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Un matin, comme je profitais de l'hospitalité qui m'avait été offerte au château de *** pour dormir la grasse matinée, mes yeux encore à demi ensommeillés se débattaient en vain contre la douleur que leur apportaient les rayons du soleil de huit heures, se jouant capricieusement sur les écailles d'un couvre-pieds multicolore. La douleur et le soleil l'emportèrent sur la paresse et je m'éveillai tout-à-fait. 0 la réjouissante arlequinade c'était pour les yeux d'un coloriste que le papillotage de tons étincelant l'un après l'autre sur mon lit au caprice de la lumière ! c'étaient toiirà-tour un arc-en-ciel, un damier chinois, une fourmilière de lézards se "jouant dans les feuilles, que sais-je ? tout un monde de marionnettes, de nuances et de reflets à rendre joyeux un enfant malade et à transporter un poète à la fête des lanternes. Et pourtant, il avait suffi à une main soigneuse de ramasser les bouts de rubans tombés de la toilette de demain ou sauvés du naufrage de la toilette d'hier pour préparer les matériaux de ce séduisant ouvrage. Pour le parfaire, il n'avait fallu qu'un peu de goût, un peu de complaisance pour les trouvailles du hasard et un bout de fil.

Cette vue me fit songer et depuis ce temps-là, ménagère soigneuse, je ramasse aussi les bouts de rubans, tombés par ci par là, comme d'insignifiants flocons, de l'imagination qui rêve et de

l'intelligence qui travaille.

1! me manquait un bout de fil pour les attacher. Je l'aurais trouvé, qu'il me manquerait toujours la patience et l'habileté nécessaires à qui se livre au pénible exercice de la couture.

Heureusement les Anglais m'ont fourni mon titre, et je m'y tiens.

Il fallait aussi un lieu pour exhiber mon ouvrage, pas trop au soleil et pas trop à l'ombre, pour que les rayons fussent plus capricieux.

J'allais quêlant cet endroit propice, le nez à terre et me regardant marcher, lorsque je me sentis arrêter par une grille. Un paysan se signait dévotement et faisait sa prière. Je levai les yeux pour faire aussi la mienne à ce saint qui pouvait me tirer d'embarras et je m'aperçus que j'étais arrêté sur la place St.-Denis, au pied de la statue de Ducange.

'^ Le paysan s'était trompé de saint, mais j'avais trouvé le mien: certaine anecdocte me revint en mémoire.

Le père vénéré des antiquaires picards avait, dit la chronique, l'habitude d'écrire ses pensées, le fruit de ses recherches, ses découvertes étymologiques sur des brimborions de papier de toute nuance, de toute taille et de toute forme. Il les jetait ainsi toute formulées dans une grande malle respectée des rats, qui rongent les volumes et méprisent les feuilles détachées. La malle pleine, il commençait à en remplir une autre. Ce sont tous les papiers contenus dans ces malles qui ont formé le fameux Glossaire. Ce sont eux qui brin à brin ont amassé le piédestal, et, peu à peu, en montant, fait aussi la statue.

C'était là mon modèle. Mon idée avait un haut fumet de terroir Picard. J'étais Picard par l'esprit comme par le cœur. A qui, sinon à des picards, devais-je dédier et faire lire mon

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