‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 9 sur 157 · IV. Voile de Moïse · texte numérisé non relu

IV. Voile de Moïse

Nous nous serions contentés de la raison que l'histoire nous rend du voile que Moïse mettait sur son visage en parlant aux Juifs pour tempérer l'éclat qu'y laissaient les entretiens familiers qu'il avait avec Dieu ( Exode, XXXIV, 29, 35) , et qu'il ôtait en parlant au Seigneur, si saint Paul ne nous en avait appris une autre infiniment plus sublime et plus prophétique ? Cet apôtre nous montre dans l'Épître aux Corinthiens (II Cor., III, 13, 14, 15 el 1G ), que ce voile était uno image de l'aveuglement des Juifs , qui refusaient opiniâtrement de reconnaître le Messie et ses mystères dans la lecture de l'Ancien Testament ; el sur le cœur desquels ce voile devait toujours demeurer , jusqu'à ce qu'ils se tournassent vers Jésus-Christ par qui seul il peut être levé.

11 faut avoir ses yeux pour discerner ce que l'histoire nous cache sous sa surface ; et ce n'est pas à des hommes environnés de ténèbres à décider ce que l'Esprit de Dieu a renfermé dans ses Écritures et à opposer à son apôtre élevé jusqu'au troisième ciel des raisonnements humains comme plus sûrs et plus justes que sa révélaiion.

objection. — Le sens immédiat ne sera donc compté pour rien et il faudra recevait toute sorte d'allégories. Mais si cela est, dira-t-on, le sens littéral doit eue

KEGLES

r<>M!p:é pour rien , tous les sens où Ton croira voir Jésus-Christ doivent eue reçus, quoiqu'ils paraissent souvent forcés ei étrangers au sujet ; il faudra écouter avec resDeci des C(»n]ectures froides, mal concertées, composées de lambeaux historiques en partie, et en partie mystiques ; et par là on sera conduit à ne plus ïien entendre dans les saintes Écritures, parce que sous le prétexte d'y chercher Jésus Christ , il sera permis à tout le monde d'y débiter ses pensées comme des révélations, et que la liberté étant égale, les uns détruiront ce que les autres auront établi , et ramèneront ainsi l'incertitude et l'ignorance. ï.ÉK)!fSE. — Précuulions nécessaires pour déterminer les sens.

Ce sont là des conséquences fausses et injustement tirées d'un principe qui ne peut être contredit sans impiété. Il y a une grande différence entre celle vérité essentielle à la religion : Jésus-Christ est la fin de la loi et l'unique objet des prophètes ; et celte conséquence : donc tout le monde a reçu la lumière nécessaire pour le découvrir dans tous les endroits de l'Écrilure où il est pailé de lui. On conclut mal des deux côtés, ou en assurant que si Jésus-Christ est prédit partout, on doit le voir partout; ou que si on ne le découvre qu'en certains endroits, il n'est aussi prédit ci figuré que dans les lieux où on le découvre.

C'est l'occupation la plus douce et la plus sublime d'un théologien, que de chercher Jésus-Christ dans les livres saints; mais il ne lui est pas permis de donner ses conjectures comme des vérités certaines, à moins qu'il n'en apporte de solides preuves. Il doit toujours commencer par établir le sens littéral , en donner une explication suivie, éclaircir les difliculiés qui l'embarrassent, et ne passer à un autre plus spirituel et plus élevé, qu'après lui avoir préparé dans Je premier le fondement qui le doit soutenir.

La lettre peut avoir deux sens : ïimmédifil et le prophétique.

J'appelle le premier sens immédiat et le second prophétique. L'un et l'autre , s'ils sont vrais et conormes à la pensée des écrivains canoniques, sont fondés dans la lettre ; et le second est presque toujours plus littéral que le premier, parce que c'est celui que le prophète a eu principalement en vue, et par rapport auquel il a mesuré et concerté toutes ses expressions, afin qu'elles y conduisissent, en paraissant le cacher.

Le sens immédiat est celui qui s'offre \p. premier, il sert de voile au second , et il y prépare.

Le second n'est pis contraire au premier; il le suppose, mais il l'ennoblit. Les objets de l'un et de Tautre sont différents, mais avec de grands rapports. Les expressions de l'Écriture conviennent à tous les d.-ux, mais beaucoup plus au second.

Sens immédiat des livres historiques. Manière de le traiter.

pans les livres historiques de l'Écriture, commu

la Genèse, l'Exode et les autres de môme genre, là sens immédiat est celui de l'histoire même dont il faut expliquer le fond, les circonstances, les motifs, et ménager avec soin tout ce qui peut conduire à un sens plus élevé , mais sans en prévenir le temps , et sans le découvrir avant que le premier ail toute si perfection.

Sens immédiat des livres prophétiques. Manière de te traiter.

Pans les livres prophéliques.icomme Isaïe, Job, les Psaumes et les autres semblables, c'est la prophétie temporelle qui est le sens immédiat : et c'est une prophétie plus élevée, plus importante, plus liée avec le salut des hommes , qui est le second sens. Il fait commencer par la prophétie temporelle, en lever tomes les difficultés, dissiper les obscurités du texte, marquer les événements prédits, leur temps, leur accomplissement, et observer avec soin tous les vessliges d'une autre prophétie plus spirituelle, cl pins digne de l'a tien lion des hommes, qui sont mêlé» avec la première. On réunit lous ces vestiges, après a\or expliqué le premier sens ; et l'on fait voir que le prophète a voulu dire quelque chose de plus grand que ce qui parai» d'abord, parce qu'il y a mê é certains traits qui ne se peuvent rapporter à la prédiction temporelle, <l qui ont une liaison seerèle avec un événement d'un ordre supérieur.

Continuer chacun des sens , sans les mêler ni les confondre l'un avec l'autre.

Lorsqu'un interprèle a de l'exactitude , il ne fait point un mélange du sens immédiat el du sens prophétique. Il ne compose point une seule interprétation de parties de différents genres, et il ne p:isse point de la lettre à l'esprit, sans avoir donné à la lelire un sens continu et suivi : comme il ne revient point du sens prophétique ou spirituel au littéral, par l'impuissance de le continuer sans ce retour. Il n'y a rien qui soit plus capable de faire perdre à l'Écriture sainte la majesté qu'elle doit conserver partout , que celle bigarrure de sens imparfaits et mutilés, qui sont unis arbitrairement malgré leur différence, et qui ressemblent à des habits composés de pièces de différentes couleurs, plus capables de dé>h<»ne.rer ceux qui les portent, que de les couvrir avec décence.

Difficulté d'tj réussir.

Je sais que le travail est grand , quand on ne veut point suppléer ce qui manque à l'un des sens, par ee qu'on emprunte de l'autre , et qu'on trouve dans l'un et l'a u ire des obscurités presque impénétrables, quand on en veut séparer l'éclaircissement. Mais l'interprétation de l'Écriture est une étude très-sérieuse. Elle demande de grandes qualités naturelles, du sa. voir, de la méditation, de la pé é ; et avec de tels moyens on ne laisse pas de succomber presque toujours 2 son travail.

lieux tartes d'interprètes. Les uns donnent tout au sens

historique , les antres au sens allégorique.

Comme la difficile esi grande, plusieurs interprètes éludent celle du sens littéral par l'allégorie; et quelques autres réduisent l'Écriture à la simple histoire et aux seules prophéties temporelles, pour ne point interrompre l'implication qu'ils en donnent , par une antre dont ils ne voient point la suite, et qui ne brille que comme un éclair au milieu de la nuit, sans qu'on puisse apercevoir ses liaisons , ni avec ce qui suit, ni avec ce qui précède.

Danger des explications purement allégoriques.

Les premiers interprètes instruisent peu , et ils accoutument les lecteurs à se contenter de leurs propres pensées, en n'approfondissant jamais rien, et à substituer à l'Écriture sainte des réflexions purement humaines.

Danger encore plus grand de la part de celles qui excluent ou qui négligent le sens allégorique.

Les autres interprètes sont plus estimés, parce qu'ils ont plus de connaissance des langues, des anciens usages, de l'histoire, des choses dont la curiosité est plus touchée que la vertu. Mais ils deviennent très-dangereux à l'égard de ceux qui les lisent sans précaution et sans être bien instruits de tout ce qui est essentiel à la religion et à la pié é. Ils leur apprennent à n'estimer qu'un texte littéral, qui ne contribue en rien au saint. Ils leur cachent Jésus-Christ dans tous les lieux où il serait impossible de ne le point voir, sans l'affectation qu'ils ont d'y répandre des ténèbres Ils affaiblissent Tune après l'autre toutes les prophéties qui le regardent, en leur donnant un autre objet. Ils inspirent insensiblement du mépris pour les sens que les sain:s pères nul donnés ; et ( ce qui est d'une, plus grande conséquence.) pour les applications «pie les apôtres mêmes ont faites «le certaines prophéties à Jésus- Christ. Ils ajverlisser.il froidement, après leur avoir donné un sens tout contraire, quVIIes peuvent en avoir un autre, qu'ils appellent mystique ou secret, mais qu'ils n'expliquent jamais; et après s'être mis à couvert parcelle légère précaution, contre le juste reproche qu'on leur pourrait faire , de n'être ni de fidèles interprètes de l'Écriture, ni de zélés disciples de Jésus-Christ , ils continuent d'ôter à des teneurs peu précaulionnés, le reste de respect qu'ils avaient pour Jésus-Christ et pour les prophètes qui l'ont annoncé.

Exemple.

Voici, par exemple, comment Grolius explique ces paroles du neuvième ehap. d'Isaïe : Car un petit enfant nous est né , et un fils nous a été donné ; il portera sa principauté sur son épaule, et il sera appelé f 'Admirable , le Conseiller . Dieu , le Fort , le Père du siècle futur , le Prince de la paix. Son empire s'étendra de plus en plus; et la paix (qu'il établira) n'aura point de fin. Il s'assiéra sur le trône de David, et il possédera son royaume ... depuis ce temps jusqu'à jïtmnii d^aïc, !X, G et 7j.

DES SS. ECRITURES. n

Il portera sa principauté sur son épaule. Cela Signifie, selon cet interprète, qu'Ezéchias naîtra dans la pourpre, c'est à-dire que son père sera roi : avantage certainement très-frivole, commun à Ions les rois de Juda, et dont l'impie Àchaz n'avait point été privé.

Et il sera appelé /' Admirable , le Conseiller, Dieu, le Fort. Cela signifie qu'Kzécllias aura de grandes vertus; que dans tontes ses affaires il aura soin de consulter Dieu : Consullalor Dei forlis.

Le Père du siècle futur. Il faut ôter, dit l'interprète, ce mot futur, qui n'est point dans l'original; et ce qui reste signifie qu'il aura une nombreuse postérité, et qui subsistera longtemps : Qui multos post se relicturus sit posteros, et in longum tempus. Mais nous ne connaissons point d'autre fils d'Ezéchias que Manassés. Il était sans enfants, lorsqu'il fut malade à la mort, c'est a-dire après la seizième innée de son règne; et Mariasses n'avait que douze ans, lorsqu'il lui succéda. Il y a d'ailleurs une infinité de familles juives. qui durent depuis longtemps, et un tel privilège est peu de chose : mais Abi-ad en Hébreu n'a jamais signifié que père d'une éternelle durée onde l'éternisé.

Le Prince de la paix. La ^lose de ces mots se réduit à ceci : Prince pacifique et qui vivra en paix. Quand son règne aurait été aussi long et aussi tranquille que celui de Salonion, on n'aurait pu lui donner un aussi auguste litre. Mais l'Écriture nous apprend qu'il fut réduit à une mi ère incroyable, par la guerre qu'il cul avec les Assyriens et les Philistins.

Son empire s'étendra de plus en plus, et la paix (qu'il établira) )i'aura point de fin. Il régnera vingt-neuf ans : voilà le sens de ces expressions magnifiques. Encore s'il avait ré; né cinquante d«'ux ans comme Ozias , ou du moins quarante comme David et Salomon !

Il s'assiéra sur le trône de David, et il possédera son royaume ... depuis ce temps jusqu'à jamais. Qu'attendez vous que cela signifie? Ab initio ad fmem vitœ; depuis le comme cernent jus u'à la fin de sa vie. H sera roi jusqu'à la mort. Mais quand il n'eût régné qu'un mois et qu'il lût mort dans .'a poupre, n'en aurait on pas pu dire autant ?

Il est bon de voir dans l'endroit le plus célèbre de l'Écriure, comment des hommes téméraires l'avilissent et la réduisent à rien. On croit, parce qu'ils supposent un antre sens qu'ils n'expliquent pa-, qu'ils conviennent dans le fond avec les autres fidèles; et l'on reçoit ainsi sans précaution une interprétation qui passe pour naturelle et pour confirme à l'histoire , el qui fait regarder l'autre qui a rapport à Jésus-Christ comme suggérée par une pieuse envie de le trouver partout , niais qui dans ie fond n'est point nécessaire à l'intelligence du texte. On trouvera dans la suite l'explication de celte importante prophétie.

Il y a des endroits dont le sens prophétique est le seul.

Il y a des prophéties où Jésus-Christ est si clairement marqué , et par des traits qui le rendent si reconna ssahle, qu'elles ne sont susceptibles que dVn seul sens, l'immédiat el le prophétique etaui réunis. Tel est le psaume XXI el le chap. LU! d'I aïe. On

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chercherait en vain une autre explication ; la lettre même la combat et l'exclut , et l'on imiterait l'aveuglement des Juifs, si Ton s'efforçait de la soutenir

contre la lumière môme du texte.

Il y a des histoires qui ne peuvent être élevées à un sens prophétique ; mais elles y contribuent.

Au contraire il y a des endroits de l'histoire sainte et quelques prophéties , qui regardent ou le peuple juif ou les autres nations, qu'il serait très-difficile d'expliquer d'une autre manière que celle qui est simple et littérale. On ferait d'inutiles efforts pour y trouver Jésus Christ directement, et sous quelque image qui lui ressemblât. Quoique toute l'Écriture n'ait que lui en vue, elle ne le signifie pas néanmoins dans toutes ses parties : comme une parabole se rapporte toute à un principal dessein cl à un principal objet, sans qu'il soit nécessaire que toutes les circonstances de la parabole y aient un rapport immédiat. Quelques-unes servent seulement à la vraisemblance, à la liaison de ses différentes parties, à l'ornement. Qui voudrait les réduire toutes à un même but immédiatement, neconuaîirail pus leur usage, et leur ferait violence. Elles s'y rapportent toutes, mais inégalement et par degrés. Quelques-unes le signifient, et les autres sont nécessaires à celles qui le signifient. Tout n'est pas harmonieux dans un luth, mais tout y est nécessaire à l'harmonie. Les cordes ne rendraient point de son si elles n'éiaieul tendues, mais ce qui sert à les tendre n'a point de sou. Il eu c>l ainsi de l'Écriture, selon la pensée de saint Augustin. Tout le corps retentit du nom et des mystères de Jésus- Christ ; mais chaque partie n'est pas retentissante. L'histoire* qui est remplie de ses figures, a besoin de liaisons naturelles pour soutenir tout ce qui le figure et le promet. La chronologie, les successions des princes, les batailles, les victoires, les événements purement temporels sont nécessaires pour unir en un seul tout et pour mettre en évidence les différentes parties qui annoncent et qui prédisent Jésus- Christ. Mais ce qui est muet par sa nature, devient retentissant par son union avec ce qui l'est. Il ne faut point attendre du son de chaque partie, mais il n'y en a point qui n'y contribue.

Il y a de même des prophéties d'événements temporels , qui ne paraissent point susceptibles d'un sens sprirituel, mais qui servent de preuves à f 'accomplissement des prophéties qui regardent Jésus Christ.

il faut appliquer aux prophéties ce que je viens de dire de l'histoire, Il y en a qui prédisent Jésus Christ les nues plus clairement et les autres avec plus d'obscurité. Il y en a d'autres qui ne servent que de soulien cl d'appui aux premières. Elles sont mêlées à dessein avec celles ci pour les autoriser et pour leur servir de preuves. Elles ne promettent pas Jésus- Christ , niais elles sont caution de la vérité de celles qui le promettent.

Isaïe , pour être cru dans tout ce qu'il dit du Sauveur, prédit beaucoup de choses qui doivent arriver dans peu d'années. Il préparc ainsi à la foi des

§4 mystères éloignés, par l'accomplissement des prédictions plus prochaines ; et, il ne marque en détail ce que Dieu lui révèle sur les Moabites , les Iduméens les Egyptiens et les autres peuples , que pour cet.* vaincre les incrédules que ce que Dieu lui découvre dans un avenir reculé , n'est pas moins certain , et pour affermir l'espérance de ceux qui attendent la 'ré demption d'Israël. Il n'est donc pas nécessaire d6 cî.ercher Jésus-Christ dans tomes les prophéties où l'on ne peut le découvrir , mais il est très important do ne les pas séparer de celles où il est prédit , parce qu'elles ne sont employées que pour les soutenir, et que , sans Jésus-Christ , elles n'auraient eu aucune place dans l'Ecriture qui ne regarde que lui.

Lorsque je dis que dans l'histoire sainte il y a des endroits où Jésus-Christ n'est pas marqué , et que , dans certaines prophéties , on aurait beaucoup de peine à le découvrir, je ne prétends rien spécifier en particulier, et j'aurais tort , si je le faisais ; car, la lumière que Dieu donne à ses serviteurs peut leur révéler Jésus-Christ , dans les endroits où mes ténèbres me le cachent ; el un témoin qui dépose qu'il n'a rien vu, ne mérite point d être comparé à un aulte qui rend témoignage de ce qu'il voit.

Dans ces prophéties-là mêmes y il y a quelquefois des

traits qui regardent Jésus Christ qui puruissent n'a-

voir aucune liaison avec le reste.

Il est même très- important d'observer que , dans les prophéties qui paraissent avoir un autre objet que Jésus Christ, parce qu'elles prédisent des événements purement temporels , il y a souvent des traits qui ont rapport à Jésus Christ. On en remarque de tels dans presque toutes les prophéties d'isaïe (Voyez les ch. 18, li), 23) ; cl il est rare qu'il en finisse aucune, sans tourner les yeux vers celui qui est son principal objet cl la lin de tout ce qu'il écrit. Mais alors il ne faut point essayer d'expliquer de Jésus- Christ la prophétie entière. Elle n'est liée immédiatement à lui que par m\ seul point el par un retour subit; el il suffit de le remarquer.

Les figures ne sont pas toujours parfaites.

Dans les figures mômes qui conviennent à Jésus- Christ , il ne faut pas^exiger une ressemblance trop parfaite , ni vouloir ou trop presser chaque circonstance, pour y trouver quelque rapport particulier , ou chercher dans une même histoire tous les traits d'un mystère. Ce serait ignorer U différence qu'il y a entre la figure el la vérité , entre l'ombre et lu corps; cl ne pas se souvenir que Jésus-Christ même, dans chacun de ses mystères, est trop grand pour è re représenté tout entier par un seul tableau.

Ainsi il ne convenait à aucune des figures de Jésus-Christ de mourir réellement et de ressusciter ensuite, pour ne plus mourir. Ce privilège était ré* serve à lui seul, comme devant avoir la primauté en toutes choses. Jésus Christ, dit l'apôtre, est ressuscité d'entre les morts , et il est devenu les prémices de ceux qui aorment ; il est le premier né d'entre les morts, afin

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qu'il soit le premier en tout (/, Cor., XV, 20 el 25 ; Co/.,cA.I,».i8).

C'est pourquoi Isaac, près d'être immolé, est sauvé avant l'immolation. Joseph est jeté dans une citerne, afin qu'il y meure ; mais il en est retiré avant la mort. Sa tunique ensanglantée le représente comme égorgé , mais elle est teinte d'un sang étranger. Jouas parait enseveli dans le ventre d'une baleine , mais sans y mourir ; el il en sort comme du tombeau , mais sans avoir perdu la vie. C'est assez pour des figures et des mystères. Ce serait rendre la vérité équivoque , et non la prédire , que d'avoir avec elle une ressemblance trop exacte.

Sagesse et modération nécessaires pour expliquer les Ecritures.

On ne saurait croire combien il est nécessaire d'être sage avec mesure en expliquant les livres saints, et de n'aller point au delà de certaines bornes que Dieu adonnées à notre intelligence. Il vaudrait mieux avouer qu'on n'entend pas quelques endroits, que de couvrir son ignorance par des sens peu naturels et peu raisonnables. Il y aurait plus de mérite à dire qu'on ne sait pas comment certaines parties se lient el s'unissent , que de leur faire violence , sous prélexle de les concilier. On ferait recevoir avec plus de respect les explications qui ont rapport à Jésus- Christ, si on ne les rendait pas douteuses par beaucoup d'autres , où tout or>l forcé et contraint; el où rien ne paraît moins vraisemblable que ce que l'on donne pour vrai

il sera'u à souhaiter d'avoir des règles pour [aire ce discernement.

Mais comment discerner les endroits où il est permis d'aller audelàdel.t lettre, pour y découvrir Jésus- Christ ? Par quelles règles peut-on connaître si la surface le cache , ou si elle est sans mystère et sans profond jur? Sur quels principes peut-on juger de la solidité des conjectures , ou des interprétations spirituelles, pour ne point admettre celles qui sont sans fondement , el pour respecter celles qui en ont un lé. gilime?

Ce qu'il faut entendre par Jésus-Christ,

Rien n'est plus raisonnable que ces questions : mais il y en a beaucoup de ce genre qu'il est trèsdifficile de résoudre1. J'essaierai de le faire, el je m'estimerai très-heureux, si les réflexions que j'ai faites .sur celle matière peuvent êiredc quelque usage. Je prie seulement d'observer que, lorsque je parle de Jésus-Christ , je comprends tout ce qu'il est, tout ce qu'il a fait, toul ce qu'il a souffert , tont ce qu'il a promis, tout ce qu'il a enseigné, et que je ne le sépare point de son Eglise. C'est selon celle idée qu'il est l'unique objet dus Ecritures; et il faudra toujours le supposer, quand il sera question de le trouver dans l'histoire sainte ou dans les prophéties. i

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