AU MUSÉB DU LOUVRE
Le musée du Louvre possède une foule d'oeuvres intéressantes sur lesquelles je suis heureux d'appeler le premier rattenlion. J'ai déjà éclairé ou rectifié Topinion publique sur quelques objets (*). Les origines si belles, si lointaines, si glorieuses du Musée me laissent encore bien des choses à révéler. Tout est à examiner en détail parmi les reliques d'une collection commencée avec la monarchie française. Avant de m'attaquer aux œuvres prirkîipales et de procéder par ensemble, il est un certain nombre de pièces à qui je veu^i rendre immédiatement leur état-civil. Aujourd'hui ce sera le tour d'une série fort précieuse de bas -reliefs sortis d'une main très-habile et dont Tétude sera un jour indispensable à l'histoire de notre école académique de sculpture, au XVII* siècle.
Gérard Van Obstal naquit vers 1594, à Anvers. S'il
(•) Un i^mail de Léonard Limosin {Musée archéohgiquej 1875); — Statue de Louis XV, exècutre par J.-fi. Lemoyne, pour la ville de Rouen {Gazette des Beaux-Arts, 1875); — Un bas-relief de Mino da Fief^ole (Musée archéologique, \B'i%); — La statue de la ducbesse de Bcdford, sculptée en 1450 par Guillaume Vlenton ; — Un bas-rolief, par le fils du Bernin, dans le Bulletin des Antiquaires de France, 1875 et 1876.
b SCULPTURES DE
n'avait pas vu le jour en France, le long séjour qu'il fît en ce pays le rendit complètement Français. Il reçut d'ailleurs de sa patrie d'adoption la plus honorable des naturalisations ; il fut, en 1648, l'un des douze fondateurs de l'Académie royale, de peinture et sculpture. Gérard Yan Obstal avait commencé par sculpter l'ivoire. Richelieu le fit venir et le recommanda à Sublet des Noyers. Il travailla d'abord comme praticien, d'après des modèles de Sarrazin, au Louvre et aux Tuileries. Ce premier stage terminé, il exécuta de nombreuses compositions de son dessin, à l'hôtel Carnavalet (*), au Raincy, chez le fermier général Bordier, à la Salpétrière, au Jardin-des- Plantes, à la grotte de Versailles, au Palais-Royal, au couvent des religieuses de l'Assomption de la rue Saint- Honoré, au château de Maisons, à l'église des Incurables, à l'hôtel Lambert, à diverses maisons de l'ile Notre-Dame (île Saint-Louis), à la porte Saint-Antoine, en 1660, etc. Guîllet de Saint-Georges (*) a donné une longue et précise énumération de tous ces ouvrages et, à la lecture des Mémoires sur la vie des Académiciens , on se prend à regretter de ne pas voir, recueilli par le Louvre, un seul spécimen (*) du talent d'un artiste qui a autant travaillé à Paris. Mais Guillet de Saint-Georges ajoute à son excellente et complète biographie de Yan Obstal : « Ce n'est pas seulement dans les cabinets particuliers qu'on voit de sa main des ouvrages dignes d'estime ; on en trouve aussi d'une distinction particulière au cabinet duroi, dans l'ancien hôtel de Grammont. On y voit... dix-sept bas-
(*) L'Hôtel Carnavalet par J.-M. Verclot. Paris, 1865, in-12, p. 40 et 41.
(*) Mémoires inédits sur la Vie et les Ouvrages des Membres de l'Académie royale de Peinture et Sculpture, t. I", p. 180.
(») Les ivoires signés do ce maitro que possède le Louvre, ne lui forment pas dans ce dépôt un œuvre suflisant.
GÉRARD VAN OBSTAL. 7
reliefs de marbre, de différentes grandeurs, sur divers sujets, entre lesquels il y en a un qui représente les trois Grâces couronnées par de petits Amours. La plus grande partie des autres représentent des Enlèvements de nymphes par des Tritons ou par des Centaures. On y voit aussi quatre bas-reliefs d'ivoire appliqués chacun sur un fond de velours noir, représentant différents sujets et neuf groupes de figures d'ivoire; quelques-uns de ces groupes sont isolés et les autres en bas-relief, tout cela sur divers sujets. On a tiré de ce cabinet deux bas-reliefs de marbre qu'on a portés à Versailles et posés sur des devants de cheminée de Tappartement de la reine (*).
Que peuvent bien être devenus les marbres du cabinet des dessins du roi que Guillet de Saint Georges, et Caylus ont vus et maniés?
C'est une justice à rendre à la Révolution ; elle a été paperassière. Il semble qu'elle ait voulu, — quant au poids et au volume, — combler les irréparables lacunes que ces ineptes auto-da-fé avaient créées dans les dépôts publics de documents écrits. Si les églises, les châteaux et les musées sont vides, les archives ne sont pas muettes sur les spoliations révolutionnaires. L'objet d'art revit dans le souvenir de sa destruction. Nous pouvons aujourd'hui dresser le bilan de nos pertes et retrouver les origines des épaves que nous avons recueillies. J'étais donc bien sûr de ne pas perdre la piste des jolies sculptures qui décoraient le ci-devant cabinet des dessins du roi. Et je n'a pas compté en vain sur les habitudes d'hommes de loi qu'avaient tous les déménageurs de la Révolution; témoin ce procès- verbal :
(*) Deux petits bas-rclicfs de marbre autrefois posés à Versailles sur le devant de cheminée de l'appartement de la reine et que je n'ai pu retrouver (variante du manuscrit de Caylus).
CATALOGUE DES OBJETS APPARTENANT A LA NATION ET QUI EXISTENT DANS LA GALLERIE DES DESSINS AU LOUVRE, INVENTORIÉS LE 24 SEPTEMBRE 1792, l'aN I«' DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
L'an mil sept cent quatre-vingt-douze, le premier de la Répuhlique française, le 24 septembre, dix heures du matin, nous commissaires nommés en vertu du décret du onze aoust pour veiller à la conservation, recueillir et faire la recherche des tableaux, statues, dessins et autres monumens relatifs aux Beaux- Arts dépendant du ci-devant mobilier de la Couronne, nous sommes transportés au cabinet des dessins confiés à la garde du citoyen Vincent, peintre, où, étant et lesdits dessins nous ayant été représentés, il a été procédé de suite à Tinventaire et description desdits dessins et autres objets relatifs aux arts pareillement confiés à la garde dudit sieur Vincent, ainsi et de la manière qui suit : '