HENRI -CHRÉTIEN SCHUMACHER
Le célèbre astronome auquel celte notice est consacrée, était issu d'une famille distinguée qui lui laissa, à défaut de fortune, un nom estimé et d’honorables antécédents. Scs ancêtres avaient quitté la Wcslphalie au seizième siècle, pour venir habiter le Holstein (*). Son père, André Schumacher^ conseiller de conférence, avait fait partie de l’ambassade danoise à Saint-Pétersbourg; il fut ensuite attaché au cabinet du roi de Danemark Christian VII, et envoyé, en dernier lieu, à Bramstedt, en qualité d’administrateur du bailliage de Segeberg.
C’est dans celle localité que notre confrère vit le jour. Il
(') Né à Brarosiedl, dans le Hols(ein, le 3 se|Uenibre 1780, mon à Allona, le ^8 décembre 1850.
Je doi« à Tobligeance de M. Pelersen, l'aiile et Tami de Schumacher, |>lii« sieiir« renseignements con tenus dans ccUe nolice; j*en ai ajouté d'autres que j'ai puisés daus mes souvenirs et dans la correspondance de riliuslre défunt avec qui j'avais des relations suivies depuis plus du vingt ans.
{•) Parmi les membres de sa famille, on trouve l'infortuné comte de Griffen* feldt, grand chancelier de Norwége, qui, à la suite d'uoe élévalioo rapide, se vil dépouiller de ses biens et de ses honneurs, et fut condamné à la peine capitale. Christian V commua sa peine en celle de la détention dans une forteresse, d'oii il ne sortit qu'après vingt-trois ans. Lecomte jouit peu de sa iilwrlé : il mourut raiioée suivante (1G09).
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ret.iil su |iremu;re ùdiicalioii ilans la maison palernelle; mais il avail à |u:ine dix atis, qu’il fui frappé du mallieur le plus grand que l'on |)uissc éprouver à cel âge : il perdit son pére('). r,elui-ei, dès (]u il s'élait senti dans l’impossibilité (le eonlinuer ses soins à ses deux lils, avail songé à leur avenir et les avait reeominandés au prince royal, qui fut couronné, plus lard, sous le nom de Frédéric VI. Cette tendre sollicitude eut les plus heureux résultats; le prince justifia, sous tous les rapports, la confiance placée dans ses bons seiilimenls.
I,(; pasteur Dorfer de Preelz, homme instruit et auteur d'une bonne topographie du Schleswig-Holstein, prit soin de l’éducation des deux frères; et l’année suivante, il les amena avec lui à .\llona, où venaient de l’appeler ses nouvelles foiiclious. Madame Schumacher ne voulut pas se séparer doses enfants; elle les suivit dans la nouvelle résidence de Icui' précepteur.
Dè‘s lors se (h■■velo|)J»ail, chez le jeune Henri, le goût des Sidences mathémali(|ues et de l'astronomie ; à la eonnaissaneo de la théori(! il voulut joindre celle de la pratique; il essaya de construire des pendules de bois et d’autres instruments pour tacher de ,sc rendre compte des mouvements célestes. Nos pnuniéres inclinations dominent presque toujours pendant le reste de notre existence; nous en trouvons ici une |)reuve nouvelle, (ileiix qui ont eu le bonheur deconnailre notre confrère savent qu’il avail une véritable passion pour les insirumeuls cl surtout pour les chronomètres (").
].v '2 janvier 17UO. — Sa int>re, Sophiu llc4jewiK Wi-dHy, étail la fille d*ut pasicnr *Ip la province «rOldenhotirj; ; elle avail élé mariée en première* oocf> ati cuiiMMllei- Vn.schin^) frère du célèbre ^éo;;raplie; elle est morte à AltooJ, le 30 ocloUre 1822.
(*) En 1832, il m'av.'iit proposé, pour notre Observatoire, Pacbat d'un eicellenlcciclede Troii^liiun, con*lriiit en 1702, nu plutôt c'était un cadeau qu’il voulait nou> faire pour faciliter la détermination exacte de notre latitude. Le$
Cependanl la faiblesse de sa santé inspirait quelques craintes; son médecin dut le forcer à suspendre ses éludes et à aller habiter pendant quelque temps la campagne. Il y apprit que sa mère avait fait l’acquisition des ouvrages mathématiques de Wolff, et dès lors, il n’eut plus de repos que ces livres tant désirés ne fussent entre ses mains. Ses études mathématiques ne nuisirent cependant pas à celles des langues pour lesquelles il montra toujours l’aptitude la plus grande : Schumacher parlait et écrivait à peu prés toutes les langues vivantes de l’Europe, et possédait à fond les langues anciennes, circonstance e.xirémement avantageuse pour le rôle honorable qu’il cul à remplir, plus tard, en servant d’intermédiaire entre tous les astronomes du monde civilisé.
Il fit des études en droit aux universités de KicI et de Gôtlingue, mais en restant toujours fidèle aux sciences exactes. En 1806, il écrivit, à l’occasion de son doctoral, une dissertation De Sei'vis publieis populi Romani, qu’il dédia
écoDomiM qii*iD(H)8ail noire récente révolution, m'eni|»échèrenl d'accepter se« propositions obligeantes. Le plus habile ingénieur de l'Angleterre, le célèbre Troughton, avait pour Schumacher une amitié toute {larticulière. Comme il hésitait à nous envoyer les granils instruments que lui avait commandés le goiiver> nemenl déchu, Schumacher me proposa de lui écrire. • Pour moi, disait-il, le vietu Troughton fait rim|iossihle; tout ce que je désire est aussitôt expédié. Il s'obstine même à faire lui-méme les dernières recliflcalions. Comme il parait que Je suit son enfant gâté, U sera peut-être bon que je lui écrive pour vos inslrumeols, et vous poiivex compter que Je le ferai k la première occasion. > Schumacher a toujours témoigné le plus tif intérêt au sort de notre Observatoire. Lorsque le bôliment fut achevé, et les instruments en place, ce furent les moyens de les utiliser qui me manquèrent. ■ J'apprends avec étonnement, m'écrivil-it alors assez gaiement, qu'on ne vous a accordé encore aucun aide; c'est comme si l'on donnait ô un directeur d'orchestre d'excellenl.i instruments sans lui donner de quoi payer les musiciens. Ces messieurs croient qu'un astronome regarde les étoiles tantôt par uii, tantôt par un autre instrument et que c'est là ce <|ii'on appelle faire des observation». Ils n'ont aucune idée que chaque iostniment exige son cours suivi d'observations et qu'un seul asti'ooomc ne |>euty suffire. » iO décembre 1857.
il son limi et ancien maitnr, le [lasleur Dort’er. Il passa ensuite (|uelques années en Livonie, remplissanl les fonctions de précepteur dans une f'aniille distinguée.
A soti retour, il fut assez heureux pour faire la connaissance du comte HeveiUlow, curateur de l’université de Kiel; et, par son iniluence, il put se livrer entièrement à l’étude des sciences mathématiques. A cet ell'ct, il alla passer quelques années à Gottingue, auprès de l'illustre Gauss, qui à la gloire d’étre le premier géomètre de l’Allemagne joignait celle d’avoir formé à peu près tous les mathématiciens allemands i|ui marchaient avec le plus de distinction sur ses traces. Il ne lui fut pas dillicile d’attirer l’attention d’un liomiiK! aussi su|iérieur; et, ce qui vaut mieux encore, de itiériter son amitié. Schumacher avait pour le géomètre de Gottingue une véritable vénération ; il le consultait avec déférence sur tous les |)oints épineux que lui présentait sa position délicate comme rédacteur du Journal astronomique.
Kn 1810, Schumacher fut nommé professeur d'astronomie à Gopenhagiie, et, en ISKI, il accepta, avec l’assentiment du roi lie Danemark, les fonctions de directeur de rnbservaloire de Manheim, mais sous la condition devenir remplir le même emploi ii Gopenhague, en cas de retraite de Bugge, qui se trouvait alors à la télé de l’observatoire de celle dernière ville. En acceptant ce déplacement, il avait surtout cédé aux invitations de son protecteur et ami le duc d'Auguslenbourg.
.\vanl son di'-part pour Maidieim, Schumacher s’élait marie (') ; le choix (|u’il lit prouve en faveur de son discernement, et le bonheur dont il a joui dans son intérieur témoigne en même temps de la bonté de son cœur et de rattachement ipi’il savait inspirer.
(') .\vi‘c nuKiemoincllc Chrclieune-Nadeleinc <ie Sclioon, qtii lui » survécu, cl liant il a uu st-pl cnrjtits, <iuatrc fils u( trois filles.
La mon (le l'astronome Bugge, arrivée au mois d(^ mars 1815, rappelait naturellement Schumacher à Copenhague. Notre confrère fit un voyage en Autriche, pour s’entendre à ce sujet avec son auguste protecteur, le roi Frédéric VI, qui assistait alors au congrès de Vienne, et aussi pour voir son frère, Ch. Schumacher, qui se trouvait à la suite du souverain.
Il fut nommé professeur ordinaire d’astronomie et directeur de l’Observatoire de Copenhague. Dès son arrivée, il commença à donner un cours d’astronomie en langue latine; et, l’année suivante, il fit ses préparatifs pour mesurer un degré du méridien dans le Schleswig-Holstein. Afin de surveiller avec plus d’activité la triangulation de ce pays, il obtint, en 1821, la permission de s’établir à Altona et d’y construire un observatoire. H choisit l’emplacement de cet édifice, dans un site charmant, sur la pente de la rive droite de l’Elbe (').
En 1819, il avait fait avec son ami Jean-Georges Repsold, le plus habile mécanicien de, l’Allemagne, un voyage en .Angleterre et en France, pour visiter les observatoires de ces pays et faire la connaissance de leurs astronomes. C’est dans le même but qu’il visita, en 1826, à Munich, les ateliers de Reichenbach et d’Ertel, d’Utzschneider et de Fraunhofer; en 1834 et 1835, il se rendit à Berlin pour y voir le nouvel observatoire d’Encke et assister au.\ observations de Bessel sur les oscillations du pendule; en 1840, il visita son ami Struve dans son magnifique observatoire de l’nlkova ; et enfin, en 1843, il lit le voyage de Vienne pour prendre part à l’observation de la fameuse éclipse de soleil du 8 juillet, dont il a décrit, dans son journal, les apparences si e.\traordinaircs.
(•) Voyei la descripUon de ce bel observatoire dans la Corrrtpondance mathemalifut el pkyiiqut de Bruxelkt, tome VI, |>ages 118 et tuiv.
Tous les ans, il faisait un voyage à Copenhague et une espèce de pèlerinage à Brème auprès du vénérable Olbers, pour qui il professait le plus profond respect. J’ai eu le bonheur de faire partie d’une de ces e.vcursions, vers la Gn de juillet 4829.
Olbers était un véritable patriarche ; on se sentait ému par la beauté de son caractère et par l’éclat de son talent comme observateur. Tous les astronomes allemands, ainsi que les étrangers, qui ont eu le bonheur de le connaître, sont unanimes pour rendre hommage à cet homme distingué (').
Bessel très-jeune encore, se trouvait garçon de magasin chez la sœur d’ülbcrs. Notre astronome le voyait chaque jour
(') Voici une des ledi es de cel homme excellent <|ui, par les encouragements le» plus oldigeants, savait entretenir et exciter l'ardeur des jeunes observateurs. Ses paroles devaient avoir cette influence, provenant d'une source aussi pure et etprimées avec tant de simplicité :
•• Le souvenir de votre agréable, mais trop courte visite avec N. Schumacher me sera toujours précieux. Si vous ne voulez pas être trop jaloux d'un jeune homme de soixante-dix-huit ans, je vous avouerai que je suis, depuis ce temps, ardent adorateur de votre aimable et charmante é|K>use. Veuillez bien, je von» en prie, présenter mes très-sincères et très-respectueux hommages i madame Qiietelet.
O Je vous félicite de rachèvcmeiit prochain de votre observatoire, et je sms sûr que la science en tirera bientôt de précieux frutls. Avec de tels instroiDenis on ne peut attendre d'un observateur si habile, si intelligent et si assidu comme vous <|ue de très-intéressantes observations.
f> Vous trouverez robsiTvaiion de la dernière éclipse de soleil, faite à Bremeo, dans le n** 312 des ^itronomiichen IVachriehten de M. Schumacher. Quanti moi, je ne suis plus en état, ni de monter à ma chambre, qui m'a servi d'observatoire, ni de manier un îii>triimenl : ainsi, je n'ai pu que voir celle grande éclipse, comme tout le monde, par une vitre noircie.
» Malgré celle faiblesse de mon grand ège, je prends toujours le plus grand intérêt à tout ce qui appartient à la science, et phucipalemetU à l'astronomie et c'est presque le seul plaisir qui me reste encore de voir et de conoallrt se» progrès. Vous m'obligerez infiniment, si vous vouliez me donner de temps es temps quelque connaissance de vos observations et des travaux loléressaou qui vous occupent. *
• A Brème, le 20 juillet 1830. «
Olbers était né le 11 octobre 1758 : il avait donc soixante-dix-huit ans ai roomeot ou il écrivait celle lettre. Il mourut quatre ans après, le 2 mars 1840.
el prenait plaisir à causer avec lui. Dans ses conversations il lui donnait des questions à résoudre, et, charmé de l’intérét qu’il y prenait, il augmenta successivement les diflicultés qu'il proposait. Il ne tarda pas à reconnaître où ce jeune homme distingué pouvait aspirer d’atteindre. C’est en passant de cet état secondaire à celui de directeur de l’Observatoire de Kônigsberg que Bessel fînit par prendre place parmi les premiers t)bservalenrs de son époque (').
En allant à Brème, nous étions de compagnie avec le célèbre Repsold (’) ; le double passage de l’Elbe faillit nous
(') Bessel raconte lui-méroe cet inCMlent^ dans une notice que M. A. Erman a insérée, en tète de la correspondance d'Oihers et de Bessel, qii*il a fait paraître eo 1B5B. Briefwtehttl iwiiehên /f'. 0/6era urui F.-Jf''. Bessel f herautgegeben von Adolph Erman, 3 vol., Leipaig, 1853. Celte correspondance em-
hraste à la fois des discussions sclentiAqiies et parfois de simples nouvelles d*in* térieur : ainsi je trouve, à Tépoque de mon passage, Tindication des visites que cel excellent homme a reçues et de celles qui lui avaient été promises : <?aujs^ Esndenau und Bensenhtrg hatten mir im vorigenJarenelnen Besuch versproehen .* aile drei sind verhindert worden. JVur den jéstronomen Quetelet mit setner sehr liebenswürdigen Frau aus Brüsset, und professer Brandes aus Leipsig mit seiner Familie habe ieh gesehen. Ersterer Hat mir sehr gefatlen^ und letsterer ist mein iangjàhriger Freund.... Ces sortes de commerces épistolaires sont moins connues en France. En même temps, N. Peters publiait, i Hambourg, la correspondance de Schumacher el de Gauss.
(■) On voudra bien me |>ermetlre de citer le récit de cetle visite, que j*ai donné dans les notes d*un Foyage scientifique fait en Allemagne pendant Vété de 1830, l.VI de ma Correspondance mathématique :
« Je me présentai donc, sous les auspices de ces deux hommes distingués, chez le grand astronome i qui Ton doit la découverte de Pallas et de Vesta, ainsi qu'une foule d'aulres travaux qui ont enrichi le domaine de la science. J'aurais peine h exprimer le respect que J'éprouvai en approchant de ce Iveaii vieillard, dont la physionomie, pleine de noblesse, respirait en même temps la bonté et la plus touchante bienveillance. Mais mon émotion fut plus vive encore, quand j'entrai dans le modeste observatoire où avaient été faites tant de belles recher* ches : c'était une chambre élevée, de médiocre grandeur, qui servait en même temps d'observatoire eide bibliothèque. Les murs étaient garnis delivres, et le fond présentait une espèce de vitrine en saillie vers le jardin, d'ou l'on découvrait une grande partie du ciel. Je témoignai le désir de voir l'instrument qui avait servi h la découverte des deux planètes qui ont illustré le commencement de ce siècle. Le célèbre vieillard remit entre mes mains un chercheur dont l'objectif était cassé. La pendule qui avait servi à ces grandes découvertes était encore li :
devenir l'atal. Au |ireiiiier |)assap;e, noire frêle cmbaroalion avec les voitures qu elle porlait, fui siibilement accueillie par ut) coup (le vent et sur le jtoini de chavirer. Au retour, le feu éclatait dans Hambourg : l^epsold, qui était préposé au service des incendies, nous (piitla brusquement et se rendit, sur une nacelle, le plus directement possible, vers le lieu du sinistre. On sait que, six mois après, cet excellent homme périt dans nnecirconslance pareille, victime de son dévouement!').
Le célèbre horloger Kesscis, frère de noire statuaire, n’était pas devenu moins nécessaire à Schumacher que son ami Uepsold ; tous les moyens furent employés pour le retenir à Alloua et ils furent couronnés de succès. Kessels obtint du roi de Danemark une |iension, la décoration de Daiiebroy et la construction de chronomètres po)ir la marine royale.
Scliumachei’ jouissait d'une grande faveur auprès du roi;
( ll<‘ l'-Uil aii'^si siiii|>U‘ fAittir msiriiiTK'nl : « Itc n'élail pas niérae potirva^rie compi OnoMpur > i>ùt .iCi|iiis depuis des insirumenti plus par*
rails, 4'l eiih'i' aiilirs |t|ii<tinirs ItiiieMcs de Munich, t»n voyait sans {icin« qu'iWUd deiiieiit'é al(.irh<‘ .iii\ pi’emi«M's, comme de viiMix amis «{ui ont partagé de urandi icav.iKX el <|iron consci se avec amour. Les recherches d'Ollicrs ne nécessilaifol sans doMie point des lustriimeiit» d'une jurande pri^cisioii, cependant, on ne |xul s'i-mpéchei «l'admirer l’.ulresse avec laijticlle il a tiré paiii de ceux qu’il avati en sa possession. On sait, «lu reste, que le propre du génie est de produire de i;raiuis lésiiUals avec de l'.iildes iiioycns.
•' Il ii’était peut-être pas d’asiroiioine «(iii eiU une connaissance plus appro* rondie du ciel t|irOihers. Fn lui montrant seulement la partie du ciel qii’rin* hrassait te champde son chercheur, il ii’atirail guère eu de peine à reconoaitre, «laiis cet espace circonscrit, les étoiles qui s’y trouvaient.
» Il s'expniiiait avec autant de candeur que de modestie sur les objets de ses recherche.s. » l'oiir Tallas, disait-il, je l’ai vue par hasard; niais j'at eberebe « Vesta ; aussi sa découverte m’a causé une hien douce satisraction. » Je ne sais si j'admirai dans Olhcrs ses talents plus que ses vertus; mais il me semble qu'd était impossible «rapprocher «le lui sans éprouver le plus profoml resjiecl, al«r' même qu'on aurait ignoré ses belles découvertes. J’ai eu le iKinbenr de trouver an milieu «le sa ratnille et «le ses amis, et le même sentiment «ioroioiil chez tous et s«‘ montrait dans tous les regards. C'était un vrai patriarche, d«> l’amour et «le la véiiéralion «h‘ ceux «|iii l’eiitouraienl. »
I') Le Id janvier IH5»
Cl l’on doit convenir qu’il en usa toujours noblement, soit pour obtenir des distinctions en faveur des savants, soit pour faire accorder des récompenses à des travaux utiles à la science.
A la fin de 1839, il perdit son auguste protecteur; mais le roi Christian VIll s’empressa de lui continuer les faveurs dont il jouissait, cl même de lui en accorder de nouvelles ('). Rien ne fait plus d’honneur à un prince que de savoir reconnaître le vrai mérite et d’aller au-devant de lui. Cet art caractérise un esprit supérieur, et devient dans l’État un élément d’ordre et d’émulation.
Les distinctions et les témoignages d’estime que recevait notre confrèn; n’étaient point bornés par les limites de son
(*) Le i janvier 1840, il m'écrivait ; « Vous avez vu dans les journaux la nouvelle de la mort de notre exeellent roi, qui a tant fait |H>iir l'astronomie. Comme je sais que vous prenez un vif intérêt à tout ce qui me regarde, je vous mande en mémo temps que le roi actuel, protecteur éclairé des sciences et des arts, comme le défunt, m'a honoré d'une lettre très-gracieuse qui finit par ces mots : Seyn Sie ver$iehert, datt ieh JkrenverditnstvoUen Arbeiten die groatê jéufmerktam^ keii widmen, und eine Freude darin finden werde lie zu fordem, und tu achueizen. En déclarant qu'il veut avancer et protéger mes travaux, il me donne sans doute une assurance que je ne saurais trop apprécier. • Le 93 juin suivant, il m'annonçait une nouvelle faveur. « Le roi m'a fait f7on/eren(zra(fi, ce qui, chez nous, est un (Ui-e plus haut que celui de «VfiiafiralA. A vous dire le vrai, le titre m'importe peu, étant généralement connu sous celui de professeur, et ayant une préddection marquée |K>ur un titre sous lequel j'ai été assez heureux |K>iir gagner votre amitié et celle de tant d'hommes illustres dans les sciences; mais ce qui m'importe, c'est que le roi par U m'ait donné une preuve publique qu'il me regarde avec la même bienveillance que son prédécesseur. Je suis donc Irès-conlent d'étre Conferenzrath. * Schumacher eut le malheur de perdre, quelques années après (le 19 janvier 1848), cet autre protecteur, qui lui dooua cependant, avant sa mort, encore un témoignage de bienveillance. « La dernière grâce dont le roi décédé m'a comblé, est ma nomination de grand croix de l'ordre de Panehrog, distinction très-rare pour les savants et que j'ai eu l'bonneur de partager avec M. Orsied. On m'a dit que nous étions les premiers savants grandscroix ; je ne veux pas en ré|>ondre. J'ai eu, pendant les huit années de son règne, entre vingt et trente lettres écrites de ta propre dans celle qui accom-
pagoe le cordon blanc, il dit qu'il aimait à montrer qu'il estime le même mérite huéraire au moins l'égal de lotit autre mérite. • (Le 38 janvier 1848.) Il est beau de |>mser aiii»i et surtout d'agir en conséquence.
pavs; il avait t'Ii' di-coré dt‘s ordres de Prusse, de Russie, de Suède, de France et de Belgique, et il appartenait à toutes les principales sociétés savantes (Te l’Europe ('). Sans doute, ces distinctions, les dernières incine, ne prouvent pas toujours en faveur de ceux qui les obtiennent ; les exemples au besoin ne manqueraient |)as à l’appui de cette assertion, bien qu’il existe encore des sociétés savantes qui se respectent assez pour ne pas prostituer les honneurs dont elles disposent.
(^e qui formait le plus beau titre de Schumacher, celui au- ()uel l’hommede mérite doit toujours attacher le plus de prix, c’était rassenliment général des gens de bien et des hommes les plus élevés dans la science. Ce bien précieux il le possédait au plus haut degré: je ne pense pas que Schumacher eût un seul ennemi dans le monde scientifique; et certes, s’il en eut existé, ils se fussent bien gardés d’oser se produire. Schumacher, au contraire, était lié avec tous les astronomes de notre époipie; par son caractère bon et conciliant, par son savoir étendu, par sa droiture, il était en possession île toute Icurconfiance, et l'on regardait comme un grand bien d’avoir
Sa norninalion «ians notre Académie datait île 18^9; il avait été nommr otlicier de l'oi dre de l.éopold, au mois do juillet 184G.
II lui vint, au sujot de cotte décoration, les plus bonoraliles scrupules. I.'arrétr royal portait: Pour la part i|uM a prise à la publication des documents scien*
lilitputs envoyés au dépai-temriit de la {{uerre par te ^ouvornemeDl de S. 1. le roi dr Danemark. • » Or, je n\ii pas pris part, nPécrivail-il, à la puldicalion de documents srii'miliiiiies <|uetcon<|iies «jiii ont été envoyés à votre i^ouvernrmeDl. I/iini<|iie hypothèse <jue je puisse former, c’est i|iie le major OIsen a envoyé de $e< eai tes i|ui reposent enecliveinenl sur mes triangles, mais dont le détail et U publication appartiennent à l’élal-major danois.... J’écrirai pour savoir ce qui s’est passé ; cl, si mes soupçons sont justes, soyez persuadé que je ferai tout île ma part pour que la méprise soit recliliée. » Je pris des renseignements de mco céilé, et je pus lui annoncer qu’un avait voulu, avant tout, honorer en lui le mérite du savant, et qn’il avait été décoré non pas à cause, mais à l’occaneu de l’envoi fait par le major Oiseii , qui, du reste, avait été décoré lui même par le même arrêté royal. Ces scrupules sont rares, et c’eiU été, à ma connaissaoc»-. la première réclamation de ce genre
mérité son estime. L’ami d’OIbers ('), de Gauss, de Bessel semblait en quelque sorte résumer en lui-méme toute la considération que l’on portait à ces hommes distingués (’).
Il usa dignement de cette belle position pour se faire le centre de toutes les communications astronomiques, et pour se constituer le lien entre les hommes qui cultivaient avec le plus d’activité sa science de prédilection. Ses Astronomische !S aehrichten forment une des collections scientifiques les plus précieuses qui existent et l’un des recueils qui ont servi le plus utilement l’astronomie. L’annuaire, qu’il commença en 1836 et dont il suspendit la publication en 1843, est un petit recueil dont l’existence a malheureusement été trop courte, mais qui était également conçu sur un excellent
(') M. Ad. Erman .1 fait paraître, à Leipiig en 1853, deux volumes {Brieftvfchsei xwisefim W. Olbtrt u«ff F.-ff. Betsel) contenant la correspondance d'OIbers et de Bessel; comme M. G. -A. -F. Peters a publié, à Allona, entre les années 1860 et 1805, six volumes in-S" contenant la correspondance deC.-F. Gauss et if.-C. Schumacher {Briefwchnl swisehen t\‘F. Gautt und H.-C. 5cAuma> rAer). Ces correspondances, très-intéressantes sons le rap|M>rt scienlifi(|tie, contiennent aussi une espèce de journal scientiOque sur le mouvement des sciences et «liieiqiiefois tout simplement des renseignements sur les voyages de ceux qui les riiltivent; ainsi, dans ce dernier recueil, Gauss ré|K)nd à Schumacher, en date •In 15 octobre 1850 : Et itt sehr lange, datt ieh von Ihnen, keine yVacAricAfen erkalten habe; nur indirect AorfeicA luweilen efitat von Jhnen, Z. B. von fier gütigen Anfname det jungen Sarioriut ertdhUe mir teine Mutter^ und ron Ihrer Bette micA Bremen Herr Quetelet,.. Tome II, page 314, Briefteeehsel. — Olbers écrivait de même à Bessel : Gatttt, Lindenanund ^enxeriber^ katten mir in vnrigen Jaren einen ^eiucA veriprocAen .• aile i)rei tind verhindert worden. A'ur den Attronomen Quetelet mit teine Frau autt Briittel, und proffttor Brandèt aut Leipiig mit teiner Familie Aa6e icA getehen {Briefwechtel, tome II, page 335, in-8*, année 1853.)
(*) La mort de Bessel lui causa une peine infinie, et telle «pril négligea toutes ses affaires, même son journal. •• l.a dernière comète découverte par Brorsen, m'êcrivait-il, n*est autre que la comète de Biéla. Vous vous en serez a|>erçu d*al>ord, mais lorsque ta lettre de M. Brorsen arriva, je venais de recevoir les tristes nouvelles de l'état dangereux de M. Bessel, qui ne me permettaient plus d>s|iérer. Toutes les comètes du monde m'étaient dans ce moment indifférentes, cl je me bornai à communiquer la découverte aux astronomes sans y regarder de près. Nous vivions, !W. Bessel et moi, depuis trente-sept ans, dans la plus intime liaison. • Allona, le 30 mars 1846.
- f.to -
jil.’in. M. IVli'fs, il('|Mii.s, S CSI altaclié avec talent à continuer les utiles travaux de son digne prédécesseur.
La complaisanc(! de Schumacher était extrême; il sullisait de lui ti'inoigncr un désir, pour qu’il appliquât toute son activité et cclh* de ses amis aux movens d’y satisfaire. Ceux (pil l’ont visité savent qu'il exerçait l’hospitalité de la ma* idére la plus grande et la plus alfectueuse. Son commerce était Irés-agréahle ; avec une instruction fort étendue, il causait d’une manière attrayante sur les sujets les plus divers : sciences, lettres, arts, les objets même futiles en apparence, rien ne parai.'-sait lui être étranger ('). Sa conversation était gai(', spirituelle, relevée tjuehpicfois par un léger grain de causticité (|ui jamais ne blessait jicrsonne, mais qui tendait a mettre en relief le côte plaisant des choses. J’ai remarqué une pareille tendance chez un grand nombre d’hommes distingués; cl ces élans d une gaieté douce et inolfensive ui’ont toujours donne une idée favorable de la bonté de leur cœur. Il serait iinjiossible, en ell’ct, de tirer une vengeance plus innocente de rennui ipie causent les ridicules, les sottises et souvent les mécbancetés.
iNotre (;onfrére était de petite taille et d’une complexion délicate; il était souvent exposé à de cruelles migraines «pii le rendaitmt incapable de tout travail suivi. Dans l'excursion que nous limes ensemble à Brème, il fallut nous arrêter toute une matinée à llarbonrg, on nous avions passé la nuit, il cause d’un mal de tête qui faillit même lui faire reprendre le chemin d'.Mtona.
’l’ont, chez lui, se faisait avec l’ordre le pins parfait : il avait des instants pour ses éludes, pour ses plaisirs ; sa cor-
(*) Il nvail nno Dmlilrclioii pour los .irls «lu (Ics^tin^ cl lui-méme deMtRiil Dit'ii. Pciiilaiit le «|iie je lis chez lut, en il me ftl la proposition de de»*
MDcr mon porir.itl pour l'offrir û ma rominc. Ou conçoit que j'acceptai irconnaiss,inc<- une proposition qui lemlait à nous procurer un aussi souvenir «II- notre visUi* .i MIoiki.
rc.spondance était tenue avec une régularité remarquable; ses lettres écrites avec une netteté qui aurait fait honneur à un professeur de calligraphie; la propreté la plus irréprochable régnait dans son observatoire, qui était véritablement un modèle dans son genre. La précision qu’il apportait dans ses observations et ses calculs est connue de tous les astronomes (') : est-il étonnant alors, si l’oii considère surtout la circonspection qu'il mettait dans le choix des personnes appelées à le seconder, qu’il ait eu pour aides une série <I’hommes distingués? Je citerai M. Gunlagler, professeur en Islande; M. Nissen, à Tondern; M. Hansen, directeur de l’Observatoire de Gotha; M. Clausen, astronome à l’Observatoire de Dorpat; M. le professeur Petersen; M. le docteur Peters, directeur de l’Observatoire d’Allona (’).
Les événements déplorables qui, pendant ces derniers temps, ont porté le théâtre de la guerre dans son pays, avaient jeté la tristesse et l’inquiétude sur la fin de sa carriére(^). Il reçut dans cette circonstance des témoignages bien
(') On Sf «lemanHe comm<*n( avec une correspondance aussi élendue, des occiipalions aussi nombreuses, aussi variées, el une aussi faible sanlé, il trouvait trocorc le temps de se livrer à des travaux particuliers. Au mois de juillet I84C, il nir pariait de rinienlion 4|u*il avait de donner iiuc traduction de mes LtUrei sur ta théorie des probahUités. •• J'aurais envie, écrivait-il, si je trouve le temps nt^cessairc, île les mettre moi-méme à la ftortée de mes compatriotes. • Quoiitue riiooneur d'élre traduit par un savant d'un aussi haut mérite fût la plus l»elle récompense à lai|tielle un auteur piU aspirer, c'eût été l'obtenir à un prix trop élevé, que d'exposer une sanlé aussi précieuse à un pareil surcroît de travail.
(*) Ou compte aussi, parmi ses élèves, MM. le professeur t'rsiii, à Cu[»ealiague ; Otufsen, astronome dans U même ville; Selander, aslronomc à Stockholm; Swanberg, astronome â Upsal ; Fuss, à Wilna ; Agardh, à I.tind ; Sievers, J Copriihague; A. Neumann, en Hongrie; Th. Brorsen, astronome à SenfteDlierg; le docteur Gould, à Cambridge ; et, dan-> les derniers temps, son bis Richard Scliii • mâcher, MM. A. Soiitag, A. Qiiirling et le docicur Olde. Les lieux de séjour peaveot avoir changé depuis que les lignes précédentes ont éié écrites.
{^) Voici comment il exprimait ses appréhensions à ce sujet : « Vous connaissex l'état déplorable de mon pajrs, déchiré par les factions et par la guerre civile, il est ini|K>ssihle de dire jusqu'à présent si les établissements scieiiliflqiies seront engloutis dans ce gonITre, ou si on leur |H:rineltia de subsister. En alteii-
louchants d’esliine de toutes les principales sociétés savantes de l’Europe. Elles adressèrent des requêtes au gouverncnienl danois, pour le prier de soutenir de son iiiduence l'Observatoire d’Allona cl son savant directeur, dont la conservation intéressait à un si haut point la science. Celte démarche, tout à fait inusitée, est certainement le témoignage le plus éclatant que l'on puisse rendre à un homme. Aussi produisit-elle son ell'el : le gouvernement danois proposai M. Schumacher de lui payer son traitement jusqu’à la paix; et presque en même temps, le gouvernement provisoire du Schleswig-Holstein lui lit des propositions .semblables ('). (>es deux oll'res pouvaient (laraitre séduisantes, sans doute; mais arrivant simultanément, elles étaient fort embarrassantes : il était évident, en ell'et, que chacune des parties, en proposant de se charger e.xclusivement des frais de l'Observatoire, avait en vue de faire acte de possession et de réclamer plus tard rétablissement en sa faveur. Dès lors, que devenait l'Observatoire ? Y aurait-il partage des instruments et déplacement du directeur? C’était évidemment anéantir cette utile institution.
Notre illustre confrère n’a point connu la solution de ce problème, si trisleet en meme temps si inquiétant pour lui ; il mourut à Alloua le 28 décembre 18o0, à 11 heures et demie du matin, après plusieurs semaines de maladie. Peu d'hommes laisseront des regrets plus universels et mieux sentis : tout ce que la science comptait d’écrivains éminents s’est associé au deuil dosa famille.
liant, je conliiuu: mes pnisihlo^ travaux, (|itoi(|tie la tranqiiillllé d*inie, si oéces* Haire pour hicn travailler, mo manque (ont à fait. » ^8 mars 1848.
(') » Ma lettre était à peine partie, lorsque des deux côtés, de Schleswi^; (tir U part lin (;ouseriU'meiit provisoire) et de Copenhague, on s’offrit de me payer mon traitement et d’entretenir rOhsprvatoire jusqu'à la paix. I.'offre du gouveroement provisoire vient de lui, sans être sollicité ni directement ni lodirectemrot par moi. >• .\lloiia, février 1849.