Séances de magie avec le médium Jean Gouzik dirigées
Dans les recherches qui se réfèrent aux sciences occultes, il faut savoir oser pour franchir les ports mystérieux du monde astral.
Les êtres invisibles n’assistent que les humbles ou les audacieux. Aussi voyons-nous sans étonnement les échecs retentissants des pseudo-savants qui veulent dominer ce monde des forces spirituelles.
Depuis de longues années, l’auteur des pages qui vont suivre poursuit avec opiniâtreté la solution du problème des rapports du monde visible et du monde invisible. Czinski ne s’est jamais découragé. La calomnie, les persécutions terrestres, les accusations haineuses des jaloux ne l’ont pas arrêté dans sa course et aujourd'hui, le succès a répondu à son appel.
Comme voyant, il a étonné bien des sceptiques, comme expérimentateur, il montre aussi de grandes qualités.
Aussi sommes-nous persuadé que, sous son impulsion, le mouvement psychique fera de grands progrès en Russie.
En attendant, les lecteurs liront avec fruit les pages suivantes etsauront comment la photographie est appelée au succès des expériences véritablement troublantes du groupe de Saint-Pétersbourg.
Bravo à notre ami Czinski.
Papus.
Steea È nagle avec le médlüiii Jeae Coezlk
Dirigées par Punar-Bhava (i)
« Le spiritisme, avec ses manifestations, est la porte d’entrée de la magie, aucun étudiant ne peut s’y soustraire. »
Punar-Bhava.
Il y a une douzaine d’années que j’entendais parler de Yanck Gouzik, médium à manifestations d’élémentals, qui apparaissent toujours sous les mêmes formes de chats, d’écureuils, d’ours et d’oursons, aux regards des assistants, n’y comprenant rien...
Désirant connaître Yanck (2), je lui avais adressé
(1) Docteur von CreslawCzynski. Saint-Pétersbourg, Kouznetchnir 16 .
( 2 ) Yanck Gourik demeure à- Varsovie, rue Srednia Obozowa, i38.
plusieurs invitations qui restèrent sans réponse^ peut-être bien à cause du long voyage qu’il avait à entreprendre pour venir à Saint-Pétersbourg.
Enfin, un jour, j’appris que les deux médiums, MM. de Sarrack, de Paris, et Yanck Gouzik devaient donner des séances à Pétersbourg ; mais après des informations prises sur place, je dus me contenter de voir Yanck, car M. de Sarrack, le lâma de Paris,, avait demandé selon les uns 2.5oo roubles, selon les autres 25.ooo roubles pour venir parmi nous, les Barbares du Nord, tandis que le modeste Gouzik ne réclamait que i5 à 25 roubles par séance. Les badauds, les curieux et beaucoup d’ignorants et de petites gens, membres des Sociétés d’études psychiques, qui, entre la poire et le fromage, prétendaient s’initier aux trucs des prestidigitateurs et dévoiler Yanck, n’éprouvèrent que de la déconvenue, et les rieurs furent celte foislà du côté de Yanck. Ces faiseurs de tours, tous ces ignorants, furent obligés de se rendre à l’évidence, en emportant sur leurs visages des empreintes d’ «esprits », ou des cicatrices.C’est de cette façon que
les « esprits » convainquent les Peter Petrovitch, les Smirnofî, les Yvan Yvanovitch e tutti quanti..., avortons de la race humaine, qui ne sont qu’au premier stade de leur ascèse spirituelle.
Pauvre Yanck ! Vous devez comprendre, chers lecteurs, ses souffrances morales et physiques dans ces séances ! Vous concevez les dépenses de ses forces vivantes, Textériorisation de ses énergies neuriques déséquilibrées, mais vous ne pouvez vous imaginer la conduite de ces ignares expérimentateurs qui se
permettent, dans leur ignorance de Tocculte, de provoquer les forces surhumaines qui se manifestent aux séances médiumnimiques ! Croyez-vous qu’ils savent, que, à chaque moment, leur vie et celle du médium dépendent d’un caprice de ces grands « élémentals »? Croyez-vous qu’ils aient l’idée de quelques théories spirites ? Pensez-vous qu’ils savent se conduire dans ce temple en fidèles? Allons donc ! Au lieu du silence religieux, du recueillement et de la concentration psychique appropriés à ces circonstances, nous les avons entendus crier, rire, siffler, demander de la bière, fumer des cigarettes ; bref, ces manants croyaient être au cirque, oubliant qu’ils assistaient à des manifestations sublimes en un lieu où le directeur des séances lui-même aurait dû être au moins versé dans la technique du spiritisme, sinon un vrai initié^ alors qu’il n’est, hélas, qu’un ignorant improvisé en opérateur ! Comprenez-vous ces cambrioleurs s’amusant de la vie du pauvre Yanck Gouzik (i), père de quatre enfants, alors qu’il était dominé par l’esprit de Maurice Yarosch, mort, comme il le prétend lui-même, en iSgS à Cracovie, lequel s’incarne en Yanck depuis le commencement de sa médiumnité en 1893.
Ayant entendu parler de cette infâme exploitation du médium, je me rendis chez Yanck et l’invitai à venir chez moi. Il y fut accueilli avec amour fraternel par les « nôtres ». Maurice Yarosch se manifesta en notre milieu, en un joli ourson, dont vous voyez,
(i) Diminutif de Jean.
aimables lectrices, la photographie donnée dans cet article et reproduisant dans Tangle droit le tableau du peintre académicien Rührich, représentant un cloître entouré de murailles, d’où par une petite porte d’entrée les moines se rendent à la rivière pour y puiser de l’eau ; l’ourson est perché sur le fond noir.
Cet ourson a été vu, tâté par des centaines de personnes qui l’avaient observé dès le début des séances de Yanck, depuis 1893. Il entra vite en amitié avec les nôtres, s’attacha à nous en manifestant sa bonne humeur par des caresses, des baisers surtout sur les visages des dames qui, effrayées, lui présentaient quand même leurs petites oreilles. Il tirait celles-ci avec tous les égards dus au beau sexe ; un peu taquiné, il mordait par-ci et par-là, et, pour comble, il me chuchotait des paroles que je ne vous confierai pas, chères lectrices,... et pour cause.
Dans nos séances, il transportait des objets lourds; faisait jouer des polyphones qu’il remontait lui-même en faisant entendre quelque morceau demandé; enlevait les fauteuils des assistants pour les mettre ensuite sur la table ; transportait des pots de fleurs, des tableaux de chambre en chambre, remontait l’accumulateur d’électricité, pour nous montrer sa force.
* Toujours bon enfant et plus encore polisson, ce messire Yarosch chantait comme un coq, contrefaisait les chats, les grenouilles, puis, à la fin, voulant laisser un bon souvenir à ses «amis», il allumait une cigarette et la mettait dans ma bouche !
Mais voilà que tout à coup ce brave ourson se
fâcha, distribuant des coups aux assistants qui doutaient.
Des cris et des rires retentirent, et le pauvre ourson convenant de la bêtise humaine, ou peut-être saisi de pitié, se repentit des dégâts causés, des nez déchirés, des yeux un peu pochés, devint docile et se réfugia sur mon épaule, en me tirant Toreille deux fois avec ses bonnes griffes d’élémental. Il fixa mon attention sur la table proche de la nôtre, où étaient préparés un crayon et du papier: le crayon se mit à écrire, et Télémental répétait à haute voix : Prie pour moi et protège Jean Gouzik, la même prière qu’il avait adressée à une séance antérieure au capitaine Geham, au général Masloff, à M. Souvorine, rédacteur en chef de la Novoia Vremia^ pendant qu’ils assistaient à une séance dans mes salons.
Mais messire l’ourson a aussi ses préférés, ah, oui I II n’ira pas parler, ni caresser le prince Obol..., aide de camp, mais il se posera sur l’épaule de la princesse Schlebin, et il sautera sur le dos de son accompagnateur le comte Praziadei, à qui il va tout de suite tirer le fauteuil en le faisant tomber à terre tandis qu’il placera ce fauteuil sur la grande table des séances; il ira même s. v. p. ôter les pantoufles de Mme Loska et les placera sur un vase à fleursI Le bel ornement! Puis prompt comme l’éclair, aidé peutêtre par d’autres élémentals (i) qui subissent son ascendant, il bouscule différents objets, jette des livres
ji) J’acquis alors la preuve, par la photographie, qu'il est toujours accompagné de plusieurs « élémentals ».
des tapis, divers objets sur les assistants et se réfugie encore une fois sur l’épaule du capitaine Geham; de là, il saute sur la table, coiffé de blanc, et posant sa brave tête d’élémental sur le visage du capitaine, il prononça lui-même [pas le médium)^ d’une voix qui nous saisit tous, les paroles que nous entendîmes très distinctement : « Prie pour moi. »
Malgré nos instantes invitations, il ne toucha même pas le prince Obol..., voisin immédiat du capitaine Geham, occultiste distingué, mais saisissant un cachemire il entoura la tête de Mme Loska ; puis le voilà parti : il remonte la boîte à musique, danse sur la table aux sons de la musique, joue de la flûte^ bat de la grosse caisse, grimpe sur les meubles et les tableaux ! Tout à la fois !
Le médium Yanck, en trance, sursaute sur le fauteuil, respire bruyamment et ses forces vivantes s’en vont, absorbées par ce vampire qui se nomme Maurice Yarosch. Vous me demandez qui est le maître? Qui, l’esclave? Hélas! c’est l’élémental qui commande, et le médium, l’être humain, passif, dégradé, qui obéit 1
Une idée me vint, celle de prendre la photographie d’un de ces êtres mystérieux, tout d’instinct et mortels, intermédiaires entre les êtres du monde psychique et ceux du monde matériel et qui, malgré les opinions
de nos maîtres éminents, ne me paraissent pas appartenir à la catégorie d’entités purement instinctives, ne président qu’à la construction ou à la destruction du monde matériel, mais qui, ainsi que les élémentaires, sont bien des êtres spirituels^ conscients eipersonnels, à moins que l’ourson soit un élémentaire déguisé en animal (i).
Mais alors pourquoi cette forme d’ourson ?
Un jour, sentant mon ourson bien disposé, je lui proposai une certaine expérience ! Sans hésiter il fit écrire la phrase suivante, sur du papier et par un crayon disposé à cet effet sur la table voisine : « Je le veux bien, tu sais, Creslaw, mais il faudra bien vouloir (bien souligné) et c’est à toi de réussir, si tu le peux. »
Avec moi on est obligé d’obéir toujours, mais l’ourson ne demandait qu’à se soustraire à mes ordres, le malin !
Je fis donc les préparatifs nécessaires, un kodak fut préparé, tout fut distribué, les rôles actifs et passifs, et grâce au concours de M. Bielinski (2) nous tentâmes l’opération...
Je choisis à ce sujet les meilleurs médiums volontaires, que vous voyez assises autour de la grande table, Yanck au milieu, moi à ses côtés.
Une vingtaine de minutes passèrent dans le plus grand silence, dans la plus constante concentration.
(1) Je prie les lecteurs de vouloir bien ouvrir ici une discussion sur la nature astrale de cet ourson.
(2) Atelier photographique, Newsky 104, Saint-Pétersbourg.
Après avoir fait la prière magique, je dégageai mes forces vivantes, je les extériorisais avec la ferme volonté de dominer les élémentals ! Mon extrême tension psychique me fit réussir et me permit de montrer à la science positive la réalité de notre Art Saint, aux sectaires leurs leurres sur les démons, enfin elle me permit de donner à nos frères occultistes la preuve de la possibilité de dominer par notre pouvoir psychique les êtres inconnus... Oh! vous fervents ou sceptiques, intelligents et bornés, voyez ce que peut faire la volonté dans notre science! J’ai voulu, comme mes maîtres, mes initiateurs, et j’ai réussi... car j'ai voulu !
Et, regardez ! au moment de cette concentration je fus touché par les griffes de mon ourson, c’était le signal convenu entre nous, depuis longtemps, de l’arrivée des élémentals !
— Très bien, lui dis-je, mon pauvre frère, tu es arrivé à notre appela c’est bien de ta part, tu dois obéir.
L’ourson tira deux fois ma manche, il était content de mon petit discours...
— Écoute, mon ami, tu dois nous laisser un souvenir de ta présence parmi nous, toi et tes compagnons, car il y en a. N’est-ce pas? Je veux ce souvenir!
L’ourson me tira trois fois l’oreille gauche.
— Bien, bien, lui répondis-je, mais il ne faut pas oublier, mon cher, qu’il ne s’agit pas aujourd’hui de faire les farces ordinaires.
11 grogna content, peut-être satisfait, et se mit à faire des gambades autour de la table, jeta même à
terre un numéro de la revue le Voile d'Isis, Je Tarrêtai 1
— Très bien, mon ami. C'est très poli, mais tu exploites trop le pauvre Yanck ; point de gambades, s’il te plaît; Monsieur, soyez gentil etécoutez-moi.
— Ah ! mais non, pas de ça, pas de colonnes de feu, pas de manifestations vaines ; je n'ai pas besoin non plus de tes yeux lumineux ni phosphorescents ; Je ne peux pas de ça ; je veux, j’exige aujourd’hui ta photographie! Je le veux I
Et une prière mentale s’éleva vers le ciel, pour demander cette force dont nous avions besoin! Comme signe d’avoir exaucé mes voeux, si ardemment demandés, une lumière éclaira la porte de mon cabinet de travail... situé vis-à-vis du salon.
Une chaise circula au-dessus de nos têtes et alla se placer à terre contre l’appareil photographique, la couverture en soie de la table fut transportée et jetée sur l’appareil (« Tiens, dit le photographe, j’avais oublié d’en apporter une. ») Notez, chers lecteurs, que le salon était éclairé par une lampe électrique rouge, ce qui nous permettait de voir tout ce qui se passait.
Tout à coup un silence s’établit tandis que Yanck, le médium, entrancé, subissait des secousses très fortes.
Je priais 1
Une lueur phosphorescente d’une clarté éblouissante apparut au-dessus de nos têtes ? Je sentais le moment approcher ! Mon oreille droite fut tirée cinq fois de suite, c’était le signal convenu ! L’ourson était assis sur mon dos !
— Monsieur Bielinski, dis-je, à l’œuvre.
Je priais...
Le photographe quitte la chaîne et se dirige vers Tappareil, la lampe électrique est aussitôt éteinte par un élémental, et le fil de magnésium fut allumé.
C’est à ce moment que je fis appel à toutes mes forces tutélaires, aux génies et à mon Maître spirituel, dont je n’ose prononcer le nom ! C’est en ce moment que je sentis en moi cette force occulte qui émerge de notre être psychique, c’est dans ces moments sublimes que je compris notre maître Papus, c’est alors que je connus la pierre philosophale des Alchimistes...
Mais, d’où provient ce retard? La poudre de magnésium s’était éteinte sans produire la clarté demandée.
Je fus désappointé, j’étais au désespoir ! «Comment me disais-je, par une gaffe du photographe, les preuves de l’existence du monde invisible vont encore être reculées pour des années entières ? »
Que Dieu me pardonne, je perdis ma quiétude morale et fis des reproches au photographe...
— Attendez, cher maître, me dit-il avec sa bonhomie désarmante, nous réussirons, que diable...
Je ne pus retenir mon hilarité !
— Attendez, j’allume î Voilà !
Et tout à coup, une lumière blanche, aveuglante, frappa nos yeux...
Et je priais .... Et j’ordonnais!
La lumière qui brûlait nos yeux, fit tressauter Yanck !
C’était fait! ! 1 La séance fut levée.
Nous cachâmes le cliché négatif dans une boîte et plaçâmes tout dans une armoire fermée dont la clef fut remise à Mme Rendorf. Le lendemain dimanche, le photographe envoya chercher dans l’après-midi, vers 5 heures, la boîte, qui lui fut remise cachetée et que, pour plus de précautions, j’accompagnai personnellement à Tatelier. On ouvrit la boîte, on jeta les yeux sur le négatif, Tourson y est-il? Est-ce que ça a réussi ?
Pouvez-vous vous imaginer ce moment d’inquiétude ? ! J’eus alors la même sensation qu’au moment oû, ayant appris l’arrestation de Gilevitch à Paris, vivant^ je crus voir crouler toute ma foi dans l’occultisme, car j’avais appris dans une de mes sorties astrales qu’il ne reviendrait jamais vivant en Russie, et je venais de lire qu’il avait été pris vivant et arrêté, pour être remis aux autorités russes... Comprenezvous cette épreuve, vous autres, adeptes fervents !... Et pourtant la Science, notre chère Science, me donna raison : Gilevitch s'était empoisonné à Paris ! et ce fut son cadavre qui fut transporté à Pétersbourg! Cette nouvelle, je l’ai lue deux minutes après l’épreuve du cliché ! Après l’abattement moral, le bonheur de la victoire. Et c’est en ce moment que je ressentis les mêmes sensations en passant par tous les états consé-
cutifs! Je n’osais regarder le négatif... j’étais certain du succès... j'avais prié... invoqué nos forces, j’avais compté sur leur efficace appui ! Devais-je me tromper ?
L'ourson y est-il ?
Ah I mais oui! oui! il était là, le brave et bon ourson, l’intelligent élémental, avec toutes les preuves de cette intelligence particulière, de cette perspicacité que j’observais en lui 1 Et quelle leçon de prévoyance je lus dans ce cliché et puis sur la copie agrandie que j’ai devant moi !
Il faut m’expliquer!
Les murailles de mon salon d’études sont recouvertes de papiers roses avec des tableaux fixés aux murailles; à gauche du médium Yanck, deux tableaux fixent votre attention : celui d’en haut, c’est un Rûhrich avec un fond sombre et c’est là que Télémental se fit photographier, n’ayant què ce refuge pour pouvoir être pris par l’appareil, car si vous jetez vos regards sur ma gauche, vous y verrez une forme indécise comme le double de l’ourson, mais qui ne put être reproduite en épreuve positive et pour cause...
Sur le tableau de Rührich le Monastère en hiver l’ourson apparaît perché sur la muraille. Sa tête intelligente, d’où deux yeux nous fixent avec raillerie, fait la grimace et, n’oubliant pas d’être élégant, il dresse l’oreille droite, comme s’il écoutait nos ordres, tandis que ses fluides descendent du tableau et éclaircissent la toile où les autres élémentals apparaissent ; on y voit un gros chat au milieu, une tête de panthère
vers le haut et d’autres petites images. Un des phénomènes qui me frappa, c’est l’étoile de l’extériorisation astrale et psychique au-dessus de ma tête, preuve indéniable, obtenue par les expériences du comte de Rochas, de l’extériorisation des forces occultes de l’homme ! Et c’est encore une preuve de l’existence de l’aura, encore un document pour les Ecritures, une attestation évidente de l’auréole des Saints !
Mais je me demande seulement, si c’est grâce à cette extériorisation de la volonté psychique et « matérialisée » que les phénomènes ont pu être pris par l’appareil ; ou bien si c’est grâce à la collectivité médiumnique des assistants ; ou encore si c’est à la complaisance de l’ourson que je puis vous envoyer cette épreuve positive ?
Autant de questions, autant de discussions. Discutons si vous le voulez bien, Vînitiation nous prêtera son hospitalité !
Crookes, Mantegarra, Ochorovitch ont pu photographier des « esprits matérialisés », Durville photographia des fantômes, mais l'école de Pétersbourg est la première qui a pu saisir les élémentals. C’est le droit de priorité que je me réserve, en affirmant que c’est grâce à mon Initiateur, au docteur Papus, que je dois ce succès inouï... Je suis heureux d’avoir réussi, ayant pu apporter ma cotisation à la construction du magnifique palais ésotérique qui, peu à peu s’exhaussant pour le bien de l’Humanité et pour la gloire de la Science, deviendra bientôt l’édifice monumental affirmant V existence de Dieu!
Mais revenons à nos moutons, pardon, à notre ourson, en adressant à nos très savants et très estimés contradicteurs la question suivante : Auriez-vous pensé en un moment de détresse ou de péril par exemple, si au moment où un auto arrivait sur vous, à vous jeter justement sur cet auto pour ne pas être écrasé? Non, vous ne l’auriez pas fait? Eh bien, l’ourson l’a fait ! La lumière aveuglante du magnésium Taurait dû réduire en pièces ainsi que son médium, car la lumière est, dit-on, très nuisible aux êtres de l’Astral I Et voyez combien les opinions des savants occultistes doivent dès à présent être modifiées, la lumière n’ayant apporté aucun préjudice ni aux élémentals, « ni au médium » ! ! L’ourson et son médium, eux, allèrent au-devant du défi et, pour ne pas être écrasés, se jetèrent sur Tauto et la dirigèrent euxmêmes (i).
Et encore une observation sur l’intelligence de l’ourson : en bon camarade, il céda sa place aux élémentals inférieurs qui se placèrent sur le rideau derrière nous, et lui-même, en chef, sauta de mes épaules directement sur le tableau, et par ce moyen nous fit assister à un régal scientifique qui nous aveugla de sa lumière et de toute celle qu’elle allait jeter sur l’avenir...
(i) Le docteur Dubrovin porta plainte au Saint-Synode à Pétersbourg contre les occultistes (surtout contre le «. mage ténébreux » Czynski), qui, reconnaissant le feu prêtre Jean Kronstatski pour occultiste et « fils de Dieu », s’arrogent euxmêmes les pouvoirs de Dieu {sic) ! » Comment appeler cette ignorance du leader des « Vrais Russes » ( ! î
Je pense avec malice quel effet aurait produit cet ourson perché sur la muraille, sur les moines du tableau qui allaient la rivière puiser de l’eau ! O mes amis, rien que d’y penser, je me tords de rire... Vade rétro, Satanas ! Vade rétro !
Quelques jours se passèrent avant que Yanck reparut chez moi. Il vint mécontent, chagriné, plongé dans une taciturne mélancolie, dans une rêverie noire, qui le rendit encore moins parleur qu’à l’ordinaire, c’est assez dire qu’il s’enfonça dans un mutisme complet.
Qu’y a-t-il donc, Yanck ?
— Rien.
— Vous vous épuisez, mon cher, reposez-vous un peu. Vous savez bien que les séances ne réussissent pas bien, lorsque vous êtes à bout de forces. Voyons, restez quelques semaines chez moi, vous serez ici comme chez vous, à votre maison. Qu’en pensezvous, Yanck ?
— Je ne peux pas, dit-il, il me faut travailler, car j’ai des dettes à payer.
— Combien ?
— Plus de 25.000 francs.
— Eh bien, on vous les paiera I
— Oui, je sais, docteur, que vous le feriez, mais il y a une chose qui m’agace.
— Voyons cette chose ?
— Voyez-vous, l’ourson ne me rend plus les ser-
vices d'autrefois ; il se fait « remplacer » par des crapauds, des grenouilles, des diablotins, qui se moquent du public et ne « travaillent » pas comme il convient ; je suis fichu...
Je me mis à rire de cette désolation du pauvre Yanck, pensant pouvoir y remédier, mais, voulant avoir ma conscience de « chercheur >> nette, je lui demandai :
— Et depuis quand avez-vous remarqué la désertion de Maurice Yarosch ?
Les yeux de Yanck se portèrent vers la cage dans laquelle on venait de m’envoyer un colibri et ils fixèrent inconsciemment ce petit roi des oiseaux, puis, sans en détacher ses regards, il me répondit :
— Depuis que vous avez fait le cliché photographique...
Pendant ce temps le petit oiseau semblait fasciné. A petits sauts il s’approchait de la grille et de son petit bec donnait des coups furieux contre le grillage, tandis que ses mouvements devenaient de plus en plus incompréhensibles !
Je les observais tous les deux ; Yanck fixant l’oiseau, l’oiseau regardant Yanck !
— Allons, mon cher Yanck, ce n’est pas sérieux ce que vous dites là: l’ourson c’est votre inséparable, c’est votre alter ego. Il ne vous laissera pas, reparaîtra à un moment donné...
L’oiseau devenait de plus en plus excité, ses coups de bec devenaient de plus en plus furieux, son plumage se hérissait. Un tremblement convulsif s’empara bientôt de son petit être, il vacilla sur ses deux
pattes et tomba inerte... ; son agonie commença... continua..., bientôt il était mort !...
— Tiens, dit Yanck, il est mort; je n’ai pas voulu pourtant qu’il meure !...
— Et qu avez-vous voulu ?
— J’ai voulu voir sur lui les effets de Maurice Yarosch.
— Voyons, quels effets ? expliquez-vous.
— Maurice Yarosch, qu’on appelait à tort et à travers « Schwarzenberg », m’a confié une fois, que si j’avais un grand chagrin, je pourrai l’appeler en regardant un oiseau se débattre, c’est ce que je viens de faire...
— Et vous croyez que cet oiseau peut fournir les forces nécessaires pour manifester l’ourson. Vous vous trompez, mon cher, cet acte de vampirisme ne vous réussira jamais: Maurice Yarosch s'est joué de vous, il vous a induit en erreur. Méfiez-vous, Yanck, de vos suggestions inconscientes et ne mettez rien sur le compte de Maurice; il en a assez ainsi luimême ; n’augmentez pas ses épreuves, en vous formant à vous-même une nouvelle existence pénible. Reposez-vous, Yanck, comptez sur moi, car votre élémental m’ayant demandé ma protection pour vous, je lui ai promis de veiller sur vous et de pourvoir à votre existence. Voyons, restez un mois chez moi, je tâcherai de rétablir les relations qui existaient entre vous et votre ourson.
— J’y penserai.
Et il prit congé...
Nith-Haiah a parlé l
On sait que les initiés en occulte, les initiés avancés perçoivent même à l’état de veille, ou dans l’état mixte qu’ils savent bien provoquer, les murmures de l’au-delà où 1’ « Ego » supérieur, le principe de toutes choses, se manifeste dans leur âme !
C’est dans un de ces états, que j’appris que mes « Génies » étaient contraires à cette fusion entre Nith-Haiah (Dieu qui donne la sagesse, et correspond au saint nom de Dieu Orsy, suivant la langue des Mages) et ce Génie dominant toutes les sciences occultes, celui qui « domine sur moi » en me donnant des révélations en songe, en « influant » sur mon âme, en me faisant pratiquer la magie des sages qui est divine et que les philosophes modernes appellent la Science du Christ et de Thomme. Ils s’opposaient à l’étude que je viens de faire du monde invisible et celle des élémentals dont l’ourson est un des chefs hiérarchiques; et ils m’annoncèrent même que, si cette étroite amitié ne cessait pas bientôt, ils étaient résolus à intervenir!...
Vous autres frères chercheurs, frères aînés, savants, et illustres Maîtres, ne me condamnez pas, ne me reprochez pas ma désobéissance aux conseils des Ancêtres !
Il fallait insister pour l’amour de la Science, il fal-
lait désobéir pour attaquer les remparts du Positivisme. Mon Dieu, ne sommes-nous pas voués à Tavance à la mort, mais heureux de pouvoir frayer aux autres, aux jeunes, le chemin vers la Vérité! Il fallait, chers Maîtres, déroger aux conseils des « Génies » pour pouvoir communiquer avec les mondes invisibles, avec les êtres qui « bien et sagement utilisés » nous fournirons les moyens de découvrir Ténergie une et primordiale, permettant de déchiffrer Ténigme de la Science du Bien et du Mal. Que Dieu me pardonne mon orgueil, mais je crois être sur les traces... de la Genèse... et, chercheur consciencieux, sans parti pris, obéissant aux lois divines, je veux la lumière, quelle qu’elle soit, et si elle est trop éblouissante, si elle m’aveugle de sa beauté immaculée, si les prodiges foudroient ma logique humaine, je me prosternerai devant l’autel, en extase devant le Verbe!
Mais ce n’est pas Nith-Haiah qui empêchera mon ascèse, il n’y a qu’un Maître qui peut s’arroger ce droit, c’est le Créateur des deux et delà Terre; et quand il croira que mon orgueil d’être humain dépasse les limites assignées par les lois de la nature I Mais, ô joie, est-ce que Dieu empêcherait une de ses humbles créatures de déchiffrer ses lois s’il ne le voulait pas?
Oh, non, le livre de la Nature est ouvert, lisez-le, ô Hermétistes, Martinistes et Rose-Croix ! Lisez-le à haute voix et que vos paroles inspirées puissent chanter l’Hymne de la Résurrection !
Les « Génies» veillaientà ce qu’ils avaient annoncé,
ils voulurent me débarrasser de Yanck et de son ourson.
La catastrophe ne se fit pas attendre.
C’était le 6 janvier, au jour des Trois Rois, un mercredi vieux style.
Une séance fut décidée chez moi, à laquelle assistèrent l’amiral Vir... et son épouse, le général M. avec son épouse, Mme Y., Mme et M. Rymarkevitch, M. Viltchevski, Mme Loska et d’autres invités.
J’opérai dans la première partie de la séance comme de coutume, laissant à un autre l’honneur de continuer après un léger repos. C’est justement ce que désiraient mes « invités » du grand monde, voulant voir non pas les phénomènes ordinaires produits par Yanck et reconnus authentiques, mais bien les esprits des « morts ».
C’est après ce repos que ma voix intérieure me prévint d’un événement inattendu qui allait se produire. Je fixai alors mes yeux sur mon cabinet de travail, sur ma chambre magique et j’attendis ce qui devait se passer.
J’étais sur le qui-vive, responsable devant les assis-. tants, responsable devant ma conscience pour la lutte qui se préparait, je l’avais donc provoquée ! Toutes les conséquences, je devais les supporter bravement, sur mes épaules de délégué général, nommé par le Conseil Suprême Noblesse oblige.
Une demi-heure s’était écoulée depuis que le cercle s’éiait formé, les entités astrales ne se manifestaient pas au gré des impatients ; peut-être était-ce à cause de la lumière rouge de la lampe, car, comme nous le
savons,dans les opérations faites en lumière, les fluides astraux agissent, mais les images, les clichés obtenus sont invisibles pour les yeux ordinaires; ainsi que le dit judicieusement Papus : tout est en puissance d’être en potentialité, c’est pourquoi, moi seul je voyais ces entités, invisibles pour les autres. Je vis même le crayon dirigé par une main invisible griffonner sur le papier.
Je m’approchai et lus avec inquiétude : Punar ! ! ! Observe, agis et préserve !
Je revins à ma place, observant de loin d’un côté Yanck entrancé, de l’autre, la porte de ma chambre magique. Armé de mon épée magique, j’étais prêt à agirl et, s’il le fallait, prêt à le préserver d’un malheur, d’un danger occulte !
Une sensation de tristesse et de crainte saisit bientôt les personnes assises autour de la table, j’entendais leurs paroles, je ressentais leurs terreurs, le médium était secoué avec force, la lumière rouge augmentait et diminuait à mesure, comme une force intelligente. Une pesanteur nous envahissait, j’entendais des murmures et de faibles soupirs...Quelque chose de mystérieux planait dans la vaste chambre, des lueurs phosphorescentes illuminaient nos visages... on entendit même des voix... mais tous ces phénomènes ne provenaient pas du médium, mais bien de « mon cabinet magique », dont la porte s’ouvrit brusquement...
— Attention, m’écriai-je,sursautant sur mon fauteuil. placé hors de la chaîne magique! Attention, au nom de Dieu ; ne rompez pas la chaîne, quoi qu'il
arrive: il y va de votre vie et de celle du médium î Prenez garde ! »
Et une forme blanche, lumineuse, apparut ascendant vers le plafond où elle se fondit en une boule blanche.
La boule blanche descendit vers ma tête, frisa de sa lumière mes cheveux et lentement, lentement, comme pour donner le temps aux assistants de se préparer à l’événement, au prodige miraculeux, se dirigea vers le médium secoué par des trances 1
— « Attention ! » m’écriai-je encore, et, mentalement, je fis la prière magique 1 Je soupçonnai la vérité !
Tout à coup le médium se dresse sur pieds, il est jeté contre la table, et, dans un tétanos, il demeure rigide, comme un cadavre. Je me précipite pour éviter des malheurs, mais je suis arrêté par un corps volumineux « jaune » qui passe avec une vélocité inouïe devant la boule blanche et disparaît à nos yeux éblouis. Un choc, une lutte suprême,incompréhensible pour les ignorants, eut lieu entre ces entités astrales d’un ordre supérieur I
Le médium calmé reprit son attitude précédente, et les assistants se rassirent, attendant encore d’« autres » événements.
Je revins dans mon fauteuil et, me repentant, j’adressai des remerciements fervents à « Ceux » qui nous manifestèrent leur force, qui voulurent bien m’initier à leur existence ! Et alors je me prosternai humble devant celui qui a compté nos cheveux sur notre tête, et dont aucun ne sera perdu sans sa volonté.
Mais implacable est l’égoïsme des personnes ! Assis autour de la table les expérimentateurs maugréaient contre Tépuisement du médium î Ces « inconscients » se remirent encore deux fois autour de la table, obligeant le médium à se prêter à leurs plaisanteries, ils n’avaient rien compris à la lutte qui avait eu lieu, aux événements prodigieux qui venaient de se dérouler sous leurs yeux; ils n’eurent pas un instant conscience de la lutte formidable des bons esprits, des génies contre les entités inférieures du plan astral, lutte pour protéger le médium Yanck, qui avait failli y laisser la vie.
Les initiés auront compris mon rôle actif dans cette lutte astrale et à ceux-ci j’adresserai bientôt une communication confidentielle.
Après la fuite des élémentals, aucun nouveau phénomène ne se produisit ce soir-là et la séance fut levée.
Yanck, maltraité, voulut s’esquiver: jeleretinspour le réconforter et lui faire des amabilités fraternelles.
Il fallut cependant bientôt se rendre à l’évide nce notre ourson désertant son Yanck était venu s’établir chez moi. Yanck, au contraire, qui avait été mon hôte de tous les jours, partageant les repas, ne reparut plus. Je l’ai rencontré depuis plusieurs fois dans les rues de la capitale rasant les murailles, comme voulant se dérober à mes yeux.
D’où proviennent tous ces phénomènes, sur quelle base établir les événements que je vais vous consciencieusement décrire?
Avant tout qu’il me soit permis de vous répéter, amis lecteurs, que r«élémental» m’avait forcé de prier pour lui et de prendre Yanck sous ma protection.
Tous les jours je priais pour Télémental qui, dans les séances, m’en remerciait en léchant mon front et en me tirant les oreilles, tandis que Yanck déclinant mes services, faisait pendant ce temps des séances en ville, alors que son ourson au contraire exprimait le désir d’élire domicile chez moi. Il se plaisait ici, dans cette température sympathique, où on le recevait et le choyait comme un pauvre enfant qu’il était. Yanck ne lui obéissant plus, et comme on me rapportait tous les jours, durant les séances, Yanck était battu, jeté à terre par les élémentals, et les assistants eux-mêmes apeurés, jetant des cris d’effroi, rompaient la chaîne, étaient bousculés, frappés à la tête, le nez en sang. Quelquefois même ils s’esquivaient des séances les yeux pochés ou la tête blessée par un objet quelconque, maudissant le spiritisme et Yanck l’infernal !
Et pourtant ce sont des gens intelligents, ils affirment à tout propos avoir beaucoup lu, beaucoup médité, avoir même vu beaucoup de choses surprenantes, « intéressantes » car c’est le mot le plus «chic » en vigueur à Pétersbourg; pensez-donc, ils connaissent 1 astronomie, l’astrologie, l’alchimie, ils sont surtout versés dans la... gastronomie! Que vou-
lez-vous! il faut prendre nos petites gens comme ils sont, c’est de la philosophie chrétienne... Aux pauvres d’esprit...
Ceci dit, revenons à l’Ourson, car je sens l’intérêt que vous lui portez, la sympathie qu’il a conquise chez vous, et c’est juste, car il m’a « enlevé » moi, I homme le plus sceptique dans les phénomènes de magie pratique ! Et depuis je suis possédé par la science de l’astral, il m’a envoûté ! Je l’avoue 1
Donc, rOurson, Maurice Yarosch, 1’ « élémental » si doux, et cependant si polisson qui me tire les oreilles et m’apporte mon mouchoir de poche quand je le lui demande, lui si gentil, a élu domicile chez nous, et ce n’est que rarement qu’il visite son médium.
Comment parviendrai-je à expliquer ce phénomène qui paraît invraisemblable pour tous les étudiants, mais bien connu des « Initiés ».
Donc, un beau soir, seul dans mon cabinet de travail, méditant sur ces phénomènes extraordinaires, je vis une ombre lumineuse traverser la chambre, s'incliner devant le pentacle, s’approcher du gong suspendu à la muraille et frapper légèrement deux coups 1 Je le reconnus, c’était mon « élémental », l’Ourson ; je le reçus avec joie et en m’inclinant devant mes Génies qui avaient exaucé ma demande, celle de me permettre d’aider à révolution de cet être intelligent de l’astral qui demandait, suppliait la miséricorde et la pitié d’un mortel !
J’entendis un soupir, comme celui d’un cœur oppressé et, grâce à ma clairaudience, je perçus le nom de « Maurice Yarosch » !
— C’est bien toi, pauvre frère, demandai-je ?
Deux faibles coups sur le gong affirmèrent que je ne m’étais pas trompé... puis il disparut.
En ma qualité d’occultiste livré aux expériences magiques, je dois être toujours prêt à des attaques malveillantes et, pour y parer, je résolus d’inviter quelques personnes pour contrôler la présence de l’Ourson chez moi, ainsi que les forces angéliques qui l’avaient un jour chassé.
Plusieurs séances consécutives eurent lieu; parmi les invités, je cite: MM. Ivaschkevitch, Oblasky, le général Pusivoff, Rymarkevitch, Ignatovski, Gols. tunski, AvistohavoflP, Ciechovski, Wiltchevski et d’autres messieurs; Mesdames, Ivaschkevitch, Losska, Karantzeff, von Bohl, comtesse Grabovska, Rymarkevitch, Golsturiska, von Weissenhoff, Lavionoff, etc., etc., qui peuvent témoigner de la réalité de ces phénomènes. Mlle Serkoff, médium, était entra ncée.
Au début des premières séances, la lampe électrique rouge éclairait seule la chambre, mais, peu à peu, diminuant d’intensité, eile s'éteignait tout à fait. Pour tout éclairage nous n’eûmes plus que les lampes électriques de la rue qui perçaient les rideaux des deux fenêtres du salon, permettant de voir ce qui se passait dans la chambre, et de se voir les uns les autres. Après la prière magique, nous sentîmes les symptômes avant-coureurs des manifestations d’entités astrales, puis nous perçûmes des frôlements, des attouchements sur nos têtes, nos bras, nous fûmes tour à tour embrassés, appelés par nos noms^ tandis
— Bi¬
que des mains lumineuses se posaient sur nos épaules, ou nous apportaient des objets préparés à cet effet sur une table. Nous nous mîmes à nous communiquer nos sensations, quand tout à coup un coup de gong retentit, un second suivit, puis un troisième, furieux, qui nous fit sursauter. La boîte à musique se mit à jouer, les instruments de musique, placés sur une table opposée, lesquels servaient à l’Ourson d’habitude (c’est un musicien acharné) se mirent à confondre leurs sons avec ceux du polyphone. Une cacophonie qui aurait fait la joie d’un maestro, remplit le salon, et notre Ourson fit, en gambadant, son entrée triomphale, se hissa sur la table, coiffe d’une serviette blanche, fit le tour des assistants, tirant les uns par les cheveux, les autres par les oreilles et léchant les mains de Mme Loska. Invité, il embrassa avec plaisir Mme von Bohl, laissant de la salive sur sa joue^ égratigna le jeune Olaski, se mit sur les genoux de Mme Rymarkevitch, et, pour conclure comme un pacte avec moi, il me mordit à Vavantbras^ jusqu’au sang I J’avais alors un « diable » à mon service ! Ohé ! Messieurs les sectaires, M. Dubroviz, qu’en dites-vous? Si je vous le... cédais?...
Je laissai mon brave ourson faire des siennes, mais une fois je fus obligé de le rappeler à l’ordre, et très sérieusement s’il vous plaît, car ses façons d’agir choquèrent Mme R., qui cria avec confusion...; le polisson !
Il fallut bientôt employer le ton de commandement avec notre protégé, chères lectrices, car nous n’étions plus seuls. Notre société s’étant augmentée
de la présence de deux nouvelles entités astrales, peut-être des élémentaires, dont l’une s’était affublée d’une robe de mandarin et coiffée d’un turban blanc sur lequel tranchait une barbe noire; l’autre, une forme féminine en robe blanche, se tenait debout devant la table du milieu et feuilletait des livres. Une lumière blanche intense les ceignait. Nous pouvions même voir leurs traits, leurs visages, leurs parures, leurs mouvements, tous leurs gestes ! Et dans cette lumière astrale, extériorisée, nous aperçûmes rOurson qui leur faisait des caresses, et les regardait dans les yeux en mendiant une caresse de ces êtres supérieurs! Je vis des larmes briller aux yeux de mes amis et une dame pleura réellement. Oh, si vous aviez vu ce regard plein d’humilité, de reconnaissance de notre cher Ourson, quand la main blanche, lumineuse, fluidique, fit le signe de rédemption sur lui !
Mais, peu à peu, ces « êtres » s'effacèrent, la lumière astrale s’éteignit et nous retombâmes dans nos méditations supérieures ! Mais que voulez-vous, notre Ourson n’aime pas les situations tragiques, c’est un épicurien, il préfère la comédie, et le voilà tout à coup aux côtés de Mme Rymarkevitch lui posant son chapeau sur la tête...
— Je te remercie, Maurice Yarosch, dit-elle, de ce que tu m’as apporté de la chambre du fond (troisième du salon et fermé au verrou) mon chapeau, mais pourquoi ne m'as-tu apporté le « boa »? A peine Mme R. eût-elle prononcé ces paroles, que le ^boa»,
son boa, lui entourait le cou ! Ah, le gaillard I Nous fûmes émerveillée de Tintelligence de cet élémental qui lisait les pensées des assistants avant qu’elles fussent prononcées, et nous le félicitâmes pour sa clairvoyance! Ah, il fallait voir comme il était fier de chaque éloge, et il se mit à chanter comme un coq. Mais je le priai de cesser. Or, il ne demandait que ça; il cessa aussitôt son chant de coq, poussa des coassements de grenouilles, miaula comme un vieux chat, toussa comme Harpagon, chanta d’une voix enrouée, siffla enfin comme un artiste consommé.
Mais écoutez, chères soeurs et amies, le sublime ! Les entités astrales assistant à ce vacarme se mirent à chanter! Et ce psaume fut tellement harmonieux, tellement pur, éthéré, ce chant fut si doux, si angélique, si divin, qu’il aurait inspiré un poète. Et cette mélodie toujours croissante envahissait tous les coeurs, remplissait nos âmes d’une telle extase, que nous gardâmes le silence, le silence du recueillement devant l’infini !
L’Ourson lui-même se tut. On voyait diminuer sa taille; il s’approcha à pas lents de moi, posa son museau si expressif sur mes genoux et j’entendis un soupir, mais si éloquent, qu’une larme monta des profondeurs de mon âme et tomba sur cet être qui ne demandait que l’aumône d’une prière magique. Et lui, l’être astral plein d’intelligence, ressentit ma pitié pour lui, car, se blottissant sur mes genoux, petit comme un chat^ il resta soumis, humble, peutêtre priant les « Forces » pour sa rédemption 1
Les entités astrales toujours chantant, s’appro-
chaient de notre cercle magique, y entrèrent, communiquant avec chacun de nous, chuchotant des avis et des renseignements de Tau-delà.
Chacun de nous reçut des encouragements et des paroles d'espérance; chacun de nous sentit sur son front tracer des signes magiques. Comme invités parmi nous, ils souriaient et s’amusaient presque avec nous en simples mortels; meme l'un d’eux se prêta à la prière d’un des assistants, lui envoya à travers l’espace une cigarette allumée qu'il nous avait prise dans la chambre d’à côté fermée au verrou.
Cette cigarette voltigea vers le plafond, illuminant dans cette traversée l’espace et fit apercevoir l’autre hôte de l’au-delà qui se dirigeait vers la table portant neuf instruments de musique, on les fit jouer tous à la fois.
Mais c’était justement ce qu’attendait mon brave « élémental ». Il dégringola de mes genoux, se jeta au fond du salon, se mit à frapper le gong, remonta la boîte à musique et l’apporta du fond du salon avec la table qui la supporte, et plaça ces objets pesant au moins 12 kilos sur notre grande table entourée de i3 personnes formant la chaîne et sans atteindre personne. Ce n’est pas tout : ayant accompli ce tour de force, content, il grimpe lui-même sur la table, s’appuyant sur Tépaule de M. Ignatorski, saute sur la boîte à musique, placée elle-même sur une haute table, s’assied dessus, et en vrai maître d’orchestre, dirige les pièces de musique, n’oubliant pas en bas ses admirateurs à qui il jette de temps à autre d’en haut des rubans, des allumettes, des livres pris dans
mon armoire. Moqueur, et voulant persifler une dame qui se plaignait de frissons, il s’enveloppa de ia pelisse de Mme Rymarkewitch, c’est sa préférée... puis la lui jeta sur la tête ayant subitement enlevé le chapeau qui aurait été écrasé I Nous retrouvâmes, après la séance, le chapeau, le boa et la pelisse à leur place, dans l’autre chambre située par delà de quatre pièces où il eut fallu passer pour les atteindre.
Les esclandres de l’Ourson ne formalisèrent point nos deux hôtes d’au delà, qui interrogés sur leur indulgence envers l’ourson, eux, qui l’autre jour l’avaient chassé, nous répondirent simultanément que ce n’est pas contre l’Ourson qu'ils avaient sévi, mais contre Yanck et les autres « élémentals » vampires et forces néfastes absorbant nos fluides vitaux. Ces « entités inférieures, mortelles et inconscientes » auraient pu produire des ravages dans nos âmes et les détourner insensiblement de leur voie et nous faire rétrograder dans les sphères du plan physique... la perte de nos pouvoirs occultes devaient s’ensuivre. « Nous voulions parer à ces désastres et te préserver de la chute, dirent-ils. Quant à l’Ourson, à cet être supérieur, il te reste, il reste attaché à ta personne, confié à tes travaux, jusqu’à ce qu’il ait reconquis son admission dans un plan supérieur; veille, cher frère, sur lui 1 »
A ces paroles encourageantes prononcées par Euphéma (c’est ainsi que se nomme l’entité angélique qui vient de parler), l’Ourson dégringola de la place élevée qu’il s’était accaparée et brusquement entraîna la boîte à musique qui tomba très légèrement sur la
table, tandis que la petite table, posée par lui sur la grande table, tomba, à son tour, sur la tête de Mme Loska qui ne put réprimer un cri de douleur. Le polisson, en signe d’excuse, lui mit son museau sur la tête et la baisa au front en signe de repentir.
Saisis, éblouis par ces merveilleuses matérialisations, nous étions plongés dans une sorte d’état de béatitude et de bonheur, duquel nous tiraient la vue des mains lumineuses, des éclairs fluidiques, des chuchotements de l’au-delà. Une sensation délicieuse de calme nous envahissait, aucun n’osait rompre ce silence saint, et nos pensées devinrent aussi lumineuses que ces êtres de l’astral enveloppés de lumière phosphorescente. Nous sentîmes encore des signes tracés sur nos cœurs et nos fronts, puis, de loin, comme s’éloignant, des paroles nous arrivèrent, indistinctes. Nous entendîmes des baisers qu’on nous « lançait », de petits applaudissements, des voix enfantines se mêlant, puis, de loin... de très loin, une voix assez distincte pour être comprise nous lança : « Au revoir, à bientôt ».
Et ils disparurent pour revenir, évoqués prochainement.
L’Ourson, accroupi à mes pieds, n’attendait que ce sublime « au revoir » pour reprendre ses farces. Il s’attaqua avec fureur au gong, remonta, ayant rejeté la manivelle au loin, la boîte à musique, enleva les autres instruments qu’il nous lança après en avoir joué, se promena, faisant retentir plusieurs clochettes à la fois, et à sa fierté, à sa démarche, on remarquait qu’il était pourtant content du départ de ses « tuteurs» ;
car de temps en temps il regardait avec plaisir du côté où ils avaient disparu.
Mais je ne puis clore ce compte rendu sans vous avoir raconté une scène à jamais inoubliable, que je tâcherai un jour de reproduire en photographie.
Un jour en passant j’aperçus à la devanture d’un magasin un jouet, un ourson, qui avait quelque ressemblance avec le « nôtre » et je m’en rendis acquéreur avec l’idée d’expérimenter les « secrets de l'envoûtement » sur mon ourson, selon les traditions du quinzième siècle. Rentré chez moi, je lui octroyai une place dans mon cabinet de travail.
Les soirs, je m’exerçai sur mon ourson en effigie. Enfin, un- samedi, c'était le ig de février, à une de nos séances habituelles, notre Ourson fit son apparition, tenant entre ses bras son effigie, et la balançant comme une nourrice son poupon, tout en grognant de contentement. En voyant cette nourrice coiffée d’un volumineux bonnet trouvé sans doute à la cuisine, et revêtu de ma robe de chambre, nous pouffâmes de rire jusqu’à en pleurer... Et l’Ours, voyant notre joie, grognait et faisait crier l’ourson acheté, pourvu d’une mécanique spéciale, ce qui nous fit crier au lieuderire...
Depuis la fuite des « élémentals il y a quelques semaines, je prends des renseignements sur Yanck, qui, rebelle à nos invitations, n’a plus à ses séances que des petites forces qui se matérialisent en des grenouilles, des crapauds, de petits chats, et quelquefois en écureuil, mais ce sont des « entités » mauvaises, me dit-on, hargneuses qui se comportent avec
haine, battent, frappent les assistants, jettent Gouzik sous la table, lui lancent des chandeliers à la tête : une fois même, on le crut étouffé.
Un des assistants M. Volkoff, m’a raconté qu’un de ses amis dut subir une opération à l’œil gauche après avoir été frappé par un des «élémentals».
L’Ourson,medit-on,nese manifeste plus ; toutefois un ourson, mais un tout petit, avait saisi un des assistants à la gorge, et ce n’est qu’avec l'aide d’une épée magique qu’on put délivrer le malheureux de ses embrassements. Yanck, m’assure-t-on, est très épuisé, et doit quitter Pétersbourg.
Questionné pourquoi il évite le docteur Czynski, il répond que ma présence paralyse ses séances et que les manifestations ne se produisent pas à son gré. Du reste, ajouta-t-il, j’ai peur de lui.
— Et votre Maurice Yarosch, pourquoi vous a-t-il quitté ?
— C’est le docteur Czynski qui me l’a confisqué, répond-il avec sourire, mais je le lui reprendrai bientôt.
Nous verrons !
En attendant, l’ourson est chez nous, chères lectrices, et si vous vous prenez de la même amitié pour lui, que le « Mage ténébreux » comme m’intitule le docteur Dubrovicz, le président des Vrais Russes, je vous promets de venir vous le faire voir à Paris, mais à condition qu’aucune de vous ne me le dérobera, car, à vrai dire, il a un faible pour le beau sexe, et les Parisiennes sont si... fines.
J’espère bientôt vous fournir une photographie de
nos deux entités astrales en compagnie de l'Ourson, mais il faut prendre patience.
A bientôt de ses nouvelles, amis lecteurs, aimables lectrices, mais vous me comblerez de reconnaissance si vous dites une prière pour Maurice Yarosch, mort le 23 mai 1894 à Cracovie (i).
Saint-Pétersbourg, le 20 février 1910.
(i) Les photographies de l'Ourson peuvent être envoyées par les bureaux de VInitiation^ au prix de jb centimes.