àem sensations corporelles et des sensations spirituelles ; qu'il accorde les nnes et les autres à Thomme, et qu'il borne les bêtes aux premières. Mais en vain je réfléchis sur ce que j'é))rouve en moi-même. Je ne puis faire avec lui cette difiérenco. Je ne sens pas d^un cété mon corps et de Pautre mon âme, je sens mon âme dans mon corps; toutes mes sensations ne me paraissent que les modificalions d*une même substance, et je ne comprends pas ce qu'on pourrait entendre par des sensations corporeUes.,, »
— Condillac, a parfaitement raison ; rien n'est absurde : comme, l'expression sensation corporelle ; ou, douleur corporelle. Et, cependant, nous dirons comme ci-dessus : nous avons rencontré des hommes, d'ailleurs d'un mérite incontestable, entichés de la même manie.
-^ « Unnité de penoniie suppose nécessairement, poursuit Condillac, l'unité de l'être sevlement ; elle suppose nne seule substance simple, mo» diliée différemment à l'occasion des impressions qui se font dans les parties du corps. »
— Très-bien 1 Est-ce qu'une pensée n'est pas : une modification de la substance simple 1 Alors, pourqm^ dites-vous donc : que, Tâme est capable de penser; que, l'âme a la faculté d'être attentive, etc., ete^ Vous pensez donc d'une manière j et vous vous exprimez d'une autre.
— «Un seul moi, continue Condillac , formé de deux principes sentants, Vim sfBiple, rsotre étendu, est une contradiction manifeste ; ce ne
SaSKCB SOCIALE. 27
tmîl ^*vmt feaAe pânonoe dans la nippositîon, c*en feraient denx dans le mi.
« Cependant M. de Baffon croft qne Vhomme intérieur est double^.., »
— QuesigniGe ce mot : homme intérieiMr? C'est l'âme sans doute. Et, c'est Baffon, qui dit de pareilles choses 1 1
—-«•.. qu'U est composé, continue Condillac, de deux principes diffé' rents par leur nature et contraires par leurs actions , l'dn spirituel , LAVtXE, matébiel; gtt*ft est misé, en rentrant eiÊ90i*méme, de reconnaître l'existence de l*ux et de l'autre , nr que c'est de uurs combats ^e
3CAI8SEMT TOUTES R08 CONTRA DlCTIdNS. (lu-i», t. IV, f, 67-71 ; in-dS,
t. vil, p. 98100.)
« Mais on aura bien de la peine à comprendre que ces deux principes puissent jamais se combattre . * . »
— Ce n'est pas cela qu'il fallait dire. C'est : que, si la matière est capable de sentir ; Tâme est une mauvaise cheTille, dont on n'a que faire.'
— - a ... si, continue Condillac, comme il le prétend lui-même (in-4>^, t. IV, p. 55-'54; in-ff, t. Vïî, p, 46), celui qaî est matériel est infiniment rjtordonnéù Vautre; û la substance spiritiislle k commande, si elle en détruit ou en fait naître Vaction ; si U sens matériel, qui fait tout dans l'animal, ne fait dans l'homme que ce que le sens supérieur n'empêche pasg sHt n'est qjue le moyen ou la ca^se secondtàre de toutes les , actions,
« Henreusement pour son hypothèse. . . »
— Il est difficile dfe concevoir ce qu'à y a d'he»renx pour l'hypothèse de Buffon dans ce qui \a suivre. Probablement cet heureusement est une ironie. Dans l'ironie, lé doute est un défaut.
— «... M. de Bnrton, continue Condîllac, dit (in-i^», p. 73, 74;
în-i2, p. 104, 105) que dans le temps de l'enfance^ le principe matériel domine seul et agit presque' continuellement;.,, que dans la jeunesse j il prend un empire absolu et commande impérieusement à toutes nos fa^ cuUés.,, qu'il domine avec pHus d*avamtage que jamais. Ce n*est doac plus un moyen , une cause secondaire ; ce n'est plus un principe infiniment subordonné, qui ne fait que ce qu^un principe supérieur lui permet; et l'homme n'a tant de peine à se concilier avec lui-même que parce qu'il est composé de deux principes apposés,
« Ne serait-il pas plus naturel d'expliquer nos contradictions en disant que, suivant T&ge et les circonstances , nous contractons plusieurs habi-
TUDIS,,». »
— Voilà, la morale du matérialiste qui se développe. Pour lui, les vices et les vertus sont des habitudes; et, rien de plus. La vertu est précisément le contraire de l'habitude, qui n'est autre : qu'un résultat d'organisme ; la vertu consiste à vaincre les tendances organiques; lorsqu'elles sont contraires à la raison.. La vertu, devenue habitude, cesse d'être vertu; et, n'est méritoire : qu'en ce qu'il en a coûté pour la rendre habitude. L'habitude de la vertu est : la sainteté.
— «... plusieurs passions, continue Gondillac, qui se combattent sou* vent, et dont quelques-unes sont condamnées par notre raison , qui se forme trop tard pour les vaincre toujours sans effort? »
— Vertu, signifie force, force morale ; et, partout où il n'y a pas effort, il n'y a pas vertu. Si, les tendances organiques étaient toujours identiques aux tendances rationnelles ; ou^ plutôt, à la tendance rationnelle; il n'y aurait : ni, vice; ni, vertu. Ce serait une végétation sentie ; un chérubin : jouant éternellement de la harpe.
— « Voilà du moins , continue Condillac , ce que je vois quand je rentre en moi même, »
— Ceci est une autre raillerie contre Buffon. Nous aimons la raillerie : trop, peut-être. Mais, quand on raille, il faut ne pas avoir le même tort : que, celui dont on se moque.
— « Plusieurs philosophes anciens, continue Condillac, ont eu recours, comme M. de Buffon, à deux principes. »
— Remarquons bien : qu^ici, il s*agit de deux principes sentants. Car, si l'âme est immatérielle, l'homme est évidemment formé de deux principes : l'un sentant et l'autre non sentant.
— • Les pythagoriciens, continue Condillac, admettaient dans i*honune, outre rime raisonnable, une âme matérielle, semblable à celle qu'ils accordaient aux bêles, et dont le prc^re était de sentir. »
— n n'est pas facile de savoir : ce, que Pythagore pensait sur les animaur. Du reste, voici ce que dit, à cet égard, le savant Dacier.
— « Les animaux , selon Pjthagore , étaient véritablement comme la stahu de Vénut dont j'ai parlé, qui^ privée de raison et d^tatelligence, se mouvait par le mojen du mercure dont les organes étaient remplis. »
(Dagisb, Vi$ de Pythagore»)
— Du reste, quel que fût le sentiment de Pythagore, il n'en est pas moins vrai : que, la croyance, en une âme sensitive, était répandue chez les anciens.
— «Ils croyaient, ainsi que lui, continue Condillac, que les appétits et tout ce que nous avons de commun avec les bâtes étaient propres à cette âme naturelle ^ connue sous le nom d'dme sensitive, et qu'on peut appeler, avec l'anlenr de YHitioirB naturelle, fens intérie^ matérieL »
âO SCIEUCB SOCIAUE.
— Le sens intérieur matériel, c'efit le eerveau; et, le cerveau n'est nommé sens : que, figurément* Au propre, le cerveau n'est : que, l'organe du sens ; que, l'organe du sentiment; que, l'organe de l'âme; que, l'organe de la sensibilité; si, l'âme est autre chose : que, la résultante cérébrale. A mesure, que l'on descend sur Téchelle animale, le cerveau, extrêmement complexe chez les animaux supérieurs, se simplifie ; et, à mesure qu'il se simplifie^ les conduits des forces extérieures arrivant au cerveau ^ conduits nommés sens extérieurs^ s'oblitèrent j et, au bas de l'échelle, il ne reste que, le sac ou la peau. Chez les êtres que nous appelons vig^aux^ le sac est retourné; et, ce sac retourné a des ouvertures, qui s'ouvrent ou se ferment, selon ce qu'on pourrait appeler : les besoins de la plante. Pourquoi donc ces ouvertures ne seraient-elles pas des sens figurément dits ; comme, les yeux, les oreilles, etc., sont des sens figurément dits? Il n'est pas plus étonnant : de voir un singe agir figurément pour sa consei'vatiûn, avec la multitude d'organea qui composent son organisme ; que, de voir la laitue agir figurément pour la sîenae, avec le peu d'organes qui lui sont départis. De part et d'autre, il n'y a de nécesaa^e : que, des attraetiona et des répulsions; la sensibilité n'est absolument indispensable : que, pour connaître; pour raisonner. Amenée à ce point de clarté, la question se borne à savoir : si, les animaux raisonnent ; et^ eomm^ raisonner, e'est la mâme chose que sentir; la question se trouve ramenée à savoir : si, les aaimaux uetAmU Dow V Essai sur Vmrigine des
connaissances^ Condillac distinguait le sentir du raisonner. Dans l'ouvrage que nous examinons, Condillac affirme : que, les animaux ont de rinlellîgence. Ainsi, nous Yoilà d'accord sur un point essentiel ; sentir ^ c'est raisonner.
*- « Mais 4 conCinae Condillac ^ les anciens ne croyaient pas que les deox principes fussent d'une nature tout à fait opposée. Dans leur systàae, rème raisonnable ne difftrait de l'&me matérielle que du plus au moins. »
— Et, du moment que les anciens admettaient : que, les animaux sentaient ; ils avaient parfaitement raison. Rien n'est stupide : comme de faire la sensibilité matérielle ; et, de vouloir qu'il y ait en outre : de l'immatérialité. Si, le sentir est matériel, le raisonner, cpii n'est qu'un développement du senlir, est évidemxnent matérieL Pour éviter cette absurdité, Condillac est obligé de se figurer : que, les animaux ont des âmes immatérielles. Mais, comme les sépantioDs des règnes sont illusoires, il s'ensuit : que, les laitues et ksécritoîfes ont des âmes également. Aussi, les philosophes modernes n'ont pas reculé. Ces Messieurs ne reculent jamais Et, selon MM. Cousin, laMennais, etc., la substance est inséparable de la quahté ; l'immatérialité est inséparable de la matérialité. Alors, que d'âmes se font : dans un moulin à piler la brique I
— > « C'était lenlemtDt, continoe Condillac, une matière plat sptritnalisée. Aussi Platon , au lieu d^admettre plusieucs âmetf adneC plofÎBors ptrties dans rame. »
•— Nous aimons à voir Platon accusé de matéria-
lisme, ayec toute espèce de justice. Ainsi, M. Cousin, disciple de Platon, accuse Condillac de matérialisme. Ces Messieurs se disent leurs vérités.
—«L'une, continue Condillac, est lesiégedu sentiment^ elle est purement matérielle ; Tantre est Tentendement pur, elle est le siège de la raison ;. .• »
— Comment trouvez-vous : un entendement qui ne sent pas ; une raison qui ne sent pas ? Et, ces billevesées sont admirées : depuis deux mille ans.
— c ... la troisième, continue Condillac , est un esprit mêlé , elle est imaginée pour seryir de lien aui deux autres. Ce système est faux , puisqu*il suppose que la matière «eut et pense ; mais il n*est pas exposé aux difficultés que je tiens de faire contre deux principes différents par leur nature» »
— C'est, deux principes sentants qu'il fallait dire; car, si l'âme est immatérielle, l'homme est nécessairement composé : de deux principes, différents par leur nature.
-* a Gonclnons, ponrsoit Condillae, que si les bêtes sentent, elles sea^ tent comme nous.»
— n faut renoncer à toute espèce de sens commun : pour, s'opposer à cette conclusion.
— « Pour combattre cette proposition, continue Condillac , il faudrait pouvoir dire ce que c'est que sentir autrement que nous ne sentons ; il faudrait pouvoir donner quelque idée de ces deux principes sentants que «appose M. de BufTon »
— !ci finit le chapitre II de la première partie. Le
. 8GIBNCE SO€IALE. 33
chapitre III est peu important. Nous citerons une partie du chapitre lY.
(C CBAPITtB IV.
— c Que dans la supposition, poursuit Gondillac, où les animaux seraient tout à la fois purement matériels et sensibles, ils ne sauraient TeîUer i leur conservation s'ils n'étaient pas encore capables de confiât*sance, »
— Vous voyez : que, pour Condillac, les animaux raisonnent. Ailleurs, il le dira plus clairement encore.
— « H est IMPOSSIBLE , continue Condillac , de concevoir que le mécanisme puisse saul régler les actions des animaux. »
— Impossible 1 II n'appartient qu'à l'époque d'ignorance de déclarer impossible : ce, qui n'est point démontré impossible. Que l'on dise qu'il est impossible : que trois ou plusieurs ne soient qu'un; que quelque chose soit fait de rien ; que l'anthropomorphisme et la liberté puissent être compatibles; ces déclairations d'impossibilité ne trouveront de contradicteurs : que, parmi ceux qui se refusent à admettre le raisonnement, comme source de vérité. Mais, que Ton déclare impossible, ce qu'on ne comprend pas; sans autre base de déclaration : que, sa propre ignorance ou sa vanité; c'est digne : sinon, de mépris ; au moins, de pitié.
Avant de prouver : que, ce que Condillac déclare impossible, est cependant la réalité ;. démontrons : que, cette chose impossible est -tellement possible ; V. 3
34 SCIfiTICB 80GUU.
qu'il £aut, qu'elle soit ainsi dans tous les cas posfii- Lies ; et, que c'est précisément le contraire de ce que Condillac déclare impossible; qui est seul impossiUe.
Cette démonstration, pourraient nous dire quelques personnes qui prononceraient légèrement, suffirait à elle seule : pour prouver l'immatérialité de l'âme. Elle' suffirait, sans aucun doute, pour ceux qui accepteraient une preuve négative, quand une preuve positive est nécessaire ; elle suffirait pour ceux qui se contenteraient d'une démonstration par l'absurde. Mais, pour nos lecteurs que nous avons habitués à être aussi difficiles que nous en fait de preuves ; il faut, quand il s'agit d'affirmation, une démonstration qui ne soit pas négative. Aussi, quand nous prouverons : la réalité de Tàme chez l'homme ; la réalité de l'automatisme, chez les animaux; nous prouverons strictement^ positivement. C'est, seulement à ce prix : que, Tincontestahilité doit être admise.
D'abord, précisons les termes.
Qu'est-ce qu'un mécanisme?
Ici, c'est un automate.
Qu'est ce qu'un automate ?
C'est un être phénoménal, ayant des mouvraients qui ne dépendent que d'une forer, que nous appelons artifidelie, sans saYcûr si l'art existe en réadité; oa, que d'une force naturelle, d'une force non dite artificielle, que cette force soit, oui ou non, oi^anique*
Une montre, le joueur de flûte de Vaucansoo, le joueur d'éch^ss de n'importe qui, soot des wtofiHrtes de k pNniàn espèce*
SCIENCE SOCIALE. 3o
Les plténonomèûes de la nature sont des effets d'automatisme de la seconde espèce. La terre, est un automate ; quand elle est considérée : comme jetant des pierres par un volcan ; une plante est un automate ; un animal est un automate ; s'il est démontré : qu'il n'a point en soi, àê volonté réelle ; Thomme, est uû automate : si, le matérialisme est une réalité; si, l'anthropomorphisme est qpe réalité.
Jusqu'à présent la sensibilité a été donnée comme étant Fopposé de l'automatisme. C'est une erreur immense. Supposons : que, l'anthropomorphe exiâte. Dans ce cas, il est tellement évident : que, l'homme est un automate; que, l'homme ne fait rien par lui" même, sinon illusoirement; que, tous les philosophes, depuis Plutarque jusqu'à Descartes, l'ont reconnu. Et, le catholicisme, lui-même, a toujours été tellement persuadé de cette vérité ; qu'il s'est reconnu obligé : de faire accepter la liberté de Thomme, comme un article dé foi ; la compatibilité de la hberté et de l'anthropomorphisme étant, en effet, tout aussi absurde : que, la création.
Voilà l'automatisme bien déterminé, pour ceux qui n'aiment pas les mystères. A ceux qui les aiment, nous n'avons rien à dir^.
Ce qui, selon Condillac, peut seul empêcher léS animaux d'être des autcmales ; c'est, d'avoir en eux une immatérialité, une âme ; et, mie âme, non^-senlementàTéfat d'éternité ; mas, à l'état de connaissance^, ainsi qn'il ta lé Are lui^mlmé.
Admettens eette éupposition ; et, voyons : si elte
De eonduit pas à Tabsurde. Comme l'impossibilité est une négation , est la négation de la possibilité, ici la preuve par l'absurde est suffisante : et, si la supposition d'une âme réelle, d'une immatérialité chez les animaux conduit à l'absurde ; il sera démontré : que, le non-automatisme des animaux, est une chose impossible.
Si, les animaux ont une âme, une immatérialité; comme beaucoup d'animaux se coupent en deux, en dix, en mille; voilà, l'immatérialité qui devient matérialité.
Supposons : que, cette division en morceaux des prétendues âmes, soit encore ignorée.
Bans ce cas, il reste toujours évident : que, les règnes : zoologique; philologique; et chimique; ne sont que des coupes arbitraires. Dès lors, voilà la dernière des molécules douée d'une âme; et, en pilant de la brique, on fait des âmes à coup de pilon. 11 est évident : que, dans ce cas, le mot immatérialité est absurde ; et, pour que l'absurdité cesse d'exister , il faut : que, les animaux soient des automates.
Supposons, maintenant, les animaux sensibles comme nous ; absolument, comme nous ; et, pour le moment, laissons de côté la difficulté du verbe, en admettant : que, lesanimaux ont le verbe tout aussi bien quel'homme. Dès lors, et par la non-existence des règnes, voilà la poussière de briques, jouissant de la même sensibilité et du même raisonnement que nous. D'un autre coté, si la terre est un automate, malgré toute sa force productrice; à plus forte raison une impalpabilUé de brique.
qui n'est Ibonne qu'à faire du ciment, est aussi un automate. Puis^ nous et Timpalpabilité de brique étant de même nature ; il est évident : que, nous sommes des automates. Le seul moyen possible, pour que nous ne soyons pas des automates, est donc : que, les animaux soient des automates.
Terminons :
Pour, qu'un cas possible puisse exister en réalité, il faut: que, le raisonnement soit une réalité et non une illusion; il faut : que, l'âme soit une réalité, une immatérialité, une éternité ; et non : un résultat de force ; une sensibilité dérivant de la matière. En dehors du raisonnement non illusoire, il n'y à : que, du nécessaire ; et, non du possible.
Or, si les animaux ne sont pas des automates, nous sommes des automates ; et, si nous sommes des automates, la sensibilité est un résultat de force; et, noifs ne raisonnons : qu'illusoirement.
Dans tous les cas possibles, il faut donc : que, les animaux soit des automates ; et, c'est le contraire de ce que Condillac a déclaré impossible ; qui est seul impossible : ce qu'il déclare impossible, existe : nécessairement.
— « On comprend, conttaae Condillac, que Tébranlcment donné aux seot extérieurs passe au sens intérieur , qu'il s*y maintient plus ou moins longtemps, que de U il se répand dans le corps de Tanimal, et qa'il lui communique du mouvement. »
— Que dirait-on : d'un homme, qui voudrait expliquer : l'attraction ou la répulsion ? Que dirait-on : d'un
38 SCIENCE SOCrAL£«
homme, qui voudrait expliquer ; la végétatîoti, l'animalisation, ou même seulement la digestion? Ce qui appartient : aux forces ; à la matière ; à Téteraité ; se constate, mais ne s'explique pas; par la raison fort simple : que, ce qui s'explique est nécessairement relatif au temps; et, que Tétemité n'est pas dans le temps. Il n'est pas nécessaire, il n'est pas utile, il wi même stupide, de chercher à expliquer : comment, les animaux font telle chose sans être sensibles ; comment les végétaux font telle chose sans être sensibles ; comment les molécules chimiques font telle chose, sans être sensibles. Ce qui est sage, utile, et maintenant nécessaire) c'est, de constater, de démontrer : si, les animaux ont, oui ou non, de la sensibiUté. Si, Upe fois il est démontré qu'ils n'en ont pas ; ceux, qui seront assez sots pour chercher des explications, popr ce qui nécessairement ne peut en avoir, s'arrangeront comme ils voudront ; et, s'ils troublent la so« ciété , ils seront mis à l'hôpital.
— « Mais^ continae Condillac^ co n^est encore là qu'un mouyement incertain, une espèce de convulsion. »
— Est-ce par un mouvement incertain , par une espèce de convulsion : que , d'une graine de grattecul, sort un rosier qui vous donne une rose admirable? Est-ce par un mouvement incertain et par une espèce de convulsion : qu'il n'en sort point un topinambour ou une citrouille? Et, quelle difficulté y at-il donc de plus : pour la naissance et la conservation d'un singe ou même d'un homme ; que, pour la
scnmoB sociALs. S9
Bttsaanee et la eonsenratîon d'une. Pousse ou d'un champignon? Les sages, obBonrent les faits physiques, pour les constater; les sots, les observent pour les expliquer. Les sages observent les fait» moraux : nonseulement pour les constater, mais pour les expliquer ; les sots les observent : pour se borner à une constatation.
— « n reste à rendre raison ^ continue Gondillac , des mouTements déterminés de ranimai, de ces mouvements qui lui font si sûrement fuir te fui litt est conlrtire , et reckerclier ce qui lui CMiTtent ; et c*est ici qaa It 9inmois9ane9 est absolavent nécessaire... »
— Vous voyez : que, ce n'est pas seulement de la sensibilité dans rétemîté que. Gondillac accorde aux animaux ; c'est, de la sensibilité dan» la temps ; c'est, de la connaissance. IL aurait lôen dû remarquer : que, It' si sûrement signifie nécessité. Quant, à fuir ou à rechercher en réalité; loin, que Gondillac puisse être certain : que, cela soit au pouvoir des animaux ; il est, au contraire, certain : que, si les animaux peuvent fuir et rechercher comme lui ; lui , ne fuit et ne recherche : quMUusoirement. Ce raisonnement n'est cependant pas bien long ; il est clair et presque aussi court que deux et deux font quatre. Pourquoi donc, Gonâaiac n'a-t-il pu le faire?
"^ « ... pour régler, continue Gondinac ^ Faction même du sens înfé-
~ Du sens intérieur, du cerveau? Ces*, comne si
40 SCIENGB SOClÂliB.
TOUS tlisiez : que, l'âme du grain de blé doit intervenir pour régler la germination.
— « ..• et pour dcnner aa corpc, eontinue Gondillac, des moaTements différents^ 8ni?ant la différence des oirconsUnces. »
— C'est, l'âme des plantes, n'est-ce pas, qui intervient : pour leur faire rechercher la lumière, malgré tous les changements possibles de circonstances ?
— - « M. de BaffoD , poursuit Gondillac , ne le croit pas ; et s'il y a toujours eu du doute à es sujet, il se flatte de U faire disparaître , et même d*arriver à la conviction, en employant les principes qu'il a étà^ hlis. » (In-4», t. IV, p. 35.)
— Gondillac se moque de Buffon, et fait très-bien. 11 faut toujours se moquer : de ceux, qui se vantent d'en savoir plus que les autres ; et, n'en savent pas davantage. C'est, même, la seule punition : qu^il faille leur infliger.
— « n distingue donc, continue Gondillac, deux sortes de sens. »
— Il n'y a de sens, proprement dit : que, là où il y a âme. Là, où il n'y a pas âme, il ne peut exister que des sens figurément dits. Il y a plus : même, là où il y a âme, il n'y a de sens, proprement dits : que, là où il y a verbe. Auparavant, il n'y a que des organes : exclusivement en rapport avec le cerveau. Au propre, on ne voit : que, par le raisonnement. Voir, réàSt^ ment : c'est , apercevoir ; et , en dehors du verbe , Taperception n'existe pas.
SCIBNCB 80CULB. 41
— c Les uns, coatinae Gondillac ; relatifs à la connaissance : le Ion-* cher, la voe; les autres, relatifs à rinstioct, & Tappétit : le goût, Todorat;et, après avoir rappelé tes ébranlements, il reconnaît que le ntoQTement peut être incertain lorsquUl est jproduit par Ut sens qui ne sont pas relatifs à C appétit ; mais il assure, sans en donner aucune raison, qu*îl sera déterminé si Vimpression vient des sens de Vappétit : il assure, par eiemple, que Tanimal , au moment de sa naissance , est averti de la présence de la nourriture et du lieu où il faut la chercher par l'odorat, lorsque ce sens est ébranlé par les énuinations du lait» »
— L'animal est averti, de la présence de la nourriture ; comme le grain de blé est averti, du lieu vers lequel doit tendre sa feuille séminale. Ces explications, ne valent pas : celles, du Médecin malgré lui.
— « G*est en assurant tout cela , continue Gondillac y qu'il croit conduire ses lecteurs à la confiction.
« 11 n'est que trop ordinaire aux philosophes de croire satis£iire aux difficultés lorsqu'ils peuvent répondre par des mots qu*on est dans Tusage de prendre pour des raisons. Tels sont instinct, appétit* »
— Le mot appétit^ wgnifie : attraction. Ce n'est que la moitié du mot instinct^ qui signifie : attraction et ré'
pulsion. Comme, dans la matière , il n'y a que des phénomènes ; comme, il n'y a, même, que des individualités apparentes; comme, les genres, les espèces, les familles, les classes ne sont que des coupes arbitraires ; et, que chaque individualité phénoménale a sa loi, sa nécessité ; le mot instinct^ signifiant cette loi, est employé, pour dire : cette loi. Tel oiseau fait un nid de telle manière; telle collection arbitraire d'oiseaux, mais se ressemblant plus ou moins , et que nous appe* Ions, selon ce plus ou moins de ressemblance, espèce, gedre , famille ou classe, fait aussi des nids; et, nous disans : que, la loi des oisoaux; l'instinct des oiseaux ;
49 SOnCB 60CIAI.E.
est de faire des nids. Si, Tusage le permettait , on dirait : que, l'iustinct du froment est de pousser des épis ; que, Tinstinet du pommier est de pousser des pommes ; que, riustinct de la pierre est de tomber ; que, Finstinet de la lumière est de myouuer. L'instinct se reconnaît^ se constate par les sages ; les sots, Texpliquênt.
— « Si Bom rdchercbon?, contlane CondilUc, comment ih ont |m s^inlroduire, nous reconnedlroiis le peu de solidité des tystèmea a«xqaeU ils servent de principe.
« Pour n'avoir pas su observer dos premières babitndes juscpie dans leur origine, les philosophes ont été dans l'impuissance de rendre raisoa de la plupart de nos mouTemyentif,». m
— Il faut être fou, pour vouloir rendre raison.: des mouvements qui ne dépendent que de la matière. Allez donc rendre raison : de la force , qui fait vibrer la lumière ; de la force, qui fait germer un grain de blé, qui fait féconder un œuf ! C'est, comme cela : parce que, c'est comme cela ; ce, serait autrement : que, ce serait également bien. Le bien physique, consiste dans Texistence. Dès, qu'une chose est; elle est bien.
— « ... et, continue Condillac, on a dît : Us tont naturels et méca^ niqms, »
— Naturel^ dans le sens de matériel ; et, mécanique; c'est, une seule et même chose. Ou, tous les menvements sont naturels et mécaniques ; ou, tes m» le sont, et les smtres ne le soût pas. Les mouvements naturels et mécaniques soi\t nommés instinctifs. Les
fiClXM» S^ClikLfi* 43
moaTements des animftux , BODt-ils nttiorels et mécaniques ; ou, y en Sriril de. naturels et mécaniques, et d'antres qui ne le sont pas? Voilà, non pas ce qu'il faut dire ; mais, ce qu'il faut démontrer.
— « Ces habitudes, continue Gondillac, ont échappé aux obserTations, parce qu'elles se sont formées dans un temps où nous n'étions pas capables de réfléchir sur nous. »
— Réfléchir, c'est raisonner ; et , il n'y a pas de différence : entre, réfléchir sur nous ; ou réfléchir sur les autres. Des habitudes qui se prennent, en dehors du raisonnement, ne sont donc pas des raisonnements.
— « Telles sont, continue Conditlac, les habitudes de toucher, de Toir, d'entendre, de sentir, d'éviter ce qui est nuisible, de saisir ce qui est utHe, de se nourrir ; ce qui comprend les mouTemcnts les plus nécessaires à la conservation de i* animal. »
— Avant le verbe, il n'y a, au propre : ni toucher ; ni voir ; ni entendre ; ni sentir ; ni éviter ; ni saisir ; ni utilité. Toutes ces expressions sont, alors, figurées : comme, lorsqu'on dit : qu'une plante fuit l'obscurité ; et, recherche la lumière.
-^ « Dans cette ignorance , continue GondUlac , on a cru que les désirs qui se terminent aux besoins du corps... »
— Avant le verbe, il n'y a pas de désirs proprement dits; il n'y a : que^ des tendances ; des attractions et des répulsions.
--> « ... diffèrent des autres par leur nature, continue Gondillac, quoiqu'ils n'en diffèrent que par l'objet. »
— Ainsi, la tendance, la force, est de même nature : que, le raisonnement, l'intelligence. Est-ce volontairement : que , Condillac fait cet aveu de matérialisme ?
— « On leur a donné , continue Condillac , le nom à'appétU, et on a établi, comme un principe incontestable , que Thomme qui obéit k ses appétits ne hïi que suivre Timpulsion du pur mécanisme.... j»
— Avant le verbe, il n'y a pas d'obéissance. L'obéissance est relative ^u raisonnement; et, vous-même avez reconnu ailleurs : qu'avant le verbe, le raisonnement n'existe pas.
— «... ou tout au plus, continue Condillac, d*un sentiment privé de connaissance;... »
— Un sentiment , privé de connaissance, ne peut avoir : ni tendance, ni impulsion. Un sentiment, privé de connaissance, est une âme dans l'éternité ; et, si les âmes, dans l'éternité, avaient des tendances, des impulsions; elles seraient matière.
— «... et c*e8t là sans doute, continue Condillac, ce qu*on a appelé agir par instinct (instinct , à consulter Tétymologie , est la même chose qu'impulsion). »
— Il n*y a pas de doute : que, c'est là ce qu'on a appelé agir par instinct; et, votre identification de l'instinct à l'impulsion est excellente ; ce qui fait voir : que, même pour vous, l'expression instinct n'est pas vide de sens.
SGIEnCE SOCIALE. 45
— > c ÂQintôty contlmie GondillaCy on infère que aùus sommes à cet égard toat à fait matériels, ...»
— Et, pour autant que ce nous se rapporte exclusivement à l'organisme; on a parfaitement raison. II n'y a que vous qui puissiez vouloir : qu'un chien mort, ne diffère d'un chien en vie ; que, parce que le chien mort a rendu son âme à Dieu .
— «... et que, continue Condillac, si nons sommes capables de nous conduire avec connaissance, c'est qu'outre le principe matériel qui appelé^ il y a en nons un principe supérieur qui désire et qui pense. »
— Le principe supérieur, qui désire et qui pense, est une sottise ; mais, le principe capable de désirer et de penser : au moyen de son union à un organisme et du développement du verbe ; doit être une réalité ; ou, le matérialisme existe. Est-ce cela que vous avez prétendu? Alors, dites-le; et, ne soyez pas hypo-* crite.
— « Tont cela étant supposé , poursuit Condillac , il est éfident que l'homme Tcillerait à sa couserTation quand même il serait borné au seul principe qui appète. »
— Vous le voyez ; c'est, Condillac lui-même qui le dit : une fois, qu'il est prouvé : que, le corps vivant est tout à fait matériel j il devient évident : que, r homme veillerait à sa conservation, quand même il serait borné au seul principe qui appète. Eh bien ! cette démonstration, que la vie est matérielle, se trouve dans la démonstration : que, les règnes ne sont
46 SCISNCB 80CIAL8.
que des coupes arbitraires. Nous ferons observer : que, Condillac, au lieu de : veilterait à sa conservation aurait dû dire : se conserver ail. Veiller, au propre y c'est : raisonner.
-r- ff Par conséquent , continue Gondtllac , on peut priver les bétes de connaitsance et concevoir cependant ijn'ellea exercent des mouvMMsts déterminés; il suffit d'imaginer... 9
— Imaginer, est d'un homme d'esprit : tant, qu'il ne prend ses imaginations : que, pour des hypothèses. Imaginer, est d'un sot : quand il prétend : que, ses hypothèses sont des véritési psur cela seul qu'il les a imaginées. La distinction des sens : en sens, relatifs à la connaissance ; et, en sens , relatifs à Tinstinct ; n'est pas d'un homme d'esprit.
— « ... il ioffit d'imaginer, continue Condillac, que Yîmpnssioi^ vient dis setu de Vappétit; car si Tappétit règle si souvent nos actions, il pourra toujours régler celles des bétes, »
— Toutes les fois, qu'il y a de l'obscurité, dans une phrase, écrite par un homme qui n'est pas un sot; soyez persuadé : qu'il y a une expression figurée prise au propre. Ici, l'obscurité vient du mot règle, pris au propre quand il ne doit être pris qu'au figuré. L'appétit ne règle point, d'une mwaière proprement dite. Toute règle, est relative au raisonnement; et, dans la supposition, l'appétit ne raisonne pas. Il en est de même des expressions : déterminé, incertain. Il n'y a, dans l'instinct, ni déterminé^ ni indéterminé, ni certain, ni incertain , il y a ce qu'il y a. La détermina-
SGUIfCB SOCULE. 47
Uoii) la règle, la certitude^ Mot relatives au temps; l'instmcty est relatif à rétemité. Nous le répétons : ôlez le verbe du globe ; et , le temps n'y existera plus.
— « Si Ton demande donc , continue CondilUc, pourquoi Faction de rœil sur le sens intérieur ne donne à Tanimal que des mouTements incertains , la raison en est claire et convaincante : c'est que cet organe neet pas relatif à l'appétit,.. »
— CondiIlac,.se moque de Buffon ; et, avec justice « Mais, quand on a des vitres, chez soi; il est dangereux de jeter des pierres, dans celles des autres.
— «... et si Ton demande, continue Gondillac , pourquoi Taction de ''odorat sur le sens intérieur donne au conlrdire des mouvements déterminés, la chose ne souffre pas plus de difUcultés : c'est que ce sens est relatif à Vappétit.
« M. de BufTon n^en donne pas d^autre raison. Pour moi, je crois que ces deux sens ne produisent par euT-mèmes que des mouvements incertains. Les yeux ne peuvent pas guider l'animal nouveau-né , lorsqu'ils n*ont pas encore apprb à voir ;.•• »
*-^ 11 paraît que Gondillac n'a jamais observé : des petits poulets au sortir de la coqmlle, se servir de leurs yeux, avec autant d'adresse que des chiens de six mois. Probablement, ils avaient appris à voir dans la coquille.
•^ «... et si Todorat eommence de bonne heure à le conduire , continue Gondillac , c'est qu'il est plus prompt à prendre des leçons du loaeber. »
«-- Non pouvons vous âssmrer : que, rien de tout ce galimatias, n'a été sifflé par le dix-huitième siècle.
L'alinéa que nous venons de donner est une note de Condillac. Ce qui va suiyre appartient au texte.
— c Voilà, je pense, poursuit Condillac^ comment s'est établi ce lan« gh^^ philosophique;,., »
— Condillac continue à se moquer de Buffon.
— « ... et c'est pour s'y conformer, continue Condillac , que M. de BttlTon dit que Todorat n'a pas besoin d'dtre instruit^ que ce sens est k premier dans les bêles, et que seul il pourrait leur tenir lieu de tons les autres.
« II me parait que le plaisir et la douleur sont les seules cboses qui pussent se contrebalancer, et qu'un animal n'est en suspens ou ne se détermine que parce qu'il compare les sentiments qu'il éprouTe , et qa*îl juge de ce qu'il a à espérer ou de ce qu'il a a craindre. Cette interpréta* tion est Tulgaire, dira M. de BufTon. J'en couYiens; mais elle a du moins un avantage, c'est qu'on peut la comprendre. »
— Comprendre^ est un mot bien indéterminé. Condillac comprend une cause première; une création, etc. Û n'y a là rien d'étonnant, s'il comprend aussi : que, les bètes raisonnent. Mais, voici les conséquences de cette compréhension : comme, le mot animal n'a pas encore de sens déterminé; comme, rien ne sépare le prétendu règne animal du prétendu règne végétal ; ni celui-ci, du prétendu règne minéral ; il s'ensuit : que, c'est le plaisir ou la douleur qui déterminent les étamines à s'approcher ou à s'éloigner du pistil ; et, les molécules d'une écritoire, à se mouvoir dans un sens plutôt que dans un autre. Condillac comprend-il également : toutes ces belles choses ?
«CHAPITBI V.
« Que les hétes comparent, jugent^ qu'elles ont des idées et de la
fnénhoir€,
« Il me sera aisé, dit Gondillac, de prouver que les bêtes ont tontes cet facultés; je n'aurai qu*i raisonner conséquemment d'après les principes mêmes de II. de BufTon.
« La matière inanimée, v dit- il...
— Que signifie cette expression : matière inanimée? Est-ce de la matière unie à une âme ; ou, de la matière devenue âme, devenue sentante? Ce galimatias vient : de ce que le mot animal^ n'a pas de sens déterminé.
— c ... la mntière inanimée, dil-il, continue CondilUc^ n'a ni senti- « ment^ ni sensation , ni conscience d'existence ; et lui attribuer quelce ques-unes de ces facultés, ce Ferait lui donner celle de penser, d'agir a et de sentir à peu près dans le même ordre et de la môme façon que « nons pensons, agissons et sentons. • (In-4", t. II, p. 3-4 ; in-] 2, 1. UI, p. 4.)
c Or, il accorde aux bètes sentiment , sensations et conscience d'existence (in-4«>, t. IV, p, 41 ; in-12, t. VII, p. 69, 70.) Elles pensent donc, agissent et sentent i peu près dans le même ordre et de la même façon qae nons pensons, agissons et sentons. Cette preuve est forte;... yt
— Quand, un écrivain établit de pareilles contradictions, dans un même ouvrage; c'est un étourdi, qui n'a aucune espèce de clarté dans ses idées. Et, quand on lui fait apercevoir de pareilles contradictions, s'il ne les reconnaît pas comme des sottises ; c'est, que lui-même est un sot.' Mais, parce que Buffon raisonne mal; cela prouve-t-il : que, les animaux raisonnent?
•»«... en voici une autre, » continue Gondillac.
— Nous ne donnons pas cette autre. Elle ne fait
50 SCIKIYCE SOCIALE.
que prouver : les mauvais raisonnements de Buffon.
a Conclusion de la première partie^
— «H ne me re^te plus, dit Condillac, qu'à rassembler les^dilTcreBle» propositions «fuc M. de Buffon a avancées pour cUibltr ses liypelkèses. Il est bon d'exprimer en peu de mois les diffiTents principes qu'il adopte ^ r>€Cord qu'il y a entre eux et \e^ conséquences qu'il en tire. Je m*arrê~ teral surtout aux cliosos qui ne me paraissent pas aui^si évidentes qu'^à lui, et sur lesquelle» il me permettra de lui demander des éclaircisscmeBU« »
— • Nous allons citer quelques-unes des propositions, sur lesquelles Condillac demandera des éclaircissements. Nous passerons celles qui offrent peu d'intérêt.
— (f f . Sentir f continue Condillac, ne peut-il se prendre que pour se mouvoir à roecasion d'i»n choc, et pour apercevoir et comparer? Et si les bêtes n'apeiçoivenl ni ne comparent, leur faculté de sentir u*est-elle' <|ue la facullé d'être mû? »
— Appeler sentir^ ]e moufement produit par choc^ est une sottise.
11 y a : sentir, dans l'éternité; et, sentir dans, le temps. Sentir, dans Téternité, n'est ni apercevoir ni comparer. Apercevoir et comparer appartiennent au temps ; et, avant le verbe, le temps n'existe pas. Les botes n'aperçoivent ni ne comparent, ni ne sentent j et^ la faculté d'être mû est une sottise.
— • « â. On si le sentir, continue Condillac, est avoir dh plaisir ou de la dou'eur, comment concilier ces deux propositions? La matière est intapahle de sentiment, et Us bélts, q/uoique purement matérielles , ont du Sentiment, »
— De pareîiïes propositions se concilient à Cha-
SCIENCE SOCTÀLE* fStt
renton ; et , ' peut-être aussi : au sera des académies.
— • 5. Que iMutHin entendre par des sensatioiit corporelîes , eoiitîfiiie CûndilJn, si la matière ne sent pas? p
— Une sensation corporelle, quand il est reçu que la matière ne sent pas, est une expression digne dû Bedlam.
— «4. Comment une seule et même personne, continue CondUlaCj pent-elle être composée de deux principes difiFérenls par leur nature, cOA* traires par leur action^ et doués chacun d'une manière de sentir qui leur est propre ? »
— Une âme, isolée, n'est pas une personne ; on homme, avant le verbe,, n'est pas une personne; les individualités, sans personnalité, appartiennent à l'éternité 5 la personnalité appartient au temps ; et, le temps apparlien^k au verbe. Coe personnalité est, làécessaîrement, composée de deux principes, différents par leur nature ; dont Tun est capable d'action propre* ment dite au moyen de Tunion;. et, l'autre^ uni ou non, n'est capable : que^ d'action ^gurément dite. Quant à deux manières de sentir : c'est toujours digne de Charenton.
—>«!$. Comment ces deux principes , continue Condillac , sont-ils la source des eonl radierions de rihiwme, sî Tnn est rnftiiîmefil subordonné à rentre; 8>*il A*e^ ((ua le nofeo^ la caïue sec^adaire^ et &*il ne fait ^«ece que le principe supérieur lui permet? »
— La Bubordînatîan, îa supérrorîté, la eoraparai-
MHi, entre deux natures, est une softise. On ne eom-
82 SCIENCE SOGUXE.
pare que des choses matérielles. Les immatériellles, si elles existent, sont des sensibilités; et, les sensibilités, en tant que considérées en dehors des modifications, sont nécessairement identiques. Ce ne sont point les deux principes, qui sont la source des contradictions qui existent chez Thomme ; c'est, l'opposition qui se trouve souvent : entre la tendance de l'organisme ; et, la tendance du raisonnement.
— j « 6. Gomment le principe matériel est-il infiniment subordonné , continue Gondillac, s'il domine seul dans Tenfance, s'il commande impérieusement dans la jeunesse? »
— Nous répétons : que, ces propositions sont dignes de Charenton. Nous verrons, à la seconde partie ; si, Condillac raisonnera mieux que Buffon.
— R 7. Pour assurer que le mécanisme fait tout dans les animaux ^ continue Condillac, suffit-il de supposer, d'un côté, que ce sont des êtres purement matériels, et de prouver, de l'autre, par des fuiis, que ce sont des êtres sensibles? Ne faudrait-il pas expliquer comment la faculté de sentir est l'efTet de^lois purement mécaniques? »
— Accorder le sentiment 'aux animaux, et leur refuser une âme immatérielle, quand on accorde une âme immatérielle à l'homme^ serait infiniment plus absurde, s'il y avait du plus dans l'absurde ; que, de refuser l'immatérialité à l'homme et à la bête. Le refus d'immatérialité, à Thomme et à la bète, n'^st même absurde : que, pour autant que l'on pourrait faire coïncider : ce refus d'immatérialité, avec la liberté. Les matérialistes, qui nient la liberté, peuvent mal raisonner ; mais, ils ne sont pas absurdes I Au
SGIENCB SOCIALE. 33
contraire, les anthropomorphistes, qui reconnaissent l'existence de la liberté, le sont évidemment.
— - « 8. Gomment les bêtes peuvent-elles être sensibles et privées de tonte espèce de connaissance? conliuae Gondilloc. De quoi leur sert le sentiment s* il ne les éclaire pas, et si les lois mécaniques suffisent pour rendre raison de toutes leurs actions ? »
— Condillac, ici, a parfaitement raison. Il faut avoir le raisonnement perclus de préjugés ; pour accorder aux animaux de la sensibilité, de l'attacbement, de la reconnaissance ; et, prétendre qu*il y a entre eux et nouç, différence absolue de nature ; et, non pas différence du plus au moins.
— « 41. Que signifient ces mots instinct , appétit? coatiniie Condillac. Suffit' il de les prononcer pour rendre raison des choses? »
— Pour, quiconque accorde la sensibilité aux animaux ; et, n'est pas évidemment un sot à ses propres yeux ; l'instinct est le plus bas degré de la connaissance ; et, la connaissance est le développement de l'instinct. C'est, ainsi que le disent : Messieurs les professeurs du Jardin du roi. Avant la dispute entre l'université et le clergé, M. Geoffroy Saint-Hilaire répétait tous les deux ans, qu'il n'y avait : que, la plus sotte vanité qui pouvait établir, entre l'homme et les animaux, une différence de nature.
— « 17. Si l'on ne peut accorder à la matière le sentiment , la sensalion et la conscience d*existence, continue Condillac, sans lui accorder la £iculté de penser, d'agir et de sentir a peu rata comme nous , comment se peut-il que les bêtes soient douées de sentiment , de sensations , de
^ SCIENCE SOCULE.
coascience^ (Inexistence, et qu^elles n'aient cependant pas lalacuUé de penser? p
— Il n'y arien à répondre à cet argument, à moins de prendre pour règle de raisonnement : que, le blajac c'est la même chose que le hoir.
Nous avons passé une foule d'articles , sur les sens des animaux, qui tous sont irréfutables, si les animaux ont deâ sens proprement dits. Maiâ^, il est évident : que, si les animaux n'ont pas de sentiments, ils n^ont que des organes, ainsi que les plantes en ont ; qu'ils n'ont enfin : que, des sens flgurément dits.
— « 25. Pourquoi , continue Condillac , Dieu ne pourrait-il pas s^occuper de la manière dont se doit plier Paile d^un scarabée? Comment se pHerait cette aile ai Dieu Jie s'en occupait pas ? »
— Condillac a parfaitement raison ; et, il aurait dû ajouter : Et, comment dirais-je tous les non-sens^ dont ma philosophie est pleine; si, Dieu ne les disait par ma bouche ; et, ne les écrivait par mes mains. La co existence de Dieu et de la liberté appartient à la première enfance du raisonnement. Aussi l'Église^ avec j<uste raison, en a-t-elle fait un aaticle de foi.