‹ Séance royaleChapitre 1 sur 4 · Séance royale · texte numérisé non relu

Séance royale

J’ose me flatter, d’après vos nobles maximes , que vous de dédaignerez pas l’hommage de mes Songes patriotiques»

Vous avez reçu celui de mes œuvres avec bonté : ignorante & ne cherchant oas même a m’inftruire , ce genre de compolition , tout brute > tout imparfait qu’il eft , a paru ne pas vous déplaire.

Mais en politique Si en philofophie , vous ne deviez pas vous attendre à me voir traiter une femblable matière j anffi ce .n’eft qu’en rêve que j’ai pu l’exercer : mais ce que je fais bien , Si que j’ai fenti vivement toute éveillée , c’eft mon zèle Si mon amour pour ma Patrie j fi, dans cette époque

terrible , il ne faut pour la fauve* qu’avoir ces fentimens , fans doute , Monfeigneur , j’ai beaucoup de talens ,

& mes foibles écrits ne tendant ^qu a fa profpéritë , prouvent tous les jours de ma part de nouveaux efforts en ia faveur.

La critique la plus amère n a pu me décourager ; je lais que je ne pouvois obtenir que l’eftime des honnêtes citoyens. Après cet avantage , qu importe le fuffrage des médians ,• des ennemis de la Patrie & du repos public ? Vous voudrez bien me permettre à ce fujet , Monfeigneur , quelques réflèxions ; je pourrois même m ecarter de mon but , mais l’intérêt de ma JN atron l’emportera bientôt fur les miens propres ; c’eft ce que je vous ai prouve , Monfeigneur , dans la lettre que j ai eu l’honneur de vous adrefïer : elle n A toit point fignée ; & il eft néceffaire que vous foyez inftruit que j en luis l’Auteur. Vous avez vos ennemis,.

Monfeigneur ; vous avez trop lait de bien pour ne pas faire des envieux.

On a voulu m’effrayer , me perluader même que vous ne pardonneriez pas

cette lettre à fon Auteur. J’ajoute fî peu de foi à cette calomnie , que j>e me déclare aujourd’hui publiquement ^ j’ofe encore être perluadée , lYîonfeigneur , que vous lerez feniible a mon zèle 8c à ma manière d’interprêter vos fentimens $ j’oferai encore vous en demander la récompenfe en public :

ce moyen eft digne de moi , quoiqu’il foit loin de votre modeftie. Vous me fîtes la grâce de me promettre une place pour mon fils ) il ne s’en trouva pas de vacante , mais votre Chancelier , fans m’offrir celle d’élève dans vos Ingénieurs , me la propofa en attendant qu’il s’en préfeniât une meilleure ; je ne puis vous rendre qu’elle fut ma fatisfaction , moi qui ne voulois point de faveur marquée * je l’acceptois avec reconnoiffance , étant perfuadée que je mettrois mon fils à portée de faire lui - même fon avancement ; j’ofe vous dire aujourd’hui , qu’il le mérite actuellement par fon travail, fon zèle 8c fon affiduitejmais il n’a perfonne auprès de vous auprès de votre Chancelier, 8c fes fupérieurs , ont leur créatures 5 je ne me fuis point

rendue importune 9 vous le favez ; pardonnez i Monfeigneur , une fierté qui convient à mon l'exe , & dont les demarches font toujours mal interprétées ; il eft affreux que les femmes n’aient pas les mêmes avantages que les hommes , pour l’avancement de leurs enfans. Ah ! Monfeigneur ,que mon fexe eft malheureux ! Ce n’eft>, en général , que par fes charmes^ la Réduction qu’il obtient tout du votre.

Eh ! bien , il faut que je prouve au Public , qu’il y a des moyens plus nobles , li les femmes veulent enfin devenir effentielles un jour. Je n’ai point un mérite trafcéndant , 8c quelque foit ma médiocrité dans mes foibles productions ; elles n’obtiendront pas moins votre eftime 8c votre bienveillance ; elles vous intérefferont toujours par le but louable qui les a dictées.

Les Penfions honorables que vous avaz répandues fur les gens de lettres , me font garant , que vous accorderez , au moins , votre eftime à une femme qui. les cultive. Je fuis bien loin de mériter cette même faveui 5 mais j’efp.ère qu’un jour ; les femmes

pourront échapper aux horreurs de la mifère par les récompenfes qui font dues aux talens. Et j’ofe avancer , qu’en élevant leur fexe , on restaurera en même-tems les moeurs. Sans doute , cette révolution va operer ce grand changement. Telle eft mon opinion y.

Monfeigneur ; je n’imite perforine j perfonne ne développe fes fentirnens avec autant de fmcérité. Si elle me nuit aujourd’hui, un jour peut-être mes Contemporains citeront quelques vérités de mes foibles écrits. En ce moment , on dédaigne les projets d une femme j cependant j’éprouve la douce Satisfaction de voir , que l’on en adopte quelques-uns y mais j’ai la douleur , en inême-tems , de reconnaître , que ce font ceux qui fe trouvent dans les écrits où je ne me fuis point nommée , tant la prévention contre mon fexe influe fur le jugement des hommes. Vous ne m’accablerez pas de cette même injustice. Vous porterez quelqu’attention fur les obfervations que j’oie Soumettre en faveur de la France , à vas Sages réflexions. Je connoîs mieux que perfonne votre ambition ? Monfeigneur >

elle ne vous infpire . que le bien cU l’Etat & de la Patrie ; fi vos fentimens n’euffent pas été tels 9 vous n’auriez pas réjetté avec Indignation , l’offre effrénée du Peuple 9 mais qui n’auroit pas moins réinpli le defir d’un ambitieux.

J’aime votre gloire 9 Monfeigneur ; 6c fi j’ai cherché 9 en faveur de ma Patrie 9 à fonder votre façon de penfer 9 dans la lettre que j’ai fait imprimer 9 d’apres tous les bruits qui fe répandoient fur votre compte 9 ce n’étoit que polir vous montrer 9 tel que vous êtes.; 6c fi j’avoîs pu vous foupçonner un irritant 9 je me ferois un devoir d’en, expier la bonté publiquement. ,

Je finirai , Monfeigneur 9 par repré- Tenter à la Nation 9 qu’elle ^produit lçs allarmes publiques ; 8c que, ces mêmes allarmes^ produisent aujourd’hui celles delà Nation • qu’elles l’empêchent d’accorder au Rome veto abfolu ; que fi le Roi n’a pas le pouvoir fupérieur 9 point de Monarchie Françoise. Point de Mo-

nafchie Françoife.j point d’or dre parmi les François. Tels font nos principes 9 telles font nos mœurs. En les cliângémit 9 on perd l’Etat & la Patrie.

' Ée pouvoir ? dit-on 7 réunis entre les

mains du Roi , rétablira bientôt le defpotifme & les abus. Ah \ ne fixffit-il pas de. la lteçon effroyable que reçoit le Monarque par cette révolution , pour que les Rois à venir & les Miniftres , obfervent de plus près leurs auguftes fonctions ! Il ne faut qu’un maître dans un Gouvernement tel que la France.

Il tient fon pouvoir de la Nation ; mais la Nation doit le lui accorder fans réferve pour fon propre falut. Sinon , l’anarchie exifte fans ceffe • le défordre fe perpétue ^ 8c au milieu de ces agitations , le Royaume eft fans ceffe en danger.

Voilà , Monfeigneur , le réfultat de mes vi fions. Puiffent - elles préfenter l’empreinte de la réalité !

Sans doute je vais m’expofer par ce dernier écrit à une critique extraordinaire 8c rigoureufe;la moitié de lafociété ne me pardonnera pas d’avoir voulu chercher à épurer l’autre moitié ; ainfi va le monde 9 les uns blâment ce que les autres louent • rm peu de philofophie me ‘ confole d’avance de cet écueil* 8c fi vous daignez ? Monfeigneur 7 adopter ma motion ? je voguerai fans danger fur les vagues irritées.

adresse

AU RO I i

Sire,

I*a vérité ne connoît point T art ^ & dans cette époque pénible 8c orageufe T un cœur (enfible peut-il y avoir recours i Non ^ fans doute. Dignités^ ufages , étiquettes , tout difparoit quand il s’agit de concourir au bien de fa Patrie 8c de fou Roi.

Sire y vous n’ avez rien à craindre pour vous , malgr é le vertige qui égaré tous les Français r vous régnez, daas

leur cœur ; mais tous vos fujets- font en danger. Les plus inlcruits font les plus extravagans. Aucun ne reconnoit ni ne veut re eonnoître le comble de l’injuftice 8c des horreurs où nous fommes parvenus.

Il eft tems 7 Sire 7 de prendre un parti courageux j il eft tems d’étonner vos fujets par là plus grande de toutes les vertûs. La douleur les abforbe 9 aucun n’a la force de vous dire ce qui vous refte à faire.

Eh bien , Sire , une femme 9 un ctre ignoré 7 un efprit vifionnaire , qui 7 dans fes .écrits , n’a pas moins averti de loin tous fes concitoyens fur le péril évident qui nous menace 9 a le courage d’avertir fon Roi du feul moyen qui peut fauver la France.

Oui 9 il n’eft plus tems de vous rien taire . votre cœur eft connu , il eft bon 9 fenfible & généreux 5 mais bientôt il fera confidéré comme foiblo 8c facile 5 vous auriez encore à gémir de votre tehdreffe , de votre amour , pour vos pe uples 9 s’ils étoient jamais affez perfides pour vous reprocher leurs calamités*

( la )

prévenez , par nn trait d’héroïfme , îeur injuftice ; forcez-les à bénir la Providence de nous avoir donné en vous un Roi fi vertueux ; montrez du courage & de la fermeté dans cette démarche bientôt vous verrez,

Sire que la Nation vous- remettra en main le pouvoir abfolu qui peut

feul rétablir l'ordre. .

Si dans le projet que je vais indiquer à Votre Majesté , elle pouvoit s’alarmer de quelques expreffions 3 qu’elle ait la bonté de réfléchir fur le but louable qui les a dictées , elle reconnoîtra , Sire , que vous, n avez pas eu de Sujet qui vous ait par é avec autant de franclufè & de zele que je le fais pour vos vrais intérêts & pour lé bien public. Confultez vos Miniftres ; & fi quelqu un d’eux ofe vo,us dire que ce projet elt infenfé , défiez-vous de fon zele , confultez-en un autre ; un fécond pourra vous ajouter qu’on acceptera, votie propofitîon : eh bien , en ce cas , vous ferez fatisfait d’avoir fait encore ce facrifice , qui vous rendra de nouveau plus cher aux yeux de tous es

bons François , & couvrira d’opprobre tous les ennemis du Trône.

Sire , permettez-moi que je m’exprime comme fi j’étois à votre place.

Je vais vous rendre tel que j’ai cru vous voir dans un fonge au milieu de la Nation ; puiffe ce fonge fe réalifer 7 montrer à mon réveil l’ivreiïe publiqne que j’ai eue pour mon Roi dans mon fommeil.

Sans doute l’efprit du jour ne manquera pas de condamner mon zèle ; mais s’il n’eft pas déplacé , l’injuftiçe tombera d’eile-même : tout le inonde juge aujourd'hui 5 mais , Sire , tout le monde ne voit pas l’intérêt de la patrie avec mes yeux , Sc aucun moyen particulier ne le dirige 5 puiffent tous vos Sujets inftruits recoimoitre , Sire , que pour fauver l’état Sc le royaume , il ne faudroit 1 dans cette époque ,, que de la fmcérité Sc l’amour du bien public 5 Sc fi cet amour 11e l’emporte pas fous peu fur l’efprit de l’indépendance , le mal fera fans remède , Sc tout bon citoyen gémira avec vous des maux Sc des, nouveaux abus puifés dans le fein même de la liberté.

Page 1