‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 56 sur 70 · SCIENCE ET OPINION · texte numérisé non relu

SCIENCE ET OPINION

La science sociale, rendue rationnellement incoulestabie, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, le nom de science doit être exclusivement appliqué : non-seulement à ce qui est aussi incontestable que deux et deux font quatre ; mais, à ce qui est inQniment plus incontestable encore.

La même science établit donc :

Que, deux ot deux font quatre, n'est incontestable: que^ re-

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lalivement àVliypoUièse : qne^Yunité est uneréalilé, Or, l'unilé réelle^ Vuniié absolve, ne peut être : qu'une immatériaklé; qu'une individualité éternelle; dont, l'unité mathématique n'est queTabstraction. Deux et deux font quatre, n'est donc vrai : que, relativement à une bypollièse. Deux et deux font quatre, n'est donc : qu'une opinion. Et, à moins d'être fou, ou ignorant, le nom de science, ne doit point être donné : aiuc opinions.

Jusqu'à présent : l'immatérialité des sentiments d'existence; rimmatérialité des sensibilités; Fimmalérialité des âmes; n'a point été démontrée ; et même, la prétendue science aclo^e proclame : que^ les âmes sont matérielles. L'unité ; ou, plutôt, los unités se trouvent dès lors : non plus , seulement hypothétiques; mais^ pseudo-scientifiquement niées. Voilà, le point de départ^ des prétendues sciences mathématiques : ou, nié; ou, tout au moins, réduit à l'état d'hypothèse ; et, par conséquent, . les prétendues sciences mathématiques réduites : à l'état d'opinions ; La même science sociale établit encore : Que, la science y pour qu'elle soit réelle; pour qu'elle cesse d'être opinion; doit avoir : non-seulement, son point de départ rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et 4c chacun; mais encore : que, toutes les propositions qui la cx)raposent, doivent s'enchaîner : par identité ; et non : par analogie.

Or, dans la nature matérielle, il n'existe pas d'identités possibles ; et, la nature immatérielle, est encore : non plus^ même à l'état d'hypothèse ; mais, à l'état de négation : pour ceux qui se prétendent savants.

Il n'y a donc pas science, mais seulement opinions, au sein des connaissances : dites naturelles.

Le protoparens de l'Académie des sciences morales et politiques, J. 6. Say, proclame : que, le point de droit est toujours, * plus ou moins^ dans le domaine des opinions. Or, les sciences morales ne peuvent avoir de base : que le droit. Voilà donc, la science morale^ réduite : à l'état d'opinion.

C'est, proclamer, involontairement : que, depuis que le monde existe : jamais, il n'y a eu : de science r^e/Ze; jamais^ il n'y a eu : que des opinions; et^ que la science réelle est ànailre.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Que, la science existe ; que, toutes les sciences, mathémati* ques, physiques et morales existent ; et, si vous lui dites : qu'elle-roènae place tout point de morale au sein des opinions; et, qu*il n'y a rien de moins scientifique que les opinions; elle vous répondra : sans, que le moindre rouge lui monte i la face : qu'il n'y a pas d* autre science : que les opinions. Alors, voilà le mot science, synonyme du mot opinion; les deux mots , yis-à-vis de la raison , les plus opposés : qui puissent exister.

Et, cependant Aristote, que les parlements ont défepdu de contredire, sous peine de la hart, avait dit :

— a Si les mots ne signifient rien, il est de toute impossibilité pour les hommes de s'entendre entre eux ; et , disons plus , de ^'bmtbicdbs xntc

« Quand même l'homme n'aurait pas la sciekcb, quand il n'aurait qui DSS OPINIONS, il faudrait qu'il s'appliqu&t beaucoup plus encore à l'étude de la vérité , comme le malade s'occupe plus de la santé que Thomme qui se porte bien. Car celui qui n^â que dbs opinions, sion le compare à CELUI QVi SAIT, est, par rapport à la vérité, dans an état de maladie. >

— Et, Descartes s'écriait :

— « Lorsque nous nous sommes persuadé quelque chose dâs ngtii JBUVBBSX, et que notre opinion s'est fortifiée par le temps , quelques raisons qu^on emploie par après pour nous en faire voir la fausseté, ou plul&t quelque fausseté que nous remarquions en elle , il est néanmoins trftdiffîcile de l'ôter entièrement de noire croyance. »

— El, Voltaire ajoutait :

— « Il faut des siècles pour dciruire une opinton. On la nomme la reine du moude; elle l'est si bien, que quand la baison vient la cornbattre, la raison est condamnée h mort. Il faut qu'elle renaisse vingt fois de ses cendres pour chasser tout doucement Tusurpatrice. »

— Maintenant citez, à la société actuelle, Aristote, Descartes et Voltaire ; elle vous dira : qu' Aristote est une momie; Descaries un [Mii\\\ ; et. Voltaire un rabâcheur. Dès sa jeunesse,

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elle s'esl persuadée : que, la science existe pour efte ; son ofixioN, s'est fortifiée par le temps ; et, si vous lui présentez la RAISON, lui prouvant qu'elle n'est qu'une sotte; elle vous mettra vingt fois à mort, avant d'avouer : que , ia raison a raison.

Vouloir^ par le seul raisonnement ; et, avant que l'anarchie 1*7 ait forcée, sous peine de mort sociale ; convaincre la société actuelle : que, pour elle, la science est encore à naître; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

Concevez- vous, maintenant ; pourquoi, ia science sociale, quoique rendue ratiotmellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ; doit être, pour TacluaUté, complètement inutile? C*est^ que pour bien voir^ il faut une vue non cataractée ; et, que pour raisonner juste^ il faut un cerveau^ non ^paralysé : par les préjugés,

** « Lonqa*une doctrine d'ordre, de paix et d'union^ se présente, dit Bastiat, elle a beaa avoir pour elle la clarté et la vérité, bllb tbouvb IéA

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— Et, pour ceux, chez lesquels la place se trouve prise :

— « Leurs yens, dît M. Guiiot, ont pour ainsi dire la faculté de s'ouvrir ou de se fermei selon leurs désirs. Ce qui est clair leur paraît réellement obscur; co qui est ptouvs devient incertaih ou même faux. Ils

vivent plongés dans leurs propres ténèbres ; et quand la lumière essaye de pénétrer^ elle leur est à la fois insupportable et douteuse. »

— Ceftdeux passages sont admirables. Il n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie, seule, peut abaisser les cataractes de rignorance sociale. Jusque-lè, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède , de les présenter au public. Je remplis un devoir; le reste : ne me regarde pas.

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